Magdebourg

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Magdebourg
Magdeburg
Image illustrative de l'article Magdebourg
Blason de Magdebourg
Héraldique
Administration
Pays Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Land Flag of Saxony-Anhalt (state).svg Saxe-Anhalt
Arrondissement
(Landkreis)
Magdebourg (ville-arrondissement)
Nombre de quartiers
(Ortsteile)
40
Bourgmestre
(Oberbürgermeister)
Dr. Lutz Trümper SPD
Code postal 39104-39130
Code communal
(Gemeindeschlüssel)
15 3 03 000
Indicatif téléphonique 0391
Immatriculation MD
Démographie
Population 228 910 hab. (31 décembre 2011)
Densité 1 139 hab./km2
Géographie
Coordonnées 52° 08′ 00″ N 11° 37′ 00″ E / 52.133333, 11.616667 ()52° 08′ 00″ Nord 11° 37′ 00″ Est / 52.133333, 11.616667 ()  
Altitude 43 m
Superficie 20 094 ha = 200,94 km2
Localisation

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Magdebourg

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Magdebourg
Liens
Site web www.magdeburg.de

Magdebourg, en allemand Magdeburg, est une ville d'Allemagne orientale, capitale du Land de Saxe-Anhalt, sur les rives de l'Elbe. Sa population s'élève à 230 000 habitants.

Choisie par le premier empereur germanique Othon Ier (Otto der Grosse) vers 936 pour être la nouvelle capitale de l'Empire, Magdebourg a toujours été une des villes majeures de la vallée de l'Elbe. Centre d'échanges agricoles et de commerce des Saxons, à proximité des riches terres lœssiques des Börde, au contact de la grande plaine du nord et des massifs hercyniens, port fluvial d'importance capitale sur l'Elbe, Magdebourg est la cité archi-épiscopale pivot de l'évangélisation chrétienne des peuples du nord et de l'est avant d'être pendant longtemps une des plus importantes cités du Saint-Empire romain germanique. Devenue place forte protestante stratégique, Magdebourg est complètement ravagée par un terrible incendie. Si la légende exagère le massacre intégral de la population après sa prise d'assaut par des mercenaires impériaux catholiques menés par le général Tilly le , il n'en est pas moins vrai que Magdebourg subit de plein fouet les terribles bouleversements de la guerre de Trente Ans en Allemagne. La cité protestante s'appliqua à reprendre avec brio sa place économique au point de devenir synonyme de ville usine, mais ne retrouva jamais son ancien rôle central en droit judiciaire et politique. Elle fut rapidement prise dans l'orbite de la Prusse et sa région était appelée "Saxe prussienne" au XIXe siècle siècle.

Cette ville est célèbre pour l'expérience des hémisphères de Magdebourg, montrant la force de la pression atmosphérique. Elle fut réalisée par Otto von Guericke, bourgmestre de Magdebourg à partir de 1654.

Géographie[modifier | modifier le code]

Magdebourg, chef-lieu de district sur l'Elbe, se situe au contact des massifs hercyniens de l'Allemagne moyenne et de la grande plaine germanique et polonaise. Cette localisation explique son potentiel démographique et ses capacités d'ouvertures et d'échanges. La ville initialement construite sur une terrasse de la rive gauche dominant le fleuve à un passage facile n'a étendu ses faubourgs sur la plaine inondable en rive droite qu'au XIXe siècle. Elle est pourtant une vieille étape de l'Hellweg, ce faisceau de chemins antiques puis de routes carolingiennes qui suit la bordure septentrionale de l'Allemagne moyenne.

Les Börde dévoilent des sols de lœss égrenés de la plaine jusqu'aux pieds du Harz. Ces riches campagnes et le commerce alimentaire sont à l'origine de la prospérité précoce des environs, probablement dès les temps laténiens. La ville marchande et industrielle, un des premiers nœuds ferroviaires allemands, important port fluvial sur l'Elbe, au centre d'un excellent réseau de communication, est née des besoins de ce marché agricole, autrefois très prospère, produisant encore céréales, betteraves, pommes de terres et légumes. Les industries alimentaires, sucres et minoteries, jouxtent les industries chimiques, les gros équipements, le travail des métaux, les filatures…

Si l'Elbe a longtemps fait le lien entre le Nord et le Sud, entre Hambourg et Prague, le désenclavement s'est réalisé par des canaux vers le Rhin et l'Oder, puis le Mittellandkanal. Le réseau routier est aussi remarquable, mis à neuf après la Réunification. L'autoroute Berlin-Dortmund passe à proximité de la ville.

