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Jean-Baptiste Bessières

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Jean-Baptiste Bessières
Duc d'Istrie
Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, maréchal de France (1768-1813). Huile sur toile d'Edmond Hédouin d'après Henri-François Riesener, 1853, château de Versailles.
Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, maréchal de France (1768-1813). Huile sur toile d'Edmond Hédouin d'après Henri-François Riesener, 1853, château de Versailles.

Naissance 6 août 1768
Prayssac
Décès 1er mai 1813 (à 44 ans)
Weißenfels
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Cavalerie
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 17911813
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Commandement Cavalerie de la Garde impériale
Faits d'armes 1796: Combat de Roveredo
1797 : Bataille de Rivoli
1800 : Bataille de Marengo
1805 : Bataille d'Austerlitz
1806 : Bataille d'Iéna
1807 : Bataille d'Eylau
1808 : Bataille de Medina de Rioseco
1809 : Bataille de Landshut
1809 : Bataille d'Essling
1809 : Bataille de Wagram
Distinctions Grand aigle de la Légion d'honneur
Duc d'Istrie
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile
(13e colonne)
Famille Napoléon Bessières (son fils)
Bertrand Bessières (son frère)
Julien Bessières (son cousin)

Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie, né le 6 août 1768 à Prayssac dans le Quercy et mort au combat le 1er mai 1813 à Weißenfels, dans le royaume de Saxe, est un officier général français, maréchal d'Empire.

D'origine modeste, il débute sa carrière militaire sous la Révolution française et effectue ses premières armes dans le 22e régiment de chasseurs à cheval, où il gagne ses galons de capitaine. Il combat sur le théâtre d'Italie sous les ordres du général Napoléon Bonaparte, qui le remarque et le nomme commandant du corps des guides à cheval. À sa tête, Bessières participe à la campagne d'Égypte jusqu'en 1799, puis est fait général sous le Consulat pour s'être distingué à la bataille de Marengo. Il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804 et devient colonel-général de la cavalerie de la Garde impériale.

Brillant officier de cavalerie, Bessières dirige les escadrons de la Garde tout au long des guerres napoléoniennes, notamment à Austerlitz et à Eylau. Son rôle dans la péninsule Ibérique, affirmé par la nette victoire de Medina de Rioseco, est cependant terni à Fuentes de Oñoro où son attitude ambiguë porte à controverses. Il n'en participe pas moins à la campagne de Russie en 1812 au cours de laquelle il sauve la vie de Napoléon, et reçoit le commandement de toute la cavalerie française au début de la campagne d'Allemagne. Le maréchal est toutefois mortellement blessé par un boulet le 1er mai 1813 à Rippach, près de Weißenfels, la veille de la bataille de Lützen.

« Bessières, dira plus tard Napoléon, était un officier de réserve plein de vigueur, mais prudent et circonspect ». Courageux et capable d'initiatives, il conduit personnellement les charges de ses cavaliers face à l'ennemi. C'est également un homme cultivé, pieux et populaire au sein de la Garde, dont la mort sera vivement ressentie par l'Empereur qui déclarera à son sujet : « Il a vécu comme Bayard, il est mort comme Turenne. ».

Débuts sous l'Ancien Régime et la Révolution[modifier | modifier le code]

Portait d'un jeune homme aux cheveux blancs vêtu d'un uniforme militaire.
Jean-Baptiste Bessières, adjudant en 1792, Jean-Baptiste Paulin Guérin, 1835.

Né le 6 août 1768 à Prayssac dans le Quercy, Jean-Baptiste Bessières est le fils d'un chirurgien-barbier. Il rédige les doléances de sa commune en 1788. Il débute sa carrière militaire, envoyé par ses concitoyens dans la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI en 1791[1]. Il s'engage dans la cavalerie de la garde constitutionnelle le 7 avril 1792 avant d'en être licencié le 5 juin de la même année[2]. Fidèle au roi, il aide à organiser sa fuite à Varennes et, par prudence, rentre dans la vie civile[3]. Le 1er novembre, il entre au 22e chasseurs. Ayant rejoint les armées révolutionnaires, Jean-Baptiste Bessières se distingue à l’armée des Pyrénées et gagne ses grades de lieutenant et de capitaine avant de passer en Italie avec le 22e chasseurs et de servir sous Bonaparte comme chef du corps des guides[1].

