Pierre Messmer

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Pierre Messmer
Pierre Messmer, en 1988.
Pierre Messmer, en 1988.
Fonctions
5e Premier ministre français
(153e chef du gouvernement), Mandat
5 juillet 197227 mai 1974
(&&&&&&&&&&&&06911 an, 10 mois et 22 jours)
Président Georges Pompidou
Alain Poher (intérim)
Gouvernement Pierre Messmer I, II, III
Législature IVe et Ve
Coalition Majorité présidentielle
UDR - RI - CDP
Gaullistes - Centre-droit - Centre
Prédécesseur Jacques Chaban-Delmas
Successeur Jacques Chirac
Ministre d'État, chargé des
Départements et territoires d'Outre-mer
25 février 19715 juillet 1972
Président Georges Pompidou
Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Prédécesseur Henri Rey
Successeur Xavier Deniau
Ministre des Armées
2e ministre de la Défense de la Ve République
5 février 196022 juin 1969
Président Charles de Gaulle
Gouvernement Michel Debré
Georges Pompidou I, II, III et IV
Maurice Couve de Murville
Prédécesseur Pierre Guillaumat
Successeur Michel Debré
Biographie
Nom de naissance Pierre Auguste Joseph Messmer
Date de naissance 20 mars 1916
Lieu de naissance Vincennes, Seine
Date de décès 29 août 2007 (à 91 ans)
Lieu de décès Hôpital militaire du Val-de-Grâce, Paris
Nationalité Drapeau de la France française
Parti politique UNR, UDR, RPR
Diplômé de École nationale de la France d'outre-mer
École nationale des langues orientales vivantes
faculté de droit de l'université de Paris (doctorat)
Profession Administrateur en outre-mer

Pierre Messmer, né le 20 mars 1916 à Vincennes (Seine) et mort le 29 août 2007 à Paris, est un homme politique français.

Engagé dans les Forces françaises libres (FFL), il est après-guerre, administrateur colonial. Ministre des Armées du général de Gaulle de 1960 à 1969, il est nommé ministre d'État, chargé des Départements et Territoires d'Outre-Mer en 1971.

Pierre Messmer occupe le poste de Premier ministre du 5 juillet 1972 au 27 mai 1974, sous la présidence de Georges Pompidou et celle par intérim d'Alain Poher. Il est également maire de Sarrebourg de 1971 à 1989 et président du conseil régional de Lorraine de 1978 à 1979.

Chancelier de l'ordre de la Libération et chancelier honoraire de l'Institut de France, il est membre de l'Académie française de 1999 à sa mort.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né dans une famille alsacienne qui avait opté pour la France en 1871 (son grand-père paysan devint cocher des omnibus hippomobiles de Paris), fils de l'industriel Joseph Messmer, Pierre Messmer étudie à l'école Massillon et au lycée Charlemagne. Breveté de l'École nationale de la France d'outre-mer (1934-1937, année durant laquelle un voyage au Cameroun l'éblouit), diplômé de l'École des langues orientales (1934-1936), il obtient son doctorat en droit en 1939. Il était également membre des Camelots du roi à cette époque, branche militante de l'Action française[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Mobilisé en 1939, il est sous-lieutenant au 12e régiment de tirailleurs sénégalais[2]. Le 17 juin 1940, alors stationné dans l'Allier avec le lieutenant Jean Simon, ils entendent à la radio la demande d'armistice[3] du maréchal Pétain. Affectés dans l'après-midi à Pau, ils obtiennent la permission de rejoindre par leurs propres moyens leur nouvelle affectation en empruntant une vieille moto. Les deux hommes refusant immédiatement la défaite traversent le Massif central, pour éviter les colonnes allemandes. Leur véhicule tombant en panne, ils font du stop jusqu'à Tarascon avant de prendre le train à Beaucaire pour Marseille où ils arrivent le 18 juin 1940 au soir. Le 20 juin, Jean Simon rencontre le capitaine au long cours Humbert Vuillemin[4], commandant du Capo Olmo qui cherche des hommes sûrs pour l'aider à détourner le navire italien vers l'Angleterre. Ayant appris en lisant Le Petit Provençal l'appel du 18 juin lancé par le général de Gaulle les deux officiers embarquent avec quelques autres clandestins. Le soir du 23 juin, au sein d'un convoi, le bateau simule une avarie de machine et se détourne vers l'ouest[5]. Le lendemain matin, l'équipage est informé de la décision du commandant.

