Louis-Gabriel Suchet

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Louis-Gabriel Suchet
duc d'Albufera
Portrait de Louis-Gabriel Suchet par François-Séraphin Delpech
Portrait de Louis-Gabriel Suchet par François-Séraphin Delpech

Surnom « Le maréchal de la guerre d'Espagne »
« El Hombre justo »
Naissance 2 mars 1770
Lyon
Décès 3 janvier 1826 (à 55 ans)
Marseille
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Royal Standard of King Louis XIV.svg Royaume de France
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 1791 – 1815
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Armée du Danube
Campagne d'Égypte
Campagne d'Italie
Bataille d'Austerlitz
Bataille d'Iéna
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur
Ordre du Saint-Esprit
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile
(33e colonne)
Autres fonctions Membre de la Chambre des pairs
Famille Père de Napoléon Suchet
Louis-Gabriel Suchet
Adèle Gault (d'après Jean-Baptiste Paulin Guérin), Le maréchal Suchet, duc d'Albufera (1770-1826), Musée de l'Armée, Paris.
Adèle Gault (d'après Jean-Baptiste Paulin Guérin), Le maréchal Suchet, duc d'Albufera (1770-1826), Musée de l'Armée, Paris.
Fonctions
Royaume de France Royaume de France
Membre de la Chambre des pairs
4 juin 1814mars 1815
Monarque Louis XVIII de France
Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Membre de la Chambre des pairs
2 juin 181524 juillet 1815
Monarque Napoléon Ier
Royal Standard of King Louis XIV.svg Royaume de France
Membre de la Chambre des pairs
5 mars 18193 janvier 1826
Monarque Louis XVIII
Charles X
Successeur Napoléon Suchet
(À titre héréditaire)
Biographie

Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albufera est un militaire français de la Révolution et de l'Empire, né à Lyon le 2 mars 1770 et mort à Marseille le 3 janvier 1826.

Fils d'un soyeux lyonnais, il débute sa carrière en 1791 en s'engageant dans la Garde nationale. Capitaine en 1792, il devient lieutenant-colonel du 4e bataillon de volontaires de l'Ardèche et participe au siège de Toulon. Passé en Italie, il fait la campagne sous Napoléon Bonaparte et reçoit ses épaulettes de colonel. Nommé chef d'état-major du général Brune puis du général Joubert, il ne fait pas partie de l'expédition d’Égypte. Général de division en 1799, il combat encore en Italie jusqu'en 1801, date à laquelle il est fait inspecteur général de l'infanterie avant de commander une division pendant les campagnes d'Autriche et de Prusse, où il se distingue particulièrement à Austerlitz et Ostrolenka.

Prenant part à la guerre d'indépendance espagnole, il obtient en 1809 le commandement de l'armée d'Aragon avec laquelle il bat les troupes du général Blake. Excellent administrateur, il se fait respecter des Espagnols et réorganise son corps d'armée, puis s'empare successivement des villes de Lérida, Tortosa et Tarragone. Élevé à la dignité de maréchal d'Empire le 8 juillet 1811, il conquiert le royaume de Valence et devient duc d'Albufera en 1812. Colonel-général de la Garde impériale, il est forcé de se replier sur les Pyrénées suite à la progression des armées anglo-espagnoles mais réussit à se maintenir en Catalogne. Rallié aux Bourbons à la Restauration, il est fait pair de France et commandeur de Saint-Louis par Louis XVIII. Sous les Cents-Jours, il commande l'armée des Alpes avec laquelle il combat les Autrichiens. Disgracié à la Seconde Restauration, il est rappelé à la chambre des pairs et sert pendant l'expédition d'Espagne en 1823 mais malade, il meurt le 3 janvier 1826 à l'âge de 55 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 39).

Seul maréchal à avoir gagné son titre en Espagne, ses qualités militaires seront reconnues par Napoléon à Sainte-Hélène où l'ex-empereur dira : « Si j'avais eu deux maréchaux comme Suchet, je n'aurais pas seulement conquis l'Espagne, mais je l'aurais aussi gardée. »[1]