Au combat de Roveredo, avec six de ses chasseurs, il avise une batterie autrichienne et lui enlève deux canons[4]. Le 14 janvier 1797, il se distingue à la bataille de Rivoli et y est nommé major. Le 9 mars 1799, il est promu au grade de chef de brigade.

Colonel des guides pendant l'expédition d'Égypte, Bessières se signala au siège de Saint-Jean d’Acre (19 mars au 20 mai 1799) et à la bataille d’Aboukir (25 juillet 1799)[5]. Dans le rapport officiel sur la bataille qu'il adresse au « directoire exécutif  » le 9 thermidor an VII de la République, Bonaparte note : « le chef de brigade Bessières, à la tête des guides, a soutenu la réputation de son corps »[6].

Sous le Consulat[modifier | modifier le code]

Charge de cavalerie, vue de profil.
Charge des grenadiers à cheval de la Garde consulaire à Marengo menée par Bessières, le 14 juin 1800. Illustration de Job.

Après avoir accompagné Bonaparte en Égypte, Bessières participe au coup d'État du 18 brumaire en assurant la protection rapprochée de ce dernier, ce qui lui vaut d’être nommé commandant en second de la Garde consulaire.

Le 14 juin 1800, il prend part à de la bataille de Marengo. Alors que le Premier consul est en train de perdre la bataille contre les Autrichiens, Desaix et la division Boudet engagent les Autrichiens. Pour soutenir leur mouvement, d'une part la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit, et d'autre part Bessières organise une charge massive sur le flanc gauche avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire et sème la panique chez les Autrichiens. Les grenadiers à cheval culbutent les troupes qui s'opposent à eux et prennent possession de trois étendards ennemis[7]. Après la bataille, Bessières reçoit pour son action les éloges de Bonaparte, qui lui dit : « sous votre commandement, la Garde s'est couverte de gloire, elle ne pouvait pas faire mieux dans les circonstances données ».

Il est successivement promu général de brigade le 18 juillet 1800, puis général de division le 13 septembre 1802[8].

Maréchal d'Empire[modifier | modifier le code]

Les débuts de l'Empire et la charge d'Austerlitz[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Austerlitz.
Un maréchal de Napoléon à cheval devant ses cavaliers, sabre à la main.
Le maréchal Bessières, dessin de Lacoste.

Avec l'avènement de l'Empire, le général Bessières est élevé à la dignité de maréchal d'Empire le 19 mai 1804. Le 14 juin, il est fait grand officier de la Légion d'honneur, puis grand aigle le 2 février 1805[8].

Bessières prend part à la campagne d'Autriche de 1805 à la tête de la cavalerie de la Garde impériale, et notamment à la bataille d'Austerlitz le 2 décembre. où il mène la charge légendaire des chasseurs à cheval et des grenadiers à cheval de la Garde qui culbutent la Garde impériale russe[9].

Alors que Napoléon a pour projet de briser le centre austro-russe afin de diviser les forces ennemies et que la situation est plutôt à son avantage, une situation potentiellement dangereuse pour les Français se produit lorsque la Garde impériale russe, sous le commandement du grand-duc Constantin, attaque les soldats de la division Vandamme autour de Stary Vinohrady (« les vieilles vignes ») avec l'appui de leur artillerie. Les 4e régiment de ligne et 24e régiment d'infanterie légère français subissent de lourdes pertes, plus de 400 hommes, et perdent leur aigle[9].