La légendaire ville de la fille[modifier | modifier le code]

Magdeburgum en latin médiéval a été traduit ou transcrit en Parthénopolis ou Urbs Verginae, que citent les documents latins. L'interprétation étymologique ancienne du XIe siècle proposait une triviale scission de Magdebourg, faisant apparaître une jeune fille (Magde) et une ville fortifié (Burg) à l'origine antique forteresse. Si les dignitaires religieux ont proposé une miraculeuse apparition de la Vierge avant l'Annonciation, les artisans en suivant le vœu populaire ont souvent représenté sur les armes de la ville une victoire géante couronnée et dressée entre des tours urbaines. La taille colossale de la jeune fille transformée en Victoire a plus tard amené les érudits humanistes à commenter et à réfléchir sur une antique idole païenne.

La forme allemande actuelle Magdeburg est en effet attestée dès 941. Mais la ville apparue dans les cartulaires carolingiens au IXe siècle se nomme Magodaburg, Magadaburc, Magadoburc, voire Magathaburc en vieux-saxon avant d'évoluer vers Magdenbourg et enfin Magdeburg. On peut également proposer un étymon celte magetobriga ou magetobriva, indiquant respectivement un lieu élevé dominant la grande plaine ou un gué vers la grande plaine. Les Saxons, un des plus vieux peuples germaniques connus avant le IIe siècle ont repris le toponyme sans le modifier. Sans doute le comprenaient-ils encore.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il serait illusoire de pérenniser les Saxons en peuple frère des Francs mérovingiens, tels qu'ils l'étaient au VIe siècle. Les anciennes alliances pacifiques sont restées, mais la slavisation intense au cours des VIIe et VIII sièclee ont profondément transformé cette société germanique demeurée païenne. La conquête franque, minutieuse et cruelle pour imposer sa religion, provoque un cataclysme de violence et de dépossession.

Une ville militaire et religieuse saxonne[modifier | modifier le code]

La légende rapporte l'existence d'une place forte saxonne au VIe siècle. Au cours des deux siècles suivants, elle parvient avec peine à résister à la pression slave qui modifie les terres environnantes et oblige à des alliances protectrices. En 784, l'embryon de ville prospère est dévasté par les Wendes.

Mentionnée en 805 dans le cartulaire de Thionville et sans doute plusieurs décennies avant cette date dans les archives de conquête carolingienne, Magdebourg apparaît d'emblée en place de commerce importante, poste avancé du monde chrétien vers les Slavonies, lieu de foires saisonnières. L'Elbe permet les relations avec Hambourg et les villes wendes qui jouent un rôle de carrefour entre Brandebourg slave et Saxe germano-slave. Les souverains carolingiens y affirment leur domination en constituant une vaste marche chrétienne essentiellement au nord de Magdebourg, l'Altmark qui allie commerce terrestre et mission d'évangélisation[1].

Christianisé, conformiste et rentré dans le rang, le monde dirigeant saxon retrouve sa liberté après la décadence carolingienne et ses guerres intestines. La première tentation pacifique est celle de laisser les autres se battre tout seul. Mais comme les Saxons sont craints et respectés, ils sont bientôt appelés à jouer un rôle d'arbitre. Ainsi l'accession royale de Henri Ier l'Oiseleur qui transmet à sa mort sa dignité à son fils Otton Ier de 936 à 973 ouvre la voie à une hégémonie saxonne sur tout l'Empire.

Mais Magdebourg dévastée par un raid hongrois surprise en 923 et soumise à tribut doit d'abord organiser sa défense. Un autre saccage en 925 détruit ce centre de commerce avec les Wendes. Relevée par les rois de Saxe, Henri et Othon, Magdebourg redevient une base de préparation des campagnes militaires, tout en s'affirmant en pôle de l'évangélisation de la marche vers les terres slaves. Partout à son voisinage, des éleveurs et cultivateurs, aussi habiles à s'occuper des troupeaux, à mettre en culture les champs et à utiliser boucliers, épées et lances sur une ligne défensive sont installés. En 937, Othon protège à l'abbaye saint Maurice de Magdebourg fondée sous l'autorité de son père un centre de missionnaires.