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis-Gabriel Suchet est le fils aîné de Jean-Pierre Suchet (Lyon, 4 avril 1736 - 14 janvier 1789), négociant soyeux et juge conservateur à la Charité de Lyon, et de Marie-Anne Jacquier (1742 - v. 1789)[2] La famille Suchet, originaire du sud de l'Ardèche, pratique le commerce de la soie depuis plusieurs générations. Doté d’une solide instruction, Suchet entre dans la Garde Nationale de Largentière en 1791 et y monte dans la hiérarchie jusqu’au grade de capitaine. Plein d'ardeur et de zèle, le jeune Suchet conquiert rapidement, en 1792, les grades de sous-lieutenant, lieutenant et capitaine.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Élu lieutenant-colonel par les volontaires de l’Ardèche en septembre 1793, chef du 4e bataillon de volontaires de l'Ardèche, il est présent au siège de Toulon. Lors de celui-ci, une colonne britannique de 2 000 hommes réalisa une sortie afin de s’emparer des batteries françaises que Bonaparte avait installées afin d’entamer les structures d’un fort. Les Britanniques furent contre-attaqués et repoussés à la baïonnette par les soldats français, lors du corps à corps, Suchet fit prisonnier le général britannique Charles O'Hara.

Première campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Vincent-Nicolas Raverat, Louis-Gabriel Suchet, Lieutenant-colonel au 4e bataillon de volontaires de l'Ardèche en 1792, 1834.
Joseph Albrier, Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albuféra, chef de bataillon à la 18e demi-brigade de deuxième formation en 1795.
Article détaillé : Campagne d'Italie (1794).

Passé à l'armée d'Italie, il assista, en 1794, aux combats de Vado, de Saint-Jacques et à tous ceux qui furent livrés par la division Laharpe. En 1795, à la bataille de Loano, à la tête de son bataillon, il enleva trois drapeaux aux Autrichiens. Commandant, en 1796, un bataillon de la 18e demi-brigade de deuxième formation dans la division Masséna, il prit une part glorieuse aux combats de Dego, Lodi, Borghetto, Rivoli, Castiglione, Peschiera, Trente, Bassano, Arcole et Cerea, où il fut dangereusement blessé. À peine rétabli, il fit la campagne qui décida le traité de Campo-Formio. À cette époque, le général Masséna l'envoya porter au général en chef les drapeaux conquis dans la bataille de Tarvis.

Campagne d'Helvétie[modifier | modifier le code]

Blessé de nouveau à Neumarck en Styrie, il fut nommé chef de brigade sur le champ de bataille, en octobre 1797. En 1798, son régiment passa en Suisse. En 1798, Suchet est chef d'état-major de Brune, commandant de l'armée d'Helvétie, lors de la brève campagne d’Helvétie. La conduite du colonel Suchet lui valut de nouveau l'honneur de porter à Paris 23 drapeaux pris à l'ennemi. Nommé général de brigade à cette époque, il fut employé peu de temps après, en qualité de chef d'état-major, sous les ordres du général Joubert, dont il était l'ami. Le Piémont donnant alors des inquiétudes pour la retraite de l'armée, et Joubert ayant reçu ordre d'occuper ce pays à la fin de 1798, Suchet prépara cette expédition et par ses soins, elle se termina sans combats. Occupé à réorganiser l'armée, il se trouva en opposition avec le commissaire du Directoire, et cette lutte fit rendre contre lui, par un gouvernement soupçonneux et faible, un décret par lequel il était menacé d'être porté sur la liste des émigrés, s'il ne rentrait pas en France sous trois jours. Il fallait obéir, mais Joubert, mécontent du rappel injuste de son ami, quitta brusquement le commandement et retourna dans sa famille. Dès son arrivée à Paris, le général Suchet se justifia pleinement, et fut presque aussitôt envoyé à l'armée du Danube (5 avril 1799).

Détaché dans les Grisons, et séparé de l'armée pendant dix jours, il défendit les positions de Davos, Bergün, et Splügen ; trompa l'ennemi qui l'entourait, et rejoignit l'armée, par les sources du Rhin, vers le massif du Saint-Gothard, sans être entamé ; mais il fut blessé. C’est lui qui porte ensuite les drapeaux ennemis pris au Directoire. Désigné comme major général de l’armée d’Égypte, il dut se rendre à Paris pour se disculper des fausses accusations portées contre sa gestion sous Brune en Suisse et ne put donc participer à la campagne.

Deuxième campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne d'Italie (1799-1800).

Absous, il rejoignit l'armée d'Helvétie comme chef d’état-major, sous Masséna, passa en Italie avec le même emploi sous Joubert, le successeur de Brune. Après la campagne désastreuse de Schérer, Joubert, ayant repris le commandement de l'armée d'Italie, fit nommer en 1799, général de division et son chef d'état-major, Suchet qui quittait alors l'armée du Danube. Après la bataille de Novi, où la France perdit Joubert, Suchet continua ses fonctions sous Moreau et Championnet.

