Michel Serres

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le philosophe contemporain. Pour le peintre baroque du XVIIIe et homophone, voir Michel Serre. Pour les homonymes, voir Serres.

Michel Serres

Philosophe français

Philosophie contemporaine

Description de cette image, également commentée ci-après

Michel Serres en 2011

Naissance (83 ans)
Agen (Lot-et-Garonne)
École/tradition philosophie postmoderne
Principaux intérêts mathématiques, histoire des sciences, communication, numérique, politique, écologie

Michel Serres, né le à Agen (Lot-et-Garonne), est un philosophe, historien des sciences et homme de lettres français.

Biographie[modifier | modifier le code]

D’origine gasconne, il entre à l’École navale en 1949Brest), puis à l’École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1952Paris), où il obtient l’agrégation de philosophie en 1955. De 1956 à 1958, il sert dans la Marine française, et participe à la guerre de Suez. En 1968, il obtient un doctorat ès lettres.

Il fréquente Michel Foucault lorsque tous deux enseignent à Clermont-Ferrand (ainsi, d’ailleurs, que Jules Vuillemin). Ils échangent alors régulièrement sur des thèmes qui prendront corps dans le livre Les Mots et les Choses. Il participe brièvement à l’expérience de Vincennes, puis part pour enseigner aux États-Unis, avec l’appui de René Girard.

À partir de 1969, il est professeur d’histoire des sciences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi qu’à l’Université Stanford depuis 1984. Élu à l’Académie française le , il occupe le fauteuil no 18, anciennement occupé par Edgar Faure.

Il a lancé et dirigé le Corpus des œuvres de philosophie en langue française aux éditions Fayard. Il parraine la bibliothèque universitaire de l’École centrale de Lyon.

En 1994, il est nommé président du Conseil scientifique de La Cinquième, la chaîne de « télévision de la connaissance, du savoir et de l'emploi », lancée par Jean-Marie Cavada, sur décision du gouvernement d'Édouard Balladur.

Le philosophe s’engage dans une voie proprement littéraire et artistique en avril 2008 alors qu’il prépare une œuvre-spectacle pour la ville du Mans. Le thème est la conservation du patrimoine, de la cathédrale, du vieux-Mans et du bestiaire représenté dans la ville. La représentation unique eut lieu le 11 mai.

Michel Serres participe chaque dimanche depuis 2004 à la chronique de France Info « le Sens de l'info » avec Michel Polacco.

Il a été nommé officier de l'ordre national du Mérite en 1987[1], puis promu commandeur en 1997[2] ; il a également été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1985, puis promu officier en 1993[3], commandeur en 2001[4] puis Grand Officier le 14 juillet 2010.

Michel Serres est un enthousiaste de Wikipedia comme collection de connaissances, comme une entreprise "non gouvernée par des experts " de connaissance partagée[5].


Présentation de l'œuvre[modifier | modifier le code]

