Pierre Daumesnil

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Pierre Daumesnil
Image illustrative de l'article Pierre Daumesnil

Surnom
Jambe de Bois
Naissance
Périgueux
Décès (à 56 ans)
Vincennes
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Drapeau français Royaume de France
Arme Cavalerie
Garde impériale
Grade Lieutenant-général
Années de service an II1832
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Commandement Château de Vincennes
Faits d'armes 1809 : Bataille de Wagram
Distinctions Baron de l'Empire
Légion d'honneur
(Commandant)
Ordre de Saint-Louis
(Chevalier)
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile (8e colonne)

Pierre Yrieix Daumesnil, surnommé la Jambe de bois, né à Périgueux le , mort le , était un général français lors du Premier Empire et de la Restauration.

Général d'Empire[modifier | modifier le code]

Fils d'un perruquier, Daumesnil reçut une éducation fort incomplète, et s'enrôla très jeune. Son père, ancien capitaine de cavalerie qui s'était livré au commerce, le destinait à cette carrière, mais le jeune Daumesnil s'engagea à 17 ans dans le 22e régiment de chasseurs à cheval le 25 ventôse an II

Guerres révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Grièvement blessé au combat d'Elne, le 2 fructidor an II, il rejoignit son régiment en Italie au commencement de l'an IV, fut admis le 25 prairial an V, avec le grade de brigadier, dans les guides du général Bonaparte, et passa maréchal-des-logis le 7 brumaire an VI.

Un des premiers, il monta à l'assaut de Saint-Jean-d'Acre, y reçut un coup de sabre, et fut précipité du haut des remparts dans le fossé par l'explosion d'une mine. Dans cette campagne, il sauva deux fois la vie du général Bonaparte[1]. Le général en chef le fit passer aussitôt dans le régiment des guides, où il déploya en vingt circonstances la plus rare intrépidité, notamment à la bataille d'Aboukir, le 7 thermidor an VII, où il s'empara de l'étendard du capitan-pacha.

De retour en France avec Bonaparte, il entra dans les chasseurs à cheval de la Garde des consuls le 13 nivôse an VIII, y fut nommé adjudant-sous-lieutenant le 16 floréal, et lieutenant (29 messidor). Daumesnil suivit le premier Consul en Italie (1799-1800) et combattit à Marengo.

Guerres napoléoniennes[modifier | modifier le code]

Capitaine le 13 messidor an IX, et membre de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII, il fit les guerres d'Autriche (an XIV), de Prusse (1806) et de Pologne (1807). Chef d'escadron après Austerlitz (27 frimaire an XIV) et officier de l'Ordre le , il est sur les champs de bataille d'Iéna, Eylau et Friedland.

Il suivit l'Empereur en Espagne en 1808. Dans l'insurrection du 2 mai à Madrid ce fut lui qui, à la tête des chasseurs à cheval de la Garde impériale, commanda la principale charge de la cavalerie française contre les habitants de Madrid dans la grande rue d'Alcalá. Il eut deux chevaux tués sous lui par le feu des insurgés.

Daumesnil fit partie en 1809 de l'armée d'Allemagne, se trouva à la bataille d'Eckmühl, fut promu au grade de colonel-major le 15 juin, créé baron de l'Empire, et tomba blessé à la jambe gauche sur le champ de bataille de Wagram le 6 juillet, étant à peine remis d'un coup de lance qui lui avait percé le corps au commencement de la campagne. Amputé deux fois en quelques jours, il eut le bonheur de se rétablir, et l'Empereur lui conserva son emploi.

Général de brigade, commandant de la Légion d'honneur et du château de Vincennes le , il fut investi le 18 du même mois du titre de gouverneur de cette place, d'où sortirent pendant les quatre dernières années de l'Empire jusqu'à 350 mille cartouches et 40 mille gargousses par jour. Son importance était si grande, que l'Empereur, dans un ordre spécial, prescrivait au général Daumesnil d'y loger, de ne jamais découcher, et de ne pas s'en absenter un instant sans ordre.

La défense du fort de Vincennes[modifier | modifier le code]

La capitulation signée le à 5 heures du soir, prescrivait que le matériel qui couronnait les hauteurs de la capitale devait être livré le lendemain à l'ennemi. Daumesnil, la nuit-même, sortit de Vincennes avec 250 chevaux, enleva et introduisit dans la place canons, fusils et munition : matériel estimé à plusieurs millions.

Le général Daumesnil refuse de livrer Vincennes (huile de Gaston Mélingue, 1882), Mairie de Vincennes.

