Édouard Balladur

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Édouard Balladur
Édouard Balladur
Édouard Balladur
Fonctions
14e Premier ministre français
(162e chef du gouvernement)

(&&&&&&&&&&&&07732 ans, 1 mois et 12 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Édouard Balladur
Législature Xe législature
Coalition Union pour la France
RPR - UDF
(deuxième cohabitation)
Prédécesseur Pierre Bérégovoy
Successeur Alain Juppé
Ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation
13e ministre des Finances de la Ve République
Président François Mitterrand
Gouvernement Jacques Chirac II
Prédécesseur Pierre Bérégovoy
Successeur Pierre Bérégovoy
11e secrétaire général de la
présidence de la République française
Président Georges Pompidou
Prédécesseur Michel Jobert
Successeur Bernard Beck
(sous Alain Poher, président par intérim)
Claude Pierre-Brossolette
(sous Valéry Giscard d'Estaing)
Biographie
Date de naissance (84 ans)
Lieu de naissance İzmir (Turquie)
Nationalité Drapeau de France Français
Parti politique RPR, UMP
Conjoint Marie-Josèphe Delacour
Diplômé de IEP de Paris (1950)
ENA (1957)
Profession Haut fonctionnaire

Édouard Balladur, né le à İzmir en Turquie, est un homme politique français.

Conseiller d'État, il assume les fonctions de secrétaire général de la présidence de la République de 1973 à la mort du président Georges Pompidou, en 1974. Il est ensuite ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation dans le premier gouvernement de cohabitation, de 1986 à 1988.

Le , Édouard Balladur est nommé Premier ministre, à la suite de la victoire de l'Union pour la France aux élections législatives, inaugurant de fait la deuxième cohabitation. Candidat à l'élection présidentielle de 1995, soutenu par l'UDF et une partie du RPR, il arrive en troisième position avec 18,58 % des voix.

Après avoir quitté ses fonctions de Premier ministre, Édouard Balladur retrouve son siège de député de Paris, puis préside la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale de 2002 à 2007.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Aux sources de cette famille smyrniote d'origine arménienne, se trouve André Balladur, qui, en compagnie de quelques parents, avait fui le Nakhitchevan natal (alors majoritairement peuplé d'Arméniens). Convertis par des missionnaires dominicains, les Balladur y étaient devenus des catholiques romains, et les persécutions périodiques des Perses, qui disputent alors le Nakhitchevan à la Turquie, expliquent l'arrivée de la famille à Smyrne (actuellement dénommée İzmir), où on ne recense plus les communautés européennes étrangères, qui prospèrent le plus souvent dans le négoce.

Tournant décisif dans la famille, en 1795, par édit du sultan Sélim III, les Balladurian devenus Balladur ont rang de « sujets francs ». La pratique est alors courante : le sultan, suivant son bon vouloir, accorde aux ambassades occidentales un certain nombre de « capitulations » (« bérats » ou « barats »). Commerçant avec Livourne, Manchester, mais surtout Marseille, les Balladur sont des « barataires francs », ce qui facilitera leur demande de naturalisation française en 1926. Entre-temps, la situation en Turquie avait changé et les Jeunes-Turcs voulaient à toute force récupérer le pouvoir économique dont disposaient les Grecs, les Arméniens et les « barataires francs » qu'on a coutume d'appeler les « levantins ». La plupart des ressortissants des communautés étrangères deviennent personæ non gratæ dans la Turquie d'Atatürk. Après le génocide des Arméniens entre 1915 et 1917, le nouveau régime avait convié en 1922-1923 les Grecs ottomans (« Rûm ») à un prompt et définitif départ (plus d'un million et demi d'expulsés) consacré par le Traité de Lausanne. En 1922, un incendie ravage les quartiers chrétiens de Smyrne (jusque-là préservée des massacres), à la suite de la défaite de l'armée grecque à la fin de la guerre greco-turque, tandis que les Grecs de la ville se noient par milliers en essayant de fuir par la mer.