C'est tardivement en 955 par la bataille de Lechfeld face aux Hongrois et la bataille de Recknitz sur les rives de la rivière homonyme du Mecklembourg face à une coalition de Slaves de l'Elbe que s'ouvre la voie à la pacification diplomatique et chrétienne. Ces victoires qui attestent la naissance d'une suprématie technique et militaire justifient a posteriori les réformes royales, qui placent désormais les évêchés en acteurs fondamentaux de l'administration des terres et des hommes et nient toute relation contractuelle entre services et bénéfices pour les fonctions régaliennes ou de commandement. Magdebourg par la grâce impériale d'Otton le Grand, devenu protecteur du pape italien, en 962 est promue siège d'archevêché consacré à l'évangélisation des Slaves et des Hommes du Nord : quelques années après sa création et son renforcement en 963 et 968 par la charge des missions lointaines, l'archevêché de Magdebourg regroupe grâce à son statut métropolitain en 976 les évêchés d'Olmütz en Moravie, de Prague en Bohême, de Mersebourg, Meissen, Brandebourg, Havelberg, Oldenbourg en pays slaves, de Posen en Pologne[2]. Pour l'ensemble de ces contrées et même au-delà, le droit saxon et sa littérature, comme le Sachsenspiegel ou miroir des Saxons d'Eike von Repgov, apparue au Xe siècle constituent un socle culturel jusqu'au XVIe siècle.

Une cité chrétienne de l'Empire romain germanique[modifier | modifier le code]

La ville, tournée vers le fleuve, protégée, agrandie, reconstruite par Othon le Grand, gouvernée par ses archevêques, est toutefois entravée dans son essor et n'atteint nullement la plénitude urbaine d'autres cités ecclésiastiques plus anciennes et plus prestigieuses, Cologne, Mayence, Trèves, Augsbourg ou Ratisbonne. Elle est détruite en 983, puis menacée par de brutales insurrections slaves. La colonisation germanique, parfois autoritaire au profit des lignées guerrières saxonnes, se renforce sans que la précarité de la dynastie othonienne n'emporte pourtant les assises chrétiennes de la société. Les marches de Lusace, de Misnie, de Zeitz et de Nordgau se remplissent de paysans germaniques, amorçant une séculaire Drang nach Osten. Symbole de cette première avancée au sud de Magdebourg, l'Anhalt, en 1012, se constitue à partir de la principauté d'Ascanie. La pacification est réalisée définitivement sous Conrad II à partir de 1031.

Magdebourg, qui bat monnaie avec l'argent et le cuivre du Harz, connaît les vicissitudes de la concentration et du lieu de puissance : elle est ruinée par Boleslas en 1013, incendiée en 1180, saccagée en 1214 par Othon IV… mais, à chaque fois, elle se relève avec vigueur. La fertilité des Börde, terres à lœss, fait renaître la ville de ses cendres. Le sel du Lunebourg qui appelle un transport vers les denses régions rhénanes est à l'origine de la puissance de la batellerie de Magdebourg.

La christianisation des campagnes slaves atteint son apogée sous l'archiépiscopat de Norbert de Xanten, fondateur de l'ordre des prémontrés. Son œuvre d'importation d'une culture franco-flamande est d'abord mal reçue, mais elle modifie et rallie les intelligences. Ainsi, partout, s'opèrent aussi une fusion pacifique des populations. Le temps de la cathédrale est désormais venu. Magdebourg érige la sienne entre 1209 et… 1520. Promoteur et aussi bénéficiaire de cette culture venue d'Occident, la classe des financiers-marchands gouverne désormais la ville au XIIIe siècle. Elle accroît son importance économique et administrative, et la fait entrer dans la Hanse.

Le droit de Magdebourg, cité particulière de l'Empire qui possède un statut affirmé de ville libre à la fin du XVe siècle, est un modèle pour l'Allemagne et l'Europe continentale. Il prend encore plus d'ampleur car le noyau formé de la Saxe, de la Silésie, de la Mazovie, de la Galicie et autres confins de Bohême et de Slovaquie échappe à la mort dévastatrice causée par la première épidémie de peste noire en 1349 et 1350, puis en grande partie aux suivantes[3].

