Michel Ney

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ney.
Michel Ney
Image illustrative de l'article Michel Ney

Surnom « Le Brave des braves »
« Le Lion rouge »
« Le Rougeaud »
Naissance
à Sarrelouis, Allemagne
Décès (à 46 ans)
à Paris, France
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Arme Grande Armée
Grade Maréchal d'Empire :19 mai 1804
Années de service 1787 – 1815
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes 1800 : Bataille de Hohenlinden
1805 : Bataille d’Elchingen
1805 : Bataille d’Ulm
1806 : Bataille d’Iéna
1807 : Bataille de Friedland
1807 : Bataille d’Eylau
1809 : Bataille de Ponte Sampaio
1811 : Bataille de Redinha
1812 : Bataille de Smolensk
1812 : Bataille de la Moskowa
1812 : Bataille de la Bérézina
1815 : Bataille de Waterloo
Distinctions Grand-aigle de la Légion d'honneur :2 février 1805
Duc d’Elchingen
Prince de la Moskowa
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile :13ème colonne
Boulevard Ney
Voir section « Hommages et postérité »
Famille Famille Ney

Michel Ney, duc d’Elchingen, prince de la Moskowa, maréchal d’Empire, né le 10 janvier 1769 à Sarrelouis en Lorraine (département de la Moselle en 1790, aujourd'hui en Allemagne dans le Land de la Sarre) et fusillé le 7 décembre 1815 place de l’Observatoire à Paris, est un militaire français commandant pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire.

Le maréchal Ney, qui figure dans la première promotion des maréchaux nommés par Napoléon Ier en 1804, était surnommé par l'Empereur le « Brave des braves »[Note 1].

Origines et jeunesse sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

D'origine modeste, Michel Ney est le deuxième fils de Pierre Ney (1738–1826), petit artisan tonnelier qui avait combattu dans l'armée du roi pendant la guerre de Sept Ans, et de sa femme Margarethe Grewelinger (1739–1791). Ses grand-parents paternels sont Matthias Ney (1700–1780) et Margarethe Becker (morte en 1767) ; alors que les parents de sa mère sont Valentin Grewelinger et Margaretha Ding[1].

Il naît à Sarrelouis, en Lorraine, le 10 janvier 1769. Sa ville natale est une enclave où l'on parle français, dans une région alors germanophone. Aussi, le jeune Michel apprendra les deux langues. Il reçoit une formation de base insuffisante, au Collège des Augustins de Sarrelouis. Il débute comme clerc de notaire, avant de devenir contremaître des mines et des forges. Il abandonne un travail de bureau pour entrer au service à l'âge de 19 ans, comme hussard, dans le 5e régiment de Colonel-Général à Metz, en 1787, contre l'avis de son père. Après être passé par tous les grades inférieurs, il devient sous-officier à la Révolution française.

Guerres de la Révolution[modifier | modifier le code]

Michel Ney, sous-lieutenant au 4e de hussards en 1792, Adolphe Brune (Paris, 1802 ; Paris, 1875), 1834.

Le général Kléber le fait nommer lieutenant de l'armée du Rhin en 1792, capitaine en 1794, puis chef d'escadron et adjudant-général. C'est un des premiers généraux à repérer ses talents[Note 2]. Ses hommes lui ont déjà donné un surnom : « l’Infatigable ». Comme il est roux, ses hommes l'appellent affectueusement le « rougeaud », le « rouquin » ou « crâne de tomate »[2] ; il n'est pas facile, orgueilleux, susceptible mais n'a peur de rien.

Il est promu général de brigade sur le champ de bataille le 1er août 1796, après avoir pris Wurtzbourg avec cent hommes de cavalerie seulement, et avoir forcé le passage de la Rednitz et pris Forcheim, 70 pièces de canon et d’immenses approvisionnements. En 1797, il contribue à la tête de ses hussards aux victoires de Neuwied et de Dierdorf. En 1798, Ney réédite son exploit et s’empare de Mannheim par la ruse, avec seulement cent cinquante hommes. Il est promu général de division le 28 mars 1799.

Général de division en l’an IV, il signe avec les symboles maçonniques, car, comme beaucoup de militaires, il est franc-maçon. En septembre 1799, il commande provisoirement l'armée du Rhin. Ney fait faire, à la fin de septembre 1799, entre Seltz et Mayence, quelques attaques qui réussirent complètement. On s'empare de Francfort, Hochstadt est enlevé de vive force, la Nidda (de) est passée. Le coup d'État du 18 brumaire n'a pas son soutien total. Il épouse Aglaé Auguié, amie d'Hortense de Beauharnais depuis leur séjour à la pension de Mme Campan. Le mariage a lieu à Grignon avec Savary comme témoin.

Puis, Kléber part avec les troupes de la campagne d'Égypte, le futur maréchal Ney sert sous les ordres du non moins prestigieux général Moreau. Tous deux, ainsi que Richepance, mettent fin aux guerres de la Révolution, en remportant la bataille de Hohenlinden, le 3 décembre 1800[Note 3].