Entre-temps, la famille Balladur évolue. Par mariages successifs, elle s'est alliée à d'autres Arméniens, comme les Issaverdens, à des Italiens, de préférence Vénitiens, mais plus encore à des Français et en particulier des Provençaux.

Fils de Pierre Balladur, banquier, directeur de la Banque ottomane, et d'Émilie Latour, Édouard Balladur naît à İzmir, en Turquie, le . Ses parents se réfugient en France, à Marseille, en 1935, avec leurs six enfants, dans un appartement situé au 227 boulevard Chave.

Jeunesse, études et mariage[modifier | modifier le code]

À six ans, Édouard Balladur entre à l'institution diocésaine Jean-Baptiste de La Salle, puis, en 1942, au lycée Thiers. Il demeura très attaché à la Provence, qui est une partie de ses racines familiales. Son frère Robert sera l'un des notables de la cité phocéenne.

À son arrivée dans la capitale, en 1946, le jeune Édouard Balladur s'installe chez les frères maristes — le fameux « 104 », rue de Vaugirard, fréquenté quinze ans plus tôt par François Mitterrand. Il effectue des études de droit à l'Institut d'études politiques de Paris, section service public dont il est diplômé en 1950. Une tuberculose l'éloigne des études mais, guéri, il entre à l'École nationale d'administration en 1955 et en sort dans la « botte » en 1957. (Promotion France-Afrique). Il a constitué à l'ENA un petit groupe de travail, avec Jérôme Monod, Pierre Verbrugghe, futur préfet de police de Paris, Jacques Calvet, futur PDG de Peugeot, et Jean Dromer, futur PDG de Louis Vuitton. Après son stage de première année à la préfecture de Charente et son mémoire sur « La loi Barangé et les constructions scolaires », il choisit l'option sociale en 2e année. Il a été également maître de conférences à l'IEP de Paris en 1958.

Il choisit alors d'entrer au Conseil d'État, aux sections Contentieux et Travaux Publics et épouse Marie-Josèphe Delacour, issue d'une famille d'industriels du Jura, à Saint-Amour, le . Ils ont quatre fils : Pierre (médecin, PU-PH), Jérôme (banquier d'affaires, directeur général de Fonds Partenaires Gestion et associé-gérant de Lazard Frères), Henri (codirecteur d'Euro RSCG Genève) et Romain.

Édouard Balladur et son épouse Marie-Josèphe ont un appartement dans le XVIe arrondissement de Paris, boulevard Delessert, et possèdent un chalet, Le Mérande, à Chamonix (Haute-Savoie) ainsi qu'une propriété à Tourgéville (Calvados)[1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Des cabinets ministériels au secteur privé (1964-1986)[modifier | modifier le code]

Georges Pompidou, sous la présidence duquel Édouard Balladur est secrétaire général de l'Élysée, de 1973 à 1974.

Il dirige ensuite le cabinet de la Radio-télévision française (RTF). En 1964, Édouard Balladur entre au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, à l'hôtel de Matignon, et participe à ce titre aux accords de Grenelle qui suivent Mai 68. Il participe au conseil d'administration de l'ORTF en 1967, puis à celui de l'Office national des forêts un an plus tard, et devient président de la Société pour la construction et l'exploitation du Tunnel du Mont-Blanc, présidence qu'il occupe jusqu'en 1981[2]. Georges Pompidou, élu président de la République, le nomme secrétaire général adjoint de l'Élysée pour seconder Michel Jobert, auquel il succède en tant que secrétaire général en . Il est alors chargé de diriger l'administration de la présidence de la République durant la maladie du chef de l'État.

En 1974, peu après le décès du président Pompidou et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée, Édouard Balladur retourne au Conseil d'État. À partir de 1977, il est à la tête d'une filiale de la Compagnie générale d'électricité (CGE, future Alcatel) : la Société GSI - Générale de Service Informatique. En 1980, il devient PDG d'une autre filiale : la Compagnie européenne d'accumulateurs.