Foyer d'urbanité marchande protestante[modifier | modifier le code]

En 1524, Martin Luther, venu de l'université de Wittenberg, y prêche et rallie à la réforme les classes modestes et laborieuses puis, en 1525, les dirigeants de la ville avec la fondation d’une école « évangélique », la Johannisschule, dont il confie la direction à Caspar Cruciger. L’archevêque protestant, qui impose la réforme luthérienne par le haut, ne peut empêcher l’iconoclasme et la destruction des symboles de l'ancien monde chrétien. Magdebourg, centre du protestantisme, rentre dans la ligue de Smalkalde en 1531. Après la défaite de Mühlberg, la cité en sursis résiste. Elle est mise au ban de l'Empire en 1548. Elle est assiégée en 1550 par Maurice de Saxe, l'électeur de l'Empire promu de la branche albertine. Elle est prise en 1551.

Mais la ville affirme sa souveraineté protestante. Elle s'allie à la Suède pendant la guerre de Trente Ans. En 1629, elle est assiégée à diverses reprises, sans succès, puis bloquée plus de six mois par les Impériaux de Wallenstein avant qu'ils ne battent en retraite, enfin prise d'assaut et mise à sac effroyable par le général Tilly, le 10 mai 1631. La dévastation et l'incendie auraient fait périr 25 000 personnes sur les 30 000 qui peuplaient la ville, laquelle est quasiment effacée de l'Empire. La Saxe électorale lui sauve la mise et vient à sa rescousse en s'alliant à la Suède. À peine relevée, en 1635, elle doit subir le siège des Impériaux et des Saxons de la principauté électorale[4]. Lasse, elle capitule en 1636.

La ville dévastée peine à se reconstruire et l'archevêché de Magdebourg, sécularisé lors du traité de Westphalie de1648, sera rattaché au Brandebourg à titre de duché et de fief d'Empire en 1680. Le Grand Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg reçoit certes une ville ruinée et endettée, mais sa bonne gestion présage un vif redressement. Otto von Guericke, le bourgmestre de la reconstruction, s'attelle à ses travaux scientifiques sur l'électricité et le vide, concevant entre autres un baromètre et une pompe pneumatique. Il en fait la démonstration en 1654 devant la Diète à Ratisbonne, puis en 1656 il réalise à Magdebourg, de même que quelques années plus tard à la cour du Grand Électeur, la célèbre expérience des hémisphères de Magdebourg qui illustre l'action de la pression atmosphérique.

Le Grand Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg fait appel à des huguenots français quelques jours après la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, pour qu'ils donnent une impulsion nouvelle au développement de la région. Son fils Frédéric III, futur Frédéric Ierde Prusse, continue à accueillir des réfugiés réformés à l'exemple de son père. En particulier après la dévastation du Palatinat rhénan par Louvois, il force les édiles récalcitrants de Magdebourg à ouvrir leurs portes à 7000 Wallons et autres réfugiés protestants venus de Mannheim. En 1708, la ville porte réclamation au souverain. Le roi répond cavalièrement que le coût des premiers logements et entretiens des étrangers est compensé bien au-delà de la charité chrétienne par les investissements immobiliers croissants et le labeur ultérieur des réfugiés industrieux[5]. La population, le budget de la cité n'ont-ils pas cru continûment de 1689 à 1708 ? La ville a aussi multiplié ses capacités d'exportations par sa production de tabac et de laine.

Cette politique d'absorption de réfugiés politiques ou économiques, notamment venus de la Saxe et des abords bohémiens et moraves, est continûment menée jusque sous Frédéric II. La Prusse maîtrise le commerce du blé jusqu'à la Baltique et s'affirme déjà en grande puissance nourricière avant d'entamer un gigantesque rattrapage à la fin de l'époque des Lumières. Le legs dialectal des réfugiés est toutefois audible deux siècles plus tard, preuve de la lenteur de cette assimilation régalienne pacifique. On reconnaît encore divers isolats français, palatins, saxons, moraves, slaves… par les accents des locuteurs germaniques.