Au 18 brumaire, Napoléon Bonaparte chargea Masséna du commandement de l'armée d'Italie et lui donna Suchet pour lieutenant. Coupé de l'armée de Masséna, il se replie sur le Var, puis reprend Gênes, le 22 juin 1800, quelques jours après Marengo[3]. La campagne s'étant rouverte, en 1801, après six mois d'armistice, le général Suchet commanda le centre de l'armée, composé de trois divisions fortes de 18 000 hommes. Au passage du Mincio, il secourut et dégagea le général Dupont, et fit avec lui 4 000 prisonniers sur le général Bellegarde à la bataille de Pozzolo. Après la paix de Lunéville, il est nommé inspecteur général d'infanterie. Inspecteur général d'infanterie en 1801, il est bien connu du Premier Consul, car il a épousé en 1799 Honorine Anthoine de Saint-Joseph, fille de l'ainée des Clary et de Antoine-Ignace Anthoine, maire de Marseille.

L'Empire[modifier | modifier le code]

Le maréchal Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albufera par Jean-Baptiste Paulin Guérin.

En 1804, il alla commander une division au camp de Boulogne. Il y fut particulièrement chargé de faire creuser le port de Wimereux, et fut nommé peu après gouverneur du palais de Laeken, près Bruxelles.

À l'ouverture de la campagne d'Allemagne (1805), sa division devint la première du 5e Corps de la Grande Armée sous les ordres de Soult ; puis commandée par le maréchal Lannes, elle se distingua à Ulm et à Hollabrunn. Suchet s'illustre également à la bataille d'Austerlitz à la suite de laquelle il est nommé grand aigle (grand-croix) de la Légion d'honneur[4].

Dans la campagne de Prusse (1806), sa division remporta le premier avantage à Saalfeld. Elle commença l'attaque à Iéna. Elle se signala de nouveau en Pologne, où elle résista seule à l'armée russe lors de la bataille de Pułtusk[5]. À Ostrolenka, en 1807, la division Suchet (en compagnie des troupes des généraux Oudinot et Reille) affronte avec succès les Russes du général Essen. Après la paix de Tilsitt, en 1807, le général Suchet prit ses cantonnements en Silésie, et commanda le 5e corps qui fut envoyé en Espagne l'année suivante.

Campagne d'Espagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'indépendance espagnole.

Il est envoyé en Espagne, où il sera le seul des officiers supérieurs à remporter de grandes victoires dans ce pays. Unique maréchal à gagner son titre en Espagne, il réorganise ses unités françaises, établit une discipline sévère, administre sagement, ce qui lui donne l’affection des Espagnols. Suchet est par ailleurs le seul des chefs français à réussir complètement la pacification de la zone dont il est chargé. Il se distingue par une série impressionnante de menées à la tête de l'armée d'Aragon.

En décembre 1808, la division de Suchet ouvre le siège de Saragosse, sur la droite de l'Èbre, où elle obtient des succès. Nommé, en avril 1809, général en chef du 3e corps (armée d'Aragon), et gouverneur de cette province, le départ du 5e corps, la guerre de l'Autriche et le délabrement d'une armée très faible, rendent sa position fort critique.

Le général Suchet contre l'armée de Blake[modifier | modifier le code]
Le général Suchet s'empare de Lérida le 14 mai 1810 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1836).

Le jour de son arrivée au commandement, le général espagnol Blake se présente avec 25 000 hommes devant Saragosse. Les troupes espagnoles chassent la garnison française d'Alcañiz et s'y retranchent. Suchet se porte à leur rencontre le 23 mai. Les premiers affrontements sont indécis ; les Français avancent sous un feu nourri tandis que la cavalerie espagnole est taillée en pièces par son homologue française. Suchet envoie l'infanterie du général Fabre contre la forteresse afin d'emporter la décision, mais elle est décimée par l'artillerie espagnole[6]. Ce dernier échec force pour la première fois Suchet au repli, après avoir perdu environ 1 500 soldats tués ou blessés[6]. Il prend néanmoins sa revanche sur Blake à Maria, le 15 juin 1809 : les troupes françaises dispersèrent rapidement les soldats espagnols et les poursuivirent, leur infligeant des pertes de 1 200 tués, 400 prisonniers, 25 canons et 3 drapeaux[7]. Le 18 juin, à Belchite, Suchet compléta la défaite de Blake : grâce à l'attaque coordonnée de l'infanterie et le soutien de la cavalerie (4e régiment de hussard et lanciers de la Vistule), les Espagnols sont mis en complète déroute, laissant sur le terrain 800 hommes et abandonnant aux troupes françaises 4 000 prisonniers, 9 pièces d'artillerie et un drapeau[8].