Le Capo Olmo arrive à Gibraltar le 27 juin, puis rejoint Liverpool le 16 juillet. La cargaison du navire qui se compose de 481 tonnes de matériel de guerre divers en particulier 12 Glenn Martins en caisses, des camions et tracteurs d'aviation, sera vendue aux Anglais permettant à la France libre de subsister pendant les trois premiers mois.

Messmer et Simon intègrent la 13e DBLE et combattent ensemble aux combats en Érythrée, en Syrie, à la bataille de Bir Hakeim et à la campagne de Tunisie en 1943. En juillet 1943, Messmer part en mission aux Antilles avant d'être affecté à Londres à l'état-major du général Koenig, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI) et commandant supérieur des forces françaises en Grande-Bretagne. En août 1944, il débarque en Normandie et participe à la libération de Paris et à la libération de la France[2]. Le 11 novembre, il reçoit la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle à l'Arc de triomphe de l'Étoile.

En Indochine[modifier | modifier le code]

Parachuté en Indochine en août 1945, Pierre Messmer est fait prisonnier par le Viet Minh et s'évade après deux mois de captivité[2]. Il rejoint Hanoi où il est démobilisé et rendu à la vie civile. De retour à Paris, il confie à de Gaulle en tête à tête que Saigon mise à part, la France ne contrôle rien au Viêt Nam, la seule solution possible étant de négocier avec Hô Chi Minh.

Administration coloniale[modifier | modifier le code]

Pierre Messmer exerce ensuite ses fonctions d'administrateur de la France d'outre-mer :

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Pierre Messmer est nommé ministre des Armées sous la présidence du général de Gaulle, lors d'un remaniement ministériel du gouvernement Michel Debré, le 5 février 1960. À ce poste, il est confronté à la révolte des généraux d'avril 1961 et aux réformes d'une armée post-coloniale. Il met en œuvre la force de frappe nucléaire voulue par le président[2], tout en créant en 1960 la NATO Tiger Association afin de renforcer les relations entre unités de l'OTAN.

Avec le ministre de la Recherche et des Affaires atomiques Gaston Palewski, il assiste à l'accident nucléaire de Béryl en 1962 dans le Sahara. Il lui sera reproché la validation et l'acceptation de la politique gouvernementale en 1962 à la fin de la guerre d'Algérie en n'évacuant et en ne protégeant pas les harkis[9], dont un grand nombre furent tués après l'indépendance algérienne. Il autorise la formation par des officiers français de militaires sud-américains dans les années 1960 et début des années 1970 aux diverses techniques expérimentées en Algérie de lutte contre des mouvements révolutionnaires ou clandestins[10].

On lui prête d'avoir dissuadé le général de Gaulle d'employer l'armée lors des événements de Mai 68[2]. Après la démission de celui-ci l'année suivante, il conserve son portefeuille ministériel jusqu'à l'élection à la présidence de Georges Pompidou, en juin 1969. Il fonde ensuite l'association « Présence du gaullisme », puis devient ministre d'État, chargé des Départements et Territoires d'Outre-Mer dans le gouvernement Jacques Chaban-Delmas, le 25 février 1971[2]. D'après Pierre Messmer, c'est lors de cette nomination que Georges Pompidou lui a fait part de son intention de le choisir comme Premier ministre l'année suivante[11].

Il succède à Jacques Chaban-Delmas le 5 juillet 1972 et dirige trois gouvernements durant son passage à Matignon : le premier dure jusqu'au 5 avril 1973, le deuxième du 5 avril 1973 au 1er mars 1974 et le troisième jusqu'à l'investiture de Valéry Giscard d'Estaing, le 27 mai 1974. Quelques semaines après son arrivée à la tête du gouvernement, le président Pompidou lui fait part de sa maladie, « très rare, très grave », ce qui le contraint à déléguer de plus en plus au fil des mois[12]. Conformément à l'article 21 de la Constitution, Pierre Messmer préside le Conseil des ministres du 14 février 1973, en remplacement de Georges Pompidou, malade.

La majorité qu'il conduit comme Premier ministre remporte les élections législatives de 1973, avec 50,9 % et 311 sièges sur 488. Face au choc pétrolier, Pierre Messmer prend aussi la décision de lancer la construction de treize centrales nucléaires dans le but d'assurer son indépendance énergétique et en prévision de la baisse de la production de charbon[2]. Les antinucléaires déplorent aujourd'hui que ni la population ni la représentation nationale n'aient été consultées sur le sujet[13]. Le Parlement français a confirmé, à travers la loi sur l'énergie de 2005, ce choix initial.