Centre administratif prussien et carrefour d'échanges commerciaux[modifier | modifier le code]

La cité, l'ancien archevêché sécularisé et l'Altmark sont annexés à la Prusse en 1680, devenant ainsi une place forte de la province prussienne de Saxe sur la grande route qui mène à Hanovre et au-delà au Rhin. La Prusse héritière du Brandebourg est déjà par sa possession de Magdebourg une puissance incontournable de la vallée moyenne de l'Elbe. Le droit municipal de Magdebourg est un modèle pour la Prusse.

Prise par les divisions françaises pendant la campagne éclair de 1806, Magdebourg est occupée par les troupes du maréchal Ney puis rejoint tardivement le royaume de Westphalie en 1813 avant de devenir chef-lieu éphémère du département de l'Elbe. Elle est occupée par les troupes prussiennes après la victoire décisive de la coalition à Leipzig, et récupérée diplomatiquement par le royaume de Prusse au congrès de Vienne en 1815.

L'industrie très active dans ce grand port fluvial explique la croissance accélérée de la ville au XIXe siècle. 1838 voit la création d'une première société de navigation à vapeur et d'une première entreprise de fabrication de machine. Les premières voies ferrées sont inaugurées en 1839. Bientôt les lignes Hanovre-Berlin et Leipzig-Halle-Magdebourg-Hambourg sont projetées et s'y croisent.

L'essor du commerce fluvial, puis ferroviaire fait aligner le long de l'Elbe des entrepôts commerciaux après 1860. L'industrie active se déploie sur différents secteurs :

– aliments et boissons : minoterie, chicorée, sucre, eaux de vie de betteraves, bière… ;
– textiles et cuirs : lainage, cotonnades, draps en lin, soieries, dentelles, gants… ;
– céramiques ;
– tabac.

En 1868, la population atteint 78 666 habitants. La ville forte des états prussiens à 140 kilomètres à l'Ouest-sud-ouest de la capitale Berlin est le chef-lieu de la province de Saxe. Elle commande à un Kreis ou cercle, mais aussi à un niveau supérieur la régence de Magdebourg, divisée en 15 cercles qui couvrent une partie de l'ancien duché-archevêché, regroupant en un seul territoire 11 340 km² et 749808 habitants. La régence de Magdebourg traversé par l'Elbe coulant vers le nord se place sur un axe orienté entre les régences de Mersebourg et de Potsdam, ainsi qu'entre le duché d'Anhalt établi à Dessau au sud et le duché de Brunswick et le Hanovre au nord. La régence qui comprend une partie des Börde fertiles en céréales, légumes, fruits, chanvre, lin et tabac est traversée par la Bode, la Saale, la Havel et le canal de Plauen. L'exploitation de fer, de charbon ou houille, de tourbe et de sel est en croissance continue depuis deux décennies.

Magdebourg, ville administrative et religieuse, accueille l'évêque évangélique, des tribunaux civil et criminel et une cour d'appel, un comptoir de la banque de Berlin. Outre des bibliothèques, elle est une ville de culture et d'éducation, rassemblant deux Gymnasium ou lycées, une école normale primaire, une école de chirurgie, une école d'accouchement, une école de commerce, une école d'arts et métiers, une école de beaux-arts, un théâtre.

D'après les observateurs avant 1870, la ville est bien bâtie et divisée communément en cinq parties :

– Neustadt, la ville neuve après la guerre de Trente Ans ;
– Altstadt, la vieille ville ;
– Neumark ;
– Sudenbourg ;
– Friedrichstadt.

Les principaux édifices sont la cathédrale gothique qui protège le tombeau d'Othon le Grand, l'église Saint-Jean où se trouve le tombeau de Lazare Carnot, la maison du gouvernement, l'hôtel de ville devant lequel se dresse une statue équestre de Othon le Grand. Il y a aussi sur un plan militaire la citadelle dans une île de l'Elbe, l'arsenal et le fort de l'Étoile.

Magdebourg est un centre de chemin de fer, nœud de réseau, en particulier :

– ligne Berlin - Hanovre et Cologne ;
– ligne Magdebourg - Leipzig ;
– Berlin - Hambourg.

La navigation sur l'Elbe canalisée révèle un commerce actif. Le port abrite communément plus de 5 000 navires. Au début du XXe siècle, le Mittellandkanal relie la Ruhr à Berlin. Magdebourg est devenue un grand centre industriel à proximité des potasses de Saxe.