Ces succès renversèrent les projets des Espagnols qui voulaient se porter sur les Pyrénées. Son administration juste et modérée, son impartiale intégrité envers les habitants auxquels il conserva leurs emplois, sa protection particulière pour le clergé, sa sévérité sur la discipline, lui attachèrent les Aragonais et lui créèrent des ressources.

Suchet à l'assaut des villes espagnoles[modifier | modifier le code]
La ville de Tortosa se rend aux troupes du général Suchet le 2 janvier 1811 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1837).

Au milieu de la disette générale, son armée devint florissante, et après une marche sur Valence, en janvier 1810, elle commença ses mémorables campagnes. Lérida, écueil des grands capitaines, tomba la première en son pouvoir, le 13 mai, après une victoire complète remportée sur le général O'Donnel, à Margalef, le 13 avril, sous les murs de la place. Ce dernier avait voulu secourir les assiégés, mais les cuirassiers français ont détruit une partie de son armée qui s'est replié[9]. Mequinenza fut forcée de capituler le 8 juin ; Tortose ouvrit ses portes le 12 janvier 1811, après 13 jours de tranchée ouverte ; le fort San-Felipe, au col de Balaguer, fut pris d'assaut le 9 ; Tarragone, la Forte, succomba le 28 juin après 56 jours de siège, ou plutôt d'une continuelle et terrible bataille, en présence et sous le feu de l'escadre britannique, de ses troupes de débarquement et de l'armée espagnole de Catalogne. Le bâton de maréchal d'Empire fut le prix de cette campagne[10], Napoléon le lui octroie le 8 juillet 1811.

En septembre 1811, le maréchal ouvrit la campagne de Valence. Les forts de l'antique Sagonte, qui couvrent cette capitale, relevés à grands frais par les Espagnols, l'arrêtent. Oropesa fut assiégé et pris le 25 août. La garnison de Sagonte avait repoussé deux assauts[11]. Le 26 décembre, ayant reçu le corps de réserve de la Havane, et, sans attendre les divisions de Portugal, il passa la Guadalavia, investit Valence, pressa le siège et le bombardement, et força Blake à capituler le 9 janvier 1812. Le 10, les Espagnols, au nombre de 17 500 hommes d'infanterie et 1 800 de cavalerie, se rendirent, et Valence fut occupée. Avant un mois, la place de Peñíscola et le fort de Dénia tombèrent en son pouvoir, et complétèrent la conquête du royaume de Valence.

Retraite sur les Pyrénées[modifier | modifier le code]
Prise de Tarragone par le général Suchet, le 28 juin 1811 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1837).

En janvier 1812, il est duc d’Albufera et gouverneur du pays de Valence[12],[13]. Après divers engagements victorieux, contre le général Enrique José O'Donnell et l'armée espagnole, et après avoir reçu à Valence les armées du Centre et du Midi qui s'y rallièrent pour marcher contre l'armée britannique, le maréchal fait, en juin 1813, lever le siège de Tarragone, vivement pressé par le général Murray qui perdit toute son artillerie.

La retraite de l'armée française au-delà des Pyrénées après la bataille de Vitoria, l'oblige à évacuer Valence le 5 juillet, dix-huit mois après la reddition de cette ville. Il laisse des garnisons à Dénia, Sagonte, Peniscola, Tortose, Lérida et Mequinenza approvisionnées pour plus d'un an. En septembre, au col d'Ordal, son infanterie emporte les redoutes occupées par les troupes anglaises sous le commandement de lord Bentinck tandis que la cavalerie française, poursuivant l'ennemi, s'empare du village de San-Cujat avec l'aide d'un bataillon d'infanterie et repousse les forces ennemies qui s'y étaient rassemblé[14]. Suchet est alors nommé colonel général de la cavalerie de la Garde impériale, en remplacement du maréchal Jean-Baptiste Bessières, qui venait de trouver la mort dans un combat près de Weissenfels. Le duc d'Albuféra occupe pendant six mois la Catalogne.