Premier Empire[modifier | modifier le code]

Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire auprès de la République helvétique en 1802, il parvient à imposer le gouvernement unitaire voulu par le Premier Consul et pacifier ce pays menacé de guerre civile, ce qui lui vaut l’estime de Talleyrand. Il y fera également la connaissance d’un historien curieux de stratégie, Jomini, qui va l’impressionner et aura sur lui une influence[3].

Nommé commandant de l’armée de Compiègne en 1803, il commande le 6e corps à Montreuil, au camp de Boulogne, creuset de ce qui deviendra la Grande Armée. Le , l'Empire est proclamé, et 18 maréchaux sont nommés ; Ney figure au 12e rang. Par la suite, il est nommé grand aigle le 2 février 1805.

Le champ de bataille devant le monastère d’Elchingen
Article détaillé : Bataille d'Elchingen.

Le 14 octobre 1805, il gagne la bataille d'Elchingen, décisive pour la reddition de la forteresse d’Ulm, le 21 octobre 1805. Il reçoit le titre de duc d’Elchingen le 6 juin 1808, en souvenir de ce fait d’armes.

Article détaillé : Bataille d'Ulm.

La capitulation d’Ulm ne fut que le prélude d’Austerlitz. Pendant que Napoléon Ier frappait ce grand coup, Ney, détaché vers le Tyrol avec la droite de la grande armée, terminait la campagne en chassant du Tyrol l’archiduc Jean, en s’emparant d’Innsbruck et de la Carinthie.

Bientôt s’ouvrit la campagne de Prusse. Présent à Iéna, le 14 octobre 1806, il emmène ses divisions à l’assaut des lignes prussiennes. Mais, emporté par son élan, il se retrouve encerclé. Lannes le tire de ce mauvais pas. Le lendemain, il prend Erfurt et quelques jours plus tard entame le siège de Magdebourg, siège qui dure moins de 24 heures.

La bataille d'Eylau (8 février 1807), si elle n’est pas perdue grâce aux charges du maréchal Murat, est gagnée grâce à l’arrivée propice et inespérée du 6e corps commandé par le Maréchal Ney. Avec seulement 14 000 soldats, il contraint les 70 000 soldats russes à se replier, à Guttstadt.

Le 6e corps était chargé de poursuivre le Prussien L’Estocq au nord. Mais le contact avec L’Estocq n’étant pas établi, Ney décida, en entendant les bruits de canon, de rejoindre le combat, parcourant 80 kilomètres en une seule journée[réf. nécessaire].

Article détaillé : Bataille de Friedland.

La victoire de Friedland peut aussi être mise en partie à son crédit. En Espagne, il est moins heureux à cause de son caractère jaloux, de ses disputes avec Jomini, son chef d’état-major, et surtout à cause de la haine réciproque qu’il entretenait avec le maréchal Soult. Il commande les troupes françaises qui occupent la Galice.

En mai 1810, il reçoit le commandement de l’un des corps d’armée qui composent l’armée du Portugal sous les ordres du maréchal Masséna. Il participe à la bataille de Bussaco qui est une défaite.

Ses rapports avec Masséna sont tellement mauvais que, fait unique pour un maréchal, il fut démis de son commandement, le 22 mars 1811, et rejoignit Paris où Napoléon l’affecta à la formation des troupes françaises stationnées au camp de Boulogne.

De la Russie à Fontainebleau[modifier | modifier le code]

Ney à la bataille de Kaunas en 1812 (tableau de Auguste Raffet)

Mais l’image d'Épinal représente à tout jamais le maréchal Ney lors de son héroïque campagne de Russie en 1812. Il y dirigeait le 3e corps d’armée. Pendant la phase offensive de la campagne, il occupait le centre du front de l’armée, et participa à des combats sanglants et frontaux tels que Smolensk ou Moskowa, le 6 septembre 1812, où il reçut une balle dans le cou. Ce dernier combat lui valut le titre de prince de la Moskowa[Note 4].

Le maréchal Ney soutenant l'arrière-garde pendant la Retraite de Russie, par Adolphe Yvon, exposé à la Manchester Art Gallery

Puis pendant la retraite, il se dévoua à l’arrière-garde de l’armée. Pendant quarante jours, il protégea les débris de l’armée, permettant ainsi aux civils et aux blessés de disposer de plus de temps pour suivre la retraite.

Laissé à l’extrême arrière-garde après la bataille de Krasnoï, surnommée par les Russes la « bataille des héros », il n’avait que 6 000 hommes et se vit attaqué par des forces supérieures qui lui fermaient la marche ; il se retire devant elles, parvient à passer le Dniepr malgré le harcèlement des Cosaques et rejoint, après trois jours et par d’audacieuses manœuvres, Napoléon, qui disait hautement qu’il donnerait 300 millions pour sauver le « Brave des braves ».

Surnommé le « Brave des braves », Ney déploie un grand courage au combat, en particulier pendant la retraite de Russie. Il aurait été le dernier Français à quitter le territoire russe.

Lors de la bataille de la Bérézina, il remporte une magnifique victoire. En faisant charger des cuirassiers sur des tireurs embusqués dans une forêt, il réussit l’exploit de faire 5 000 prisonniers avec seulement 7 000 hommes. Il sauve les débris de l’armée, et sort de Russie après des marches forcées et en affrontant encore de nombreux dangers[Note 5].

