Jean de Broglie

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Jean de Broglie
Image illustrative de l'article Jean de Broglie
Fonctions
Parlementaire français
Député 1958-1976
Gouvernement Ve République
Groupe politique IPAS (1958-1962)
RI (1962-1976)
Biographie
Date de naissance 21 juin 1921
Date de décès 24 décembre 1976 (à 55 ans)
Résidence Eure

Le prince[réf. nécessaire] Jean de Broglie est un homme politique français né à Paris le 21 juin 1921 et mort assassiné le 24 décembre 1976.

Biographie[modifier | modifier le code]

Descendant du Duc de Berry, fils de Charles X, Jean de Broglie fut maître des requêtes au Conseil d'État. Il eut une riche carrière de grand serviteur de l'état, étrangement éclipsée par les circonstances de sa disparition.

Il fut élu conseiller général de l'Eure pour la canton de Rugles en 1951 sous l'étiquette du Rassemblement du peuple français. En 1955, il fut élu maire de Broglie. Il conserva ces deux mandats jusqu'à sa mort.

En 1951, il avait été victime de la loi sur les apparentements. Tête de liste du RPF, il obtint 19 % des voix et ne fut pas élu. En 1956, tête de liste du Centre national des indépendants et paysans, il obtint un peu moins de 11 % et ne fut pas élu. La troisième tentative fut la bonne: en 1958, il fut élu député de la première circonscription de l'Eure avec plus de 62 % au 2e tour, face au député communiste sortant, Roland Plaisance, et à un candidat radical, A. Vincentelli. Il sera réélu à cinq reprises.

En 1962, il emporta largement contre un ancien président du Conseil, Pierre Mendès France, et obtient 52 % contre 29 % à l'ancien président du Conseil. Mis en ballotage de justesse en 1967, il fut réélu au 2e tour avec plus de 55 % des voix. En 1968, il fut réélu au 1er tour avec un peu plus de 51 % des voix. De nouveau en ballotage en 1973 (40,5 %), il obtint au 2e tour 56,5 % des voix face à son adversaire communiste Roland Plaisance.

Très apprécié pour son affabilité, sa disponibilité et sa vaste culture, Jean de Broglie fit toujours le plein des voix de la droite et du centre, obtenant en 1967 dans de nombreuses communes plus de voix que le général de Gaulle un an plus tôt au second tour de l'élection présidentielle.

Le 17 janvier 1975, Jean de Broglie vote la loi dépénalisant l'avortement, dite "loi Veil".[2]

Il fut successivement Secrétaire d'État chargé de la Fonction publique (avril à novembre 1962), puis aux Affaires algériennes (1962-1966) et aux Affaires étrangères (1966-1967). Avec Louis Joxe et Robert Buron, il fut l'un des négociateurs des accords d'Évian conclus entre la France et le FLN, le 18 mars 1962 qui ont mis un terme à la guerre d'Algérie. Il fut président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale entre 1968 et 1973. Il s'imposa alors comme l'un des grands spécialistes des relations internationales.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Jean de Broglie fut assassiné le 24 décembre 1976 en sortant du domicile de Pierre de Varga, son conseiller fiscal (financier au passé sulfureux, il avait mêlé Jean de Broglie à plusieurs de ses investissements troubles[1]), qui sera rapidement arrêté, soupçonné d'être le « personnage-clé » de l'affaire en compagnie de l'autre commanditaire, Patrick de Ribemont, qui fut défendu par Raymond de Geouffre de la Pradelle.

Quelques jours après l'assassinat, le ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski organisa une conférence de presse dans laquelle il donne le mobile officiel, une histoire de prêt entre Jean de Broglie et de Varga. Le groupe Charles-Martel, « mystérieux groupe d'extrême-droite », revendique par ailleurs l'attentat, indiquant que « le prince de Broglie avait été liquidé en tant que responsable de l'invasion de la France par les hordes nord-africaines »[2].

Néanmoins, cette revendication semble plutôt constituer un leurre. En effet, deux rapports d'un inspecteur de la direction de la police judiciaire de Paris, datés des 1er avril 1976 et du 27 septembre 1976, avaient mentionné l'imminence de l'assassinat de Broglie pour un motif lié à une « indélicatesse commise par l'homme politique lors d'une affaire précédente portant sur plusieurs millions »[3].

