Académie des sciences morales et politiques

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L'Académie des sciences morales et politiques est l'une des cinq académies de l'Institut de France.

Fondée en 1795, supprimée en 1803 et rétablie en 1832 sous l'influence du ministre et académicien François Guizot, l’Académie des sciences morales et politiques est la plus ancienne institution française couvrant le champ des sciences humaines et sociales. Dans l’esprit de Montesquieu, son rôle est de décrire scientifiquement la vie des hommes en société afin de proposer les meilleures formes pour son gouvernement.

Organisation[modifier | modifier le code]

Les membres de l’Académie sont élus par leurs pairs, selon leurs mérites personnels. L’Académie compte 50 membres répartis, selon leurs spécialités, en six sections :

À ces six sections s'ajoutent des associés étrangers et des correspondants. En 2013, parmi les associés étrangers figurent notamment le prince Charles, Juan Carlos Ier et Benoît XVI.

L'Académie constitue un organe de réflexion interdisciplinaire. Elle diffuse sur son site internet, les textes des communications qui lui sont présentées, ainsi que des rapports et certains textes écrits par ses membres.

Historique[modifier | modifier le code]

Ancêtres des Académies actuelles, les Académies royales furent créées dans la seconde moitié du XVIIe siècle : Académie française (1635), Académie des inscriptions et belles-lettres (1663), Académie des sciences (1666), ainsi que les différentes académies à l'origine de l'Académie des beaux-arts.

La classe des sciences morales et politiques de l'Institut national (1795-1803)[modifier | modifier le code]

Il n'existait avant 1789 aucune institution spéciale correspondant à l'Académie des sciences morales et politiques. Celle-ci a pour origine la « Classe des sciences morales et politiques » de l'Institut national des sciences et des arts créé par la Convention du 5 fructidor an III (22 août 1795), deux ans après la suppression des Académies royales par la Révolution française (décret de la Convention du 8 août 1793).

L'Institut était alors divisé en trois classes : la première consacrée aux sciences physiques et mathématiques (domaine de l'ancienne Académie des sciences), la deuxième aux sciences morales et politiques, et la troisième à la littérature et aux beaux-arts (domaine des autres Académies antérieures à la Révolution : Académie française, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Académie royale de peinture et de sculpture, Académie royale d'architecture).

La suppression de la classe des sciences morales et politiques (1803)[modifier | modifier le code]

Par arrêté consulaire du 3 pluviôse an XI (), l'Institut national fut réorganisé en quatre classes : classe des sciences physiques et mathématiques, classe de la langue et de la littérature française, classe d'histoire et de littérature anciennes, classe des beaux-arts. Les membres des trois classes primitives devaient être répartis dans les quatre nouvelles, ceux de la classe des sciences morales et politiques étaient transférés, suivant la nature de leur travaux, soit dans la classes des sciences physiques et mathématiques, soit dans celle de langue et de littérature française, soit dans celle d'histoire et de littérature anciennes.

L'ordonnance du 21 mars 1816, promulguée par Louis XVIII vint reconstituer les anciennes Académies en les rétablissant dans leur nom et dans leurs prérogatives au sein de l'Institut de France conservé mais réformé toutefois cette restauration ne concerna pas le domaine des sciences morales et politique.

Séance commémorative du centenaire du rétablissement de l'Académie des sciences morales et politiques à l'Institut de France en 1932. Vue générale pendant le discours du président Léon Brunschvicg (sur la gauche).

La restauration de la classe des sciences morales et politiques (1832)[modifier | modifier le code]

« Les sciences morales et politiques influent directement parmi nous sur le sort de la société, elles modifient rapidement les lois et les mœurs. On peut dire que, depuis un demi-siècle, elles ont joué un rôle dans notre histoire. C'est qu'elles ont acquis pour la première fois ce qui leur avait toujours manqué, un caractère vraiment scientifique. »

C'est ainsi que François Guizot, ministre de l'Instruction publique du roi des Français Louis-Philippe Ier et historien, argumentait auprès du roi la nécessité de rétablir la seconde classe.

L'Académie des Sciences morales et politiques fut restaurée par l'ordonnance du 26 octobre 1832. Elle était divisée en cinq sections : philosophie, morale (devenue par la suite morale et sociologie), législation, droit public et jurisprudence, économie politique et statistique (complétée plus tard par l'adjonction du mot « finances »), histoire générale et philosophique (devenue depuis histoire et géographie).

Douze académiciens subsistaient de la seconde classe. Ils élurent leurs nouveaux confrères.

Le premier règlement intérieur fixant le nombre d'académiciens de chacune des sections, le nombre de membres libres, d'associés étrangers et de correspondants a connu sa principale modification en 1964, lorsque l'Académie a décidé de supprimer la catégorie des membres libres pour les réunir au sein d'une nouvelle section d'académiciens titulaires, la section générale, composée de dix membres.