Article détaillé : Bataille de Dennewitz.

Il prend alors part à la campagne de Saxe avec Napoléon qui lui confie le commandement d’une armée précédemment commandée par Oudinot avec pour mission de prendre Berlin. Le 6 septembre 1813, il expose le flanc de son armée aux forces prussiennes commandées par le lieutenant-général von Bülow, ce qui cause la défaite de Dennewitz. Le général Marbot écrivit dans ses Mémoires : « Tout homme sensé chercherait en vain la raison des mouvements qu’il — le maréchal Ney — ordonna à Dennewitz ».

Article détaillé : Bataille de Leipzig (1813).

Il combat ensuite à la bataille de Leipzig du 16 au 19 octobre 1813, au cours de laquelle il commande les forces du front Nord sans parvenir à prendre l’avantage sur le corps de Langeron.

Article détaillé : Campagne de France (1814).

Il participe enfin à la Campagne de France sous Napoléon, avec notamment la bataille de Montmirail.

Restauration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Restauration française.

À Fontainebleau, il incita fortement l'Empereur à abdiquer et se rallia aux Bourbons, ce qui lui valut d'être nommé pair de France par Louis XVIII[Note 6],[Note 7],[Note 8]. Il fut le premier des maréchaux qui abandonna Napoléon après la capitulation de Paris.

La Restauration fut une période contrastée pour le maréchal Ney, comme pour tous les autres « parvenus » de la Révolution française. Louis XVIII le comblait d'honneurs (Commandant en chef de la cavalerie de France, gouverneur de la 6e division militaire), mais les milieux aristocrates et les anciens émigrés raillèrent cette nouvelle noblesse fabriquée par l'« usurpateur »[Note 9].

Les Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Proclamation publique rédigée par Ney, datée du 15 mars 1815, appelant les soldats à abandonner le Roi et à rejoindre Napoléon.
Article détaillé : Cent-Jours.

Lors du débarquement de Napoléon à Golfe-Juan le 1er mars 1815, il proposa au roi Louis XVIII de ramener Napoléon « dans une cage de fer »[Note 10] mais au contraire se rallia à l'Empereur. Contrairement à de nombreuses idées reçues, il n'y eut pas d'affrontement entre les troupes du maréchal Ney et de Napoléon[Note 11].

La fameuse rencontre d'Auxerre entre le maréchal Ney et Napoléon fut en fait une rencontre à huis clos. Les témoignages divergent. Il semble que les deux hommes aient fortement haussé le ton. Certains prétendent que Napoléon aurait fortement tancé son maréchal pour sa « défection » de 1814.

Le maréchal Ney a soutenu pendant son procès avoir exigé de Napoléon « qu'il ne joue plus au tyran ». En tout cas, les deux personnages emblématiques semblèrent fâchés et ne se revirent plus jusqu'au 12 juin 1815, quand Napoléon rappela le maréchal Ney pour commander les 1er et 2e corps d'armée lors de la campagne de Belgique qui commençait[Note 12].

Waterloo et la campagne de Belgique[modifier | modifier le code]

Le maréchal Ney, appelé de dernière minute, n'arriva aux Quatre-bras que le 15 juin 1815, seul, sans état-major, et transporté dans une charrette de paysan. Dès le lendemain commença la bataille des Quatre-Bras où un faible détachement de Britanniques et Hollandais résista malgré un manque de munitions. Pour Mullié, le maréchal Ney prétendit n'avoir pas reçu d'ordre précis d'attaque, et Napoléon dit avoir envoyé un courrier précis exigeant cette attaque. Rétrospectivement on peut dire que cet ordre est une erreur (volontaire ou involontaire) de Napoléon. Le maréchal Soult, chef d'état-major durant cette campagne et ennemi personnel du maréchal Ney, avoua sur son lit de mort au fils de Ney n'avoir jamais eu connaissance de cet ordre. Or, tous les ordres passaient normalement entre ses mains. Cette bataille manquée est probablement, à ce jour, un des seuls reproches qu'on puisse faire au maréchal Ney.

S'ensuit la bataille de Waterloo. Napoléon est très malade ce jour-là. Il fut surpris plusieurs fois vomissant et somnolant loin du champ de bataille. Le maréchal Ney quant à lui fit preuve comme à son habitude d'une activité débordante. On dit qu'il avait les vêtements lacérés, le visage souillé de boue et de sang, et le chapeau perdu. Pour Mullié, tout se résume à un moment bien précis. Vers 15 h 30, la 1re ligne britannique amorce un recul stratégique derrière le chemin d'Ohain au fort dénivelé. Le maréchal Ney croit alors à une retraite britannique, et lance toute sa cavalerie à la charge. Et ce avec d'autant plus d'empressement que l'on sait déjà que les Prussiens s'approchent.

La charge est énorme. Une des plus grosses charges de cavalerie de l'histoire. Napoléon déplore cette charge, mais la soutient néanmoins avec la cavalerie sous ses ordres. La cavalerie est trop nombreuse, d'autant plus que des bataillons suivent spontanément ce mouvement d'ampleur. Mais malgré cela la charge réussit. Wellington donne des ordres pour préparer un embarquement. La ferme de la Haie Sainte passe aux Français.

