Laurent de Gouvion-Saint-Cyr

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Laurent Gouvion
marquis de Saint-Cyr
Image illustrative de l'article Laurent de Gouvion-Saint-Cyr

Surnom « L'homme de glace »
« Le Hibou »
« Le mauvais coucheur »
Naissance
Toul (Drapeau du Royaume de France Royaume de France)
Décès (à 65 ans)
Hyères, Var (Pavillon LouisXIV.svg Royaume de France)
Origine Français
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Pavillon LouisXIV.svg Royaume de France
Arme Grande Armée
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 17921813
Conflits Guerres de la Révolution
Guerres napoléoniennes
Distinctions Légion d'honneur (Grand aigle)
Ordre de Saint-Louis (Grand-croix)
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile (13e colonne)
Autres fonctions Ministre de la Guerre
Ministre de la Marine et des Colonies
Pair de France
Famille Louis-Jean-Baptiste Gouvion
Laurent-François de Gouvion-Saint-Cyr

Laurent Gouvion, marquis de Saint-Cyr dit Gouvion-Saint-Cyr, né le à Toul et mort le à Hyères, est un maréchal d'Empire et homme politique français. Abandonné très tôt par sa mère, il se spécialise tout d'abord dans le dessin mais la Révolution française ayant débuté, il s'engage dans l'armée en septembre 1792 et connaît une ascension fulgurante. Promu général de division en juin 1794, il combat les Autrichiens en Allemagne et en Italie sous les ordres des généraux Moreau et Jourdan. Après avoir travaillé dans l'administration, il est nommé colonel général des cuirassiers en 1804. En premier lieu commandant en chef du camp de Boulogne en 1806, il passe en Espagne avant de prendre la tête du 6e corps de la Grande Armée pendant la campagne de Russie, où il obtient son bâton de maréchal. Il sert lors de la campagne d'Allemagne et est fait prisonnier lors de la capitulation de Dresde (novembre 1813).

Revenu en France en juin 1814, il reste passif durant les Cent-Jours et devient ministre de la Guerre puis de la Marine et des Colonies. Il meurt le 17 mars 1830 des suites d'une attaque d'apoplexie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Laurent Gouvion naît le , à Toul. Il est le fils de Jean-Baptiste Gouvion, tanneur de profession (à ne pas confondre avec son lointain cousin, le général Jean-Baptiste Gouvion) et d’une mère qui quitta le foyer familial quand il avait trois ans. Il la revit pour la dernière fois dans les années 1780 à Lyon. Ce manque fut certainement à l’origine de ce caractère à la fois solitaire et sensible qu’il montra durant sa vie accentué par les relations difficiles qu’il entretenait avec son père. Il étudie auprès d’un ecclésiastique qui lui inculque la base de son éducation.

En 1782, Gouvion part en Italie d’où il en reviendra deux ans plus tard. Il en profite pour se perfectionner dans le dessin, passion qu’il a depuis tout petit. Il travaille comme artiste dessinateur à Toul puis à Paris quand la Révolution éclate.

Période révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Laurent Gouvion-Saint-Cyr, capitaine au 1er bataillon de chasseurs de Paris en 1792, Georges Rouget, 1835.

Volontaire le au 1er bataillon de chasseurs républicains, il ajoute alors à son nom pour se distinguer des autres celui de Saint-Cyr, porté par sa mère. Élu sous-lieutenant grâce à son instruction, il est capitaine le 1er novembre, adjoint de l'adjudant-général du génie Simon François Gay de Vernon le puis chef de bataillon et chef-d'état-major du général Ferey en septembre 1793. À l’armée du Rhin dans différents états-majors, il fait une carrière fulgurante : général de brigade le et de division le 16 juin 1794.

Il commande l'attaque du centre au blocus de Mayence (1795) sous les ordres de Jean-Charles Pichegru et Jean-Baptiste Kléber. Sous le commandement de Moreau en 1796, il commande avec succès la gauche puis le centre de l’armée : il livre bataille à Rastadt, à Ettlingen, prend Stuttgart le 18 juillet 1796, est victorieux à Biberach trois mois plus tard (le 2 octobre) et organise la retraite de l’armée sur le Rhin. Chargé de la défense de Kehl, il ne peut empêcher la capitulation en janvier 1797.