Rôle et missions de l'Académie[modifier | modifier le code]

Travaux[modifier | modifier le code]

Placée sous la protection du chef de l'État, l'Académie, qualifiée de personne morale publique à statut particulier, remplit ses fonctions par la tenue de séances de réflexion régulières, ordonnées autour de thèmes fondamentaux ou d'actualité.

Dans les dernières années, ont été étudiés des thèmes tels que :

  • État et religion (1994)
  • Le rôle et la place de l'État au début du XXIe siècle (2000)
  • L'homme et sa planète (2002)
  • Regards croisés sur l'Europe (2004)
  • La France est-elle malade de sa justice ? (2006)

Conseil[modifier | modifier le code]

À ce titre, l'Académie a souvent été sollicitée par les pouvoirs publics sur des sujets de société. Très fréquente jusqu'en 1914, cette pratique est devenue plus rare par la suite, en raison de la professionnalisation de la vie publique et de la multiplication du nombre des experts dans les ministères. Toutefois, l'Académie continue à exercer un magistère moral et continue de saisir, quand le besoin s'en fait sentir, les pouvoirs publics. Au cours de ces dernières années, elle a ainsi eu plusieurs fois l'occasion d'émettre des avis, des motions ou des vœux tels que :

  • Avis de l'Académie sur le projet de loi constitutionnelle concernant la Charte de l'Environnement (10 mai 2004)
  • Recommandations sur les adaptations juridiques du droit d'auteur à Internet (9 juillet 2001)
  • Motion sur les réformes des procédures de recensement de la population française (16 octobre 2000)
  • Vœu sur la traduction des brevets européens (19 juin 2000)
  • Vœu contre la brevetabilité du génome humain (5 juin 2000)
  • Avis de l'Académie sur le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe (21 janvier 2013), avis négatif à l'unanimité moins deux abstentions sur le projet de loi[1].

Validation[modifier | modifier le code]

En distribuant des prix et récompenses tous les ans[2], l'Académie répond à l'exigence de signaler les meilleurs ouvrages publiés sur les thèmes proposés au concours dans les dernières années écoulées.

Elle rend également des avis sur les élections dans les grands établissements d'enseignement et de recherche : École pratique des hautes études, École des hautes études en sciences sociales, Conservatoire national des arts et métiers, Collège de France.

Membres actuels[modifier | modifier le code]

Voir aussi la Liste des membres de l'Académie des sciences morales et politiques
Section Fauteuil Membre Date
I : Philosophie 1 Chantal Delsol 2007
2 Alain Besançon 1999
3 Bernard Bourgeois 2002
4 Lucien Israël 1996
5 Bernard d'Espagnat 1996
6 Jean Mesnard 1997
7 Rémi Brague 2009
8 Bertrand Saint-Sernin 2002
II : Morale et sociologie 1 Mireille Delmas-Marty 2007
2 Jean Baechler 1999
3 Jean Cluzel 1991
4 Fauteuil vacant 2014
5 Marianne Bastid-Bruguière 2001
6 Fauteuil vacant 2013
7 Xavier Darcos 2006
8 Fauteuil vacant 2013
III : Législation, droit public et jurisprudence 1 Yves Gaudemet 2014
2 Bruno Cotte 2010
3 Jacques Boré 1991
4 Prosper Weil 1999
5 André Damien 1994
6 Gilbert Guillaume 2007
7 François Terré 1995
8 Pierre Delvolvé 2009
IV : Économie politique, statistique et finances 1 Michel Albert 1994
2 Michel Pébereau 2007
3 Pierre Bauchet 1994
4 Bertrand Collomb 2001
5 Jean-Claude Casanova 1996
6 Marcel Boiteux 1992
7 Yvon Gattaz 1989
8 Jean Tirole 2011
V : Histoire et géographie 1 Georges-Henri Soutou 2008
2 Jean-Robert Pitte 2008
3 François d'Orcival 2008
4 Emmanuel Le Roy Ladurie 1993
5 Philippe Levillain 2011
6 Claude Dulong 1996
7 Alain Duhamel 2012
8 Jean Tulard 1994
VI : Section générale 1 Renaud Denoix de Saint Marc 2004
2 André Vacheron 2009
3 Jean-David Levitte 2007
4 Christian Poncelet 2003
5 Pierre Mazeaud 2005
6 Gabriel de Broglie 1997
7 Jean-Claude Trichet 2010
8 Thierry de Montbrial 1992
9 Jacques de Larosière 1993
10 Roger Etchegaray 1994
Membres associés étrangers 1 Javier Pérez de Cuéllar 1989
2 S.Exc. Joseph Ratzinger, pape Benoît XVI 1992
3 S.A.R. le prince Charles, prince de Galles 1992
4 S.A.R. le prince El Hassan bin Talal 2008
5 Stephen Breyer 2012
6 Roland Mortier 1993
7 Ismail Kadare 1996
8 Mario Monti 2012
9 Dora Bakoyannis 2008
10 Jean Starobinski 1987
11 S.M. Juan Carlos Ier, roi d'Espagne 1986
12 Jean-Claude Juncker 2006

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]