Duché de Varsovie

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Duché de Varsovie
Księstwo Warszawskie po

18071815

Drapeau
Drapeau
Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte du duché de Varsovie en 1812.

Informations générales
Statut Principauté, État satellite du Premier Empire français
Capitale Varsovie
Langue Polonais
Démographie
Population ~ 4 300 000 hab.
Superficie
Superficie ~ 155 000 km² (1809)
Histoire et événements
9 juin 1807 Traité de Tilsit et création
14 octobre 1809 Traité de Schönbrunn et annexion de la Galicie
Janvier 1813 Effondrement
9 juin 1815 Congrès de Vienne et dissolution

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Duché de Varsovie (en polonais : Księstwo Warszawskie, en latin : Ducatus Varsoviae) est un État polonais créé par l'empereur Napoléon Ier en 1807, sur des territoires partiellement polonais pris au royaume de Prusse lors du traité de Tilsit. Le roi de Saxe Frédéric-Auguste Ier, allié de Napoléon, devient aussi duc de Varsovie. En 1809, le duché reçoit des territoires repris à l'Empire d'Autriche. Il prend fin dès 1813, étant occupé par l'armée russe suite au désastre de la retraite de Russie. Le peuple polonais ne retrouvera réellement d'entité politique indépendante qu'en 1918 avec son indépendance de la Russie.

Nom et statut politique : Duché ou Grand-duché[modifier | modifier le code]

La dénomination française « Grand-duché de Varsovie » est utilisée couramment depuis l'origine, mais les dénominations polonaise (Księstwo), latine (Ducatus) et allemande (Herzogtum) se traduisent littéralement « Duché » et la version française originale du traité de Tilsit utilise également ce terme. Frédéric-Auguste Ier porte officiellement le titre de « roi de Saxe, duc de Varsovie » (en latin : Rex Saxoniae, Dux Varsoviae)[1].

On peut souligner que, de fait, cet État est vassal de l'Empire français, Napoléon ayant le titre de « protecteur » et étant représenté par un « résident ». Le duché est un État très militarisé et vidé de ses richesses pour soutenir l'effort de guerre français, dont dépend sa survie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Circonstances historiques[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, la Pologne subit les trois partages qui la font disparaître en 1795 : la Russie contrôle le Grand-duché de Lituanie ; la Prusse la Posnanie et la région de Varsovie ; l'Autriche la Galicie et la région de Cracovie.

L'histoire du duché de Varsovie se place dans le cadre des guerres napoléoniennes, en particulier celles qui suivent la bataille d'Austerlitz (1805) et le retrait de l'Autriche :

La création du duché de Varsovie (1806-1807)[modifier | modifier le code]

Duché de Varsovie de 1807 à 1809

Après la prise de Berlin (27 octobre 1806), l'armée française, incluant la Légion du Nord commandée par le général Zajączek, occupe Poznań le 6 novembre et Varsovie le 28. Napoléon obtient alors le ralliement du prince Józef Poniatowski. Plusieurs soulèvements agraires ont lieu en même temps (prise de Jasna Gora), mais les autorités françaises découragent fermement leur généralisation.

En janvier 1807, Napoléon institue une commission gouvernementale formée de 7 personnalités polonaises de la très haute aristocratie libérale, présidée par Stanisław Małachowski ; il crée aussi cinq départements ministériels (Justice, Intérieur, Trésor, Guerre et Police) et instaure la conscription pour former une armée de 39 000 hommes[2]. La première tâche du nouveau gouvernement est de ravitailler les troupes françaises qui battent les Russes en Prusse-Orientale, à Eylau en février et surtout de Friedland en juin.

Le traité de Tilsit (7 juillet 1807) attribue au duché essentiellement les territoires pris par la Prusse à la Pologne lors des partages de 1793 et 1795 (provinces de Nouvelle-Prusse-Orientale, de Nouvelle-Silésie et de Prusse-Méridionale) ; cependant, la partie est de la Nouvelle-Prusse-Orientale : Białystok, Bielsk Podlaski et le nord de la Polésie, sont concédés à la Russie. La Prusse conserve la plus grande partie de ses acquis de 1772 sauf les régions de Bydgoszcz, Chelmno et Grudziadz qui reviennent au duché. D'autre part, Dantzig (Gdańsk), prise en mai 1807, redevient une ville libre, théoriquement sous la protection conjointe de la Prusse et de la Saxe, en réalité protectorat français, avec des garnisons française et polonaise.