Le maréchal Ney fait demander un renfort d'infanterie à Napoléon qui refuse, alors qu’il disposait du corps de Mouton-Duvernet[4].

En quelques instants la bataille bascule, les carrés britanniques se reforment et, peu après, la cavalerie prussienne arrive au contact. Le maréchal Ney repart à l'attaque, à pied, à la tête de l'infanterie restante, à la tête de la division Durutte, en s'écriant : « Venez voir comment meurt un maréchal de France ! » Mais sans réussite. Son entêtement échoua, accentuant d'autant plus les pertes françaises.

Il eut ce jour-là cinq chevaux tués sous lui. Tous les témoins dirent qu'il cherchait la mort, mais que la mort ne voulut pas de lui.

Après la défaite vint le temps des règlements de comptes. Napoléon, dès son retour à l'Élysée, culpabilisa ses maréchaux, notamment le maréchal Ney et le maréchal de Grouchy. Le maréchal Davout prit la défense du maréchal Ney en prononçant : « Sire, il s'est mis la corde au cou pour vous servir ! »

L'arrestation[modifier | modifier le code]

Le château de Bessonies.

À la seconde Restauration, le maréchal Ney est détesté de tous les partis, sauf des républicains qui étaient alors trop minoritaires.

Louis XVIII demande à Fouché, ministre de la Police, de lui communiquer une liste d'officiers accusés de traîtrise pour avoir rejoint Napoléon durant les Cent-Jours, avant le , date à laquelle le roi avait quitté la capitale. L'ordonnance du 24 juillet 1815, qui établit la liste, comporte un seul maréchal, tout en haut : Ney.

Selon d’autres sources[Lesquelles ?], Fouché lui donna deux passeports pour fuir en Suisse ou aux États-Unis. Cependant, le maréchal Ney resta en France, chez une cousine de sa femme. Il est alors arrêté au château de Bessonies, dans le Lot. Il aurait été trahi par Jean-Baptiste de La Tour de La Placette lors du passage de celui-ci dans sa demeure à Cayrols.

Le maréchal arrive à Paris sous escorte le 19 août. Il est aussitôt incarcéré à la Conciergerie[5]. Il est transféré à la prison du Luxembourg. En chemin, le général Exelmans lui proposa de le délivrer et de l'escorter où il le souhaite, mais il refusa. On dit que des officiers vinrent le libérer à la prison du Luxembourg, mais qu'il refusa aussi.

Le procès[modifier | modifier le code]

Le conseil de guerre[modifier | modifier le code]

Le conseil de la Guerre doit juger le maréchal Ney. Mais il comprend d'autres maréchaux de France, et la présidence en revient de droit à leur doyen, le maréchal Moncey, duc de Conegliano. Celui-ci se récuse dans une lettre adressée au roi, refusant de siéger au procès[5]. Mécontent, le roi destitue Moncey le 29 août par ordonnance royale. Il lui inflige également trois mois d'arrêt à la forteresse de Ham[Note 13]. Le maréchal Jourdan, également membre du Conseil de guerre, fut alors désigné pour le présider. Ney est assisté par Berryer père et André Dupin.

Le maréchal Ney ne souhaite pas être jugé par ses anciens camarades dont il craint la rancune à la suite d'incidents passés. Ney a été élevé à la pairie par Louis XVIII ; il peut donc exiger d'être jugé par la Chambre des pairs, pourtant majoritairement composée de royalistes convaincus. Ainsi, devant le parterre de maréchaux et de généraux qui composent le conseil de guerre, l'accusé dédaigne-t-il de répondre à l'interrogatoire d'identité et déclare, à la stupéfaction générale, récuser la compétence du tribunal. Pair de France au moment où se sont déroulés les faits dont il est accusé, il demande, en se fondant sur les articles 33 et 34 de la Charte, son renvoi devant la Chambre des pairs. Le conseil se retire et par 5 voix (dont celle de Jourdan) contre 2 se prononce pour l'incompétence, le 10 novembre, et Ney fut jugé par la Chambre des pairs. Le 11 novembre, le roi décrète que l'affaire sera portée devant la Chambre des Pairs[5].

La Chambre des pairs[modifier | modifier le code]

C'est donc la Chambre des pairs qui juge le maréchal Ney. Plusieurs éminents personnages se font dispenser, dont Talleyrand, qui dit ne vouloir participer à un tel crime. Le débat est à sens unique, la Chambre des pairs étant à forte majorité monarchiste. La chambre arrête tout d'abord que l'on poserait quatre questions : trois sur les faits, et une sur la peine[6]. Le marquis d'Aligre souhaitait que le vote se fasse en même temps sur le délit et la peine, mais la Chambre ne le suivit pas. Par contre, le comte de Nicolay propose que le vote pour la peine se déroule en deux temps, et n'est considéré comme définitif qu'après un second appel nominal, durant lequel les votants pour la peine la plus lourde aurait la possibilité de voter une peine moins sévère. La Chambre accepte cette condition[6].

