Pierre Bérégovoy

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir Famille Bérégovoy.
Pierre Bérégovoy
Pierre Bérégovoy en 1988.
Pierre Bérégovoy en 1988.
Fonctions
13e Premier ministre français
(161e chef du gouvernement)
2 avril 199229 mars 1993
(11 mois et 27 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Pierre Bérégovoy
Législature IXe (Cinquième République)
Coalition Majorité présidentielle
PS - MRG - MDR
Gauche - Centre (ouverture)
Prédécesseur Édith Cresson
Successeur Édouard Balladur
Ministre de la Défense
14e ministre de la Défense de la Ve République
9 mars 199329 mars 1993
Président François Mitterrand
Gouvernement Pierre Bérégovoy
Prédécesseur Pierre Joxe
Successeur François Léotard
Ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget
14e ministre des Finances de la Ve République
Portefeuille du Commerce extérieur ajouté le 16 mai 1991
13 mai 19882 avril 1992
Président François Mitterrand
Gouvernement Michel Rocard I et II
Édith Cresson
Prédécesseur Édouard Balladur (Économie et Finances)
Alain Juppé (Budget, ministre délégué)
Jean-Marie Rausch (Commerce extérieur)
Successeur Michel Sapin (Économie et Finances)
Michel Charasse (Budget)
Dominique Strauss-Kahn (Commerce extérieur)
Ministre de l'Économie, des Finances et du Budget
12e ministre des Finances de la Ve République
19 juillet 198420 mars 1986
Président François Mitterrand
Gouvernement Laurent Fabius
Prédécesseur Jacques Delors
Successeur Édouard Balladur (Économie et Finances)
Alain Juppé (Budget, ministre délégué)
Ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale
29 juin 198217 juillet 1984
Président François Mitterrand
Gouvernement Pierre Mauroy II et III
Prédécesseur Nicole Questiaux
Successeur Georgina Dufoix
16e secrétaire général de la
Présidence de la République
21 mai 198129 juin 1982
Président François Mitterrand
Prédécesseur Jacques Wahl
Successeur Jean-Louis Bianco
Biographie
Nom de naissance Pierre, Eugène Bérégovoy
Date de naissance 23 décembre 1925
Lieu de naissance Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime, France)
Date de décès 1er mai 1993 (à 67 ans)
Lieu de décès Nevers (Nièvre[réf. nécessaire], France)
Nationalité français
Parti politique SFIO
PSA
PSU
PS
Conjoint Gilberte Bonnet (décédée en 2001)
Diplômé de Faculté de droit de l'Université de Strasbourg (formation continue)
Profession Ouvrier ajusteur-fraiseur, cadre de GDF

Pierre Bérégovoy, né le 23 décembre 1925 à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime) et décédé le 1er mai 1993 au Val-de-Grâce[réf. nécessaire], est un homme politique français. Il fut Premier ministre d'avril 1992 à mars 1993, sous la présidence de François Mitterrand.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'Irène Baudelin et d'Adrien Bérégovoy, un Ukrainien, capitaine blanc et menchevik. Ce dernier, né à Izioum dans la région de Kharkiv en Ukraine[N 1], a immigré en France, où il tint un café-épicerie. À l'âge de 5 ans, Pierre Bérégovoy est pris en charge par sa grand-mère.

Il épouse à Rouen Gilberte Bonnet (1920-2001) le 13 novembre 1948. Le couple a eu trois enfants : Catherine, Lise (née en 1960) et Pierre (né en 1973). Militante, notamment dans la vie associative, Gilberte Bérégovoy a siégé au Conseil économique et social après 1993. Catherine Bérégovoy-Cottineau, leur fille aînée, a été élue conseillère municipale de Clichy[Arch 1] dans les Hauts-de-Seine, sur la liste socialiste, en mars 2008[Presse 1], et est déléguée aux retraités et personnes âgées. Son fils Pierre travaille à la BNP Paribas du Mali en tant que directeur général. En mars 2014, sa petite-fille, Anne Sol-Bérégovoy, se présente aux élections municipales dans le 16e arrondissement de Paris, sur la liste socialiste.