Le duché de Varsovie a une superficie de 101 500 km² et est divisé en six départements : Varsovie, Poznan, Kalisz, Bydgoszcz, Plock et Lomza. La couronne ducale est attribuée au roi de Saxe, allié de Napoléon, membre d'une dynastie royale dont des membres ont occupé le trône de Pologne de 1709 à 1762.

L'organisation du duché[modifier | modifier le code]

La constitution et le code civil[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Constitution du duché de Varsovie.
Napoléon remet la constitution au duché de Varsovie (1807). Peinture de Marcello Bacciarelli, Musée national, Varsovie.

Le 22 juillet 1807, à Dresde, capitale de la Saxe, Napoléon donne au Duché une constitution dont un article impose le Code civil français au nouvel Etat. La Constitution est contresignée par les membres de la commission gouvernementale polonaise.

Plus libérale que la Constitution polonaise de 1791, elle est largement inspirée des institutions de l'Empire français et introduit en Pologne des nouveautés importantes :

  • l'égalité de tous les citoyens devant la loi
  • l'abolition des privilèges de la noblesse (szlachta)
  • l'abolition du servage
  • l'attribution des droits politiques aux nobles et aux bourgeois.
Institutions du Duché

La constitution crée un système bicaméral avec un Sénat de 18 à 30 membres nommés par le duc et une Diète de 100 députés dont 60 nobles (élus par les diétines de district) et 40 roturiers (élus par les assemblées communales). Les électeurs roturiers sont soumis à une sélection liée à la fortune, mais aussi aux capacités (prêtres, militaires...).

Le décret du 19 décembre 1807

Ce décret[3] prévoit que deviennent citoyens tous ceux qui sont nés sur le territoire du duché ou qui y habitent depuis plus de 10 ans. Son objet principal est l'intégration des habitants juifs du duché, qui vont désormais avoir un état civil officiel.

Le Code civil (Kodex Napoleona)

C'est seulement le 1er mai 1808 que le nouveau code civil prend force de loi dans le duché. Le texte[4] est une traduction-adaptation du Code français de 1804 : là où celui-ci dit « français », le Kodex dit mieszkaniec Xięstwa Warszawskiego (habitant du Duché de Varsovie). Un certain nombre d'articles sont notés comme inapplicables, notamment ceux ayant rapport avec la marine.

Certaines dispositions sont du reste modifiées ultérieurement : ainsi, en ce qui concerne l'état civil, un décret de 1809 prévoit que s'il n'y a pas de personne laïque compétente, c'est le curé de la paroisse qui en est responsable ; mais il établit les actes civils (naissance, mariage, décès) en polonais, indépendamment des actes religieux rédigés en latin[5]

La constitution et le code civil permettent de mettre en place les conditions permettant à la bourgeoisie d’exister, d’avoir accès aux fonctions les plus hautes. Des réformes sont également introduites dans la culture et dans l’enseignement.

Le gouvernement[modifier | modifier le code]

L'exécutif

Napoléon a mis en place un gouvernement composé d’aristocrates polonais, mais supervisé par un « résident » français.

La Diète

Elle commence ses travaux en mars 1809.

Les forces armées[modifier | modifier le code]

La force de 39 000 hommes mise sur pied dès 1807 est divisée en trois armées de 13 000 hommes, confiées à Joseph Poniatowski, Józef Zajączek et Jan Henryk Dąbrowski.

Le duché fournit aussi un corps d'élite intégré à la Garde impériale : les chevau-légers (szwoleżerowie), qui participent à la guerre en Espagne, notamment à la bataille de Somosierra (30 novembre 1808).

Les années 1809-1815[modifier | modifier le code]

1809 : l'expansion aux dépens de l'Autriche[modifier | modifier le code]

Duché de Varsovie de 1809 à 1814

L'Autriche, sortant de sa neutralité en 1809, attaque en Bavière et en Pologne où Jozef Poniatowski remporte la bataille de Raszyn (avril 1809), mais préfère ensuite évacuer Varsovie, occupée le 21 avril. Les Autrichiens attaquent ensuite vers l'ouest (Torun). Violemment critiqué, Poniatowski se rachète en réussissant à prendre Lwow ; Varsovie est libérée en juin. Le traité de Schönbrunn attribue au duché la partie de la Galicie située à l’ouest du San, ainsi que Cracovie, Sandomierz et Lublin, tandis que Lwow reste à l'Autriche et que la Russie obtient Tarnopol.