La défense aborde peu la discussion des faits, et fait porter son effort sur un moyen de droit. Le maréchal Davout avait signé avec les Alliés le 3 juillet une convention, dont l'article 12 spécifiait qu'aucune poursuite ne pourrait être exercée contre les officiers et soldats pour leur conduite pendant les Cent-Jours. Condamner le maréchal Ney revenait à violer cette convention, ce que confirme en personne Davout. La Chambre des pairs décide pourtant d'interdire à la défense de développer ce moyen, car « il aurait dû être plaidé avant tout débat sur le fond ». D'autre part, les avocats de Ney remettent en cause la légalité de la procédure, au motif que la Chambre des pairs n'est pas légalement une juridiction pénale. Après que ce vide ait été comblé, les débats reprennent le 4 décembre[5].

Un ultime rebondissement survient le 6 décembre. La ville de naissance de Ney, Sarrelouis, vient de devenir prussienne depuis le traité de Paris du 20 novembre. Dupin déclare donc que Ney ne peut être jugé, car il est maintenant Prussien. Néanmoins, le maréchal Ney se lève, interrompt son avocat, et dit : « Je suis Français et je resterai Français ! »

Le procureur Bellart, lui, parle de préméditation, centrant son discours sur la nuit du 13 au 14 mars 1815 : le 13, Ney ordonne au général Mermet de se rendre à Besançon pour prendre au nom du roi le commandement de l'armée qui s'y trouve, et de contrer l'armée impériale. Le 14, Ney lui donne un ordre similaire, sauf qu'il doit prendre le commandement au nom de l'empereur et rallier l'armée qui s'avance. Mermet refuse et est remplacé[5].

Trois questions de fait sont donc d'abord posées aux 161 membres de la chambre :

  1. « le maréchal Ney a-t-il reçu des émissaires dans la nuit du 13 au 14 mars ? » : l’appel nominal donne les résultats suivants : 111 voix pour, 47 contre, les autres s'abstenant[5]. Le comte Lanjuinais, le comte de Nicolay et le marquis d'Aligre, seuls à s'abstenir, protestent qu'ils ne peuvent juger en conscience, attendu qu'on avait refusé à l'accusé le droit de se faire entendre sur la convention de Paris[6] ;
  2. « le maréchal Ney a-t-il lu, le 14 mars, une proclamation invitant les troupes à la défection ? » : trois pairs, ceux qui venaient de protester, votent contre, et 158 votent pour ;
  3. « le maréchal Ney a-t-il commis un attentat contre la sûreté de l'État ? » : le vote donne 157 voix pour, 3 voix pour avec atténuation et 1 voix contre. Lanjuinais a répondu « oui » mais en ajoutant « couvert par la capitulation de Paris » ; d'Aligre et de Richebourg « oui » mais en faisant appel à la générosité de la Chambre. Le vote négatif est celui du duc de Broglie, le plus jeune des pairs de France qui déclare : « Je ne vois dans les faits justement reprochés au maréchal Ney ni préméditation ni dessein de trahir. Il est parti très sincèrement résolu de rester fidèle. Il a persisté jusqu'au dernier moment. »

Deux jours plus tard, les pairs de France rendent leur verdit, et déclarent donc Ney coupable d'avoir attenté à la sûreté de l'État, à la quasi-unanimité[5]. La dernière question porte alors sur la peine à appliquer. Lanjuinais, soutenu par le marquis de Maleville, le comte Lemercier, Lenoir-Laroche et par le comte Cholet, tente de faire adopter la peine de déportation que dix-sept pairs votèrent (parmi eux, le duc de Broglie). Cinq pairs, le comte de Nicolay, le marquis d'Aligre, le comte de Brigode, le vicomte de Sainte-Suzanne et le duc de Choiseul-Stainville, tout en s'abstenant, proposent de recommander le maréchal à la clémence du roi.

Finalement, 139 voix, réduites à 128, à cause d'avis semblables entre parents, réclament la peine de mort. Parmi ceux qui ont voté la mort, 5 maréchaux d'Empire : Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor et Marmont, ainsi que le vice-amiral Ganteaume ; le vicomte de Chateaubriand, le comte Ferrand surnommé « le Marat blanc » et le comte Lynch, nommé par Napoléon maire de Bordeaux, comte de l'Empire et chevalier de laLégion d'honneur, qui va jusqu'à réclamer la guillotine, votèrent également la mort[6],[7]. Au contraire, le maréchal Davout est venu témoigner en sa faveur, et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr a voté la déportation.

En outre, non content d'avoir obtenu la condamnation du maréchal, Bellart requiert qu'il soit rayé des cadres de la Légion d'honneur. Une petite phrase circule sur l'avocat Bellart à l'époque : « Si l'éloquence est un bel art, Bellart n'est point l'éloquence. »

La sentence est rendue à onze heures et demie du soir. Les pairs appliquent la règle du conseil de guerre et la lisent en l'absence de l'accusé.

Les défenseurs ayant compris que tout espoir est perdu n'assistent pas à la lecture de l'arrêt et se rendent dans la cellule qu'occupe depuis deux jours le maréchal, au Palais du Luxembourg. C'est une petite pièce située au troisième étage sous les combles, à l'extrémité ouest de la galerie où le Sénat conservateur avait installé ses archives, au-dessus de l'actuelle salle des conférences. Une plaque de marbre y a été apposée en 1935.