Napoléon décide alors d'envoyer Bessières et la cavalerie de la Garde, composée des chasseurs à cheval et des mamelouks (quatre escadrons), des grenadiers à cheval (quatre escadrons), ainsi que deux batteries d'artillerie à cheval de la Garde pour les appuyer[10]. Une première charge menée par deux escadrons des chasseurs à cheval, appuyés par trois escadrons des grenadiers à cheval, disperse la cavalerie et permet d'engager l'infanterie de la Garde russe. Néanmoins, l'arrivée en renfort de sept escadrons de cosaques et de chevaliers-gardes renverse le rapport de force[11]. Pour soutenir ses cavaliers, l'Empereur envoie d'abord le reste des chasseurs à cheval et les mamelouks, puis le dernier escadron des grenadiers à cheval[11]. Ces derniers chargent et se mesurent aux chevaliers-gardes russes. Ils prennent très rapidement le dessus sur leurs adversaires, leur infligeant de lourdes pertes et capturant plus de 200 hommes, dont le prince Repnine (de) et son état-major, ainsi que 27 pièces d'artillerie. De leur côté, les grenadiers à cheval déplorent seulement 2 morts et 22 blessés, dont 6 officiers[12]. Les charges de la cavalerie de la Garde menées par Bessières ont permis de repousser cette dernière attaque russe sur le Pratzen, laissant les Français maîtres du plateau jusqu'à la fin de la bataille[13].

La campagne de Prusse[modifier | modifier le code]

Un maréchal de Napoléon à cheval, sabre à la main et se retournant vers sa suite.
Jean-Baptiste Bessières, maréchal d'Empire et duc d'Istrie, colonel-général de la cavalerie de la Garde impériale.
Article détaillé : Campagne de Prusse et de Pologne.

Le 14 octobre 1806, Bessières combat avec valeur à la bataille d'Iéna[14].

Attaqué le 23 décembre 1806 à Bieżuń alors qu'il ne dispose que de deux compagnies d'infanterie légère pour soutenir sa cavalerie, Bessières parvient à résister aux attaques de plusieurs colonnes prussiennes et russes fortes d'environ 5 000 à 6 000 hommes[15]. Il prend ensuite le dessus dans des marais, fait de nombreux prisonniers chez l'ennemi et capture deux étendards et cinq pièces de canon[15]. Le lendemain, il charge plusieurs escadrons prussiens et leur enlève un certain nombre de pièces d'artillerie[15].

Le 8 février 1807, à la bataille d'Eylau, au milieu d’une épouvantable tempête de neige, Bessières accompagne Murat dans la formidable et sanglante attaque des quatre-vingts escadrons français qui enfoncent les lignes russes. Plus de 20 000 hommes d'infanterie sont culbutés et contraints d'abandonner leur artillerie, ce qui scelle la victoire française[15].

Le maréchal Bessières est présent aux côtés de Napoléon à l'entrevue du 25 juin 1807 avec le tsar Alexandre Ier de Russie sur le Niémen, où une ébauche du traité de Tilsit est rédigée[15].

La péninsule Ibérique et la victoire de Medina de Rioseco[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Medina de Rioseco.
Un maréchal de Napoléon à cheval, de face, regardant vers la droite, la main sur la cuisse.
Le maréchal Bessières à cheval, peinture d'Ernest Meissonier.

En 1808, Bessières part pour l’Espagne et prend le commandement du 2e corps, qui opère dans le nord de la péninsule. Celui-ci comprend surtout des unités de conscrits formées en « régiments provisoires » de faible valeur, et aligne seulement quatre bataillons de vieilles troupes[16].