Son frère, Michel Bérégovoy, s'est également engagé en politique. Ancien député socialiste de Seine-Maritime, il fut vice-président du conseil général de Seine-Maritime avant de décéder en décembre 2011. Le fils de ce dernier, Jean-Michel Bérégovoy, est un élu Verts au conseil municipal de Rouen, depuis les dernières élections, et l'épouse de Jean-Michel, Véronique Bérégovoy, est présidente du groupe Verts au conseil régional de Haute-Normandie.

Article détaillé : Famille Bérégovoy.

Études[modifier | modifier le code]

En 1937, il obtient son certificat d’études. En 1941, son père tombant gravement malade, il quitte le lycée, obtient un brevet d'enseignement industriel (BEI), un CAP d’ajusteur, un CAP de dessinateur industriel. Selon son gendre Georges Cottineau, Pierre Bérégovoy était aussi diplômé de l'École nouvelle d'organisation scientifique du travail. L'origine de cette information est son CV figurant au secrétariat général de la présidence de la République.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Engagement politique[modifier | modifier le code]

En mai 1946, il adhère à la SFIO et créera une section syndicale tendance FO. En 1949, il dirige l'hebdomadaire socialiste La République de Normandie. En 1958, il quitte la SFIO pour participer à la fondation du futur PSU en 1959 et y devient, à partir de 1960, collaborateur de Pierre Mendès France, chargé des questions sociales. En 1967, il quitte le PSU pour adhérer à l'Union des clubs pour le renouveau de la gauche, animée par Alain Savary. En 1969, il rejoint le « nouveau Parti socialiste » au congrès d’Alfortville, En 1971, il participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste, puis aux négociations en vue de la signature du programme commun. En 1973, il devient secrétaire national chargé des affaires sociales puis, à partir de février 1975, chargé des relations extérieures, il le sera jusqu'en 1979. En 1974 il participe à la campagne présidentielle de François Mitterrand. En 1977, il négocie avec le PCF « l'actualisation du programme commun »

Fonctions politiques[modifier | modifier le code]

Son ministère est marqué par la déréglementation des marchés financiers et boursiers. Sous l'impulsion de son directeur de cabinet, Jean-Charles Naouri, il libéralise totalement les marchés financiers en France[2]. Il introduit ainsi les législations les plus laxistes en matière de finance en allègeant le contrôle des changes et en supprimant l'encadrement du crédit[3].

  • Mai 1991 - avril 1992 : ministre d’État, ministre de l’Économie, des finances et du Commerce extérieur dans le gouvernement Édith Cresson.
  • Avril 1992 - mars 1993 : Premier ministre (et ministre de la Défense du 9 au 29 mars).

Mandats locaux[modifier | modifier le code]

  • Mars 1983 - mai 1993 : maire de Nevers
  • 1985-1993 : conseiller général du canton de Nevers-Est

Mandats de député[modifier | modifier le code]

Gouvernement Bérégovoy[modifier | modifier le code]

En avril 1992, François Mitterrand le nomme Premier ministre, en remplacement d'Édith Cresson. À ce poste, il doit affronter les attaques qui visent sa majorité, notamment en raison d'instructions judiciaires pour corruption touchant des proches du président de la République. Lui-même mis en cause, il est, de plus, confronté à la persistance des difficultés économiques et au mécontentement de la gauche, qui voit en lui le symbole du ralliement des socialistes au libéralisme économique.

Pierre Beregovoy en 1992.

Il effectue plusieurs réformes dites « sociales » (création du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion socialeetc.).

Sur fond de dépenses publiques non contrôlées, la gravité de la crise de 1993, privant l'État d'importantes recettes fiscales, surprend Pierre Bérégovoy. La dégradation du budget est en complet désaccord avec les prévisions : « 226 milliards de déficit en 1992, contre 89 prévus, et entre 320 et 360 en 1993, contre 165 à l'origine[4] ». Le déficit cumulé de la Sécurité sociale atteint 100 milliards fin 1993[4].