Vingt mille hommes lui ayant été demandés pour la France, en janvier 1814, il se rapproche alors des Pyrénées, et il est à Gérone où reçut Ferdinand VII, qu'il est chargé de conduire à l'armée espagnole. Malgré la faiblesse de son armée, réduite à neuf mille hommes, le duc d'Albuféra persiste à rester en Espagne pour assurer la rentrée de 18 000 hommes de garnison, et surtout pour empêcher l'ennemi d'envahir la frontière. Il est encore vainqueur à Molino del Rey en janvier 1814. La frontière des Pyrénées-Orientales reste inviolée jusqu'à la chute de l'Empire.

Première Restauration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première Restauration.

Instruit officiellement de l'abdication de l'Empereur, et croyant voir le vœu de la nation dans ce décret du sénat, rallié à la Restauration, il fit reconnaître Louis XVIII par l'armée dont le gouvernement royal lui conserva le commandement. De retour à Paris, il fut nommé pair de France, gouverneur de la 10e division militaire et commandeur de Saint-Louis, puis, en décembre suivant, gouverneur de la 5e division à Strasbourg. Tant que les Bourbons demeurèrent sur le territoire français, le duc d'Albuféra resta fidèle au serment qu'il leur avait prêté et maintint les troupes dans l'obéissance : resté sans ordres ni instructions du gouvernement royal, et jugeant, par les premiers actes du congrès de Vienne, que les forces étrangères se disposaient à envahir la France.

Les Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Pendant les Cent-Jours, le maréchal se rendit à Paris, le 30 mars 1815, dix jours après l'arrivée de Napoléon Ier, pour recevoir de nouveaux ordres. Il reçut le 5 avril celui de se rendre à Lyon pour y rassembler une armée. Suchet reçoit le commandement du 7e corps appelé l'armée des Alpes[15]. Il dispose en tout de 2 divisions d'infanterie, six escadrons de cavalerie, un peloton de la gendarmerie et de 42 canons, pour un total d'environ 9 000 hommes[16]. Il est nommé, le 27 juin suivant, membre de la Chambre impériale des pairs.

À la tête de ces nouvelles troupes, il se porta vers les Alpes et, malgré l'inexpérience de ses troupes composé pour la plupart de gardes nationaux et le manque de chevaux, battit les Piémontais, le 15 juin, et quelques jours après les Autrichiens à Conflans. L'arrivée de la grande armée autrichienne à Genève l'obligea de quitter la Savoie et de se replier sur Lyon.

Après Waterloo[modifier | modifier le code]

Tombe de Suchet au cimetière du Père-Lachaise. Buste sculpté par David d'Angers.

Instruit, le 11 juillet, que la bataille de Waterloo[17] venait de replacer le sceptre dans la main des Bourbons, le duc d'Albuféra, pour éviter une guerre civile, conclut avec les Autrichiens une capitulation honorable qui, en sauvant sa ville natale, conserva à la France pour dix millions de matériel d'artillerie. Le même jour, 11 juillet, il envoya trois généraux pour annoncer au roi qu'il était reconnu par l'armée, dont le commandement lui fut continué.

Exclu de la Chambre des pairs par l'ordonnance du 24 juillet 1815, au moment de l'épuration des personnes les plus compromises avec le régime précédent, le duc d'Albuféra fut rappelé dans cette chambre par une ordonnance du 5 mars 1819. En 1823, il participe à l'expédition d'Espagne sous le duc d'Angoulême destinée à rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII[18]. Il mourut à Marseille, le 3 janvier 1826, âgé de 55 ans seulement. Sa dépouille fut transportée à Paris. Il repose au cimetière du Père-Lachaise (division 39).