L’exécution[modifier | modifier le code]

La carrière militaire de Ney, relatée sur le socle de sa statue à Paris

Pendant la lecture de la sentence, les défenseurs du maréchal vont le voir dans sa cellule. Après leur départ, il se met à rédiger ses dernières dispositions et dort tout habillé.

À 3 heures du matin, le secrétaire-archiviste de la Chambre des pairs, Cauchy, le réveille pour lui communiquer la sentence. Le général de Rochechouart, qui commande la place de Paris, l'informe qu'il peut recevoir trois visites : sa femme, son notaire et son confesseur. La maréchale vient rendre visite à son mari dans la cellule avec leurs quatre enfants. Elle s'évanouit en apprenant la sentence. C'est en vain qu'elle implora sa grâce auprès de Louis XVIII. Celui-ci aurait dit qu'il était favorable à cette requête, mais que seuls Wellington ou la duchesse d'Angoulême (fille de Louis XVI) pouvaient en prendre la décision.

La maréchale alla alors demander grâce à Wellington qui accepta tout d'abord, puis renonça devant les difficultés et les obstacles. Puis elle alla voir la duchesse d'Angoulême, qui refusa sèchement. Cette dernière dit plus tard, après avoir lu les témoignages du comte de Ségur, regretter son geste. Et que si elle avait su qui était réellement le maréchal Ney, elle aurait demandé sa grâce.

On proposa un confesseur à Ney qui répliqua : « Vous m'ennuyez avec votre prêtraille ! » Puis il accepta finalement, convaincu par un ancien soldat de la campagne de Russie, devenu croyant à cette occasion.

Ney écrit une dernière fois à son beau-frère. Puis il s'entretient avec le curé de Saint-Sulpice.

À h 30, une voiture vient chercher Ney. Il porte un simple costume bourgeois. Le cortège s'arrête avenue de l'Observatoire. Le maréchal refuse qu'on lui bande les yeux et, s'adressant aux soldats : « Camarades, tirez sur moi et visez juste ! » Rochechouart rapporte qu'il prononça également les paroles suivantes : « Français, je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu. Vive la France ! » Puis il s'écroule sous les balles. La phrase qu'on lui prête : « Soldats, visez droit au cœur ! » semble plus romanesque que véridique.

Il tombe face contre terre. Conformément à la coutume, la dépouille resta quinze minutes seule. Un cavalier britannique fit bondir son cheval par-dessus le cadavre. Un officier russe, qui avait exprimé ostensiblement sa joie, fut rayé des listes de l'armée russe par Alexandre Ier qui appréciait beaucoup le maréchal Ney.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Les fils du maréchal Ney, Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), 1810, Gemäldegalerie (Berlin).

De son mariage avec Aglaé Auguié naissent quatre fils :

  1. Napoléon Joseph (1803-1857), 2e prince de la Moskowa, général et homme politique français ;
  2. Michel Louis Félix, dit « Alloys » (1804-1854), 2e duc d'Elchingen, général et homme politique français ;
  3. Eugène (1808-1845), comte Ney, diplomate,
  4. Edgar (1812-1882), 3e prince de la Moskowa, général et homme politique français.

Le général Jacques Massu est son arrière-petit-neveu.

Les papiers personnels de Michel Ney sont conservés aux Archives nationales sous la cote 137AP[8]. Ils sont consultables sur microfilms.

L'affaire Peter Stuart Ney[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (mai 2008). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Un homme se réclamant de son identité est mort à Brownsville en Caroline du Nord en 1846. Il s'appelait Peter Stuart Ney. Pierre était le prénom du père du maréchal Ney, et l'on dit que sa mère descendait de la dynastie des Stuart écossais. Ce Peter Stuart Ney enseignait le français, l'allemand, l'hébreu et les mathématiques.

Il affirma être le maréchal Ney à deux reprises : tout d'abord, lorsqu'un élève lui apporte un journal français annonçant la mort, le 5 mai 1821, de Napoléon. Il s'évanouit et est transporté chez lui. Quelques heures plus tard, l'élève vient lui rendre visite, pour prendre de ses nouvelles. Il découvre un Peter Stuart Ney ensanglanté dans son lit, avec les veines tranchées. Peter Stuart Ney survécut. Et la seconde révélation eut lieu sur son lit de mort. Il dit en anglais[9] :

« By all that is holy, I am Marshal Ney of France ! »

« Par tout ce qu'il y a de plus saint, je suis le Maréchal Ney de France ! »

Plusieurs soldats vinrent identifier ce mystérieux personnage, et furent catégoriques : il s'agissait bien pour eux du maréchal qui les avait menés au combat. Deux expertises graphologiques eurent lieu. Elles donnèrent des résultats contradictoires.