Il épouse, le 26 février 1795, sa cousine germaine Anne Gouvion (1775-1844), dont il eut un fils unique. Son fils Laurent (1815-1904) fut Pair de France et épousa en 1847 Marie de Montalivet, fille aînée du comte Camille de Montalivet, ministre et ami du roi Louis-Philippe.

Nommé pour remplacer Hoche, décédé, à la tête de l’armée de Rhin-et-Moselle, c’est finalement Augereau qui en prendra les commandes. Il envahit l'évêché de Bâle en décembre 1797 et l’occupe jusqu’en janvier 1798. Gouvion-Saint-Cyr qui refuse de féliciter le Directoire après son coup d'état du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) remplace ensuite Masséna à la tête de l’armée de Rome du 26 mars au . Il ramène l’ordre et la discipline et devient impopulaire auprès de ses soldats. De plus il est suspendu pour abus de pouvoir, ce qui d'ailleurs après enquête se révèlera faux. Il revient en Allemagne et commande l’aile gauche sous les ordres de Jourdan à l’armée du Danube, il participe à la bataille de Stockach (), puis passe à l’armée d’Italie au moment où Masséna remplace Jourdan. Il est le commandant de l'aile droite lors de la défaite de Novi au cours de laquelle Joubert trouva la mort. Ne voulant pas se mêler à la politique il refuse que ses soldats prêtent serment au nouveau gouvernement consulaire. Il reçoit pourtant de la part de Napoléon Bonaparte, Premier Consul, un sabre orné de pierres précieuses et le brevet de premier lieutenant de France pour ses faits d'armes. Il gouverne Gênes et revient à l’armée du Rhin comme adjoint de Moreau. Il est accueilli avec enthousiasme de la part des soldats : « L'armée du Rhin vient de recevoir un renfort de dix mille hommes : le général Saint-Cyr est arrivé ! »[1]. Il remporte la bataille de Biberach ().

Mais il ne s’entend pas avec Moreau. Aussi demande-t-il un congé et Bonaparte, qui lui aussi n’aime guère Moreau, le nomme conseiller d’État à la section de la Guerre. Travaillant en tant que secrétaire, Stendhal dira : « L'admirable Gouvion Saint-Cyr était un des rares chefs militaires qui fussent capable d'étudier un dossier »[2] ». Il est chargé de commander les armées franco-espagnoles durant la guerre du Portugal (1801). Ambassadeur extraordinaire à Madrid (1801) aux côtés de Lucien Bonaparte, puis ambassadeur à la place de ce dernier. Étant plus militaire que diplomate il éprouve certaines difficultés à ce poste. Rappelé à Paris en août 1802 Gouvion Saint-Cyr est envoyé en Italie le 14 mai 1803 comme lieutenant général de l'armée d'occupation de Naples sous le commandement de Murat.

Premier Empire[modifier | modifier le code]

Le futur maréchal Gouvion-Saint-Cyr au bivouac de la bataille de Polotsk (peinture d'Horace Vernet).

N'ayant manifesté aucune adhésion à l'Empire, il est éliminé de la liste des maréchaux à la surprise de nombreux militaires. Cependant il est nommé colonel général des cuirassiers (6 juillet 1804) et grand aigle de la Légion d'honneur (). Toujours en poste en Italie, il est, en mai 1805, présent lors du couronnement de Napoléon à Milan. Chef de l'aile gauche de l'armée, il bat le prince de Rohan qui est fait prisonnier le 23 novembre à Castel Franco (en). À la tête de l’armée de Naples le 9 décembre, il est remplacé un mois plus tard par Masséna et quitte son poste avant l'arrivée de ce dernier ce qui énerve l'Empereur quand il le reçoit aux Tuileries : « Si dans deux heures, vous n'êtes pas sur le chemin de Naples, avant midi, vous êtes en place de Grenelle[2] ». À son retour en février à , il est à la tête du corps d'armée de la Pouille et des Abruzzes. « J'ai supporté tous les dégouts de cette mission[2] » écrit-il à Berthier. Il est alors au commande du Camp de Boulogne à la place du maréchal Brune de à , poste de second rôle alors que ses futurs collègues maréchaux se couvrent de gloire dans la Campagne de Prusse et de Pologne. Il en profite pour acquérir le domaine de Reverseaux en Beauce. En mai 1808, il est fait comte de l'Empire et envoyé en août en Catalogne.