Ministre d'État, ministre de l'Économie (1986-1988)[modifier | modifier le code]

Membre de droit du bureau politique et du conseil politique du RPR et en son sein l'un des proches de Jacques Chirac, il est élu député de Paris lors des législatives de mars 1986. Jacques Chirac, qui devient Premier ministre de la première cohabitation, le nomme ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation. Le portefeuille de la Privatisation est alors créé dans ce gouvernement.

Pendant deux ans, il met en place une politique libérale rappelant celle prêtée à Ronald Reagan et à Margaret Thatcher, afin d'améliorer la compétitivité des entreprises françaises. Il met ainsi en œuvre un important programme de privatisations, portant sur plusieurs entreprises nationalisées en 1945 et en 1982, telles que la Compagnie financière de Suez, Paribas, la Société générale ou TF1. Il diminue également le nombre de fonctionnaires et les dépenses de l'État, libère les prix et les changes, développe l'actionnariat des salariés, l'actionnariat populaire et la participation. Ces mesures permettent la baisse du chômage, des déficits, des impôts, et l'augmentation de la production[3]. Son passage au ministère de l'Économie et des Finances est récompensé par le Prix Jacques Rueff, puis par celui de « ministre des Finances de l'année », décerné par le FMI[4].

Il quitte son poste ministériel à la suite de la réélection de François Mitterrand et à la défaite de Jacques Chirac au second tour de l'élection présidentielle, le . Pierre Bérégovoy lui succède.

Député de Paris (1986-1993)[modifier | modifier le code]

À l'occasion des élections législatives qui s'ensuivent, Édouard Balladur est réélu député, au premier tour de scrutin, dans la 12e circonscription de Paris (15e arrondissement). Il apporte son soutien à l'intervention française dans la guerre du Golfe et au traité de Maastricht deux ans plus tard.

Premier ministre (1993-1995)[modifier | modifier le code]

Après la victoire de la droite, autour de la coalition de l'Union pour la France (UPF), aux élections législatives de 1993 (485 élus sur 577, soit 84 % des sièges), François Mitterrand le nomme Premier ministre le 29 mars, le chef de la nouvelle majorité, Jacques Chirac, préférant se consacrer à la préparation de l'élection présidentielle de 1995. C'est le début de la deuxième cohabitation. Édouard Balladur renonce aussitôt à sa pension de conseiller d'État, reversée à une association caritative, et vend les actions qu'il détient[5].

Le président François Mitterrand, qui doit cohabiter avec Édouard Balladur à la suite des élections législatives de 1993.

Son gouvernement est officiellement constitué le . Restreint à 30 membres, il se veut représentatif des différentes composantes de la majorité, en l'absence des chefs des deux principaux partis (Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing). Le nouveau Premier ministre s'entoure de fortes personnalités, comme Simone Veil (Santé et Ville), Charles Pasqua (Intérieur et Aménagement du territoire), Pierre Méhaignerie (Justice), mais aussi de nouveaux venus, à l'image de François Bayrou (Éducation nationale), Nicolas Sarkozy (Budget), François Fillon (Enseignement supérieur et Recherche) ou encore Michel Barnier (Environnement). Faits notables, le gouvernement ne compte pas de secrétaires d'État et le ministère des Finances est scindé en deux (Edmond Alphandéry est nommé ministre de l’Économie et des Finances, Nicolas Sarkozy est nommé au ministère du Budget). À la veille du premier Conseil des ministres, qui a lieu le 2 avril suivant, Édouard Balladur demande à ses ministres de ne pas prendre position sur l'élection présidentielle avant le début de l'année 1995, et manifeste son intention de présenter des listes communes aux élections européennes de 1994, afin « d'éviter l'éclatement du gouvernement »[6].

Dans son discours de politique générale, le , il estime que la situation économique et sociale de la France est « plus grave qu'aucune de celles qu'elle a connues depuis une quarantaine d'années ». S'attardant sur l'aggravation du chômage et de l'insécurité, Édouard Balladur entend aussi agir sur la dégradation des finances publiques. Au niveau international, il souhaite refaire de la France, qu'il estime mal préparée pour affronter le monde nouveau, un exemple. Il s'inquiète par ailleurs de la situation en Europe, en particulier en Europe de l'Est, en proie à différents conflits[7]. Il obtient le soutien de l'Assemblée nationale en remportant le vote de confiance, par 457 voix contre 81, soit le meilleur résultat sous la Ve République pour une déclaration de politique générale[8].