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Il publie ses Mémoires sous le titre : Mémoires du maréchal Suchet, duc d'Albufera, sur ses campagnes en Espagne : depuis 1808 jusqu'en 1814, Adolphe Bossange,‎ 1828

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Orn ext Maréchal-comte de l'Empire GCLH.svg
Blason Suchet (comte de l'Empire).svg
Armes du 1er comte Suchet et de l'Empire (19 mars 1808, lettres patentes du 24 juin 1808), général de brigade (3 germinal an VI (23 mars 1798)), général de division (22 messidor an VII (10 juillet 1799)), maréchal de l'Empire (8 juillet 1811), Légionnaire (19 frimaire an XII : 11 décembre 1803)), puis Grand officier (25 prairial an XII : 14 juin 1804), puis Grand aigle de la Légion d'honneur (8 février 1806, confirmé Grand-croix de l'ordre royal de la Légion d'honneur le 16 août 1816), Chevalier de l'Ordre de la Couronne de Fer (23 décembre 1807), Commandeur de l'Ordre de Saint-Henri de Saxe (22 septembre 1808),

Coupé, au 1, parti, du quartier des comtes militaires de l'Empire et d'or à un demi-vol d'aigle renversé de sable ; au 2 de gueules au pont d'or, sommé d'un lion passant du même tenant de la patte dextre un rinceau de grenadier d'or.[19],[20],[21],[22],[23]

Orn ext Maréchal-Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Famille Suchet Albufera.svg
Armes du duc d'Albufera et de l'Empire (11 janvier 1813), Commandeur de Saint-Louis (24 septembre 1814), Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, Pair de France (4 juin 1814, 2 juin 1815 (Cent-Jours), révoqué le 24 juillet 1815, réintégré par lettres patentes du 5 mars 1819, duc et pair avec dispense de majorat par autres lettres du 9 novembre 1824),

Parti de trois traits, coupé d'un autre, qui fait huit quartiers : au 1, d'or, à quatre vergettes de gueules, à trois fers de pique d'argent, 2 et 1, brochant sur le tout; au 2, d'argent, à une tour sommée de trois tourelles de sable; au 3, contre-écartelé, de gueules à une tour de sable, et d'or à un arbre de sinople; au 4, d'argent, à trois pals ondés d'azur; au 5, d'azur, à une galère d'argent de six rames, surmontée des lettres S A G, et acc. en pointe d'un dauphin et d'une coquille d'argent; au 6, d'or, à quatre vergettes de gueules, et un lis d'argent, brochant sur le tout; au 7, d'azur, à une tour sommée de trois tourelles de sable, sur une terrasse de sinople; au 8, d'or, à cinq étoiles d'azur, 2, 1 et 2. Sur le tout: coupé, au 1, parti, à dextre, d'azur à une épée d'argent, montée d'or; à sénestre, d'or à un demi-vol d'aigle renversé de sable; au 2 de gueules au pont d'or, sommé d'un lion passant du même tenant de la patte dextre un rinceau de grenadier d'or. Au chef des ducs de l'Empire brochant. Supports : deux léopards lionnés[19],[20],[21],[23].