La capitale était occupée par les Alliés austro-russo-prussiens depuis plusieurs semaines que Daumesnil tenait encore. Les alliés réclamèrent en menaçant le général. On ne parlait, dans Paris, que de la gaîté de sa réponse aux sommations russes : « Quand vous me rendrez ma jambe, je vous rendrai ma place ! » Il défendit ce poste avec le plus grand courage contre les troupes alliées.

La Restauration elle-même crut devoir honorer ce beau caractère : elle retira à Daumesnil le gouvernement de Vincennes, mais elle lui donna en échange celui de la petite place de Condé et la croix de Saint-Louis (). L'apparition de Napoléon sur les côtes de Provence devait naturellement rendre le vieux soldat à toute l'ardeur de ses affections pour l'empereur. Cependant, fidèle à ses nouveaux serments, Daumesnil n'arbora les couleurs nationales sur la citadelle de Condé que le 22 mars, c'est-à-dire après le départ des Bourbons.

Le soir où Napoléon remettait le pied à Paris (), Daumesnil rentrait dans Vincennes.

Bien que la paix ait été signée au traité de Vienne, les forces d'occupation prussiennes voulaient dépouiller les places fortes et arsenaux français sous prétexte de compensation de celui qui leur avait été enlevé lors des conquêtes napoléoniennes. L'arsenal de Vincennes renfermait un matériel considérable: plus de 52 000 fusils neufs, plus de 100 pièces de canon, plusieurs tonnes de poudre, balles, boulets, obus, sabres… Le général baron Karl von Müffling (de), commandant en chef du corps prussien qui occupait Paris, avait essayé par tous les moyens oratoires de pénétrer dans le château. Le général fut de nouveau sommé de se rendre lorsque la capitale fut encore envahie : « Nous vous ferons sauter, dit un des parlementaires. — Alors je commencerai, » répondit le brave général, en lui montrant une énorme quantité de poudre ; «  nous sauterons ensemble. » Blücher lui fit proposer un million pour prix d'une capitulation, Daumesnil rejeta ses offres avec mépris. « Mon refus, dit-il, servira de dot à mes enfants. » Impatient de rester inactif dans ses murs, il fit une sortie à la tête de quelques invalides, prit et reprit trois fois le village de Vincennes, et ramena des canons prussiens dans la place.

Il parvint à faire parvenir au ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, un billet glissé dans la jarretière d'une femme, dans lequel il sollicitait l'aide du roi. Le général de Rochechouart, commandant la place de Paris, fut envoyé à son secours. Le récit de ce dernier témoigne de l'extraordinaire courage du général Daumesnil, qui résistait avec une armée inférieure à 200 sous-officiers [2]. Cinq mois après il capitula devant les Bourbons et sortit de la forteresse avec le drapeau tricolore. Le 8 septembre de la même année, Daumesnil fut mis à la retraite par le gouvernement royal.

Le baron Daumesnil vivait dans la retraite quand la révolution de Juillet 1830 éclata : un des premiers actes du gouvernement fut de lui rendre le commandement de Vincennes, dont la Restauration l'avait dépouillé. Il y rentra le 5 août, et fut promu au grade de lieutenant-général le .

Les ministres de Charles X étaient emprisonnés au donjon de la forteresse, en attendant que la Cour des pairs se prononçât sur leur sort. Quand le peuple exalté sous les murs de Vincennes[3] demanda la tête des ministres, Daumesnil lui répondit : « Ils n'appartiennent qu'à la loi, vous ne les aurez qu'avec ma vie, » et son énergie ramena bientôt à la raison cette multitude égarée. Lorsqu'il fallut transférer les ministres à la maison d'arrêt de la chambre des pairs, on craignit une nouvelle tentative contre leur vie. L'un d'eux était malade. Daumesnil, en grand uniforme, le plaça à ses côtés, dans sa voiture, et, aussi intrépide que généreux, il traversa la foule silencieuse et menaçante qui affluait sur son passage. Il se dirigea au pas vers le Palais du Luxembourg, et remit, sain et sauf, au commandant du palais le proscrit confié à sa garde.

Le baron Daumesnil est mort du choléra, à Vincennes, le 17 août 1832. Les Chambres accordèrent une pension[4] à sa veuve[5]. Elle fut nommée par Napoléon III surintendante de la maison impériale de Saint-Denis.