Le , dans un contexte de récession et de dégradation des finances publiques (le déficit public est à son plus haut niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) et alors qu'il ne peut disposer dans l'immédiat des recettes des privatisations envisagées, il lance un emprunt national de 40 milliards de francs. Finalement, 110 milliards de francs sont récoltés auprès de 1,4 million de Français. Critiqué pour son coût, cet emprunt est ultérieurement qualifié par Édouard Balladur de « plus grand succès de notre histoire financière »[9].

Durant l'été 1993, le gouvernement modifie le système de retraites, qui présente un déficit de 40 milliards de francs. La réforme prévoit de faire passer progressivement la durée de cotisation nécessaire à l'obtention d'une retraite à taux plein de 37,5 années à 40 ans pour les salariés du privé, indexe les pensions sur les prix et non plus sur les salaires, et crée le Fonds de solidarité vieillesse[10]. Édouard Balladur poursuit la politique économique qu'il avait entreprise en 1986 en procédant à de nouvelles privatisations (notamment Rhône-Poulenc, Banque nationale de Paris et Elf) et en s'attaquant à la réduction du déficit budgétaire, qui passe ainsi de 341 milliards de francs en 1993 à 275 en 1995[11]. Dans le même temps, il supprime le décalage d'un mois sur la TVA, triple l'allocation de rentrée scolaire et diminue de 6,2 % en moyenne l'impôt sur le revenu[11]. S'il désigne, lors de son arrivée au pouvoir, la réforme et le démantèlement de la Caisse des dépôts et consignations comme l'un de ses grands chantiers, il finira par se contenter, en 1995, de changer le mandat de son directeur général[12].

Il marque son désaccord avec François Mitterrand en estimant que les essais nucléaires sont nécessaires pour maintenir la crédibilité de la dissuasion française, mais prend acte du refus du président malgré l'insistance de plusieurs figures de la majorité[9]. Lors de son départ de Matignon, il souligne le fait que son gouvernement a été « le premier à avoir développé un effort considérable en matière de simulation », technique très sophistiquée qui n'a pas les inconvénients des explosions nucléaires, mais qui nécessitait pour être mise au point des essais nucléaires supplémentaires[13].

Sa popularité connaît une baisse sensible en 1994[14], après l'échec de la révision de la loi Falloux sur l'enseignement et de la mise en place du contrat d'insertion professionnelle (CIP), qui visait à résoudre le problème de l'accès des jeunes au marché du travail et à lutter contre le chômage. Considéré comme un « SMIC jeunes », ne pouvant excéder une durée d'un an, ce contrat est retiré face aux manifestations et remplacé par une aide de l'État aux entreprises embauchant un jeune pour une durée minimale de 18 mois.

Sur le plan international, il acquiert une certaine stature en raison de la maladie du président Mitterrand, avec lequel il n'affiche cependant pas de position divergente[9]. Il apparaît comme un européen convaincu en prônant la coopération entre les États membres de l'Union européenne dans plusieurs domaines, ce qui lui apporte le soutien des centristes pro-européens. L'un des premiers problèmes auxquels il est confronté est la guerre de Bosnie-Herzégovine, débutée en avril 1992. Édouard Balladur se montre d'abord favorable à une intervention internationale forte, mais devant le manque d'implication et de garanties de pays comme les États-Unis ou l'Allemagne, il s'oppose au renforcement du contingent français (qui passe de plus de 7 000 hommes à 4 000 en septembre 1994) et aux bombardements aériens proposés par les États-Unis, afin de ne pas mettre en péril la vie des soldats français, alors les plus nombreux sur le terrain[15]. Aux côtés d'Alain Juppé et de François Léotard, il milite pour une plus grande cohérence de la communauté internationale, soutenant la création d'un groupe de contact constitué des plus grandes nations et l'élaboration d'un plan de paix[16]. Il refuse également, en accord avec François Mitterrand, d'intervenir militairement au Rwanda, où a lieu un génocide, craignant que la France ne soit accusée d'intervention coloniale. Alors que les négociations diplomatiques n'aboutissent pas, la France lance l'« opération Turquoise » avec l'accord de l'ONU. Le , des soldats français arrivent dans le sud-ouest du Rwanda pour établir une zone humanitaire sécuritaire pour les réfugiés, mais celle-ci n'empêche pas le massacre de Tutsis. Le , devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Édouard Balladur plaide pour une intervention vaste et rapide de la communauté internationale[17].