Au mois de juillet, l'armée espagnole de Galice commandée par les généraux Blake et la Cuesta marche contre les Français. Le maréchal se porte à sa rencontre avec l'ensemble des troupes disponibles, soit environ 14 000 hommes, et l'affronte à la bataille de Medina de Rioseco le 14 juillet. Les charges de la cavalerie légère du général Lasalle et les attaques des divisions Mouton et Merle brisent l'armée de Galice qui est mise en déroute. Bessières remporte ce jour-là la seule victoire de sa carrière en tant que commandant en chef[17]. La timide poursuite française est enrayée par la présence de la guérilla, mais la victoire de Medina de Rioseco éradique l'armée régulière espagnole des provinces du nord et ouvre la voie de Madrid à Joseph Bonaparte[18]. Napoléon, recevant la nouvelle, s'écrie : « C'est une seconde bataille de Villaviciosa ; Bessières a mis mon frère Joseph Bonaparte sur le trône d'Espagne. »[19].

Ce succès est cependant éclipsé par la défaite du général Dupont à Bailén, qui contraint les Français à repasser l'Èbre. Napoléon intervient alors personnellement en Espagne afin de « remonter la machine ». Le maréchal Soult remplace Bessières, ce dernier conservant toutefois le commandement de la Garde impériale et de la cavalerie de réserve[18]. Conformément aux ordres de l'Empereur, les deux maréchaux marchent sur Burgos et se heurtent devant la ville à l'armée espagnole du comte de Belveder. L'action décisive de l'infanterie française contre les lignes espagnoles est complétée par l'attaque de la cavalerie lourde menée par Bessières, qui sabre les fuyards et met la main sur de nombreuses pièces d'artillerie[20]. Bessières est cependant critiqué par Napoléon qui lui écrit la veille de la bataille :

« J'ai vu avec peine qu'au lieu d'ambitionner la gloire d'entrer à Burgos, vous préfériez la céder à un autre. Votre résultat du 8 n'a pas rempli mon attente. Vous ne me donnez aucun renseignement ; et comment pourriez-vous m'en donner ? Vous étiez à dix lieues de votre avant-garde ; le général Lasalle, qui la commande, était à cinq lieues de Burgos, de sorte que tout finissait par un colonel qui ne sait pas ce que l'on veut faire. Est-ce ainsi, monsieur le maréchal, que vous m'avez vu faire la guerre ? »

Il n'en commande pas moins la cavalerie française pendant le reste du séjour de l'Empereur en Espagne, et est nommé gouverneur des provinces du nord de la péninsule en janvier 1809[21].

Essling et Wagram[modifier | modifier le code]

À gauche, Napoléon à cheval donnant ses ordres et derrière lui, l'un de ses officiers, inanimé, est évacué des lieux.
Napoléon aux côtés de Bessières tombé de son cheval et inconscient, peinture d'Antoine-Jean Gros.
Articles détaillés : Bataille d'Essling et Bataille de Wagram.

Rappelé par l'Empereur au mois de mars pour la guerre contre l'Autriche, il prend de nouveau la tête de la réserve de la cavalerie et de la Garde, et prend part à ce titre à la meurtrière bataille d'Essling. Les villages d'Aspern et d'Essling sont le théâtre d'affrontements sanglants auxquels se joignent les charges répétées des cavaliers de Bessières. Malgré leur résistance, les Français sont accablés par le nombre et Napoléon doit ordonner la retraite en direction de l'île de Lobau. Dans un même temps, chargé de contenir la pression autrichienne avec sa cavalerie, Bessières tient les troupes de l'archiduc Charles à distance et permet à l'armée de se retirer en ordre[22].

À la bataille de Wagram, sa cavalerie comble la brèche créée par l'avancée de la colonne Macdonald[23], puis se lance sur les lignes autrichiennes en retraite sans réussir à les entamer sérieusement[22]. Alors qu'il se tient aux côtés de l'Empereur, un boulet tue son cheval et lui fait perdre connaissance. La Garde impériale, qui l’adore et le croit mort, s’afflige. Napoléon lui dit : « Bessières, voilà un beau boulet ! Il a fait pleurer ma Garde. »[24].

Fuentes de Oñoro[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Fuentes de Oñoro.
Portait d'un maréchal de Napoléon, portant de longs cheveux blancs, vêtu de son uniforme avec ses décorations.
Le maréchal Bessières, duc d'Istrie. Peinture du XIXe siècle.

