Maurice Rheims

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Maurice Rheims, dans les années 1990.

Maurice (Prosper Gilles) Rheims (Versailles, le 4 janvier 1910 - 6 mars 2003) est un commissaire-priseur, historien d'art et romancier français, membre de l’Académie française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né dans une famille lorraine de minotiers, de fonctionnaires et d'officiers (son père Léon Rheims fut un général blessé à Verdun), il a fait ses études au lycée parisien Janson-de-Sailly, avant d'entrer à l'École du Louvre. Maurice Rheims était aussi diplômé de l'École des hautes études (Sorbonne).

Pendant la guerre de 1939-1945, il a été officier du Ve Génie ; puis a exercé le commandement en second du premier groupe de commandos parachutistes en Algérie.

Commissaire-priseur[modifier | modifier le code]

(...) « À mon retour à Paris en 1945, je décidai de reprendre mes activités de commissaire-priseur (...) mais comme j'étais juif, Vichy m'avait révoqué. Un des mes confrères avait été nommé administrateur de ma charge, prenant le risque de se rendre une fois à Drancy pour me faire signer quelques décharges (...) Je consultais le tableau des ventes à venir, je retins une salle. Plus personne n'émit d'objections (...). Ma première grande vente de l'après-guerre fut l'admirable collection de tableaux flamands et hollandais réunie par Adolphe Schloss, volée par les Allemands en 1943, puis récupérée par les Alliés, (qui) venait d'être restituée à la famille ».

Ce que contredisent Corinne Hershkovitch et Didier Rykner dans La Restitution des œuvres d'art. Solutions et impasses (Hazan, 2011, p. 54) : « de mars à juin 1942 Me Rheims, alors seul juif autorisé à pénétrer dans les locaux de l'hôtel Drouot, dispersa au cours d'une dizaine de vacations l'intégralité de la collection de plusieurs centaines de tableaux italiens de Federico Gentili di Giuseppe, citoyen italien de confession juive mort en 1940, dont l'appartement de l'avenue Foch avait été réquisitionné, et les deux enfants avaient fui la France ».

Dès juin 1941 le Commissariat général aux questions juives avait interdit « d’une manière absolue » l’entrée des juifs dans l’hôtel des ventes parisien ; bravant cette mesure, l’antiquaire Gaston Meyer, neveu d’Élie Fabius, s’y rendit mais il fut reconnu par un confrère qui le fit expulser [1].

En ce qui concerne les 333 tableaux d'Adolphe Schloss, citoyen autrichien naturalisé français en 1871 et mort en 1911, soit une des plus importantes collections d'œuvres de maîtres du Nord constituées en Europe au XIXe siècle, conservée par ses héritiers à Paris jusqu'en 1939 puis transférée dans un château corrézien, ces auteurs indiquent qu'en 1945 le Musée du Louvre restitua à ses héritiers les 49 tableaux "préemptés" en août 1943 par ses conservateurs René Huyghe et Germain Bazin, en présence de Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, pour la somme de 19 millions de francs - sur les 262 apportés au Jeu de Paume - 230 autres étant alors envoyés à Munich (7 ont été retrouvés en Allemagne, dont 2 dans la collection de Hitler), mais n'évoquent pas la vente aux enchères citée par Rheims.

Une vente de 70 tableaux de l'ex-collection Schloss eut lieu à Paris le 25 mai 1949[2].

Commissaire-priseur de 1935 à 1972, il fut l'un des premiers à traiter de l'art des années 1900 et à faire connaître un style jusque-là dédaigné, sauvant ainsi de la destruction plusieurs brillants témoignages de cette époque (Maison Guimard). En 1973, il commente le "Vermeer" de Jean Mistler, "Les dessins de Goya" de Pierre Gassier et "Georges de La Tour" de Pierre Rosenberg dans Italiques[3].

Charles de Gaulle l'aurait accueilli par ces mots à une réception au Palais de l'Élysée : « Alors, Rheims, toujours votre coupable industrie ? »[4].

