Louis Jacquinot

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Louis Jacquinot
Fonctions
Député de la Meuse
19451973
19321940
Groupe politique CR (1932-1936)
ARGRI (1936-1940)
PRL (1945-1946)
RI (1946-1955)
IPAS (1956-1959)
UNR-UDT (1962-1967)
UDVe (1967-1968)
UDR (1968-1973)
Ministre d'État
21 novembre 194523 janvier 1946
Gouvernement Charles de Gaulle II
1er juin 19588 janvier 1966
Président René Coty
Charles de Gaulle
Gouvernement Charles de Gaule III
Michel Debré
Georges Pompidou (1 et 2)
Biographie
Date de naissance 16 septembre 1898
Date de décès 14 juin 1993 (à 94 ans)
Résidence Meuse

Louis Lucien Raymond Jacquinot, né le 16 septembre 1898 à Gondrecourt-le-Château (Meuse) et mort le 14 juin 1993 à Paris, est un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre de 1939[modifier | modifier le code]

Louis Jacquinot passe son enfance à Gondrecourt-le-Château. Il fait des études de droit à Paris. Il décide en 1916, d'arrêter ses études et de s'engager. Il reçoit la croix de guerre et se porte volontaire en février 1919 pour servir en Pologne et en Ukraine. Après sa libération en 1920, il termine sa licence en droit et est avocat à la Cour d'appel de Paris. En 1930, il est chef du cabinet d'André Maginot, ministre de la guerre[1]. Aux élections législatives de 1932, il est élu député de la Meuse (circonscription de Commercy) et commence ainsi à 34 ans une longue et brillante carrière parlementaire. Inscrit successivement aux groupes du Centre républicain puis de l'Alliance des républicains de gauche et des radicaux indépendants, il se fait remarquer par ses idées modérées, un important travail parlementaire et des interventions sur la politique de défense et les affaires étrangères.

Pendant la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 21 mars 1940, Louis Jacquinot entre comme sous-secrétaire d’État à l’Intérieur dans le gouvernement de Paul Reynaud. Il a 41 ans et commence ainsi une longue carrière ministérielle. Il sort du gouvernement le 10 mai, jour de l'attaque de l'Allemagne contre la Belgique, en même temps que d'autres secrétaires d'État[2] et part au combat. Gravement blessé le 11 juin 1940, ce qui lui vaudra une seconde croix de guerre. Il a déjà pris parti contre l'armistice et la politique du maréchal Pétain mais, immobilisé pour plusieurs mois, ne peut prendre part au vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940. Rendu à la vie civile, il entre dans le réseau de Résistance Alliance. Il est arrêté à Marseille en 1942 puis tente une première fois de rejoindre Londres par les Pyrénées mais est intercepté et emprisonné à Prades. Une seconde tentative réussit en janvier 1943. Après avoir été interné au camp de Miranda, il peut rejoindre Londres[3]. Cette précieuse adhésion vaut à Louis Jacquinot d'être un des vingt parlementaires appelés à siéger à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger. En novembre 1943, il est un des six parlementaires, avec André Le Troquer, Pierre Mendès France, André Philip, Jean Pierre-Bloch et Henri Queuille, à entrer dans le Comité français de la Libération nationale d'Alger, comme commissaire à la Marine. En septembre 1944, il est ministre de la Marine dans le Gouvernement provisoire de la République française (gouvernement Charles de Gaulle (1)) à Paris.

Il reste ministre de la Marine jusqu'en novembre 1945 et va faire un travail considérable en prenant en charge la reconstruction et la modernisation de la marine de guerre, tout en veillant attentivement à l'épuration du corps des officiers. Il prend rapidement conscience des enjeux scientifiques et techniques de la reconstruction de la marine nationale et propose au général de Gaulle, sans cependant être suivi, de confier aux arsenaux maritimes la recherche et le développement de l'énergie atomique. En novembre 1945, il devient ministre d'État chargé des Affaires musulmanes. Il apprend à Rabat le 20 janvier 1946 la démission de de Gaulle de la présidence du Gouvernement provisoire.

Sous la IVe République[modifier | modifier le code]

À son retour en France en août 1944, il retrouve son siège de député (Parti républicain de la liberté) aux élections du 21 octobre 1945, par 30 702 voix sur 91 064 suffrages exprimés, et est réélu le 2 juin 1946 (Républicains indépendants) avec 25 936 voix sur 91 784. Le 10 novembre 1945, à l'élection de la première Assemblée nationale de la IVe République, il est réélu, améliorant sa position, avec 35 985 voix sur 87 534 suffrages exprimés, bien qu'il se soit opposé, resté fidèle à de Gaulle, aux deux projets constitutionnels de 1945 et 1946.

Son attitude modérée est bien reçue. Elle lui vaut le 22 janvier 1947, un an après le départ du général de Gaulle, d'être appelé comme ministre de la Marine dans le gouvernement Ramadier, jusqu'au 22 octobre. Deux ans plus tard, il est ministre des Anciens combattants dans le gouvernement Bidault et le reste dans les gouvernements Queuille, Pléven et de nouveau Queuille.