Ville-port industriel d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Magdebourg, où s'installent des usines Krupp, est un grand centre sidérurgique avant et pendant le second conflit mondial. Conscient de la perte des ressources minières d'Alsace-Moselle et des besoins d'importations de minerais de fer, l'ancien konzern en perte de puissance rééquilibre ses installations sur un plan géographique. Il y construit un important ensemble d'aciéries, de fonderies et d'usines mécaniques au sortir du premier conflit mondial. La production de machines-outils et de machines agricoles est d'abord privilégiée avant l'émergence d'une industrie subventionnée par l'État nazi en faveur du réarmement après 1933. Pourtant la ville connaît une réelle stagnation durant l'entre-deux-guerre : elle atteint 280 000 habitants en 1920, puis 330 000 habitants en 1939 par absorption d'autres centres voisins.

Dès la fin 1940, la ville, et sa banlieue, où l'on fabrique des machines-outils, sont soumises aux raids aériens britanniques. La ville est à deux-tiers détruite par les intenses bombardements anglais avant la fin 1941. Le , un intense bombardement aérien détruit le centre à 90 %. Au terme de la guerre, beaucoup d'habitats sont anéantis, quantité d'industries a de graves dégâts ou a été délocalisé.

De 1945 à 1948, le contexte économique est dramatique. Depuis 1949, à côté des machines lourdes et des automobiles, de arts céramiques et du travail du bois, les spécialisations chimiques s'imposent après 1960 : huiles et carburants, caoutchouc de synthèse, textiles artificielles. Le raffinage du sucre de betteraves, importées des Börde voisines, couvre le marché de la république démocratique allemande. Mais le déclin commercial touche déjà le port intérieur le plus important de la RDA, siège du chantier naval Edgar-André qui préserve la fabrication de bateaux. Vanté par le régime autoritaire comme la ville des équipements lourds, qui a préservé die Stadt des Schwermaschinenbaus, elle montre le résultat de la reconstruction socialisante : building à grand commerce, maison de enseignants, maison du Parti… En 1962, le district de Magdebourg atteint 1 445 000 et la ville centre compte 268 000 habitants. À la fin des années 1970, la population ne dépasse qu'à peine 280 000.

La cathédrale, la plus haute de l'est de l'Allemagne, avec sa flèche de cent quatre mètres, et nombre d'édifices publics sont reconstruits.

Magdebourg après 1990[modifier | modifier le code]

La ville est en pleine mutation depuis la réunification de l'Allemagne, période difficile d'adaptation qui a vu la population urbaine chuter de 290 000 à 230 000 habitants après de grosses transformations urbaines.

Un pont-canal de neuf cent dix-huit mètres a été récemment construit. Il est le plus long d'Europe.

Industrie[modifier | modifier le code]

Magdebourg est l'un des plus anciens centres industriels d'Allemagne, favorablement située au carrefour entre l'Allemagne et l'Europe et dont la grande fertilité des terres de l'ouest de l'Elbe ainsi que l'abondance des ressources minérales telles que la potasse, le sel et le lignite en font une ville avantagée.

Jusqu'au XIXe siècle, le commerce et les échanges de l'Elbe s'appuyaient sur des privilèges tels que le droit de pile, de marché et de monnaies. Ont commencées ensuite à se former des entreprises mécaniques comme la "petite baraque" ou encore la "compagnie de navigations à vapeur de Magdebourg" créées par des entrepreneurs mécaniques connus. Grâce à l'extension du réseau de chemins de fer à Magdebourg l'économie a continué de croître. Actuellement, de nouvelles entreprises de la branche de construction mécanique se trouvent dans la ville. Magdebourg occupe également la première position en matière de production d'installations éoliennes au monde.


De nombreuses entreprises y sont implantées :

– la Deutsche Bahn AG ;
– l'entreprise des supermarchés EDEKA ;
– l'entreprise du groupe REWE Group ;
– la Stadtsparkasse Magdeburg ;
– le fabricant d'éoliennes Enercon qui a deux mille employés.