Pierre Bérégovoy et la corruption[modifier | modifier le code]

Nommé Premier ministre, Pierre Bérégovoy se présente comme le chantre de la lutte contre la corruption affairiste et politique. Lors du discours de politique générale du 8 avril 1992, qu'il prononce devant l'Assemblée nationale après la formation de son gouvernement, il déclare notamment :

« [...] Urgence, enfin, dans la lutte contre la corruption. [...] Avec le garde des sceaux, M. Michel Vauzelle, je veux publiquement apporter mon soutien aux juges qui poursuivent la fraude, sans autre passion que le droit. On soupçonne certains hommes publics de s'être enrichis personnellement de manière illégale. S'ils sont innocents, ils doivent être disculpés ; s'ils sont coupables, ils doivent être châtiés ; dans tous les cas, la justice doit passer. [...] J'apporte également mon soutien aux policiers qui travaillent consciencieusement sous le contrôle des juges pour traquer les corrupteurs. [...] Toutes les procédures seront conduites à leur terme, dès lors qu'elles révèleront des actes frauduleux commis à des fins d'enrichissement personnel. [...] S'il est des dossiers qui traînent, croyez-moi, ils ne traîneront plus. [...] Croyez-vous que je prendrais la responsabilité de tels propos devant la représentation nationale — que je respecte — et devant l'opinion publique, si je n'avais pas l'intention d'honorer tous les engagements que je prends devant vous[Arch 2] ? »

Répondant aux invectives de certains députés, le Premier ministre déclare tout en brandissant un papier :

« Comme je suis un Premier ministre nouveau et un homme politique précautionneux, j'ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler. Je m'en garderai bien ! [...] S'il existe encore des élus qui, à quelque niveau que ce soit et à quelque parti qu'ils appartiennent, ne respectent pas les nouvelles règles de financement de l'activité politique, qu'ils le sachent : le gouvernement sera impitoyable[Arch 2]. »

Cet incident sera immédiatement repris et commenté par la presse qui, spéculant sur la fameuse liste, conclura au dérapage. Cela déclenche la première polémique qu'il devra affronter.

Pierre Bérégovoy est, cependant, bien vite rattrapé par le cas de Samir Traboulsi, un financier libanais, ami de la famille qui, depuis 1989, se débat avec la justice dans l'affaire Pechiney-Triangle, un délit d'initié qui semblait mettre en cause également les milieux politiques. Alain Boublil, son directeur de cabinet, est également impliqué et contraint de démissionner. Dès l'instant où Bérégovoy avait été renommé ministre des Finances en 1991, on sait maintenant[Livre 1] que, selon ses propres dires, il avait été littéralement harcelé par l'homme d'affaires qui, ne voulant pas être inculpé par le juge Edith Boizette qui instruisait l'affaire, semblait être en mesure de faire pression sur son ami. Ainsi, au moment où Samir Traboulsi est renvoyé devant un tribunal correctionnel en janvier 1993, il semble qu'il ait averti le Premier ministre qu'il dévoilerait que l'affaire dans laquelle il est incriminé aurait débuté lors du dîner d’anniversaire de mariage du couple Bérégovoy qui s'est tenu le 13 novembre 1988 au restaurant « Chez Edgar » (à Paris)[Livre 1].

Dans le même temps, éclate l'affaire du prêt Pelat, révélée par Le Canard enchaîné, en février 1993. Il s'agit d'un prêt d’un million de francs, sans intérêt, que Pierre Bérégovoy avait reçu en 1986 de Roger-Patrice Pelat, ami intime de Mitterrand, pour l'achat d'un appartement dans le 16e arrondissement, à Paris. Or cet ami, lui-même impliqué dans l'affaire Péchiney, se retrouve au centre d'une autre affaire de corruption, concernant l'entreprise de travaux publics Heulin, du Mans, qui constituera elle-même le point de départ de l'affaire Urba.

En outre, pour ce prêt passé devant notaire et qualifié de légal par la Chancellerie, Pierre Bérégovoy n'aurait remboursé que partiellement la somme due, dont une partie prétendument « sous forme d’objets d’art et de meubles dont on ne connaît ni la nature, ni la valeur »[Presse 2].