À la suite de la mort de Georges Pompidou, le 2 avril 1974, Alain Poher, président du Sénat, assure pour la seconde fois les fonctions de président de la République par intérim. Pierre Messmer expédie dès lors les affaires courantes et se déclare prêt à se présenter à l'élection présidentielle anticipée, à la condition que Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d'Estaing et Edgar Faure acceptent de se retirer. Ce dernier, à qui les sondages ne laissent guère d'espoir, consent à s'effacer sans conditions. Giscard d'Estaing a l'habileté d'accepter dans la mesure où Chaban-Delmas en fera autant ; mais ce dernier maintient sa candidature. Le Premier ministre renonce le soir-même, le 9 avril 1974, et apporte quelques jours plus tard son soutien à la candidature de Jacques Chaban-Delmas, en précisant agir « par discipline ».

Pierre Messmer est député de la Moselle de 1978 à 1988 et député européen de 1979 à 1984. En 1985, il dépose une proposition de loi tendant rétablir la peine de mort pour certains crimes[14]. Lors de la première cohabitation, de 1986 à 1988, il est président du groupe RPR à l'Assemblée nationale[2]. Élu maire de Sarrebourg en 1971, il conserve ce mandat jusqu'en 1989.

Retraite[modifier | modifier le code]

Retiré de la vie politique, il est élu en 1988 à l'Académie des sciences morales et politiques, dont il est le secrétaire perpétuel de 1995 à 1998. En 1992, il devient président de l’Institut Charles-de-Gaulle durant trois ans et président de la Fondation du même nom jusqu'en 1997[2]. Pierre Messmer est élu à l'Académie française le 25 mars 1999, au fauteuil de Maurice Schumann (13e fauteuil). Il est chancelier de l'Institut de France du 1er janvier 1999 au 1er janvier 2006. Il succède en 2003 au général Simon à la présidence de la Fondation de la France libre, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort. Il a été président d'honneur de l'Institut de géopolitique des populations[15].

Il témoigne au procès de Maurice Papon et demande sa grâce, avec d'autres anciens résistants, en 2001[2]. Par décret du président de la République en date du 6 juin 2006, Pierre Messmer est nommé chancelier de l'ordre de la Libération pour une période de quatre ans, en remplacement du général d'armée Alain de Boissieu, décédé. Il appelle à voter « non » au référendum de 2005 sur le traité européen et assiste à l'hommage rendu à Guy Môquet le 16 mai 2007, jour de l'investiture de Nicolas Sarkozy[16].

Il décède des suites d'un cancer, le 29 août 2007 à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, quatre jours après un autre ancien Premier ministre, Raymond Barre, mort au même endroit. Pierre Messmer présidait l'Association des Amis de Michel Debré et était membre du comité d'honneur du Mouvement Initiative et Liberté. Il était également président d'honneur de la Fédération des sociétés d'anciens de la Légion étrangère (FSALE). François Jacob lui succède comme chancelier de l'ordre de la Libération et Yves Guéna comme président de la Fondation de la France libre.

Ses obsèques sont célébrées le 4 septembre aux Invalides à Paris, en présence de nombreuses personnalités politiques et militaires, dont le président Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, le Premier ministre François Fillon et plusieurs anciens premiers ministres. Il est inhumé au cimetière de Saint-Gildas-de-Rhuys dans le Morbihan.

Ses archives privées sont conservées au Service historique de la Défense[17].

Famille[modifier | modifier le code]

Pierre Messmer est fils de Joseph Messmer.

Veuf de Gilberte Duprez surnommée de manière ironique « Messméralda » par les journalistes depuis 1991[18], il se remarie le 6 juillet 1999 à Christiane Bataille (née Christiane Terrail), elle-même décédée depuis en 2010[19].