Tacticien remarquable, Gouvion Saint-Cyr à la tête du 5e corps remporte de nombreuses victoires notamment à Molino del Rey (20 décembre), Valls (25 février 1809) et débloque Barcelone. Ayant refusé d’exécuter l’ordre irréalisable de Berthier d’assiéger simultanément Gérone, Tarragone et Tortosa, il est remplacé par Augereau et quitte son poste avant l’arrivée de ce dernier. Mis aux arrêts et retiré dans son domaine, Gouvion reste sur la touche jusqu’en 1811, date de sa réintégration au Conseil d'État. Il commande le 6e corps bavarois de la Grande Armée lors de la campagne de Russie ainsi que du 2e après la blessure du maréchal Oudinot, et est vainqueur mais grièvement blessé au pied à Polotsk (). Le 27 août, il est enfin élevé à la dignité de maréchal d'Empire à l'âge de 48 ans, que sa rudesse et son manque de sociabilité l’avaient empêché d’obtenir jusque-là. Le 18 octobre il affronte une nouvelle fois Wittgenstein lors de la seconde bataille de Polotsk, mais après 2 jours de combats particulièrement meurtriers il doit battre en retraite et laisser le flanc nord de la Grande Armée sous la menace grandissante des troupes russes. Durant la campagne d'Allemagne il commande le 11e corps de Berlin en février 1813 mais malade du typhus, il rentre en France pour se soigner. Commandant en chef de l'armée d'Allemagne en août 1813, il défend Dresde. Apprenant la défaite de Leipzig, Gouvion Saint-Cyr ne peut espérer de renforts de l'Empereur et tombe aux mains des Autrichiens à la capitulation de la ville le 11 novembre 1813. Prisonnier, il ne reviendra en France qu'en . Il est ainsi le seul maréchal d'Empire à avoir été captif pendant les guerres napoléoniennes.

Les Cent Jours et la Restauration[modifier | modifier le code]

Tombe de Gouvion Saint-Cyr au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Noms gravés sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile : pilier Est, 13e et 14e colonnes.

À son retour de captivité, il va se ressourcer dans son domaine auprès de sa famille. Nommé pair de France le 4 juin, n’ayant guère eu à se louer de l’Empereur, il ne se rallie ni à lui durant les Cent-Jours ni au roi Louis XVIII à Gand. À son retour, Louis XVIII le fait ministre de la Guerre du 8 juillet 1815 au 25 septembre 1815 sous le ministère Talleyrand. En tant que nouveau ministre, c'est Gouvion Saint-Cyr qui signa l'ordre de livrer Napoléon aux Anglais, la proscription, la destitution de son collègue le maréchal Moncey refusant la présidence du conseil de guerre pour le procès du maréchal Ney - Gouvion Saint-Cyr sera lui-même récusé, c'est le comte Gouvion qui votera pour la déportation du maréchal. Il est également à l'origine du licenciement d'une partie de l'armée impériale mais il est remplacé lors de la chute du ministère Talleyrand. Ministre de la Marine et des Colonies du 23 juin au 12 septembre 1817 sous le premier ministère Richelieu, il est fait marquis de Gouvion-Saint-Cyr en 1817.

Il retrouve le portefeuille de la Marine puis celui de la Guerre de 1817 à 1819, réorganisant l’armée en proscrivant les avancements automatiques et les promotions de complaisance pour tous les officiers, ce qui lui vaut l'hostilité des ultraroyalistes, et laisse son nom à la loi sur le recrutement du 10 mars 1818. Il démissionne le 22 août 1819 et se retire dans son domaine de Reverseaux pour se consacrer à l'agriculture et à la rédaction des ses mémoires. C'est mon Homère ![3] dira Stendhal, remaquables[3] pour Thiers, ses mémoires écrites de façon détaillées et qui seront recommandées aux officiers de l'armée de terre reviennent sur toutes les opérations militaires auxquelles le maréchal participa. Il meurt à Hyères le après une attaque d’apoplexie dont il fut victime cinq jours plus tôt. Bien qu'il fut austère, éloignés de ses soldats d'où ses surnoms d'« Homme de glace » ou encore « le mauvais coucheur », il était fidèle à ses convictions et l'un des maréchaux les plus cultivés.