Le juge Thierry Jean-Pierre, qui instruit cette affaire complexe, découvre non seulement le prêt Pelat, mais aussi les nombreuses libéralités accordées à la famille Bérégovoy : ainsi la prise en charge financière par Roger-Patrice Pelat de vacances du couple Bérégovoy, entre 1982 et 1989 ; les versements d'argent effectués à Lise Bérégovoy, l'une des filles du Premier ministre, pour qui Pelat se portait également caution auprès des banques pour des emprunts répétés ou encore des billets d'avion gracieusement offerts à la jeune femme. Le juge Jean-Pierre met également en lumière la persistance de découverts bancaires jugés « faramineux[Livre 1]» accordés par la SDBO, la filiale du Crédit lyonnais, aux membres de la famille Bérégovoy. Apparaît ainsi un découvert de 199 737,20 F au mois d'avril 1993. Puis, de nouveau, on trouve la trace de prêts d'argent aux membres de la famille Bérégovoy, notamment à sa fille Lise, de cadeaux à son épouse Gilberte, ainsi que des aides ponctuelles consenties à Pierre Bérégovoy entre 1986 et 1988[Livre 1].

Aucune action judiciaire n'est engagée contre lui et rien ne dit qu'il y avait matière mais, à la veille d'une défaite électorale annoncée, le Premier ministre, qui se voulait exemplaire au point de prendre la tête d'une croisade contre la corruption, apparaît politiquement miné par ces affaires.

Décorations[modifier | modifier le code]

La mort de Pierre Bérégovoy[modifier | modifier le code]

Circonstances de sa mort et hommages[modifier | modifier le code]

Un mois après avoir quitté Matignon, Pierre Bérégovoy est découvert inanimé près de Nevers, le 1er mai 1993, sur la berge du canal de la Jonction. L'enquête déterminera qu'il s'est suicidé.

Retrouvé gravement blessé en fin d'après-midi le 1er mai 1993, il a été victime d'un traumatisme crânien causé par un tir de revolver. Les pompiers de Nevers, prévenus par téléphone à 18 h 18, arrivent sur place vers 18 h 22. D'abord transporté à l'hôpital de Nevers, il décède dans l'hélicoptère chargé de l'emmener à l'hôpital du Val-de-Grâce.

Ses obsèques ont lieu quelques jours plus tard à Nevers, en présence du président de la République et d'autres personnalités politiques françaises[Presse 3]. Il est enterré à Nevers.

L'enquête de police a conclu, de manière formelle, au suicide de Pierre Bérégovoy au moyen de l'arme de service de son officier de sécurité.

Le Nouvel Observateur, dans son édition du 1er mai 2008[Presse 3], indique :

« L'enquête de police a conclu à un suicide. Ses proches le décrivaient comme dépressif depuis la défaite de la gauche aux législatives de mars 1993 et la polémique à propos de l'achat d'un appartement à Paris grâce à un prêt à 0 % consenti par Roger-Patrice Pelat, un proche de François Mitterrand. »

De son côté, Le Monde signale dans son édition datée du 4 mai 1993[Presse 4] :

« [...] Pour toute décision importante, Pierre Bérégovoy réfléchissait longtemps avant de prendre une option et, une fois son choix arrêté, il s'y tenait et allait jusqu'au bout. Tel semble aussi avoir été le cas pour sa décision de mettre fin à ses jours. C'est la conclusion unanime à laquelle sont arrivés, dimanche, les proches collaborateurs de l'ancien Premier ministre, qui l'ont accompagné, pendant dix ans, à la municipalité de Nevers. »

François Mitterrand, président de la République en exercice, a déclaré lors des obsèques de Pierre Bérégovoy :

« [...] Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie, au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous. L'émotion, la tristesse, la douleur qui vont loin dans la conscience populaire depuis l'annonce de ce qui s'est passé samedi [...] lanceront-elles le signal à partir duquel de nouvelles façons de s'affronter — tout en se respectant — donneront un autre sens à la vie politique ? Je le souhaite, je le demande et je rends juges les Français du grave avertissement que porte en elle la mort voulue de Pierre Bérégovoy. »