Fait duc d'Istrie le 28 mai 1809, il passe quelques mois au nord-ouest de l'Espagne en 1811, où il est censé soutenir l'armée du maréchal Masséna au Portugal. Ce dernier y combat avec succès le général Wellington, mais, n'étant pas en mesure de percer les lignes fortifiées de Torres Vedras, il décide de se retirer à Almeida.

Wellington fait l'erreur critique de suivre Masséna et se retrouve le 5 mai 1811 dans une position délicate à la bataille de Fuentes de Oñoro. Masséna a besoin de Bessières et de l'ensemble de son corps d'armée pour pouvoir battre les troupes anglo-portugaises, mais Bessières n'envoie que quelques escadrons de dragons et les grenadiers à cheval, un total de 800 hommes, sous le commandement du général Louis Lepic. Malgré cette déconvenue, Masséna réussit à exploiter une faiblesse dans la ligne de Wellington, et ce dernier est sur le point d'être battu. Masséna charge alors son aide de camp, Nicolas Oudinot, de trouver Lepic et la cavalerie de la Garde, avec ordre de charger immédiatement. Mais Oudinot est bientôt de retour avec de mauvaises nouvelles, lui rapportant que Lepic reconnaissait seulement Bessières en tant que chef et qu'il ne chargerait pas sans son ordre. Bessières ne pouvant être trouvé, l'armée de Wellington peut s'échapper[25],[Notes 1]. André Rabel justifie l'attitude du duc d'Istrie en notant que « les 800 grenadiers du général Lepic formaient la seule réserve de l'armée ; il eut été de la dernière imprudence de la compromettre en l'engageant. »[26]. Le maréchal Bessières est remplacé dans son commandement en Espagne le 8 juillet 1811 par le général Dorsenne[27].

La campagne de Russie[modifier | modifier le code]

Un maréchal de Napoléon à cheval, ôtant son bicorne pour saluer.
Illustration de Victor Huen.
Article détaillé : Campagne de Russie.

Bessières rejoint la Grande Armée lors de la campagne de Russie en 1812, et prend une nouvelle fois la tête de la cavalerie de la Garde impériale. Les opérations sont éprouvantes, les Russes se retirant d'abord devant les Français avant d'accepter le combat à la bataille de la Moskova, le 7 septembre. Les attaques françaises se succèdent depuis le matin sans résultats notables, lorsqu'une charge de la cavalerie impériale sur la redoute Raïevski porte ses fruits. Le centre russe craque, et Murat et Ney demandent expressément à l'Empereur de faire donner la Garde impériale. Bessières, à ce moment à ses côtés, lui recommande au contraire de la tenir soigneusement en réserve, ce que fera Napoléon[28].

Les Français entrent dans Moscou peu après, mais doivent en repartir alors que l'hiver arrive. Le 25 octobre 1812, l'état-major de l'Empereur est attaqué par les cosaques à Gorodnia, le lendemain de la bataille de Maloyaroslavets. C'est Bessières qui, enlevant les escadrons de service de la Garde, rétablit la situation et disperse les assaillants. Le biographe du maréchal, André Rabel, écrit : « Bessières avait sauvé l'Empereur : le Bulletin de la Grande Armée le fit savoir à l'Europe entière. »[29]. Lors du conseil de guerre qui suit cet événement, le duc d'Istrie conseille de retraiter vers Smolensk en passant par Mojaïsk ; Napoléon choisira finalement la route la plus courte, déjà empruntée à l'aller[30].

Pendant la retraite de Russie, Bessières fait preuve de bienfaisance en sauvant la vie de plusieurs civils et en se chargeant d'un enfant dont la mère venait de mourir en essayant de traverser la Bérézina[31].

Emporté par un boulet[modifier | modifier le code]

Un maréchal de Napoléon sur un cheval blanc, regardant de face, suivi d'une escorte de lanciers.
Le maréchal Bessières et son escorte de lanciers polonais de la Garde en 1813. Par Jan Chełmiński.