Transports[modifier | modifier le code]

La ville possède un réseau de tramways, qui compte 12 lignes.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Le patrimoine de Magdebourg consiste essentiellement en sa cathédrale (Dom) Saint-Maurice-et-Sainte-Catherine, l'un des monuments majeurs de l'architecture et de la sculpture gothiques en Allemagne, à laquelle s'ajoute la célèbre statue du Magdeburger Reiter. Longtemps marqué et presque écrasé par les bâtiments soviétiques de la reconstruction d'après-guerre, le centre-ville de Magdebourg met davantage son patrimoine à l'honneur depuis la réunification allemande de 1990, notamment dans le quartier de la cathédrale et des bords de l'Elbe. La partie la mieux conservée de la ville, avec quelques belles demeures du XIXe siècle, est l'extrémité sud du centre-ville, près de Hasselbachplatz.

Magdebourg, un des prestigieux centres religieux du Saint Empire médiéval, archevêché au Xe siècle a possédé un ensemble cathédral érigé surtout entre le XIIe siècle et le XIVe siècle. Il en reste une ancienne abbaye Notre-Dame romane construite en 1160 et surtout sa cathédrale gothique consacrée en 1363 avec en son chœur le sarcophage d'Othon le Grand et les tombeaux des archevêques Friedrich von Stettin et Wichmar von Seeburg.

Le chevet de la cathédrale de Magdebourg est considéré comme le plus ancien monument gothique du domaine germanique car il fut commencé en 1209. L'esthétique du rez-de-chaussée conserve de nombreux traits de l'art roman mais au niveau médian sa tribune (Bischofsgang) possède des voûtes sur croisées d'ogives remarquables. Les grandes statues qui ornent les colonnes du chœur (colonnes de marbre antique issues de la première cathédrale ottonienne) sont très originales et ont fait penser qu'un portail inspiré de celui de Notre-Dame de Paris avait été prévu dans un premier temps avant d'être transposé en quelque sorte dans le chœur[6].

Particularité de la cathédrale de Magdebourg, l'entrée ne s'effectue pas à l'ouest, où le portail a été condamné et où a été créée une chapelle funéraire, mais sur les côtés. La plus remarquable des entrées latérales est le portail du paradis avec ses vierges sages et vierges folles du début du XIIIe siècle, dont les sourires et les pleurs très expressifs rappellent les sculptures du portail de la cathédrale de Bamberg. Les parties occidentales sont achevées en 1520 avec la construction de sa tour ouest, haute de 103 m. Très tôt passée à la réforme luthérienne, la cathédrale ne connut aucun iconoclasme et constitue à elle seule un musée de sculpture du Moyen Âge à la Renaissance. La chaire protestante est particulièrement riche de détails iconographiques sculptés.

L'abbaye Notre-Dame (Kloster Unser Liebenfrauen), dont l'église est dotée d'un massif occidental ou Westwerk roman encadré de deux tourelles, fut affectée à l'ordre des Prémontrés qui durent y renoncer en 1632 pendant la guerre de Trente Ans. L'abbaye servit ensuite de séminaire et d'école jusqu'en 1945. Depuis 1974, elle abrite un musée des Beaux-Arts qui est ensuite devenu lieu d'expositions temporaires d'art contemporain. L'église abbatiale a servi de salle de concerts après 1977.

La trace du monastère saint Maurice, emplacement du plus ancien sanctuaire relevé par Henri Ier l'Oiseleur, père d'Otton, est perpétuée au Dom Sankt Mauritius.

L'église Saint-Jean est la plus ancienne église de la ville (on évoque son nom dès 941). Luther y prêcha en 1524 (monument commémoratif devant l'église) et elle fut détruite jusque dans ses murs de clôture pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle sert aujourd'hui de salle de spectacles et d'expositions.

L'église Saint-Sébastien (XIIIe et XVe siècle) est devenue la cathédrale catholique de la ville (Kathedrale St. Sebastian) avec l'érection de Magdebourg en évêché par le pape en 1994, suite à la réunification allemande qui a rendu nécessaire la création de ce nouvel évêché à partir de celui de Paderborn, en Allemagne de l'Ouest.

Plusieurs sculptures semblent honorer le roi et empereur Otton Ier qui avait fait de Magdebourg sa capitale et son lieu de sépulture, tout en érigeant la ville en principauté épiscopale au détriment d'Halberstadt : dans un original édicule à l'intérieur de la cathédrale de Magdebourg, deux statuettes de style roman tardif représentent un roi et une reine considérés comme Othon et Edith. Mais il faut surtout citer le Magdeburger Reiter, statue équestre d'un empereur entouré de deux figures féminines allégoriques dont l'original (vers 1240) constitue le chef-d'œuvre du Kulturhistorisches Museum. Une réplique a été mise sur la place du Marché, près de l'hôtel de ville.