Il est intervenu dans l'évaluation de la dation des œuvres de Bonnard et de Picasso et fut l'exécuteur testamentaire de Paul et Hélène Morand en 1976. Il était aussi, depuis 1972, expert près la Cour d'appel et le tribunal de grande instance de Paris.

Son style s'illustre, par exemple dans le Saint-Office, par un récit riche en références, dense et sarcastique.

Élu à Académie française le 20 mai 1976, il y a été reçu le 17 février 1977; il a ainsi occupé le 32e fauteuil laissé vacant par la mort de Robert Aron.

Il était Grand-croix de la Légion d'honneur et avait reçu d'autres décorations comme la Croix de guerre (quatre citations) ; la Médaille de la Résistance; officier des Arts et des Lettres.

Famille[modifier | modifier le code]

Par son second mariage (1950-1980) avec Lili Krahmer (1930-1996), il est apparenté à la branche « von Worms » de la famille Rothschild.

Il est le père de la photographe Bettina Rheims (auteur en 1995 du portrait officiel de Jacques Chirac, président de la République), et de la comédienne-écrivain Nathalie Rheims.

Son fils Louis, avocat, est décédé d'un cancer à 33 ans en 1988[5].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • "Les Musées de France" (Hachette Livre) ;
  • "Un Carpaccio en Dordogne" (Éditions Julliard) ;
  • "Le Cheval d’argent" (Éditions Julliard) ;
  • "L’Objet 1900" (Arts et métiers graphiques, 1964) ;
  • "La Situation de la peinture contemporaine" (Hazan) ;
  • "L’Art 1900 ou le style Jules Verne" (Arts et métiers graphiques) ;
  • "La Sculpture au XIXe siècle" (Arts et métiers graphiques) ;
  • "La Vie étrange des objets" (Plon) ;
  • "La Vie d’artiste", couronné par l’Académie française (Grasset) ;
  • "Le Luthier de Mantoue" (Flammarion, 1972) ;
  • "Haute Curiosité" (Robert Laffont, 1975 ;
  • "La Main" ([Éditions Julliard, 1977) ;
  • "L’Enfer de la curiosité" (Albin Michel, 1979) ;
  • "Les Collectionneurs" (Ramsay, 1981) (ISBN 978-284114579-9)
  • "Le Saint Office" (Gallimard, 1983) (ISBN 978-207037674-2)
  • "Attila, laisse ta petite sœur tranquille" (Flammarion, 1985) ;
  • "Harlem Noir" (La Différence, 1985) ;
  • "Les Greniers de Sienne" (Gallimard, 1990) ;
  • "Les Fortunes d’Apollon" ([Éditions du Seuil, 1990) ;
  • "Dictionnaire des mots sauvages" (Éditions Larousse, 1991 - néologismes ;
  • "Apollon à Wall Street" (Éditions du Seuil, 1992);
  • "En tous mes états" - entretiens avec François Duret-Robert (Gallimard, 1993) ;
  • "Les Forêts d’argent" (Gallimard, 1995) ;
  • "Une mémoire vagabonde" (Gallimard, 1997) ;
  • "Crise mine" (Odile Jacob, 1998) ;
  • "Nouveau voyage autour de ma chambre" (Gallimard, 2000).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Gabet, Un marchand entre deux empires - Élie Fabius et le monde de l’art, Skira Flammarion, 2011, p.136 et 137, qui reproduit la photographie de l’avis placardé à l’entrée de Drouot publiée par Serge Klarsfeld dans Le Calendrier de la persécution des Juifs de France, Paris/New-York, 1993
  2. catalogue en vente sur Internet le 13 décembre 2011
  3. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 21 décembre 1973
  4. L'encan perd sa star, Maurice Rheims, Vincent Noce, Libération.fr, 7 mars 2003
  5. [PDF]http://www.laconference.net/rentree_2003/discours_dethomas.pdf

Liens externes[modifier | modifier le code]