Pierre Charles Silvestre de Villeneuve

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Pierre Charles Silvestre de Villeneuve
Image illustrative de l'article Pierre Charles Silvestre de Villeneuve

Naissance 31 décembre 1763
à Valensole
Décès 22 avril 1806 (à 42 ans)
à Rennes
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français Empire français
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Pavillon de la Marine de la République française Marine de la République
Pavillon de la Marine du Premier Empire Marine impériale française
Grade Amiral
Années de service 1779
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique
Guerres de la Révolution française
Guerres de l'Empire
Hommages Nom gravé sous l'Arc de triomphe de l'Étoile
Famille Maison de Villeneuve

Pierre Charles Silvestre de Villeneuve, ou Charles Batard Villecon, né le 31 décembre 1763 à Valensole est un amiral français. Commandant en chef de la flotte franco-espagnole à la bataille de Trafalgar, rendu responsable de la cuisante défaite face au célèbre amiral britannique Nelson rendant impossible le projet d'invasion de l'Angleterre par Napoléon Ier, il est retrouvé mort le 22 avril 1806 à Rennes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Engagé dans la marine à seize ans, il participe à la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Malgré ses origines nobles, il prend fait et cause pour la Révolution et choisit de rester en France.

Capitaine de vaisseau en 1793, contre-amiral en 1796, il prend part à l’expédition d'Égypte, sous les ordres de l'amiral Brueys, à bord du Guillaume Tell, où il commande l’arrière-garde de la flotte française à la bataille navale d’Aboukir, le 1er août 1798. Sans ordre et sans initiative, il assiste à la destruction successive de l'avant-garde puis du centre de l'escadre de Brueys, jusqu'à l'explosion du vaisseau-amiral L'Orient.

L'Orient incandescent à la Bataille d'Aboukir sur le Nil, par Thomas Luny, 1834.

Alors que les navires français sont détruits ou soumis successivement comme au casse-pipe, profitant de l'obscurité de la nuit, il parvient à s'échapper avec un autre vaisseau et deux frégates. Il est donc un des rares rescapés de ce désastre, ce qui le drape d'une réputation d'homme discipliné et de chanceux. Il est commandant en chef des forces navales stationnées aux iles du Vent en 1802.

En 1804, il succède comme vice-amiral de la flotte du levant à Latouche-Tréville victime d'une crise cardiaque, grâce à laquelle Napoléon Bonaparte compte débarquer au Royaume-Uni. Le plan de l’empereur qui ne convient guère au trop prudent Villeneuve consiste, pour l’escadre de Méditerranée, à passer en Atlantique, d’y récupérer la flotte espagnole (l’Espagne est alors alliée de la France), de s’y concentrer avec ostentation aux Antilles pour y attirer les Britanniques et, retraversant l’Atlantique, de rejoindre à Rochefort et Brest l’escadre de l’Atlantique après quoi l’ensemble entrera dans la Manche et la tiendra le temps que l’armée du camp de Boulogne effectue la traversée et débarque au Royaume-Uni. Mais, s’il passe facilement le détroit de Gibraltar, il n’ose attaquer la flotte de l’amiral Horatio Nelson à la Martinique qui l'a poursuivi, avec retard, de la Méditerranée jusqu'aux Antilles.

Revenant vers l’Europe conformément au plan prévu mais sans avoir été rejoint par les escadres de Rochefort et de Brest (celle de Rochefort a vite fait demi-tour et celle de Brest n’a pas osé sortir face au blocus anglais), il rencontre inopinément une escadre britannique au large du cap Finisterre (au nord-ouest de l'Espagne) et lui livre un combat indécis, dit bataille des Quinze-Vingt (puisque opposant 20 vaisseaux franco-espagnols contre 15 britanniques, mais aussi, selon la légende, en référence au célèbre hôpital parisien pour aveugles parce qu’un épais brouillard fit du combat une canonnade aveugle). Au lieu de se diriger vers Rochefort ou Brest, il se replie sur Cadix le 18 août, où il laisse durant plusieurs semaines se démoraliser ses équipages déjà accablés par la maladie. Napoléon, dont les plans d'invasion sont ruinés, est furieux de cette « conduite infâme » et traite l’amiral de lâche. Villeneuve est pourtant un marin courageux, il l’a montré, mais l’incertitude jointe à une prudence bien trop excessive n’auront de cesse que de le paralyser. Sur les injonctions du ministre de la Marine Decrès, il finit par se décider à sortir alors que Napoléon, plus réaliste, lui a envoyé un successeur, l’amiral Rosily, qui arrivera malheureusement à Cadix trois jours après la bataille.