Titres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommage, honneurs, mentions…[modifier | modifier le code]

Statue Daumesnil à Vincennes

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Armes du baron Daumesnil et de l'Empire

Coupé le premier parti de sinople, au cor de chasse d'or et de gueules au signe des barons tirés de l'armée, le deuxième d'azur au trophée de sept drapeaux et deux fusils avec bayonnettes d'argent, soutenus de deux tubes de canon du même.[6],[7],[8],[9]

Livrées : les couleurs de l'écu[6].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Mullié indique que Daumesnil était un de ces braves grenadiers qui donnèrent une preuve si touchante de leur dévouement héroïque au général en chef de l'armée d'Égypte, en le couvrant de leurs corps pour le garantir des éclats d'une bombe tombée à ses pieds.
  2. "Voici le résumé de notre conversation que je vais rendre en forme de dialogue, afin de ne rien lui ôter de sa singularité:
    (…)-Daumesnil: J'ai fait entrer le colonel prussien dans cette même chambre où nous sommes. C'est ma chambre à coucher. Vous voyez quel en est l'ameublement. (c'était une pièce de canon de 24 sur affût; la grande fenêtre de cet appartement, occupé par la régente Anne d'Autriche (1601-1666), lui servait d'embrasure; d'un côté, l'on voyait une pile de boulets, de l'autre des cartouches de mitrailles). Puis je lui ai dit qu'à moins d'un ordre signé de la main du roi de France, je ne rendrai pas la place dont la défense m'était confiée. Je repousserais donc toute attaque et qu'enfin, si je voyais que je ne pouvais plus résister, voilà quelle était ma dernière ressource. Je lui montrai alors cette petite trappe que voici. En la levant, je le prévins qu'elle correspondait par un tuyau de fer-blanc avec la grande poudrière qui est ci-dessous, et qu'alors j'y mettrais un tissu enflammé qui nous ferait tous sauter.
    -Rochechouart: Quel effet cette menace a-t-elle produit?
    -Daumesnil: L'air avec lequel je l'ai articulé lui a prouvé que j'étais bien décidé à le mettre à exécution. Le colonel s'est retiré en me disant que j'assumais une terrible responsabilité sur ma tête. "Je m'en inquiète peu, ai-je répondu. Quelle responsabilité peut encourir un mort? Je périrai avec gloire, en donnant à mon pays la dernière preuve de dévouement qui soit à ma disposition." in Général Louis-Victor-Léon de Rochechouart, Souvenirs sur la Révolution et l'Empire, Plon.
  3. Impatient des lenteurs d'une justice équivoque, le peuple demandait à grands cris la tête des coupables. Un jour, la foule rugissante se présente aux portes de Vincennes, et réclame impérieusement des hommes qu'elle appelle ses bourreaux, et qu'une intrigue coupable veut soustraire à la vengeance nationale. Daumesnil fit baisser le pont-levis, et, s'avançant seul vers le peuple furieux :
    «— Que voulez-vous? lui dit-il.
    — La tête des accusés.
    — Mais vous ne savez donc pas qu'elle n'appartient qu'à la loi, et que vous ne l'aurez qu'avec ma vie; retirez-vous, et ne souillez pas votre gloire.
     »
    Ces mots suffirent pour ramener ces hommes exaspérés; les cris de Vive Daumesnil ! honneur à la jambe de bois ! succédèrent aux clameurs d'une haine fanatique.
  4. La chambre des députés ayant eu a prononcer sur une pension de six mille francs en faveur de sa veuve, ainsi que de la veuve du général Decaen, la résolution parut avoir été adoptée par la majorité ; mais elle fut ensuite rejetée au scrutin secret. De vives réclamations s'élevèrent contre cette décision, et l'on ouvrit aussitôt dans plusieurs endroits, notamment à Vincennes, en faveur de Mme Daumesnil et de ses trois enfants, une souscription, à laquelle se firent inscrire des hommes de tous les rangs et de toutes les opinions, particulièrement M. Dupin, président de la chambre des députés, le général Donnadieu et M. de Dreux-Brézé.
  5. Anne Fortunée Léonie Garat ( - Le Chesnay - Paris), fille de Martin Garat, directeur général de la Banque de France.
  6. a et b PLEADE (C.H.A.N. : Centre historique des Archives nationales (France))
  7. Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : contenant la description des armoiries des familles nobles et patriciennes de l'Europe : précédé d'un dictionnaire des termes du blason, G.B. van Goor,‎ 1861, 1171 p. (lire en ligne), et ses Compléments sur www.euraldic.com
  8. Source : www.heraldique-europeenne.org
  9. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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