Son passage à Matignon est également marqué par des révélations sur le passé et la vie privée de François Mitterrand. Ce dernier souffre d'un cancer de la prostate depuis de nombreuses années et son état de santé se dégrade. Le Premier ministre préside ainsi le Conseil des ministres du , à la suite d'une opération du président[18].

À Noël 1994, il doit gérer la prise d'otages du Vol 8969 Air France. L'issue de la prise d'otages est mise au crédit d'Édouard Balladur, qui a fait pression sur le président algérien pour qu'il laisse décoller l'avion vers la France, ce qui a permis la libération des otages à Marseille[9].

Candidature à l'élection présidentielle (1995)[modifier | modifier le code]

Bénéficiant d'une importante popularité (cote de confiance de 58 % dans le baromètre Sofres)[14] après vingt mois passés à Matignon dans un contexte de crise économique, Édouard Balladur annonce sa candidature à l'élection présidentielle le . Opposé à Jacques Chirac, il est soutenu par plusieurs dirigeants de l'UDF, parmi lesquels François Bayrou, François Léotard et Simone Veil, et des personnalités du RPR, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua. Alors qu'il est longtemps donné largement en tête du premier tour, il ne bénéficie pas du soutien d'un parti politique, contrairement à ses adversaires, et sa campagne est jugée mauvaise, trop rationnelle[9]. Édouard Balladur obtient finalement 5 658 996 voix, soit 18,58 % des suffrages exprimés, contre 20,84 % à Jacques Chirac et 23,30 % au socialiste Lionel Jospin. Lors de son discours prononcé au soir des résultats, alors que des sifflements et huées l'empêchent d'appeler à voter pour Chirac, il s'écrie : « Je vous demande de vous arrêter ! ».

À la suite de sa défaite à la présidentielle, il présente, le 11 mai, la démission de son gouvernement au président Mitterrand, qui l'accepte et lui demande de gérer les affaires courantes en attendant la nomination par Jacques Chirac, nouveau président élu, de son successeur à l'hôtel de Matignon. Le , Édouard Balladur quitte Matignon et transmet ses pouvoirs à Alain Juppé, qui fut son ministre des Affaires étrangères.

La sincérité des comptes de campagne d'Édouard Balladur est, à partir de 2011, remise en cause[19],[20],[21]. La justice soupçonne qu'une partie de l'argent reçu par des intermédiaires payés pour faire du lobbying dans le cadre d'un système de commissions légales visant à conclure des contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite ait permis de financer illégalement sa campagne[22],[23]. Nicolas Bazire, proche d'Édouard Balladur pendant cette campagne, est mis en examen. En , plusieurs médias affirment que le juge Renaud van Ruymbeke détient la « preuve » d'un financement occulte de la campagne[24],[25]. Le , Le Monde révèle que l'homme d'affaires controversé Ziad Takieddine a affirmé avoir remis six millions d'euros en espèces à Thierry Gaubert, directeur de la campagne d'Édouard Balladur[26]. Le 18 juillet, le parquet de Paris a délivré un réquisitoire supplétif pour « détournement de fonds publics » et « recel » aux juges chargés du volet financier de l'affaire de Karachi, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, confortant ainsi les soupçons de malversations entourant le financement de cette campagne[27]. Édouard Balladur a toujours nié tout financement illicite : le 28 avril 2010, il avait affirmé devant une mission d'information parlementaire que la plupart des fonds en espèces dont sa campagne bénéficia avaient été recueillis « lors de centaines de meetings », auprès « des militants, des sympathisants », via notamment la vente de pin's et autres t-shirts à son effigie[27].