Michel Charasse est allé dans le même sens :

« Je serais juge ou journaliste, je ne dormirais pas bien ce soir. [...] Il a été accablé par une injustice personnelle insupportable. Depuis deux mois, il suivait un chemin de croix épouvantable[Presse 4]. »

Après sa mort, Pierre Bérégovoy reçoit des hommages tant de la gauche (ainsi Laurent Fabius dans une tribune du Monde du 4 mai ; Jacques Delors, Charles Fiterman, Bernard Kouchner, Jack Lang, Pierre Mauroy, Ségolène Royal, lors de déclarations publiques, François Hollande[5],[6]) que d'une partie de la droite. En particulier, Raymond Barre, sur France 2, salue le 2 mai « un homme courageux et responsable » :

« Courageux parce que, compte tenu de son équation personnelle, il a été amené à prendre des décisions qui devaient nécessairement susciter des réactions chez ceux dont il était le plus proche. Responsable parce qu'il mesurait la nécessité, sur le plan national et international, de prendre des mesures douloureuses et rigoureuses. »

Dominique Baudis, Alain Juppé, Alain Lamassoure, Nicolas Sarkozy et Philippe Séguin lui ont également rendu hommage[Presse 4].

Polémiques sur la cause de la mort[modifier | modifier le code]

En 1999, prenant appui sur ce cas et celui de Robert Boulin, Karine Hamedi publie sa thèse de science politique montrant que, d'une façon générale, le suicide d'un homme politique arrange tout le monde[Livre 2]. En 2002, bien que la hiérarchie des Renseignements généraux déclare officiellement ne pas la tenir pour crédible, le quotidien Le Parisien fait état d'une note interne de ce service concluant à l'assassinat. Signée par Didier Rouch, cette note de 27 pages, intitulée « L'étrange suicide », résume une contre-enquête réalisée sous la responsabilité de l'ex-commissaire des Renseignements généraux de la Nièvre de l'époque, Hubert Marty-Vrayance[AV 1],[Web 1],[Web 2]. Ce dernier affirmera avoir travaillé pour le compte du directeur des RG, Yves Bertrand, qui lui aurait demandé de creuser la piste du meurtre, en parlant notamment d'un « commando » chargé de surveiller Bérégovoy[Web 1]. Bertrand a catégoriquement nié cette version des faits[Web 1]. Selon ce rapport, Pierre Bérégovoy aurait été abattu par des hommes-grenouille. L'argument le plus probant concerne le calibre de la balle tueuse qui serait différent de celui de l'arme de service supposée avoir été utilisée par Pierre Bérégovoy.

Successivement, en 2003, puis en 2008, deux journalistes, Dominique Labarrière et Éric Raynaud, après enquêtes, signent chacun un livre dans lequel ils prennent parti pour la thèse de l'assassinat, affirmant que Bérégovoy aurait menacé de révéler des informations explosives[Livre 3].

Cependant, un documentaire présenté par Laurent Delahousse, diffusé sur France 2 en avril 2008, a rejeté cette hypothèse en prétendant lever les principales zones d'ombre sur lesquelles elle se fondait[AV 2],[AV 3],[AV 4]. Le documentaire apporte une explication aux deux coups de feu entendus par certains témoins : le premier aurait été un coup d'essai tiré par Pierre Bérégovoy lui-même, de manière à s'assurer du fonctionnement de l'arme dont il n'avait pas l'habitude ; il révèle également que Didier Boulaud (directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy à l'époque) a subtilisé le répertoire de l'ancien premier ministre[N 2], du fait qu'il contenait des informations personnelles qu'il aurait été fâcheux de montrer à sa femme. Il accrédite finalement le fait qu'une autopsie et une analyse balistique comparative ont bien été pratiquées contrairement à certaines affirmations. Enfin, le documentaire atteste que dans les semaines qui précèdent, Pierre Bérégovoy aurait dit à son directeur de cabinet penser à imiter Roger Salengro (qui s'est suicidé parce qu'il était calomnié) et il semble qu'il était traité pour un état fortement dépressif qui avait alerté ses proches. Confirmation d'état dépressif toutefois apportée par son épouse Gilberte, à qui il n'a pas laissé de lettre d'adieu ou d'explications.

