Électorat de Saxe

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Électorat de Saxe
Kurfürstentum Sachsen (allemand)

1356 – 1806

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte des deux duchés de Saxe à la fin du Moyen Âge

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Dresde
Histoire et événements
1356 Bulle d'or faisant de la Saxe-Wittemberg un électorat
1485 Partition entre les branches albertine (Misnie) et ernestine (Saxe-Wittemberg et Thuringe)
1547 La Saxe-Wittemberg est cédée à la branche albertine, déjà en possession de la Misnie
1697 Union personnelle de l'Électorat de Saxe avec la République des deux nations.
1763 Fin de l'union personnelle avec la République des deux nations.
1806 La Saxe devient un royaume

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'Électorat de Saxe était un État du Saint-Empire romain germanique de 1356 à 1806 dont le souverain était investi d'une fonction élective au trône impérial. Il succéda au Duché de Saxe-Wittemberg et fut remplacé par le Royaume de Saxe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Après la dissolution du duché de Saxe médiéval, le nom de Saxe fut d'abord appliqué à une petite partie du duché située sur l'Elbe autour de la ville de Wittemberg. Ce territoire fut donné à Bernhard, le second fils d'Albert Ier de Brandebourg qui était le fondateur du margraviat de Brandebourg duquel sera issu le Royaume de Prusse. Le fils de Bernhard, Albert Ier, ajouta à ce territoire la seigneurie de Lauenbourg et les fils d'Albert divisèrent ce territoire en duché de Saxe-Wittemberg et en duché de Saxe-Lauenbourg. En 1356, lorsque l'empereur Charles IV promulgua la Bulle d'or, la loi fondamentale qui établissait les méthodes d'élection de l'empereur, le duché de Saxe-Wittemberg fut désigné comme l'un des sept électorats. Le duc reçut donc le droit, avec six autres électeurs, d'élire le roi de Germanie, futur empereur du Saint-Empire romain germanique. De ce fait, l'Électorat de Saxe, bien que de petite taille, avait une position influente. La dignité électorale était liée à l'obligation de la primogéniture, c'est-à-dire le droit du seul fils aîné de succéder au souverain. Cela évitait la division du territoire des électorats entre plusieurs héritiers et prévenait ainsi la désintégration du pays. L'importance de cette disposition est prouvée par l'histoire de la plupart des principautés allemandes qui n'étaient pas des électorats.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

La branche de Saxe-Wittemberg de la Maison d'Ascanie s'éteint en 1422, après quoi l'Empereur Sigismond donna le pays et la dignité électorale au margrave de Misnie Frédéric II le Bon, un membre de la Maison de Wettin. Le margraviat de Misnie avait été fondé par l'Empereur Otton Ier et était devenu propriété de la Maison de Wettin en 1089, qui possédait aussi le landgraviat de Thuringe depuis 1247. Ainsi, en 1422, la Saxe-Wittemberg et le Margraviat de Misnie et de Thuringe furent unis sous un même souverain et le territoire unifié reçut progressivement le nom de Saxe. Frédéric mourut en 1464 et ses deux fils divisèrent son territoire à Leipzig le 26 août 1485, provoquant la séparation de la Maison de Wettin entre les branches ernestine et albertine. Le duc Ernest, fondateur de la branche ernestine, reçut la Saxe-Wittemberg et la dignité électorale qui lui était attachée ainsi que le landgraviat de Thuringe; le duc Albert III de Saxe, le fondateur de la branche albertine, reçut le margraviat de Meissen.

La Réforme[modifier | modifier le code]

La Réforme protestante du XVIe siècle fut effectuée sous la protection des prince-électeurs de Saxe. En 1502, Frédéric III établit une université à Wittemberg où le moine augustinien Martin Luther sera nommé professeur de théologie en 1508. À la même époque, il devint l'un des prédicateurs attachés à l'église du château de Wittemberg. Le 31 octobre 1517, il afficha contre la porte de cette église les 95 thèses contre la vente d'indulgences et contre d'autres pratiques catholiques, marquant ainsi le début de ce qui sera appelé la Réforme. Le Prince-électeur ne devint pas immédiatement un adepte de ces thèses, mais donna sa protection à Luther. Le pape Léon X refusa de faire venir Luther à Rome en 1518 et le prince-électeur lui délivra un sauf-conduit pour de rendre à la Diète de Worms en 1521. Lorsque Luther fut mis au ban de l'Empire à l'issue de la Diète de Worms, le prince-électeur le fit amener dans le château de Wartbourg, en Thuringe.