La superficie du duché passe à 155 000 km² ; sa population est désormais de 4 300 000 habitants.

L'année 1812[modifier | modifier le code]

1812 est l'année de la grande offensive de Napoléon contre la Russie. Les forces armées polonaises sont totalement sous son pouvoir par l’intermédiaire du prince Poniatowski, ministre de la guerre du duché, qui deviendra maréchal de France. Plus de 100 000 Polonais du duché sont engagés contre les Russes dans les rangs de l’armée napoléonienne. De plus, le duché doit supporter le fardeau d’une garnison française considérable.

Les Polonais espérent alors que le duché sera élevé au rang de royaume et que les territoires lituaniens libérés par Napoléon seront réunis au royaume, permettant la restauration de l’Union de Pologne-Lituanie. Prudent, Napoléon n’a pas fait de promesse claire qui lui lierait les mains.

Le duc abandonne le pouvoir au Conseil des ministres et à la Diète du duché qui proclame, sans effet, la restauration du royaume de Pologne ainsi que la réunification avec le grand-duché de Lituanie. L’échec de la campagne de Russie oblige à revenir aux statuts du duché.

L'occupation russe (1813-1815)[modifier | modifier le code]

À partir de mars 1813, le duché est occupé par les Russes. Le 14 mars 1813, Varsovie devient le siège d’un Conseil suprême provisoire créé par le tsar Alexandre pour le duché de Varsovie, dans lequel siègent seulement deux Polonais. Ce Conseil est présidé par le général Vassili Lanskoï, gouverneur général (jusqu’au 9 juin 1815).

Le tsar, ayant l'intention de conserver ces territoires précédemment prussiens ou autrichien, est amené à composer avec tous les dirigeants polonais. Un rôle essentiel est alors joué par le prince Adam Czartoryski, partisan de l'alliance russe, mais le tsar obtient aussi l'appui d'hommes qui ont soutenu Napoléon. Le retour de Napoléon de l'île d'Elbe oblige cependant le tsar à promettre des restitutions importantes à la Prusse[6].

Les décisions du congrès de Vienne (1815)[modifier | modifier le code]

Lors du Congrès de Vienne (1815), le territoire du duché est divisé en trois parties :

  • le Royaume de Pologne (ou royaume du Congrès), attribué au tsar qui porte le titre de roi de Pologne – 128 000 km² (il conserve les acquis du traité de Schönbrunn, sauf Cracovie) ;
  • le Grand-duché de Posen (Posnanie), restitué au roi de Prusse (il deviendra une simple province prussienne en 1849) – 28 951 km² ;
  • la Ville libre de Cracovie (ou République de Cracovie), placée sous la protection des trois puissances (elle sera annexée par l’Autriche en 1846) – 1 164 km².

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Hatier, coll. « Nations d'Europe », 1995 (chapitre V : « Un Etat disparu, une nation tenace », pp. 192-201 : « Le duché de Varsovie (1807-1813) »)
  • De Pradt, Histoire de l'Ambassade dans le Grand Duché de Varsovie en 1812, seconde édition, Paris, chez Pilet, 1815

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De Pradt, Histoire de l'Ambassade dans le Grand Duché de Varsovie en 1812
  2. Beauvois, p. 193.
  3. Évoqué par exemple par un juriste polonais, Louis Lubliner, dans Concordance entre le code civil du royaume de Pologne, promulgué en l’année 1825, et le code civil français relativement à l’état des personnes, Bruxelles, 1846.
  4. La Bibliothèque polonaise de Paris en détient un exemplaire, édité en 1810.
  5. On a notamment les actes de naissance et de baptême (tous deux du 23 avril 1810) de Frédéric Chopin, reproduits, transcrits et traduits dans le livre de Kristyna Kobylanska, Chopin au pays natal, Cracovie, 1955.
  6. Beauvois, p. 198;