En 1813, lorsque débute la campagne d'Allemagne, l’Empereur confie au duc d'Istrie le commandement de toute la cavalerie de l’armée.

Au matin du 1er mai 1813, à la veille de la bataille de Lützen, le maréchal brûle les lettres de sa femme qu'il a, jusque-là, conservées pieusement et ayant consenti, devant l'insistance de ses officiers, à prendre à contre-cœur une légère collation, il dit alors : « Au fait, si un boulet doit m'enlever ce matin, je ne veux pas qu'il me prenne à jeun ». « Si l'on se bat aujourd'hui, le maréchal sera tué » murmure alors son aide de camp Baudus[32].

Peu après, tandis que Bessières dirige une attaque près de Weißenfels, un premier boulet emporte la tête de son ordonnance — un chevau-léger lancier polonais —, puis un second boulet lui fracasse la main et transperce la poitrine. Le boulet l'emporte aux alentours de 12 h 55. Le colonel Saint-Charles raconte les circonstances exactes de la mort du maréchal Bessières dans une lettre du 4 novembre 1839[33] :

« M. le maréchal prince de la Moskowa (Ney), à la tête de son corps d'armée en marche, venait de tourner, suivi de son état-major, dont je faisais partie, le village de Rippach, par sa gauche, et s'était arrêté à la hauteur de ses dernières maisons, ayant une large plaine en face et couverte de cavalerie étrangère qui faisait mine de vouloir s'opposer vigoureusement à la continuation de notre mouvement, lorsque M. le maréchal Bessières, arrivant prés de M. le maréchal Ney, celui-ci lui dit : « Ah ! Te voila, que viens-tu faire seul ? Vois ! Si ta cavalerie était ici... la bonne besogne.Je viens de l'envoyer chercher, répondit M. le maréchal Bessières, et elle va venir là » en montrant la terre avec son doigt. Ce moment même, une bordée d'artillerie fut lâchée sur notre groupe, et comme si elle avait fait long feu, un des derniers coups frappant M. le maréchal Bessières, l'enleva de dessus son cheval, le jeta de toute sa longueur à terre, en même temps que son sang et des lambeaux de chairs, dont je fus couvert en partie, furent projetés de tous côtés. L'ennemi, dont nous étions très près, s'ébranla alors pour exécuter une charge, et M. le maréchal Ney, tout en donnant des ordres à ses troupes pour bien en recevoir le choc, s'écria : « Il ne faut pas le laisser là ! ». Aussitôt, comprenant sa pensée, je me précipitai à bas de mon cheval que j'abandonnai, je m'emparai vite du corps de M. le maréchal Bessières et en cherchant un refuge quelconque, j'aperçus une espèce de ravin vers lequel je me dirigeai, et au fond duquel je ne parvins qu'en me traînant, me roulant avec mon fardeau que je ne pouvais porter. Là ne pouvant plus rien voir, mais entouré ses cris de hourra ! d'en avant ! je saisis mon épée et soutenant M. le maréchal dans mon bras gauche, j'attendais avec la résolution ferme de me défendre, de périr avec mon mourant, plutôt que de le voir arraché de mes bras et devenir ainsi un trophée pour l'ennemi. Ce fut M. le maréchal Ney qui parut le premier au sommet de mon ravin, lequel me demanda avec vivacité comment était le blessé. « Il a le corps tout déchiré, ses yeux tournent dans leurs orbites, il balbutie, et je ne comprends pas, lui dis-je. – Tenez, ajouta-t-il, en me jetant une fiole, tâchez de lui en faire avaler un peu. J'essayai ; mais les yeux très mobiles jusqu'alors, se fixant, je vis les paupières se baisser et elles ne se relevèrent plus. « Il meurt, m'écriai-je à M. le maréchal Ney et après un moment de silence, il me dit : Il faut l'emporter et cacher sa mort.Mais il est trop pesant, répliquai-je, je ne puis pas seul.Je vais vous envoyer quelqu'un, dit-il ». Bientôt des soldats vinrent et m'aidèrent à le porter dans la maison la plus voisine que je remarquai, et qui se trouva être celle d'un tisserand. La, nous le déposâmes sur un lit. Je lui ôtai son épée, et ne trouvai dans ses poches qu'une montre et un mouchoir ; après quoi je le couvris de la couverture du lit du paysan, et comme j'étais à réfléchir sur ce qui me restait à faire, il se présenta un officier pleurant à qui je demandai, par rapport à son uniforme, s'il était un des officiers de M. le maréchal et sur ce qu'il me répondit qu'il était un de ses aides de camp, je lui remis l'épée, la montre et le mouchoir. Je retournai ensuite à mon poste auprès de M. le prince de la Moskowa, à qui je rendis compte de ce qui venait de se passer et après une pause et avec l'accent de la douleur, il prononça ces mots : « C'est notre sort... C'est une belle mort ! » »