Les idées luthériennes se répandirent d'abord en Saxe. En 1523, Frédéric III et son frère Jean, qui était déjà un luthérien zélé, lui succéda. Jean exerça une autorité complète sur l'Église, introduisit la confession luthérienne, ordonna la déposition de tous les prêtres qui avaient gardé la foi catholique et ordonna l'usage d'une nouvelle liturgie conçue par Luther. En 1531, il forma avec d'autres princes protestants la Ligue de Smalkalde pour le maintien de la doctrine protestante et pour une défense commune contre l'Empereur Charles Quint, opposant à la Réforme. Le fils de Jean, Jean-Frédéric lui succéda et fut également l'un des leaders de la Ligue. En 1542, Jean-Frédéric s'empara de l'évêché de Naumbourg-Zeitz et pilla les possessions séculaires des diocèses de Meissen et de Hildesheim. La foi catholique fut supprimée par la force et les églises et les monastères furent dévalisés. Jean-Frédéric fut défait et fait prisonnier par Charles Quint lors de la Bataille de Muehlberg le 24 avril 1547. Dans la capitulation de Wittenberg, le 19 mai 1547, Jean-Frédéric fut forcé à céder la Saxe-Wittemberg et la dignité électorale au duc Maurice de Saxe de la branche albertine. Après la capitulation, la seule possession restant à la branche ernestine de la Maison de Wettin fut la Thuringe qui, après des divisions répétées entre les héritiers, fut bientôt coupée en un grand nombre de petits duchés. Ces derniers étaient toujours en existence lors de la Révolution allemande.

À la mort d'Albert III de Saxe en 1500, chef de la branche albertine, son fils Georges lui succéda à la tête du margraviat de Misnie. Georges était un farouche opposant à la doctrine luthérienne et tenta d'influencer ses cousins, les princes-électeurs de Saxe-Wittemberg. Son frère Henri, qui lui succéda en 1539, était, lui, protestant et le margraviat de Misnie devint lui aussi réformé. Le fils et successeur d'Henri, Maurice, bien que protestant zélé, s'allia à l'Empereur contre les membres de la Ligue de Smalkalde pour accroître ses possessions territoires. Suite à la défaite des protestants et comme mentionné plus haut, la capitulation de Wittemberg lui donna l'Électorat de Saxe, réunissant à nouveau la Saxe-Wittemberg et le margraviat de Misnie. Frustré de ne pas avoir reçu l'ensemble des possessions de la branche albertine et souhaitant placer un protestant à la tête de l'Empire, Maurice s'éloigna de l'Empereur. Il signa un traité avec la France en 1551 qui lui donnerait les Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun et participa ainsi à la conspiration des princes contre l'Empereur, qui n'échappa que de peu à la capture. La même année, l'Empereur fut obligé, par le Traité de Passau d'accorder la liberté de religion aux États protestants. Maurice mourut en 1553 à l'âge de 32 ans.

Son frère et successeur, Auguste, s'empara progressivement des diocèses de Mersebourg, Naumbourg et Misnie. Le dernier évêque de Mersebourg, Michael Helding, mourut à Vienne en 1561. L'Empereur demanda alors l'élection d'un nouvel évêque, mais Auguste imposa l'élection de son fils Alexandre, alors âgé de huit ans, comme administrateur. Lorsque Alexandre mourut en 1565, Auguste administra le diocèse lui-même. De la même manière, il confisqua le diocèse de Naumbourg en 1564 après la mort du dernier évêque. Les chanoines des cathédrales de ces évêchés, qui étaient encore catholiques, ne purent le rester que pendant dix ans. En 1581, Jean de Haugwitz, le dernier évêque de Misnie, démissionna et se convertit au protestantisme six ans plus tard. Les domaines de l'évêché furent là aussi confisqués par le prince-électeur.

Durant les règnes des princes-électeurs Auguste (mort en 1586) et Christian (mort en 1591), une forme plus libre de protestantisme, appelée cryptocalvinisme, prévalut dans le pays. Pendant le règne de Christian II, le chancelier, Crell, qui avait diffusé cette doctrine, fut destitué et décapité en 1601. Un luthéranisme rigide fut réintroduit et, avec lui, un serment religieux.

Guerre de Trente Ans[modifier | modifier le code]

La Guerre de Trente Ans (1618-1648) eut lieu pendant le règne du prince-électeur Jean-Georges Ier. Durant ces évènements, le prince-électeur resta d'abord neutre. La position géographique de l'Électorat de Saxe la condamnait pourtant à être impliquée dans la guerre. En tant que seigneur de l'État protestant le plus puissant, Jean-Georges était prédestiné à diriger les États protestants.

Jean-Georges Ier et son gouvernement se tinrent toutefois à la traditionnelle politique d'équilibre de la Saxe. Cette politique visait à maintenir le statu quo par rapport à la Paix d'Augsbourg de 1555 qui avait établi la règle cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion). La Saxe luthérienne refusa ainsi catégoriquement de nouer des relations plus étroites avec les calvinistes menés par l'Électeur palatin Frédéric V et ne souhaita pas soutenir la puissance grandissante de l'Électeur de Brandebourg. L'Empereur et les Habsbourg approuvaient pleinement la politique de Jean-Georges Ier.