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Louis-Gabriel Suchet sont conservés aux Archives nationales sous la cote 384AP[24].
  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 3, Bureau de l'administration,‎ 1844 (lire en ligne).
  • « Louis-Gabriel Suchet », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]
  • « Louis-Gabriel Suchet », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition]
  • Jean-Baptiste Alphonse Charras et Philippe Vandermaelen, Campagne de 1815 : Waterloo, Meline, Cans et comp.- J. Hetzel et comp.,‎ 1857, 504 p..
  • Charles-Théodore Beauvais, Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français depuis les temps les plus reculés jusques et compris la Bataille de Navarin, vol. 22, C.L.F Panckoucke,‎ 1820, 311 p..
  • Abel Hugo, France militaire. Histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837, Delloye,‎ 1838, 368 p. (lire en ligne).
  • Jean-Claude Lorblanchès, Les Soldats de Napoléon en Espagne et au Portugal : 1807-1814, L'Harmattan,‎ 2007, 540 p. (ISBN 9782296164642).
  • Béatrice Capelle et Jean-Claude Demory, Maréchaux d'Empire, E/P/A,‎ 2008, 287 p. (ISBN 978-2-85120-698-5), « Suchet, la valeur trop tard reconnue ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Capelle et Demory 2008, p. 96
  2. Son frère puiné, Gabriel-Catherine (Lyon, 6 novembre 1773 - Paris, 28 février 1835) deviendra chevalier de l'Empire et comte Suchet (10 septembre 1808), officier, administrateur des tabacs (1811-1815), maître des requêtes au Conseil d'État, député de l'Ardèche (1815), chevalier de la Légion d'honneur (1804).
  3. À la tête d'un faible corps de 5 000 hommes, à peine vêtus, sans magasins et sans ressources, pour lutter contre 60 000 hommes commandés par le général Melas, Suchet prit une part brillante aux résultats de la campagne de Gênes et du Var, non moins mémorable par les talents et la prodigieuse activité qu'il y déploya, que par l'inébranlable courage de ses troupes, au milieu des plus grands dangers et des privations les plus absolues. Séparé de la droite de l'armée par la prise de Saint-Jacques, il lutta pendant 38 jours avec succès et défendit pied à pied la rivière de Gênes. Les forces de l'ennemi l'ayant obligé à se retirer derrière le Var, il s'y retrancha et conserva une tête de pont. Les efforts de Mêlas, renouvelés pendant 16 jours et soutenus par une escadre britannique, échouèrent contre ses dispositions et la valeur de ses troupes. Par cette défense, il sauva d'une invasion le midi de la France et prépara le succès de l'armée de réserve qui se portait à Marengo. Dès ce moment le général Suchet prit l'offensive. Il avait mis à profit la découverte du télégraphe employé pour la première fois à la guerre. Deux sections, laissées par lui aux forts de Villefranche et de Mont-Alban, au milieu des Autrichiens, le prévinrent de leur marche rétrograde. Suchet précipita la sienne par la crête des montagnes, coupa la retraite aux Autrichiens qui avaient suivi les bords de la mer, et leur fit 15 000 prisonniers. Masséna, renfermé dans Gênes, venait de capituler après une grande résistance ; Suchet, qui l'ignorait et conservait l'espoir de dégager cette ville, traversa en peu de jours la rivière de Gênes, rejoignit la droite de l'armée, sortit de Savone par capitulation, et se porta rapidement vers les plaines d'Alexandrie. Sa présence à Acqui contribua à la victoire de Marengo, suivant le rapport de Michael von Melas, qui fut obligé de lui opposer un fort détachement. Après cette bataille, il fut chargé de réoccuper Gênes et son territoire. Il maintint partout une discipline sévère et s'acquit l'estime et la confiance des habitants de cette malheureuse république.
  4. Sa division enfonça la droite de l'armée russe et la sépara du centre. On admira sa marche en échelons par régiment, comme à l'exercice, sous le feu de 50 pièces de canon.
  5. « J'ai combattu contre une armée entière » écrit le général Benningsen.
  6. a et b Lorblanchès 2007, p. 242
  7. Hugo 1838, p. 136
  8. Hugo 1838, p. 136 et 137
  9. Lorblanchès 2007, p. 323
  10. Les droits de l'humanité furent respectés, autant qu'il fut possible, par les soins du général, au milieu des horreurs d'une guerre furieuse.
  11. La ville continuait d'être battue en brèche : Blake sortit de Valence avec 30 000 hommes pour la secourir, et fut défait totalement, à la vue même de Sagonte qui capitula et donna son nom à cette bataille, où le maréchal fut blessé à l'épaule.
  12. Heureuse par les soins du vainqueur, comme l'était l'Aragon, cette contrée imita sa soumission, et le maréchal fut récompensé de sa brillante campagne par le titre de duc d'Albuféra, et par la mise en possession de ce riche domaine, qui touche Valence, et sur lequel il avait combattu.
  13. Il était très apprécié de Joseph Bonaparte qui disait de lui : "Chef militaire très distingué et administrateur très habile, il trouva dans les riches provinces d'Espagne les moyens de pourvoir abondamment à tous les services de son armée, sans trop fouler les peuples. Il lui fut possible de faire observer une exacte discipline à ses troupes et d'inspirer de la confiance aux habitants."
  14. Beauvais 1820, p. 307-308-309
  15. Un nombre immense de soldats volontaires ou déserteurs de l'armée royale, pendant l'année qui venait de s'écouler, était accouru de toutes parts sous les drapeaux ; mais les arsenaux étaient vides, et il n'avait pas été possible d'armer plus de 10 000 hommes.
  16. Charras et Vandermaelen 1857, p. 40
  17. À Sainte-Hélène, dans le Mémorial, Napoléon dira de lui : « Suchet était quelqu'un chez qui le caractère et l'esprit s'étaient accrus à surprendre… Si j'avais eu Suchet à la place de Grouchy, je n'aurais pas perdu Waterloo. »
  18. Capelle et Demory 2008, p. 99
  19. a et b Source : www.heraldique-europeenne.org
  20. a et b Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  21. a et b Source: Armorial du Premier Empire, Vicomte Albert Révérend, Comte E. Villeroy
  22. La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr
  23. a et b Source : Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) sur www.heraldica.org
  24. Archives nationales


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