Un officier à cheval rejeté en arrière par un boulet, secouru par un cavalier.
Mort du maréchal Bessières à Rippach, le 1er mai 1813.


Napoléon, pour qui la mort de Bessières est une perte immense, dira : « Bessières a vécu comme Bayard et il est mort comme Turenne. »[34]. Il écrira à la duchesse d'Istrie : « Ma cousine, votre mari est mort au champ d'honneur ! La perte que vous faites, vous et vos enfants, est grande, sans doute, mais la mienne l'est davantage encore : le duc d'Istrie est mort de la plus belle mort, et sans souffrir ; il laisse une réputation sans tache ; c'est le plus bel héritage qu'il ait pu léguer à ses enfants. Ma protection leur est acquise ; ils héritent aussi de l'affection que je portais à leur père. Trouvez dans toutes ces considérations des motifs de consolation pour alléger vos peines, et ne doutez jamais de mes sentiments pour vous. »[33]. L'Empereur dira également : « Si j'avais eu Bessières à Waterloo, ma Garde aurait décidé de la victoire. »[34].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Portrait en médaillon d'une femme de la noblesse, vêtue de blanc et de dentelle.
La maréchale Bessières, duchesse d'Istrie, née Marie-Jeanne Lapeyrière

Le 27 septembre 1801, il épouse à Cahors Marie-Jeanne Lapeyrière, sœur d'Augustin Lapeyrière. Un enfant naît de leur union en 1802, Napoléon Bessières, pair de France sous la Restauration.

Jean-Baptiste Bessières est connu pour être un homme plutôt froid qui ne laisse pas transparaître ses émotions, insoupçonnable du moindre écart amoureux. Cependant, il a su s'organiser une double vie avec Virginie Oreille, danseuse à l'Opéra de dix-sept ans sa cadette, pour laquelle il dépensait des sommes folles[35].

Les papiers personnels du maréchal Bessières sont conservés aux Archives nationales sous la cote 32AP[36].

Titre et distinctions[modifier | modifier le code]

Bessières est créé duc d'Istrie et de l'Empire par lettres patentes du 28 mai 1809[37]. Il se voit attribuer, en outre, plusieurs distinctions françaises et étrangères :

Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Flagge Königreich Württemberg.svg Royaume de Wurtemberg
Drapeau du Royaume de Saxe Royaume de Saxe
Drapeau du Royaume du Portugal Royaume de Portugal
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche

Hommages, honneurs et mentions[modifier | modifier le code]