Ne voulant pas s'opposer au Habsbourg Ferdinand II, Jean-Georges Ier refusa en 1619 de se porter candidat à la couronne de Bohême qui lui était proposée par le chef des États protestants de Bohême, Joachim Andreas von Schlick. La même année, il accepta d'élire le même Ferdinand II à la tête du Saint-Empire, contrecarrant les plans des autres Électeurs protestants.

Jean-Georges fit alliance avec Ferdinand pour combattre dans les deux Lusace et en Silésie les partisans de l'Électeur du Palatinat Frédéric V, nouvellement élu roi de Bohême. La guerre contre les territoires bohémiens voisins fut confiée formellement à Jean-Georges par l'Empereur en échange de la promesse qu'il pourra conserver les biens ecclésiastiques qu'il avait illégalement sécularisé. Il prit ainsi part à l'éviction de Frédéric V de Bohême et à l'éradication du protestantisme dans ce pays.

Bien que jugeant que le début de la Contre-Réforme en Bohême après la bataille de la Montagne Blanche et plus tard en Silésie également, rompait ses engagements vis-à-vis de l'Empereur, Jean-Georges Ier ne prit pas position ouvertement contre l'Empereur, mais resta neutre pendant les années qui suivirent. Toutefois, l'Édit de restitution promulgué en 1629 accrut ses craintes. Il réunit les princes protestants à Leipzig en février 1631, mais en dépit des appels du prêtre Matthias Hoë von Hoënegg il se contenta de condamner la politique impériale.

Dans le même temps, le roi de Suède Gustave-Adolphe, luthérien, débarqua en Allemagne à la tête de ses troupes et chercha un accord avec Jean-Georges pour pouvoir traverser l'Elbe à Wittenberg. Jean-Georges ne parvint pas à se décider. Craignant un ralliement de la Saxe à la cause protestante, Tilly envahit et ravagea la Saxe avec les troupes de la Ligue catholique. En septembre, Jean-Georges se rallia à Gustave-Adolphe et, peu de temps après, l'armée de Saxe nouvellement formée rejoint les troupes suédoises près de Bad Düben. La Saxe fut libérée après la bataille de Breitenfeld. L'armée saxonne elle-même, toutefois, fut mise en déroute par les Impériaux pendant la bataille et Jean-Georges dut prendre la fuite. Néanmoins, les armées saxonnes passèrent à l'offensive, marchèrent sur la Bohême et occupèrent Prague, mais la mort de Gustave Adolphe à la bataille de Lützen en 1632 et la victoire des Impériaux à la bataille de Nördlingen en 1634 intimidèrent Jean-Georges qui se détacha de la cause protestante.

Le prince-électeur commença à négocier et ses troupes offrirent peu de résistance à Wallenstein, condottiere au service de l'Empire, qui les repoussa en Saxe. Il signa la paix de Prague le 30 mai 1635 après de longues négociations à Eilenburg et Pirna et reçut les deux Lusace - d'anciens territoires de la couronne de Bohême - en possessions héréditaires. Par ailleurs, l'archevêché de Magdebourg fut attribué à son fils et quelques concessions lui furent octroyées par rapport aux dispositions de l'Édit de restitution. Il s'allia alors avec Ferdinand II pour expulser les Français et les Suédois de l'Empire et déclara la guerre à la Suède.

Cette décision se solda par d'horribles dévastations dans le pays après les combats malheureux de Dömitz le 22 octobre et de Kyritz le 7 décembre et l'invasion du pays par les troupes suédoises du général Johan Banér. Après la victoire sur les Saxons et les Impériaux à Wittstock, le 24 septembre 1636, Banér envahit la Saxe une deuxième fois, puis une troisième fois en février 1639. Il occupa Zwickau après sa victoire à Reichenbach, assiégea en vain Freiberg et battit les Impériaux et les Saxons une nouvelle fois le 4 avril près de Chemnitz.

Jean-Georges reprit certes Zwickau le 7 juin 1642, mais perdit en revanche Leipzig après la victoire de Lennart Torstenson sur les Impériaux le 23 novembre à la bataille de Leipzig. Enfin, Torstensson força Jean-Georges Ier à accepter le cessez-le-feu de Kötzschenbroda le 27 août 1645 après avoir anéanti l'armée saxonne près de Jüterbog et incendié Pegau. La période la plus dévastatrice de la guerre était désormais passée pour la Saxe.

Le Traité de Westphalie de 1648 ôta à la Saxe toute possibilité d'extension de son territoire le long du cours inférieur de l'Elbe et confirma la prépondérance de la Prusse.

Articles connexes[modifier | modifier le code]