L'après-Matignon (depuis 1995)[modifier | modifier le code]

L'ancien Premier ministre retrouve son siège de député à la suite d'une élection partielle, le , lors de laquelle il recueille 68,55 % des suffrages. Pendant le septennat de Jacques Chirac, la division de la droite entre chiraquiens et balladuriens est très marquée. Édouard Balladur ne reviendra jamais au premier plan de la scène politique, Chirac lui tenant rigueur de s'être présenté contre lui en 1995.

Ses tentatives de reconquête politique se font, sur le plan local, sans succès. Lors des élections régionales de 1998, l'ancien Premier ministre mène la liste RPR-UDF-DL en Île-de-France, où il échoue à succéder à celui qui fut son ministre, Michel Giraud (RPR), la gauche remportant le scrutin. Affirmant s'être présenté pour diriger la région, il renonce à mener l'opposition au conseil régional et abandonne dans la foulée son mandat de conseiller régional. Conseiller de Paris, Édouard Balladur se retire en cours de procédure des primaires au sein du RPR pour désigner le candidat à l'élection du maire de Paris en 2001.

Sur le plan national, il est réélu lors des élections législatives de 1997 et de juin 2002, dans la 12e circonscription de Paris. Lors de la XIIe législature, il fait partie du groupe UMP et préside la commission des affaires étrangères, après avoir été battu par Jean-Louis Debré lors de l'élection du président de l'Assemblée nationale. Il ne se représente pas aux élections législatives de 2007, laissant la place à son suppléant, Philippe Goujon.

Nicolas Sarkozy, ancien ministre du Budget et président de la République de 2007 à 2012, est un proche d'Édouard Balladur.

En 2006, il publie un livre, Laissons de Gaulle en paix, dans lequel il révèle son admiration pour le général de Gaulle, et justifie sa politique. Il explique que de Gaulle aurait très bien pu mener une politique libérale et pro-européenne comme il l'a fait, car le monde a considérablement changé depuis la mort du Général (fin de la guerre froide au début des années 1990, notamment) Libéral convaincu, Édouard Balladur est proche des Réformateurs, et a activement soutenu les projets européens. Par ailleurs, il apporte son soutien aux projets de son ancien ministre du Budget, Nicolas Sarkozy, au sein de l'UMP.

Le , il est nommé à la présidence du Comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions par le président de la République, Nicolas Sarkozy. Ce comité réunit des hommes politiques et des constitutionnalistes d'horizons divers. Après trois mois de travail, il remet son rapport à Nicolas Sarkozy, le . Le une loi constitutionnelle qui reprend certaines réflexions du « Comité Balladur » est votée par le Congrès du Parlement français.

Par décret du , il devient président du Comité pour la réforme des collectivités locales[28]. Son rapport, rendu le , prévoit 20 propositions, parmi lesquelles la réduction du nombre de régions métropolitaines, la création d'un « Grand Paris » ou la redéfinition du champ de compétences des subdivisions territoriales[29].

En 2009, Édouard Balladur publie un livre relatant ses entretiens en tête-à-tête avec François Mitterrand lors de la deuxième cohabitation : Le pouvoir ne se partage pas, aux éditions Fayard. Il déclare avoir observé un président qui « séduisait et manipulait pour dominer », et le compare à Jacques Chirac, tous deux considérant « [leur] présence au pouvoir plus importante que ce qu'on en fait[30] ».

Retiré de la vie politique, Édouard Balladur décline, en 2010, la proposition du président de la République Nicolas Sarkozy de le nommer membre du Conseil constitutionnel[31].