La première partie de l'œuvre de Michel Serres, philosophe épistémologue se concentre sur la problématique morale des progrès de la science et de ses effets. Comment créer une éthique, envisager une déontologie[6] ? Réfutant tout déterminisme scientifique, la philosophie de Michel Serres tient en son cœur le principe d'incertitude de Werner Heisenberg comme métaphore de la liberté et de l'inattendu. La seconde thématique, présente le dépassement de l'industrie manufacturière par l'impact de la communication issue et transformée par les découvertes scientifiques. Cette thématique est présente dans ses cinq livres consacrés à Hermès, dieu grec des commerçants et de la communication, où Michel Serres tente une herméneutique des impacts de la science dans le monde contemporain. Le thème des messagers est également présent dans son livre consacré aux "Anges", et peut-être lu comme une métaphore du rôle du philosophe qui annonce et montre l'état du monde contemporain. Profondément optimiste « [7]., sa philosophie apparaît à ses détracteurs naïve, scientiste[8], ou infondée[9]. Usant d'un vocabulaire souvent obscure et métaphorique, la philosophie et le style de Michel Serres tente de transposer dans un vocabulaire choisi des théories mathématiques ou physiques, qui a son entendement, transforment et éclairent notre monde. Cherchant à décloisonner le savoir, Michel Serres tente d'établir des liens, de lancer des ponts, d'entremêler les savoirs scientifiques et ceux littéraires pour ouvrir l'université vers la compréhension de la société. Dans "Esthétiques sur Carpaccio" , Michel Serres écrit dans une langue ouvertement poétique et présente sa philosophie comme un voyage autour des passions et des tribulations d'Hermès à travers les catégories de cartographie, de topologie et d'isomorphisme à partir de l'analyse sémiologique des tableaux de Vittore Carpaccio. Aussi Sokal et Bricmont se moqueront-ils de son gallimatia dans leur livre polémique Impostures intellectuelles, puisque eux-même partisans de la philosophie analytique anglo-saxonne refusent aux philosophes et sociologues l'utilisation des métaphores scientifiques hors de leurs contextes définies par le champ contextuel concerné. L'écriture de Michel Serres peut en effet alterné en un même paragraphe des métaphores scientifiques qui seront explicités par des références à l'Antiquité greco-romaine (Hermès en est un bon exemple), l'étymologie d'un mot, voire de mots inventés par le philosophe à partir de leur racine grecque. Ainsi dans "Statues", Michel Serres dans une suite d'articles tente de montrer comment notre monde contemporain est à la fois le récipiendaire de la civilisation gréco-romaine à travers par exemple la fonction sacrificielle de la statue chez les romains et de la voiture aujourd'hui, ou au travers du plan de Paris qu'il compare à celui d' une ville romaine tout en montrant l'impact des découvertes scientifiques.

La réflexion entamée par Michel Serres sur les sciences leurs histoires et leurs impacts [10]. , amènent le philosophe à concevoir son écriture et sa pensée comme autant de projections, de déplacements de transpositions du domaine scientifique vers le domaine littéraire. Il développe ainsi sa réflexion sur la topologie dans "L'hominescence" (2001) ou selon la thèse de l'auteur "notre habitat se fait topologie" gràce à l'internet et au portable. Le message confond voix et écrit, et celui-ci se met au service de la voix démocratique par une profonde mutation anthropologique. L'écriture de Michel Serres se fait alors plus légère, personnage médiatique il cherche moins à convaincre et à établir des systèmes qu'à apaiser les angoisses contemporaines. Il tente de faire passer son optimisme philosophique dans des émissions de radio[11] régulière ou il parle par aphorisme. Il y intreprétre un personnage médiatique célèbre de "grand-père astucieux" et de "sage aux cheveux blancs" qui le situe dans le prolongement d'un Gaston Bachelard [12]. Dans son livre "Petite Poucette", il décrit aux parents, à travers une petite fable, la révolution annoncée de l'enseignement grâce aux nouvelles technologies, que portent et apportent sans le savoir leurs enfants, ces jeunes étudiantes de la Sorbonne ou de Stanford de leurs pouces habiles sur les écrans de leurs portables. * Le 1er mars 2011, en séance solennelle sur le thème « Les nouveaux défis de l'éducation », Michel Serres prononce le discours « Petite Poucette », en référence à une génération dont il explique qu'elle connaît des mutations profondes, des transformations hominescentes rarissimes dans l'histoire [13] (extrait) :

« Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement. »


Citations[modifier | modifier le code]