Par ailleurs, le journaliste du Monde, Jacques Follorou, rapporte dans son livre, publié également en avril 2008, les confidences de l'ancien gendre de Pierre Bérégovoy, l'avocat Vincent Sol, concernant deux lettres que Pierre Bérégovoy lui aurait remises en main propre quelques semaines avant sa mort, dont celle, qui lui était destinée, lui demandant de s’occuper de la famille après sa mort[Livre 1].

Dans la même optique, l’enquête de Benoît Collombat, diffusée en mai 2008 sur France Inter[AV 5], a apporté les précisions de témoins qui n’avaient pas encore parlé[AV 6] : le responsable des pompiers de Nevers, le lieutenant-colonel Daniel Saksik, et le docteur Alain Chantegret, responsable du SAMU de la Nièvre, premiers sur les lieux, confirment le suicide.

Un documentaire réalisé par Francis Gillery et diffusé sur France 3 simultanément en mai 2008[AV 7], présente néanmoins certains éléments perturbants qui laissent persister le doute : rétractation ou refus de parler de certains témoins, déclarations invraisemblables du garde du corps et du chauffeur, impossibilité d'accès aux scanners effectués à l'hôpital, impossibilité d'accès à l'autopsie, police scientifique et technique écartée, aveux de gendarmes reconnaissant que l'enquête était de pure forme, cliché photographique démentant formellement la balistique officielle (orifice de sortie beaucoup trop petit, indication d'un deuxième trou se situant sur le dessus du crane, la taille des orifices (de sortie et au-dessus de son crane) ne sont pas compatible avec un trou de calibre 38 [Web 3]), apparition en 2007 d'un témoin de la scène relatant la présence sur les lieux de deux personnes manifestement militaires et d'une femme [7] bloquant l'accès à la zone au moment même des coups de feu, etc.[AV 8] Au cours du débat ayant suivi cette diffusion, un ami intime de l'ancien Premier ministre, le journaliste Gérard Carreyrou, par ailleurs convaincu du suicide, s'étonne lui-même que pour faire taire la polémique, les autorités n'aient toujours pas publié les résultats de l'autopsie et de l'étude balistique.

Le lieu sur lequel est retrouvé gisant Pierre Bérégovoy est situé sur les bords du canal de la Nièvre. Une plaque commémorative y a été édifiée à la demande de Gilberte Bérégovoy.

Hommages[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Documentaire :
  • Téléfilm :

Le 1er mai 2009 (et rediffusion le 27 juin 2012), France 2 a diffusé Un homme d'honneur, téléfilm de 90 minutes réalisé par Laurent Heynemann, avec Daniel Russo dans le rôle de Pierre Bérégovoy et Dominique Blanc dans celui de sa femme, Gilberte ; le scénario épouse la thèse officielle du suicide. Suite à cette fiction, la chaîne a rediffusé[AV 2],[AV 3],[AV 4] le numéro du magazine Un jour, un destin intitulé Pierre Bérégovoy : la vérité sur ses derniers jours.

  • Court-métrage :