La tombe de Peter Stuart Ney arbore un petit drapeau français et l’inscription :

« In memory of Peter Stuart Ney, a native of France and soldier of the French Revolution under Napoleon Bonaparte, who departed this life November 15, 1846, aged 77 years. »

« En mémoire de Peter Stuart Ney, originaire de France et soldat de la Révolution française sous Napoléon Bonaparte, qui quitta ce monde le 15 novembre 1846, âgé de 77 ans. »

Cette légende est accréditée par le fait qu’en 1903, lorsque la Troisième République française décide de donner au maréchal Ney une sépulture digne, le fossoyeur qui ouvre le cercueil constate et témoigne à qui veut bien l'écouter, que le cercueil est vide. La mauvaise qualité du cercueil en sapin, qui s'effrite facilement, avait fait que le squelette s’était retrouvé recouvert par ces fragments de sapin. Ney était depuis 1815 enterré sous une simple dalle. On construit donc l'actuelle tombe, massive et digne. Pourtant des auteurs ont accrédité cette thèse, par exemple Michel Dansel[10]. Selon lui, son exfiltration a été organisée par la franc-maçonnerie dont il était membre[11].

Hommages et postérité[modifier | modifier le code]

Plusieurs monuments célèbrent le maréchal Ney  : sa tombe officielle au cimetière du Père-Lachaise, division 29, à l'angle du chemin des Acacias et du chemin Masséna, sa statue pédestre par Charles Pêtre sur l'Esplanade de Metz, chef-lieu de la Moselle où il a commencé sa carrière, à proximité de l'avenue qui porte son nom.

En 1831, le roi Louis Philippe réhabilite le maréchal Ney et le réintègre sur les listes de la Légion d'honneur.

En 1848, le gouvernement provisoire de la Seconde République française décide de construire une statue du maréchal Ney à l'emplacement même où il a été fusillé. L'œuvre est confiée au sculpteur François Rude. Cette statue est terminée en 1853, et inaugurée sous Napoléon III. L'Empereur est absent et le discours est très tiède.

Cette statue peut se voir actuellement place Camille-Julian à Paris. Elle a été légèrement déplacée lors de la construction du RER B.

Une classe de deux navires de guerre britannique lancés durant la Première Guerre mondiale a été nommée classe Marshal Ney.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il fut surnommé par ses hommes, puis par Napoléon lui-même, le « Brave des braves » après la bataille d'Iéna. Lui ont aussi été donnés d’autres surnoms, tels que « Le Lion rouge » ou « Le Rougeaud », tous en rapport avec ses cheveux roux et sa peau rougie par le soleil. Il avait pour habitude de charger à la tête de ses troupes. Son commandement favori était : « Direction, le trou du cul de mon cheval, chargez ! »
  2. Il dit en 1796, en parlant du capitaine Ney :

    « Ce Ney est un preneur de villes, avec des tels hommes, un général peut se dispenser de compter le nombre de ses ennemis. »