Le nom de Gouvion-Saint-Cyr est gravé sur l’Arc de triomphe de l'Étoile. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 37).

Les papiers personnels de Laurent de Gouvion-Saint-Cyr sont conservés aux Archives nationales sous la cote 190AP[4].

Hommage[modifier | modifier le code]

Tout comme ses collègues maréchaux, Gouvion Saint-Cyr eut le droit au regard critique de Napoléon notamment sur l’affaire de Dresde en 1813 : « Mon tort est d’avoir employé Saint-Cyr ; il ne va pas au feu, ne visite rien, laisse battre ses camarades et aurait pu secourir Vandamme. C’est le comte de Lobau qui est cause que je l’ai pris. Il m’en parlait toujours. Il était aimé de ceux qui servaient sous lui parce qu’il se battait rarement et ménageait son monde. Lobau avait été un des colonels placés sous ses ordres ; il a bien changé d’opinion depuis lors. Moreau, qui était lié avec lui, fut obligé de le chasser de son armée car il ne pouvait rien en faire[5] »

Cependant il se contredit tout de suite après en se comparant à Gouvion-Saint-Cyr, honneur accordé à ce seul maréchal : « Ce n’est pas pour m’ôter 20 à 25 000 soldats… que les alliés violent à notre égard le droit des gens ; c’est pour retenir Saint-Cyr prisonnier : il est le premier de nous pour la guerre défensive. Moi je lui suis supérieur pour l’attaque[5] »

Un boulevard du 17e arrondissement de Paris porte son nom depuis l'instauration des boulevards des Maréchaux en 1864.

État de service[modifier | modifier le code]

Titres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Journal des opérations de l'Armée de Catalogne en 1808 et 1809, 1824[3]
  • Mémoires sur les campagnes du Rhin et de Rhin-et-Moselle de 1792 à la paix de Campo-Formio, 2 volumes, 1829[3]
  • Mémoires pour servir l'histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, 4 volumes, 1831 (publiés par Cournot°[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Banc, Dictionnaire des Maréchaux de Napoléon, Pygmalion,‎ 2007, 464 p. (ISBN 978-2-7564-0078-5), p. 113
  2. a, b et c Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, vol. 1, Fayard,‎ 1999, 984 p. (ISBN 2-213-60485-1), p. 887
  3. a, b, c, d et e Jean Tulard (dir.), Dictionnaire Napoléon, vol. 1, Fayard,‎ 1999, 984 p. (ISBN 2-213-60485-1), p. 888
  4. Archives nationales
  5. a et b Gourgaud, II, 71-72 (14 mai 1817)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • «Un Maréchal lorrain en 1812», Pays lorrain, Nancy, 20 novembre 1908, no 11.
  • Banc Jean-Claude, Dictionnaire des Maréchaux de Napoléon, Pygmalion, Paris, 2007, Flammarion.
  • Fierro Albert, Palluel-Guillard André, Tulard Jean, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, Édition Robert Laffont, Paris, 1995.
  • Garnier Jacques, Gouvion-Saint-Cyr dans YVERT Benoit (dir.), Dictionnaire des ministres de 1789 à 1989, Perrin, Alençon, 1990.
  • Jourquin Jacques, Dictionnaire des maréchaux du Premier Empire, Édition Jas, Paris, 1999.
  • Jourquin Jacques, Gouvion-Saint-Cyr dans Tulard Jean (dir.), Dictionnaire Napoléon, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1999, (ISBN 2-213-604865-1)[à vérifier : La longueur du numéro ISBN devrait être 10 ou 13 et non 11, demandé le 22 septembre 2013].

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