  • « Dieu est notre pudeur ». ref ?
  • « La terre, jadis notre mère, est devenue notre fille ». ref ?
  • « La seule vraie désobéissance est celle qui permet d'inventer ». ref ?
  • « Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation »[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1968 : Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques, Presses universitaires de France, rééd. 1982
  • 1969 : Hermès I, la communication, Éditions de Minuit, Paris, rééd. 1984
  • 1972 : Hermès II, l'interférence, Éditions de Minuit, Paris
  • 1974 : Hermès III, la traduction, Éditions de Minuit, Paris
  • 1974 : Jouvences. Sur Jules Verne, Éditions de Minuit, Paris
  • 1975 : Auguste Comte. Leçons de philosophie positive, (en collaboration), tome I, Hermann
  • 1975 : Esthétiques sur Carpaccio, Hermann
  • 1975 : Feux et signaux de brume. Zola, Grasset, (ISBN 2-246-00258-3)
  • 1977 : Hermès IV, La distribution, Éditions de Minuit, Paris, rééd. 1981
  • 1977 : La Naissance de la physique dans le texte de Lucrèce, Éditions de Minuit, Paris
  • 1980 : Hermès V, Le passage du Nord-ouest, Éditions de Minuit, Paris
  • 1980 : Le Parasite, Grasset, Paris
  • 1982 : Genèse, Grasset, Paris
  • 1983 : Détachement, Flammarion, Paris
  • 1983 : Rome. Le livre des fondations, Grasset, Paris
  • 1985 : Les Cinq Sens, Grasset, Paris
  • 1987 : L'Hermaphrodite, Flammarion, Paris
  • 1987 : Statues, François Bourin, Paris
  • 1989 : Éléments d'histoire des sciences, (en collaboration), Bordas, Paris
  • 1990 : Le Contrat naturel, François Bourin, Paris
  • 1991 : Le Tiers-instruit, François Bourin, Paris
  • 1991 : Discours de réception de Michel Serres à l'Académie française et réponse de Bertrand Poirot-Delpech, François Bourin
  • 1992 : Éclaircissements, (entretiens avec Bruno Latour), François Bourin, Paris
  • 1993 : La Légende des Anges, Flammarion, Paris
  • 1993 : Les Origines de la géométrie, Flammarion, Paris
  • 1994 : Atlas, Julliard, Paris
  • 1995 : Éloge de la philosophie en langue française, Fayard, Paris
  • 1997 : Nouvelles du monde, Flammarion, Paris
  • 1997 : Le trésor. Dictionnaire des sciences, (en collaboration), Flammarion, Paris
  • 1997 : À visage différent, (en collaboration), Hermann
  • 1999 : Paysages des sciences, (en collaboration), Le Pommier, Paris
  • 2000 : Hergé, mon ami, Éditions Moulinsart
  • 2001 : Hominescence, Le Pommier, Paris
  • 2002 : Variations sur le corps, Le Pommier, Paris, 1999 ; édition texte seul, Le Pommier, Paris
  • 2002 : Conversations, Jules Verne, la science et l'homme contemporain, 1ère version, Revue Jules Verne 13/14, Centre International Jules Verne, Amiens
  • 2003 : L'Incandescent, Le Pommier, Paris
  • 2003 : Jules Verne, la science et l'homme contemporain, Le Pommier, Paris
  • 2004 : Rameaux, Le Pommier, Paris
  • 2006 : Récits d'humanisme, Le Pommier, Paris
  • 2006 : L'Art des ponts, Le Pommier, Paris
  • 2006 : Petites chroniques du dimanche soir, Le Pommier, Paris
  • 2006 : L'Art des ponts : homo pontifex, Le Pommier, Paris
  • 2007 : Le Tragique et la Pitié. Discours de réception de René Girard à l'Académie française et réponse de Michel Serres, Le Pommier
  • 2007 : Petites chroniques du dimanche soir 2, Le Pommier, Paris
  • 2007 : Carpaccio, les esclaves libérés, Le Pommier, Paris
  • 2008 : Le Mal propre : polluer pour s'approprier ?, Le Pommier, coll. « Manifestes », Paris
  • 2008 : La Guerre mondiale, Le Pommier, Paris
  • 2009 : Écrivains, savants et philosophes font le tour du monde, Le Pommier, coll. « Les Essais », Paris
  • 2009 : Temps des crises, Le Pommier, coll. « Manifestes », Paris (ISBN 978-2746505926)
  • 2009 : Van Cleef et Arpels, Le Temps poétique, avec Franco Cologni et Jean-Claude Sabrier, Cercle d'Art, coll. « La collection », Paris
  • 2009 : Petites chroniques du dimanche soir 3, Le Pommier, Paris
  • 2010 : Biogée, Éditions-dialogues.fr/Le Pommier, Brest/Paris
  • 2011 : Musique, Éditions Le Pommier (ISBN 978-2074655452)