L'ancienne cité de la Hanse a conservé un hôtel de ville, le Rathaus reconstruit de 1691 à 1698 dans un style Renaissance et restauré après 1950. Suite à des fouilles archéologiques ont été récemment mises en valeur les profondes et hautes fortifications (Festung) derrière la cathédrale, le long de l'Elbe.

L'hôtel des postes, bien que reconstruit après la deuxième guerre, demeure un bel exemple de néo-gothique tardif allemand avec ses formes flamboyantes et arcs en accolade.

La citadelle verte, inaugurée fin 2005, est l'un des derniers projets de Friedensreich Hundertwasser. L'artiste autrichien a voulu concevoir une « oasis pour l'homme et la nature dans un océan de maisons rationnelles ». La réalisation de cet ensemble architectural a été très controversée. La citadelle verte abrite aujourd'hui plusieurs dizaines d'appartements, des bureaux, un hôtel, des boutiques ainsi qu'une exposition permanente rassemblant des œuvres de Hundertwasser.

Citadelle verte de Friedensreich Hundertwasser

Université[modifier | modifier le code]

L'université Otto von Guericke a ouvert ses portes en 1993. Elle accueille environ 12 000 étudiants par an. Neuf sections y sont ouvertes : mathématiques, informatiques, sciences de la nature, génie mécanique, génie électronique et de l'information, génie des systèmes et des procédés, sciences humaines et sociales, économie, gestion et médecine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Personnalités nées ou mortes, ou ayant vécu, à Magdebourg[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Gisela Zander, Magdeburger Biographisches Lexikon, Magdeburg 2002, ISBN 3-933046-49-1 Site d'entrée vers le dictionnaire magdebourgeois

Site de l'université de Magdebourg

Magdeburg 1200, Mittelalterische Metropole, preussische Festung, Landeshauptstadt, die Geschichte der Stadt von 805 bis 2005, dir. M. Puhle, catalogue d'exposition du Kulturhistorisches Museum de Magdebourg, 2005, ISBN 3-8062-1933-8

Aufbruch in die Gotik, der Magdeburger Dom und die späte Stauferzeit, dir. M. Puhle et G. Köster, Mayence, Philippe von Zabern, 2009, ISBN 978-3-8053-4062-5.

Thomas Flum, notice "Magdebourg" dans Dictionnaire d'histoire de l'art du Moyen Âge occidental, Paris, 2009, p. 562, ISBN 978-2-221-10325-8.

Jumelages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Altmark ou vieille marche est la terre de la dynastie des Billung
  2. Il s'agit bien sûr d'une extension maximale, avant les créations autonomes des archevêchés de Gniezno en Pologne et de Gutta en pays magyar, voire des évêchés de Aarhus et Ribe au Danemark ensuite affiliés à Hambourg. Magdebourg reste un lieu de départ de mission vers la Pologne et les confins germano-polonais. Notons une autre marche slave lancée par Othon, celles de Styrie et Carinthie afin de protéger l'Italie chère à son épouse Adélaïde.
  3. Voilà un des noyaux denses et résistants qui empêche, en organisant le front militaire, l'arrivée ottomane au XVIe siècle
  4. Ces derniers ont, sous la conduite de Jean-Georges Ier (1611-1656), rejoint le camp impérial.
  5. Charles Weiss, Histoire des réfugiés protestants de France
  6. Sur la naissance de l'art gothique à Magdebourg et en Allemagne, voir le catalogue de l'exposition des 800 ans de la cathédrale gothique, en deux volumes (t. 1 : essais, t. 2 : catalogue des œuvres exposées) sous la dir. de M. Puhle et G. Köster, Aufbruch in die Gotik, der Magdeburger Dom und die späte Stauferzeit, Mayence, Philippe von Zabern, 2009. Sur l'hypothèse d'Adolph Goldschmitt de 1899 qui a imaginé avec beaucoup de talent un projet de portail non réalisé, voir les notices II.11 et II.12 p. 47-53 du tome II.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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