Chromolithographie

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La chromolithographie est le terme choisi par le lithographe Godefroy Engelmann pour désigner son procédé d'impression lithographique en couleurs, fondé sur la quadrichromie, et à l'origine du procédé d'impression offset. Engelman avait d'abord proposé le terme de lithocolore, et l'abandonna ensuite.

Love Spring, chromolithographie
par Franziska Schultze

Technique[modifier | modifier le code]

Tupaia splendidula, chromolithographie par Joseph Wolf, 1865
Fête des Fleurs de Luchon,
affiche de Jules Chéret (1890),
chromolithographie de l'Imprimerie Chaix

Bien avant l'invention du procédé lithographique par Aloys Senefelder, se posa la question de la couleur. Jacob Christoph Le Blon fut l'inventeur dès avant 1740 du principe de l'impression en quadrichromie[1]. Senefelder lui-même a imprimé des lithographies en plusieurs couleurs, en utilisant plusieurs pierres, une pour chaque couleur. D'autres tentèrent d'appliquer plusieurs couleurs sur la même pierre, avec des succès variables. Le mérite d'Engelmann sur ses nombreux concurrents est d'avoir mis au point vers 1836 une méthode à la fois théorique : l'emploi des trois couleurs primaires, le cyan (bleu), le jaune et le magenta (rouge), auxquelles on ajoute le noir, pour obtenir toutes les teintes et les nuances possibles (ce qui constitue toujours le principe de l'impression en couleurs actuelle, ou quadrichromie), et pratique : la mise au point de presses lithographiques munies de systèmes élaborés pour obtenir un bon repérage des impressions successives. Habituellement le papier était légèrement humidifié : Engelmann supprima cette obligation qui occasionnait des déformations, et donc de mauvais repérages. Il imprimait sur les quatre pierres le contour léger du dessin pour le retravailler ensuite pour ajouter les couleurs. Rien n'interdirait du reste d'utiliser un nombre beaucoup plus grand de couleurs.

Extension de la chromolithographie[modifier | modifier le code]

« Chromos »[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, la chromolithographie se développa et se perfectionna, touchant tous les domaines, dont celui du commerce avec toutes les formes de publicité: affiches, cartes commerciales, catalogues, calendriers, images de pain d'épices, ou autres images à collectionner. Outre l'imagerie populaire, et les images religieuses, morales et patriotiques, largement diffusées par le colportage, se développa l'édition de livres illustrés pour les enfants, de jeux, d'images à découper et à assembler, de cartes géographiques pour les écoles, ainsi que de reproductions d'œuvres d'art, telles l'Angélus de Millet, qui encadrées, ornaient les intérieurs populaires et bourgeois, ou encore de vues « souvenirs » de sites touristiques, à partir de photographies en noir et blanc remises en couleurs.

L'abondance de la production chromolithographique conduisit à considérer avec un certain mépris les images qu'on appela chromos, volontiers accompagnées des adjectifs plutôt péjoratifs pompiers et saint-sulpiciens. C'est oublier que les grands artistes de l'affiche, depuis Chéret, et Toulouse-Lautrec, ont utilisé la chromolithographie.

Le terme chromo, conjointement, est utilisé aux États-Unis sous l’impulsion du lithographe américain Louis Prang qui s’initia à la chromolithographie lors d’un voyage à Paris en 1846, puis se perfectionna en Allemagne en 1864, et qui eut une abondante production de cartes de vœux[2] au point d’être nommé « le père de la carte de Noël américaine ». Un autre pionner, Henry Atwell Thomas, ouvrit une imprimerie chromolithographique à New York au tout début des années 1860.

Évolutions stylistiques et techniques[modifier | modifier le code]

Le dessin direct, dans l’affiche et les divers documents imprimés, de lettres ornées, colorées, déformées, suscite l'apparition dans le domaine de la typographie d'une floraison de caractères fantaisistes en plomb, utilisés pour la publicité et les titrages, pas toujours du meilleur goût eu égard aux normes typographiques, car dessinés par des artistes sans formation spécifique de créateur de caractères. L'impression chromolithographique sur des supports nouveaux, comme les vitrauphanies, destinées à l'origine à faire de faux vitraux, permet d'imprimer des emballages, des boîtes de sardines, des plaques de métal, ou des imitations à bon marché de vitraux, pour les appartements bourgeois et les églises[3]. On n'hésite pas à combiner des impressions or, des gaufrages, des découpes. Les lourdes pierres lithographiques sont progressivement remplacées par des plaques en zinc, plus maniables, plus faciles à entreposer et permettant de plus grands tirages. L'américain Benjamin Day (1838-1916) invente un procédé de teintes en aplat, par superposition de trames de valeurs différentes: le Benday, qui subsiste jusque dans les années 1970 dans l'impression offset.

Cette technique va perdurer jusqu'après la seconde guerre mondiale, peu à peu remplacée par l'impression offset, mais à des niveaux de créativité et d’originalité bien moindres, devant des impératifs croissants d’économie et de rentabilité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) S. Lowengard, « Jacob Christoph Le Blon’s system of three-color printing and weaving » in The Creation of Color in the 18th century Europe, New York, Columbia University Press, 2006 Chap. 14, en ligne.
  2. Daniel Boorstin, Histoire des Américains, édition française, 1993, p. 1033.
  3. Hervé Cabezas, Le décor des baies de Saint-Louis-des-Français à Rome : une alternative au vitrail au XIXe siècle, Mélanges de l’école française de Rome, 1991, volume 103, n° 103-2 pp. 681-706

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Twyman, Images en couleur, Godefroy Engelmann, Charles Hullmandel et les débuts de la chromolithographie, Paris, Éditions du Panama / Lyon, Musée de l'Imprimerie, 2007. (ISBN 978-2-7557-0286-6)
  • Jörge de Sousa Noronha, La mémoire lithographique, 200 ans d'images, Paris 1998. Édition Art & Métiers du livre. (ISBN 2-911071-12-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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