Bataille de Trafalgar[modifier | modifier le code]

Le vaisseau de ligne français Bucentaure vaincu par le navire britannique HMS Sandwich à Trafalgar, tableau d'Auguste Mayer. Mayer commit une erreur en représentant le HMS Sandwich à Trafalgar, car il fut retiré du service dès 1797 alors que la Bataille de Trafalgar eut lieu en 1805.[1].
Article détaillé : Bataille de Trafalgar.

L’amiral de Villeneuve, se décidant enfin à sortir de Cadix à bord de son vaisseau amiral le Bucentaure, se heurta aux Britanniques au large du cap Trafalgar au nord-ouest du détroit de Gibraltar, pour finalement y perdre la bataille.

Villeneuve loin d'être indécis

Ayant étudié de longue date comment procédait Nelson (dont la tactique, différente des traditionnelles batailles en ligne, consistait à venir percer la ligne ennemie puis concentrer plusieurs vaisseaux contre un seul, le liquider et passer ensuite au suivant ; un système uniquement possible avec un adversaire moins habile et mobile, ce qui fut souvent le cas, comme à Aboukir), et contrairement aux idées reçues et à ce qui est souvent écrit, il ne s’en tint pas à la formation en ligne classique qui depuis 1702 vaut à la flotte française défaite sur défaite[2] (par suite de l’évidente infériorité des artilleurs, qui tirent moins vite et moins juste, facteurs qui évidemment, quelle que soit l’habileté des plans et manœuvres préalables au combat, rendent l’issue de celui-ci assez prévisible). Villeneuve, entouré de quelques-uns de ses meilleurs capitaines en particulier le vice-amiral espagnol Gravina et le contre-amiral Magon, a eu à Cadix largement le temps de concevoir une stratégie pour faire face à l'éventualité hautement probable, d'une attaque de coupure de ligne ou d'encerclement en long de ligne par la flotte de Nelson. Ainsi il semble qu'ai été choisie de faire naviguer sur une ligne continue la majeure partie de la flotte avec notamment les vaisseaux les plus lents comme l'antique Santísima Trinidad, ligne imposante avec plus de 20 navires, qui masquerait une escadre dite « légère », constituée des navires les plus manœuvrants et des équipages les plus combattifs, et placée sous les ordres de l'amiral Gravina. Cette colonne serait placée sous le vent de l'escadre principale. Elle aurait aligné, entre autres, le Pluton du bouillant capitaine Cosmao-Kerjulien, L'Algésiras du contre-amiral Magon, l'Intrépide du capitaine Infernet, Le Redoutable de Jean Jacques Etienne Lucas, sans doute aussi l'Achille de Louis Gabriel Deniéport ou le Neptune, en compagnie des meilleures unités espagnoles tels le San Juan Nepumuceno, de Churruca, l'Argonauta, le Montanes,… et le Principe des Asturias de Gavrina, chargé de commander cette escadre de soutien. Placée en retrait de la flotte principale, elle aurait dû converger immédiatement vers le point de rencontre entre la flotte principale et les colonnes anglaises, pour renverser le surnombre attendu par Nelson et ses commandants, et pour éviter ainsi le débordement des unités coalisées. Hélas, dans l'ample houle du suroit, la flotte coalisée, trop hétéroclite pour naviguer de conserve, se révèle incapable de maintenir sa ligne de bataille principale de façon continue, et l'escadre de soutien de Gravina en est réduite à s'éparpiller pour colmater au mieux les brèches, là où elle le peut. C'est donc sous une apparente seule ligne de bataille que la flotte franco-espagnole apparaitra yeux aux britanniques, à qui reviendra in fine l'honneur légitime d'écrire l'histoire de ce 21 octobre 1805. Et c'est ainsi que l'infortuné Pierre Charles de Villeneuve, commandant de la plus puissante flotte jamais rassemblée dans l'Atlantique au début du XIXe siècle, sera déclaré principal responsable du désastre naval de la flotte impériale au large du cap Trafalgar, et sera présenté au jugement de l'Histoire de son temps et de son pays, coupable d'une énorme erreur de stratégie.

La véritable « faute » de Villeneuve c'est dans les parages de la Corogne que celui-ci la commet. « Avec plus de vigueur au cap Finisterre, Villeneuve eût pu rendre l’attaque du Royaume-Uni praticable. Son apparition avait été combinée de très loin avec beaucoup d’art et de calcul, en opposition à la routine des marins qui entouraient Napoléon ; et tout réussit jusqu’au moment décisif ; alors la mollesse de Villeneuve vint tout perdre. » (Las Cases).