Par ailleurs, le journaliste d'investigation Alain Laville affirma[4], qu'à la fin de mai 1976, le tueur à gages marseillais Roland Luperini, indicateur de police et familier du milieu de la fausse monnaie, recherchait un tueur pour exécuter un « contrat » sur la personne de Broglie, le budget de l'assassinat étant fixé à 70 000 francs par ses commanditaires.

Le tireur Gérard Frêche et Guy Simoné, ancien inspecteur de police et ami de Pierre de Varga, sont arrêtés et interrogés par la Criminelle. Ils passent aux aveux circonstanciés[1]. À l'issue du procès le 23 décembre 1981, Varga fut condamné par la cour d'assises à dix années de réclusion pour « complicité d'assassinat ». Les débats ne permirent pas de mettre en lumière les responsabilités exactes, comme le déplora le président André Giresse, soulignant le manque de coopération complet des services de police avec la justice et le caractère manifestement mensonger de nombreux témoignages. Patrick de Ribemont fut mis hors de cause après avoir été publiquement présenté comme coupable par Michel Poniatowski, et fait condamner la France par la Cour européenne des droits de l'homme les 10 février 1995 et 7 août 1996[5].

Le tireur Gérard Frèche fut condamné à dix années de prison ; Serge Tessèdre, un complice sans épaisseur, à cinq ans. Guy Simoné, défendu par Roland Dumas, fut également condamné en 1981 à dix ans de prison pour complicité du meurtre en tant qu'organisateur bien que Dumas ait mis en évidence les liens du prince de Broglie avec la Matesa espagnole. Réhabilité en 1988, il se fut reconverti dans le conseil et la formation en gestion et clame depuis son innocence. Il s'efforce de reprendre l'enquête[6]. L'affaire de Broglie étant encore classée « secret-défense », les archives de la police ne sont pas disponibles. Il avance que la mort de de Broglie pourrait être liée à un trafic d'armes[7]. Jean de Broglie avait été le trésorier des républicains indépendants, chargé à ce titre de financer la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing en 1974.

Descendance[8][modifier | modifier le code]

Marié à Paris, le 7 juin 1948 à Micheline Segard (1925-1997), le prince Jean de Broglie a trois fils :

  • Victor-François Marie Léon Amédée de Broglie (Paris, 25 mars 1949 - Broglie, 12 février 2012), 8e duc de Broglie, 7e prince de Broglie. Il succède à son cousin Louis de Broglie (1892-1987) ;
  • Philippe-Maurice de Broglie (Paris, 28 septembre 1960), 9e duc de Broglie, 8e prince de Broglie. Il succède à son frère en 2012.
  • Louis-Albert de Broglie (Paris, 15 mars 1963), prince de Broglie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick de Ribemont, Échec aux princes : l'affaire de Broglie, Henri Berger, 1978;
  • Jacques Bacelon, L'affaire de Broglie, Jean Picollec, 1981;
  • Jésus Ynfante, Un crime sous Giscard : l'affaire de Broglie, l'Opus Dei, Matesa, Maspero, 1981;
  • Jacques Béal, L'affaire de Broglie, Fleuve Noir, 1994;
  • Guy Simoné, L'affaire de Broglie. Un crime d'État, Michel Lafon, 1999;
  • Georges Marion, Profession "fouille-merde". Un journaliste dans les coulisses des affaires, Paris, Le Seuil,‎ 2008, 216 p. (ISBN 978-2020943444)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « PJ 1974-78 : au temps des enlèvements », sur Atlantico,‎ 25 décembre 2011
  2. Jesús Ynfante, Un crime sous Giscard. L'affaire de Broglie, l'Opus Dei, Matesa, préface de Pierre Vidal-Naquet, Éditions François Maspero, 1981, p. 16.
  3. Témoignage du journaliste d'investigation Georges Marion, auteur de Profession "Fouille-merde", éditions du Seuil, 2008 (Marianne, 4 octobre 2008) [1]
  4. Le juge Michel. Pourquoi est mort celui qui allait révéler les secrets de Marseille, Presses de la Cité, 1982, p. 223
  5. Jean Garrigues, Les scandales de la République : De Panama à Clearstream ..., Nouveau Monde Editions,‎ 2010, 606 p.
  6. Guy Simoné, Imbroglio comme de Broglie. Un septennat meurtrier, Dualpha, 2008
  7. Révision L'affaire de Broglie relancée, Le Parisien.fr, 4 décembre 2001
  8. voir "La descendance de Charles X - roi de France", de Daniel Manach § Michel Sementéry - Éditions Christian, 1997.