L'homme de la berge d'Olivier Charasson, avec Fred Ulysse et Claire Wauthion (2010). Le scénario est inspiré de la journée du 1er mai 1993. Le court-métrage est dédié à Pierre et Gilberte Bérégovoy.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Étymologie du nom de famille Bérégovoy : il vient d'un mot signifiant « l'homme de la berge » en ukrainien.
  2. On a aussi parlé d’« agenda Hermès » et de « carnet ». D. Boulaud confirme qu'il s'agit d'un « répertoire ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. PIERRE BÉRÉGOVOY : UNE POLITIQUE ÉCONOMIQUE, sur le site .beregovoy.org
  2. LE GRAND VIRAGE, Georges Valance, L'express.fr, 5 janvier 1995
  3. La dérégulation boursière en France, Laurent Mauduit, Mediapart, publié le 7 février 2012
  4. a et b Les mécomptes du Pinay de gauche - Corinne Lhaik, L'express, 6 mai 1993
  5. L'hommage très politique de François Hollande à Pierre Bérégovoy Sur le site lemonde.fr
  6. Hommage à Pierre Bérégovoy Sur le site humanite.fr, 2 mai 1998
  7. rediffusion sur LCP-AN le 15/01/2012

Presse[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] « La ville de Clichy rend hommage à la mémoire de Pierre Bérégogvoy », communiqué de presse, 27 avril 2009, sur le site de la ville de Clichy, ville-clichy.fr, consulté le 3 mai 2009.
  2. Voir, par exemple, l'article publié dans le quotidien L'Humanité, intitulé « Le prêt à Bérégovoy est déclaré légal » ; également : Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, tome IV, éd. du Seuil, coll. « Points », 2001, p. 431-433.
  3. a et b « Les socialistes rendent hommage à Bérégovoy », sur le site nouvelobs.com.
  4. a, b et c Le Monde, 4 mai 1993.

Livres[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Jacques Follorou, Bérégovoy. Le dernier secret, Fayard, avril 2008. Voir aussi Bakchich, qui rend compte de cet ouvrage le 12 avril 2008 : « Quand des affairistes « tenaient » Pierre Bérégovoy » et le 13 avril « Exclusif : La descente aux enfers de Pierre Bérégovoy ».
  2. Karine Hamedi, Scandale et suicide politiques – Destin croisé de Pierre Bérégovoy et Robert Boulin, éd. L'harmattan, mai 1999 (ISBN 2-7384-7818-2).
  3. Dominique Labarrière, Cet homme a été assassiné – La mort de Bérégovoy – Enquête sur l'enquête, éd. La Table ronde, février 2003 (édition complétée en 2013 par La mort de Pierre Beregovoy - Vingt ans de questions sans réponses); Éric Raynaud, Un crime d'État ? La mort étrange de Pierre Bérégovoy, éd. Alphée-Jean-Paul Bertrand, janvier 2008, 254 p.

Archives[modifier | modifier le code]

Medias audio-videos[modifier | modifier le code]

  1. Ce dernier témoignera encore dans un documentaire de France 3, en 2008, de sa conviction. Mais son supérieur de l'époque, Eric Bertrand, dit (dans le même quotidien et à diverses occasions) n'y avoir jamais cru.
  2. a et b Un jour, un destin : Pierre Béregovoy, la vérité sur ses derniers jours, France 2, 9 avril 2008 (rediffusé le 1er mai 2009).
  3. a et b France 2, Un jour, un destin, « Pierre Bérégovoy – La vérité sur ses derniers jours », diffusion du 9 avril 2008, sur le site telleestmatele.com, consulté le 22 mai 2009.
  4. a et b France 2, Un jour, un destin, « Pierre Bérégovoy – La vérité sur ses derniers jours », diffusion du 1er mai 2009, sur le site telleestmatele.com, consulté le 22 mai 2009.
  5. Également diffusée sur franceinter.com [1].
  6. Benoît Collombat, « Pierre Bérégovoy contre-enquête sur un suicide », France Inter, 1er mai 2008. Voir l’enquête sur franceinter.com.
  7. « La double mort de Pierre Bérégovoy », France 3, 3 mai 2008.
  8. Ce documentaire a été mis en ligne sur Dailymotion (découpé en 9 parties).

Web[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Gorge Profonde répond à Yves Bertrand Bakchich, 6 novembre 2007.
  2. David Servenay, « Pour qui travaillait le « cabinet noir » d'Yves Bertrand ? », Rue89, 29 octobre 2008.
  3. Eric Raynaud [La thèse de l’assassinat de Pierre Bérégovoy est relancée|http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-these-de-l-assassinat-de-pierre-34238]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]