Synthèse des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Mandat de député[modifier | modifier le code]

Mandat locaux[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Régime administratif des emprunts coloniaux : thèse pour le doctorat en droit, Librairie sociale et économique, 1939
  • De la Répression des fraudes commerciales : contribution à l'étude des dispositions législatives relatives à la répression des fraudes commerciales, thèse, impr. des Dernières nouvelles de Strasbourg, 1954
  • Le Service militaire, débat avec Jean-Pierre Chevènement, Balland, 1977
  • Les Écrits militaires de Charles de Gaulle : essai d'analyse thématique, Presses universitaires de France, 1985 (en collaboration avec le professeur Alain Larcan)
  • Après tant de batailles : mémoires, Albin Michel, 1992
  • Les Blancs s'en vont : récits de décolonisation, Albin Michel, 1998
  • La patrouille perdue : et autres récits extraordinaires, Albin Michel, 2002
  • Ma part de France : entretiens avec Philippe de Saint Robert, F.-X. de Guibert, 2003

Décorations[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GC ribbon.svg Ordre de la Liberation 2nd ribbon.svg Croix de Guerre 1939-1945 ribbon.svg
Medaille de la Resistance ribbon.svg Medaille des Evades ribbon.svg Croix du Combattant (1930 France) ribbon.svg
Medaille d'Outre-Mer (Coloniale) ribbon.svg Medaille commemorative de la Guerre 1939-1945 ribbon.svg Us legion of merit officer rib.png
Ordre du Nichan Iftikhar Commandeur ribbon (Tunisia).svg Ordre Royal du Cambodge Commandeur ribbon.svg Order Sint Olaf 1 kl.png

Intitulés[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • La promotion 2008-2009 du 4e bataillon de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan porte son nom
  • Centre culturel Pierre-Messmer à Saint-Avold
  • Rue Pierre-Messmer à Avignon
  • Bibliothèque Pierre-Messmer à Sarrebourg
  • Rue Pierre-Messmer à Saint-Gildas de Rhuys
  • Collège Pierre-Messmer à Sarrebourg

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Messmer, une conscience française, sous la direction de Maurice Druon, textes et images réunis par Romain Mazenod, éditions Nicolas Chaudun, Paris, 2009
  • La saga d’un Français Libre, Jean Simon, Presses de la Cité, 2000.
  • Le ralliement du Capo Olmo, rapport de traversée du commandant Vuillemin à son arrivée à Liverpool La Mémoire des Français libres tome I, Humbert Vuillemin, Fondation de France Libre, 2002.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Action française 2000 du 6 septembre 2007, article de Pierre Pujo : « Les deux Messmer »
    Voir également Jean-Claude Valla, L'Extrême droite dans la Résistance (2de partie), La Librairie nationale, 2000, p. 97
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Le gaulliste Pierre Messmer est mort », Le Monde, 29 août 2007.
  3. « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu’il faut cesser le combat... »
  4. neveu du général Joseph Vuillemin
  5. Odyssée du Capo Olmo
  6. « Cameroun, il y a cinquante ans, l’assassinat de Ruben Um Nyobè », Le Monde diplomatique, 13 septembre 2008.
  7. « Cameroun 1958, la guerre cachée de la France », Libération, 20 septembre 2008.
  8. « Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n'a pas oublié », Rue89, 30 août 2007.
  9. « La longue plainte des harkis », L'Express, 9 août 2001.
  10. Marie-Monique Robin, documentaire Escadrons de la mort, l'école française, première diffusion sur Canal+ le 1er septembre 2003.
  11. Raphaëlle Bacqué, L'Enfer de Matignon : Ce sont eux qui en parlent le mieux, Points, 2010, p. 21.
  12. Raphaëlle Bacqué, L'Enfer de Matignon : Ce sont eux qui en parlent le mieux, Points, 2010, p. 227.
  13. Michèle Rivasi et Hélène Crié, Ce nucléaire qu'on nous cache, éditions Albin Michel, 1998 (ISBN 9782226105028).
  14. « Liste des 27 propositions de loi visant à rétablir la peine de mort, déposées au Parlement dans les années 1980 et 1990 », La Documentation française.
  15. http://www.institut-geopolitique-populations.fr/
  16. « Messmer disparaît », Libération, 30 août 2007.
  17. Pascal Gallien, « Les fonds privés Pierre Messmer », Revue historique des armées, no 262,‎ 2011 (lire en ligne) (les fonds Pierre Messmer à la cote : GR, 1 K 744 et DE, 2007 PA 129, et son témoignage oral à la cote : GR, 3 K 17).
  18. Christophe Deloire, Christophe Dubois, Sexus Politicus, Albin Michel,‎ 2006 (ISBN 2226172556), p. 79
  19. « Pierre Messmer convole », sur liberation.fr,‎ 7 août 1999

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]