Dès lors, accablé, n'ordonnant la moindre manœuvre, il semble assister impuissant à la destruction de ses navires, y compris le sien. Bien que restant bien en vue sur son pont balayé par la mitraille, il a la malchance de ne pas y être tué (contrairement à l’amiral espagnol Gravina et à Brueys à Aboukir).

La perte de cette bataille navale fut un véritable désastre pour la France et Napoléon, furieux contre Villeneuve, renonça définitivement à envahir le Royaume-Uni.

Lors de cette bataille navale, les Britanniques bien que victorieux perdirent leur plus célèbre amiral, Horatio Nelson blessé mortellement par un tir français.

Villeneuve, fait prisonnier par le capitaine du HMS Conqueror est très honorablement traité par l'ennemi anglais triomphant. Jusqu'à assister aux obsèques grandioses de son adversaire héros adulé posthume de tout un pays soulagé : Lord Nelson. Le calice jusqu'à la lie avant d'être déposé sur les côtes de Bretagne au début du printemps 1806.

Captivité et thèse du suicide[modifier | modifier le code]

Pierre Charles Sylvestre de Villeneuve est capturé par les Britanniques à l'issue de la bataille. Libéré quelques mois plus tard, il débarque à Morlaix le 18 avril 1806, mais il ne rentre pas à Paris et s'arrête à Rennes où, accablé par les reproches de Napoléon, il fut retrouvé décédé de six coups de poignard dans la région du cœur dans la chambre de l'auberge[3] où il résidait. La thèse du suicide est évoquée[4] et contestée[5],[6]. On ne sait pas où il est enterré.

Noms gravés sous l'Arc de triomphe de l'Étoile : pilier Est, 13e et 14e colonnes.

La bastide des Villeneuve Esclapon où vivaient l'Amiral Villeneuve et sa famille est située à Valensole dans les Alpes-de-Haute-Provence, il s'agit du Clos de Villeneuve[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le tableau de Mayer décrit sur le site du Musée National de la Marine, à Paris
  2. René Maine, Trafalgar, le Waterloo naval de Napoléon, Hachette, Paris, 1955, 271 p. évoque les chiffres suivants pour la période Révolution et Empire : Les pertes de la Royal Navy s’élèvent à 18 vaisseaux, 45 frégates et 202 navires inférieurs contre 124 vaisseaux, 157 frégates et 288 bâtiments inférieurs pour la France et ses alliés. Jean-José Ségéric, Napoléon face à la Royal Navy, Marines éditions, Rennes, 2008, 415 p. estime quant à lui, que de 1793 à 1815, la France et ses alliés perdirent 113 vaisseaux et 205 frégates dont 83 de ces vaisseaux et 162 de ces frégates furent incorporés à la flotte britannique.
  3. L'hôtel de la Patrie, au 21 rue des Foulons
  4. « Villeneuve, lorsqu’il fut fait prisonnier par les Britanniques, fut tellement affligé de sa défaite qu’il étudia l’anatomie pour se détruire lui-même. À cet effet, il acheta plusieurs gravures anatomiques du cœur, et les compara avec son propre corps, pour s’assurer exactement de la position de cet organe. Lors de son arrivée en France, je lui ordonnai de rester à Rennes et de ne pas venir à Paris. Villeneuve craignant d’être jugé par un conseil de guerre, pour avoir désobéi à mes ordres, et conséquemment avoir perdu la flotte (car je lui avais ordonné de ne pas mettre à la voile et de ne pas s’engager avec les Britanniques), résolut de se détruire. En conséquence, il prit ses gravures du cœur, les compara de nouveau avec sa poitrine, fit exactement au centre de la gravure une longue piqûre avec une longue épingle, fixa ensuite cette épingle, autant que possible, à la même place, contre sa poitrine, l’enfonça jusqu’à la tête, pénétra le cœur et expira. Lorsqu’on ouvrit sa chambre, on le trouva mort ; l’épingle était dans sa poitrine, et la marque faite dans la gravure correspondait à la blessure de son sein. Il n’aurait pas dû agir ainsi, c’était un brave, bien qu’il n’eût aucun talent. » (O’Méara.)
  5. la version d'une mort par suicide fut contestée, un article de A.V. (Abel-François Villemain ?) par exemple donne une version différente : « A.V., Mort de l’amiral Villeneuve, Revue Française, 1835 » (consulté le 21 mai 2009))
  6. Deux éléments importants furent retrouvés dans les archives familiales déposées aux archives départementales de Digne : la facture d'un excellent repas pris avec son médecin et son cocher et une facture de l'église où eurent lieu les obsèques de première classe.
  7. http://www.closdevilleneuve.fr/

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Pierre Charles Silvestre de Villeneuve », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]