  3. Le général Ney y joue un rôle majeur : enfoncer le centre ennemi pendant qu'une opération de contournement était entreprise. Mais un léger incident vient refroidir l'entente entre les deux hommes. Le général Ney entre seul dans une redoute où ses hommes effrayés ne l'avaient pas suivi. Il y reçoit plusieurs coups de baïonnettes aux cuisses et au bras. Avant son rapatriement, le général Moreau fait un discours légèrement critique, pensant qu'un général n'avait pas à prendre de tels risques. On peut supposer qu'il s'agit de la raison pour laquelle le général Ney vexé, n'intervient pas en faveur de son ancien chef, lors du procès de Moreau en 1804. Le général Lecourbe eut plus de moralité, au prix de sa carrière qui resta en suspens jusqu'en 1815, et son rappel par le maréchal Ney, justement.
  4. « Au retour de la campagne de Russie, Napoléon se montrait si frappé de la force d’âme qu’il disait avoir été déployée par Ney, qu’il le nomma prince de la Moskowa, et qu’il répéta alors à plusieurs reprises : « J’ai 200 millions dans mes caves, je les donnerais pour Ney. » (Las Cases)
  5. « Après la sortie de Wilna, dit M. de Ségur, Ney traverse Kowno et le Niémen, toujours combattant, reculant et ne fuyant pas ; marchant toujours après les autres, et pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus. Il sort enfin de cette fatale Russie, montrant au monde l’impuissance de la fortune contre les grands courages, et que, pour le héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres. »
  6. En effet, Napoléon projeta de s'appuyer sur les zones occupées de l'Est de la France pour soulever le peuple contre les Alliés. Il en avisa ses maréchaux qui, après concertation, s'en offusquèrent. Le maréchal Berthier, notamment, incita le maréchal Ney à parler à l'Empereur.
  7. « Ney ne s’est jamais permis un langage hautain en ma présence ; au contraire, il était toujours très-soumis ; quoiqu’il se livrât parfois en mon absence à des excès de violence, S’il se fût permis un langage inconvenant à Fontainebleau (comme on l’a écrit), les troupes l’eussent déchiré en pièces.
  8. Lors d'un échange verbal célèbre, Napoléon s'écria : « L'armée m'obéira ! », et le Maréchal Ney de lui répondre : « L'armée obéira à ses chefs ! » Napoléon demanda : « Mais que voulez-vous de moi ? », et le maréchal Ney répondit : « Abdiquez en faveur de votre fils ! » Ce que Napoléon fit (4-6 avril 1814). Le maréchal Ney accompagné du maréchal Macdonald et du grand écuyer Caulaincourt, alla soumettre cette abdication aux alliés et notamment à Alexandre Ier, Empereur de Russie. Mais à ce moment éclata la terrible nouvelle de la défection du corps d'armée du maréchal Marmont. L'accès à Paris était maintenant offert aux alliés. Les conditions de Napoléon n'avaient plus de poids, et le Sénat proclama sa déchéance. Ney ne crut pas nécessaire, à l'inverse de Macdonald et Caulaincourt, de revenir donner la réponse des alliés à Napoléon. On dit que cette relative « défection » du maréchal Ney entraîna la tentative de suicide de Napoléon.
  9. On dit que la maréchale Ney, Aglaé Auguié, était victime de moqueries et rentrait en pleurs chez son mari, qui ne goûtait que très moyennement cet affront. Peut-être aussi cet homme de guerre, n'ayant cessé de combattre depuis près de trente ans, comprenait-il bien l'inutilité qui était la sienne en période de paix.
  10. « Quant à la proclamation que Ney a prétendu avoir reçue de moi en 1815, c’est une fausseté : j’aurais supprimé cette proclamation, si cela eût été en mon pouvoir, car elle était indigne de moi. Ney n’aurait pas dû la publier, ou du moins il aurait dû agir différemment qu’il n’a fait ; car, quand il a promis au roi de m’amener dans une cage de fer, il parlait dans la sincérité de son âme, et ses intentions étaient conformes à ses discours ; il y persista pendant deux jours, après quoi il se joignit à moi. Il aurait dû faire comme Oudinot, qui demanda à ses troupes s’il pouvait compter sur leur fidélité ; elles lui répondirent unanimement : Non ; nous ne voulons pas nous battre contre Napoléon. » (O'Meara.)
  11. Durant la nuit agitée du 13 au 14 mars 1815, à Lons-le-Saunier, le maréchal Ney décida, après maintes réflexions, de rallier l'empereur. De toutes parts, les témoignages de ralliement populaire en faveur de Napoléon abondaient. Les canons étaient poussés dans les fossés, et différents bataillons abdiquaient. Le général Bertrand aurait aussi envoyé un courrier menaçant le maréchal Ney. Ce dernier prétendit aussi, durant son procès, avoir reçu du général Bertrand l'assurance que les alliés acceptaient le retour de Napoléon. Quoi qu'il en soit, il est clair maintenant que les forces en présence étaient à peu près équivalentes, et le maréchal Ney se refusa à déclencher un bain de sang franco-français. Sa décision prise, le maréchal Ney fit afficher sa célèbre proclamation de Lons-le-Saunier, dans laquelle il dit avec emphase : « Soldats ! La cause des Bourbons est à jamais perdue. La dynastie légitime, que la nation française a adoptée, va remonter sur le trône. C'est à l'empereur Napoléon, notre souverain, qu'il appartient de régner sur notre beau pays… »
  12. Napoléon avait besoin de « grands noms » pour son armée et le maréchal Ney, quant à lui, voulait laver la honte de sa « défection », et montrer qu'il était toujours le héros de la campagne de Russie.
  13. Ces trois mois d'arrêts de forteresse ne sont pas réellement effectués, le commandant prussien de Ham refusant de l'incarcérer. Aussi Moncey passera ces trois mois dans une chambre d'auberge située en face de la citadelle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chandler 1999, p. 360.
  2. Roland Edighoffer, La liberté guide nos pas : l'image de la France dans le théâtre autrichien après 1945, Publication Universitaire Rouen Havre,‎ 1988, p. 98
  3. Frédéric Hulot, Le Maréchal Ney, Pygmalion Éditions, Paris, 2000, (ISBN 978-2857046660)
  4. « Michel Ney », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  5. a, b, c, d, e, f et g Le procès du maréchal Ney, « Les grands procès de l’histoire », publication no 5, Ministère de la Justice, 6 août 2012.
  6. a, b, c et d Dossiers d'histoire : Maréchal Ney, pair de France et prisonnier du Luxembourg, Sénat.fr, juillet 2002.
  7. Collectif, Le maréchal Ney : les dessous d'une exécution, Place Des Éditeurs, 22 novembre 2012 - 97 pages.
  8. Archives nationales
  9. Frédéric Hulot, Le Maréchal Ney, Pygmalion Editions,‎ 2000, p. 256
  10. Michel Dansel, Maréchal Ney fusillé ou évadé ?, éditions E-DIT, Paris, 2004, (ISBN 978-2-84608-136-8)
  11. Bonnel, « Le mystère Ney », dans Trésors et Détections, no 83, mai-juin 2005, p. 45
  12. Napoléon Ier et ses maréchaux après la bataille de Laon en 1814.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur « Peter Stuart Ney »
  • Bernard Boringe, Le maître d'école des carolines : qui était-ce ?, Historia, no 162, mai 1960, (OCLC 13841599)
  • Dorothy Mackay-Quynn, La liquidation d'une légende : la survivance de Ney en Amérique, Revue de Institut Napoléon, no 125, 1972, 160 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]