  • 2012 : Petite Poucette, Éditions Le Pommier (ISBN 978-2746506053)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décret du 10 août 1987 portant promotion et nomination, JORF no 184 du 11 août 1987, p. 9103–9140 (9127), sur Légifrance.
  2. Décret du 10 novembre 1997 portant promotion et nomination, JORF no 265 du 15 novembre 1997, p. 16539–16568 (16540), NOR PREX9702135D, sur Légifrance.
  3. Décret du 29 mars 1993 portant promotion et nomination, JORF no 86 du 11 avril 1993, p. 6230–6238 (6237), NOR PREX9310954D, sur Légifrance.
  4. Décret du 11 avril 2001 portant promotion, JORF no 90 du 15 avril 2001, p. 5879–5880 (5880), NOR PREX0104792D, sur Légifrance.
  5. quand l'académicien Michel Serres valide Wikipedia, http://framablog.org/index.php/post/2006/10/19/wikipedia
  6. http://www.humanite.fr/michel-serres-mon-experience-denseignant-ma-montre-la-victoire-des-femmes
  7. Le savoir rend heureux, le savoir rend libre » in [1], TV8 Info
  8. Michel Serres re-publiait Auguste Comte et une étude sur Jules Verne tournée en particulier sur les catégories universitaires du savoir
  9. un exemple de critique sévère : http://skhole.fr/petite-poucette-la-douteuse-fable-de-michel-serres
  10. « La science, c'est ce que le père enseigne à son fils. La technologie, c'est ce que le fils enseigne à son papa »Michel Alberganti in « Le virtuel est la chair même de l’homme », interview de Michel Serres in Le Monde du 18 juin 2001
  11. Le sens de l'info de Michel Polaco , France Info, depuis 2011, 2012, 2013
  12. Gaston Bachelard avait en son temps enregistré une émission de radio- lecture : http://www.franceinter.fr/emission-nous-autres-les-reveries-radiophoniques-de-gaston-bachelard
  13. Petite Poucette, discours de Michel Serres, le 1er mars 2011 en séance solennelle sur le thème « Les nouveaux défis de l'éducation »
  14. http://www.lechorepublicain.fr/michel-serres-je-suis-un-academicien-illettre-,537.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Shortland, « Michel Serres, passe-partout », The British Journal for the History of Science, vol. 31, pt. 3:110, septembre 1998, p. 335-353
  • (en) Niran Abbas (dir.), Mapping Michel Serres, University of Michigan Press, Ann Arbor, 2005, 259 p. (ISBN 0472030590)
  • (en) Sydney Levy (dir.), « An ecology of knowledge : Michel Serres », Sub-Stance, University of Wisconsin Press, Madison, 1997, n° spécial 83, vol. 26, no 2
  • (fr) Jean-Marie Auzias, Michel Serres : philosophe occitan, Fédérap, Mussidan, 1992, 167 p. (ISBN 2857920679)
  • (fr) Anne Crahay, Michel Serres : la mutation du cogito ; genèse du transcendantal objectif, Éditions universitaires, Paris ; De Boeck Université, Bruxelles, 1988, 103 p. (ISBN 2804111466)
  • (fr) Wassim Ladki, L’espace du discours littéraire dans les essais philosophiques de l’écrivain Michel Serres, Université de Nancy 2, 1997, 408 p.  (thèse)
  • (fr) Michel Polacco, Michel Serres : petites chroniques du dimanche soir, Le Pommier (ISBN 2746502895)
  • (fr) François L'Yvonnet et Christiane Frémont, Cahier de L'Herne Michel Serres, L'Herne, 2010, 320 p.  (ISBN 9782851971555)
  • (fr) Benjamin Pichery et François L'Yvonnet, Regards sur le sport, ouvrage collectif, Le Pommier - INSEP - 2010, 256 p.  (ISBN 978-2-7465-0484-4)
  • (fr) Autour du Tiers-Instruit, entretien de Michel Serres avec Bernard Defrance, les Cahiers pédagogiques, du no 264-265 au no 270, mai-juin 1988 à janvier 1989 [2]
  • (it) Francesco Bellusci, Mundus non est fabula. Leggere Michel Serres, Trieste, Asterios 2012 (ISBN 978-88-95146-57-7)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Regards sur le sport : Michel Serres, philosophe, en compagnie de François L'Yvonnet, philosophe, film réalisé par Benjamin Pichery, INSEP, Paris, 2007-2009, 180 minutes (double DVD)

Liens externes[modifier | modifier le code]


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Edgar Faure
Fauteuil 18 de l’Académie française
1990-
Membre actuel