Son activité parlementaire, entre ses postes ministériels, est importante, principalement aux commissions de la Défense et des Territoires d'Outre-mer. Il est nommé en 1948 juré de la Haute cour de justice. Il obtient des crédits importants pour la marine nationale et ses équipements portuaires et logistiques. Il réclame des porte-avions et une nouvelle flotte aéronavale. La marine reconstituée doit pouvoir rester indépendante, pour assurer la sécurité de la France et celle des territoires de l'Union française. Louis Jacquinot défend la proposition de mettre à la disposition de l'ONU une force navale technique. Il argumente pour la poursuite du développement de la flotte contre les positions adverses de Robert Capdeville et Pierre Cot et gagne en obtenant la construction d'un porte-avion, le Clemenceau. Il se réjouit que l'administration de la marine soit désormais confiée à des hauts fonctionnaires issus de l'ENA, de telle sorte que les officiers puissent se consacrer entièrement à leurs tâches militaires. Les crédits maritimes de développement doivent être maintenus et accrus pour nous donner les instruments de notre puissance.

Au ministère des Anciens combattants, Louis Jacquinot s'active à l'indemnisation des victimes de guerre, à l'augmentation des pensions et au rétablissement des anciens combattants dans la position qu'ils occupaient entre les deux guerres.

Aux élections de juin 1951, Louis Jacquinot se voit opposer dans la Meuse une liste RPF, conduite par le général Auguste Gilliot. Il garde cependant le dessus et obtient deux sièges. En août, il redevient ministre, chargé de la France d'Outre-mer, succédant à François Mitterrand. Il conserve ce portefeuille dans les gouvernements Edgar Faure, René Mayer et Joseph Laniel, mais non dans le gouvernement Pinay.

Bien qu'homosexuel[4],[5] (les méchantes langues le surnomment « pompe le mousse » à cause de son goût pour les jeunes matelots[6]), il épouse en mars 1953, Simone Lazard (1899-1991), fille du banquier André Lazard, associé de la banque Lazard, veuve à la fois du marquis Paul de La Fressange (et grand-mère d'Inès de La Fressange) et du ministre des finances Maurice Petsche[7]. À l'élection présidentielle de 1953, il se présente au onzième tour, après le retrait de Joseph Laniel qui se désiste en sa faveur. Se heurtant à l'hostilité du MRP[8] et d'Antoine Pinay, il n'atteint pas un nombre de voix satisfaisant et se retire aussitôt, soutenant un sénateur non candidat, René Coty, qui frôle la majorité au tour suivant et l'obtient au 13e[9].

Au ministère de la France d'Outre-mer, Louis Jacquinot prend des décisions et soutient des projets qui vont dans le sens d'une libéralisation modérée et progressive des colonies et préparent le terrain à la loi-cadre Defferre de 1956 et à la politique du général de Gaulle à partir de 1958. En octobre 1955, le député Jacquinot sanctionne d'ailleurs le gouvernement Edgar Faure (2) à qui il reproche sa politique en Afrique du Nord.

Une nouvelle carrière ministérielle avec de Gaulle[modifier | modifier le code]

Au retour du général de Gaulle, Louis Jacquinot est appelé au gouvernement, seul des anciens ministres de 1944. Ministre d'État (gouvernement Charles de Gaulle (3)), il participe à la rédaction du projet constitutionnel, effectue des missions diplomatiques, accompagne le général lors de son premier voyage à Alger le 4 juin 1958. Il est ensuite ministre d'État charge de la Recherche scientifique, puis du Sahara et des départements et territoires d'Outre-mer (gouvernement Michel Debré). Il représente la France lors des cérémonies marquant l'accession à l'indépendance du Bénin (ex-Dahomey), du Niger, du Burkina Faso (ex-Haute-Volta) et de la Côte d'Ivoire les 1er, 3, 5 et 7 août 1960. Il conserve ce dernier poste dans le gouvernement Georges Pompidou jusqu'au 8 janvier 1966. Il a alors 67 ans.

Modéré, il appartient aux indépendants pendant la IVe République. Il fait partie des Républicains indépendants (1962) de Valéry Giscard d'Estaing puis de l’Union pour la nouvelle République (1968) qui appuie la politique du général de Gaulle. Il reste député de la Meuse jusqu'au 1er avril 1973. Il a alors 74 ans.

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Décorations[10][modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julie Bour, "Louis Jacquinot, une figure de républicain modéré : du poincarisme au gaullisme", Thèse de doctorat en Histoire contemporaine, université de Metz, sous la direction d'Olivier DARD.
  • Assemblée nationale, Base de données historique des anciens députés
  • J. Joly, Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1944
  • Julie Bour, Lydiane Gueit-Montchal, Olivier Dard et Gilles Richard, Louis Jacquinot, un indépendant en politique, Paris, PUPS, 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Assemblée nationale, base de données historique
  2. Voir la liste des secrétaires d'État sortants dans l'article gouvernement Paul Reynaud dans Wikipédia.
  3. Assemblée nationale, base de données historique des anciens députés
  4. Ahmed Sékou Touré, Président de la Guinée. André Lewin, page 172.
  5. Un Quart de Siècle au Service de L'Afrique Tropicale, 1947-1971 : Récit. Pierre Truteau : Récit, pages 122 - 123
  6. Michel Larivière, Homosexuels et bisexuels célèbres, Delétraz,‎ 1997, p. 194
  7. Sabine Delanglade, « Inès de la Fressange : Fressange et pas démon », sur Les Échos,‎ 14 mars 2014
  8. Louis Jacquinot s'était montré réservé sur le projet de Communauté européenne de défense.
  9. Voir l'article de Wikipédia sur l'élection de 1953.
  10. Id.