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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'où cette phrase acerbe de Napoléon : « Vous avez été inutile à l'armée du Portugal ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b de Courcelles 1821, p. 227.
  2. Rabel 1903, p. 5.
  3. Dunn-Pattison 1909, p. 239.
  4. Rabel 1903, p. 17.
  5. de Courcelles 1821, p. 228.
  6. de la Jonquière 2003, p. 418.
  7. Pawly 2009, p. 5.
  8. a, b, c et d Lievyns, Verdot et Bégat 1844, p. 363.
  9. a et b Castle 2004, p. 74.
  10. Castle 2004, p. 42 et 75.
  11. a et b Castle 2004, p. 75.
  12. Pigeard 2005, p. 142.
  13. Castle 2004, p. 69.
  14. de Courcelles 1821, p. 229
  15. a, b, c, d et e de Courcelles 1821, p. 230
  16. Mané 2012, p. 2, 3 et 7.
  17. Capelle et Demory 2008, p. 61.
  18. a et b Dunn-Pattison 1909, p. 242.
  19. Rabel 1903, p. 160.
  20. Napier 1828, p. 389 et 390.
  21. Humble 1974, p. 149.
  22. a et b Dunn-Pattison 1909, p. 243.
  23. Esdaile 2006, p. 197.
  24. Mullié 1852, p. 70.
  25. Sokolov 2005, p. 455.
  26. Rabel 1903, p. 291.
  27. Mullié 1852, p. 446.
  28. Rabel 1903, p. 315 et 316.
  29. Rabel 1903, p. 324.
  30. Rey 2012, p. 222 et 223.
  31. Lievyns, Verdot et Bégat 1844, p. 366.
  32. Rabel 1903, p. 336.
  33. a et b Lievyns, Verdot et Bégat 1844, p. 365.
  34. a et b Le Mémorial de Sainte-Hélène.
  35. Rambaud 1997, p. 43.
  36. Archives nationales
  37. a, b, c et d « Jean-Baptiste Bessières »
  38. de Courcelles 1821, p. 234.
  39. a, b et c Almanach impérial 1810.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • André Rabel, Le Maréchal Bessières : duc d'Istrie, Calmann-Lévy,‎ 1903, 359 p. (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Diégo Mané, L'armée française en Espagne 1808-1814, Lyon,‎ octobre 2012, 17 p. (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Béatrice Capelle et Jean-Claude Demory, « Bessières, loyauté et droiture antiques », dans Maréchaux d'Empire, E/P/A,‎ 2008 (ISBN 978-2-851206-98-5), p. 60-63. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Clément de la Jonquière, L'expédition d'Égypte, 1798-1801, vol. 5, Elibron Classics,‎ 2003 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Almanach impérial pour l'année 1810, Testu (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Pigeard, La Garde impériale, Tallandier,‎ 2005, 637 p. (ISBN 978-2847341775). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Castle (préf. David Chandler, ill. Christa Hook), Austerlitz 1805 : le chef-d'œuvre de Napoléon, Paris, Osprey Publishing & Del Prado Éditeurs, coll. « Osprey / Armées et batailles » (no 2),‎ 2004 (1re éd. 2002), 94 p. (ISBN 2-84349-178-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Oleg Sokolov, L'Armée de Napoléon, Commios,‎ 2005, 592 p. (ISBN 978-2951836419). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Dictionnaire historique et biographique des généraux français, depuis le onzième siècle jusqu'en 1820, par Monsieur le chevalier de Courcelles, t. 2, Paris,‎ 1821 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 1, Bureau de l'administration,‎ 1844 [détail de l’édition]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Patrick Rambaud, La Bataille, Grasset,‎ 1997, 306 p. (ISBN 2246527295, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marie-Pierre Rey, L'effroyable tragédie : Une nouvelle histoire de la campagne de Russie, Flammarion,‎ 2012, 390 p. (ISBN 2081228327). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • « Notice no LH/224/11 », base Léonore, ministère français de la Culture.
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  • (en) Charles Esdaile, « Bessières, Jean-Baptiste (1768-1813) », dans Gregory Fremont-Barnes, The Encyclopedia of the French Revolutionary and Napoleonic Wars, vol. 2, ABC-CLIO,‎ 30 août 2006, 1213 p. (ISBN 978-1-851096-46-6, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Ronald Pawly, Mounted Grenadiers of the Imperial Guard, Osprey Publishing,‎ 2009, 48 p. (ISBN 9781846034497). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]