Le , il apporte son soutien à l'ancien Premier ministre François Fillon lors du congrès pour la présidence de l'UMP[32].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Fonctions ministérielles[modifier | modifier le code]

Fonctions parlementaires[modifier | modifier le code]

Mandats locaux[modifier | modifier le code]

Fonctions professionnelles[modifier | modifier le code]

  • Au Conseil d’État : auditeur (1957), maître des requêtes (1963), conseiller (1984-1988), et enfin conseiller honoraire
  • Conseiller du directeur général (1962-1963) de l'Office de radiodiffusion télévision française, puis membre du Conseil d’administration (1967-1968)
  • Président de la Société pour la construction et l’exploitation du tunnel routier sous le Mont-Blanc (1968-1981)
  • Président-Directeur général de la Générale de service informatique (1977-1986)
  • Président de la compagnie européenne d’accumulateurs (1980-1986).

Décorations[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages d'Édouard Balladur[modifier | modifier le code]

  • L’Arbre de mai, Paris, Atelier Marcel Jullian, 1979 (ISBN 225918930X)
  • Je crois en l'homme plus qu'en l'État, Paris, Flammarion, 1987
  • Passion et longueur de temps, Paris, Fayard, 1989, séries de dialogues avec Jean-Pierre Elkabbach
  • Douze lettres aux Français trop tranquilles, Paris, Fayard, 1990 (ISBN 2213025975)
  • Des Modes et des convictions, Paris, Fayard, 1992 (ISBN 2213028680)
  • Dictionnaire de la réforme, Paris, Fayard, 1992 (ISBN 2213030189)
  • Deux ans à Matignon, Paris, Plon, 1995
  • Caractère de la France, Paris, Plon, 1997
  • L’Avenir de la différence, Paris, Plon, 1999
  • Renaissance de la droite, Paris, Plon, 2000
  • Les Aventuriers de l'histoire, Paris, Plon, 2001
  • Jeanne d'Arc et la France, le mythe du sauveur, Paris, Fayard, 2003
  • La fin de l'illusion jacobine, Paris, Fayard, 2005 (ISBN 9 78213 623337)
  • Machiavel en démocratie. Mécanique du pouvoir, Paris, Fayard, 2006 (dans le style de Baltasar Gracián)
  • L'Europe autrement, Paris, Fayard, 2006
  • Laissons de Gaulle en paix !, Paris, Fayard, 2006
  • Pour une union occidentale entre l'Europe et les États-Unis, Paris, Fayard, 2007
  • Une Ve République plus démocratique, Paris, Fayard, 2008 (ISBN 978-2213636207)
  • Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009 (ISBN 978-2213651361)
  • La Liberté a-t-elle un avenir ? Paris, Fayard, 2012

Ouvrages sur Édouard Balladur[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Les paysages de M. Balladur », lexpress.fr, publié dans L'Express, le 12 janvier 1995.
  2. Édouard Balladur sur le site du ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.
  3. Édouard Balladur, Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, p. 26.
  4. « “Libéral” ? L’un y tient, l’autre pas ! », Le Monde diplomatique, février 2010.
  5. Édouard Balladur, Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, p. 44.
  6. Édouard Balladur, Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, p. 53.
  7. « Édouard Balladur, discours de politique générale - 8 avril 1993 » sur le portail du Gouvernement.
  8. Édouard Balladur, Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, p. 58.
  9. a, b, c, d et e Le Pouvoir ne se partage pas, documentaire diffusé le 20 mai 2013 sur France 5.
  10. « Les réformes des retraites de 1993 à 2008 », vie-publique.fr, 23 juin 2010.
  11. a et b « Déclaration de M. Édouard Balladur, Premier ministre, sur le bilan et les perspectives de la politique économique du gouvernement, Paris le 12 janvier 1995 », vie-publique.fr.
  12. Dans les archives du Monde : « La CDC, un investisseur "neutre" ? », Le Monde, supplément « Économie », 27 août 2012.
  13. « Balladur et les essais nucléaires », Les Échos, 12 mai 1995.
  14. a et b Popularité d'Édouard Balladur (1987-2002), sur le site de TNS Sofres
  15. « Déclarations de M. Edouard Balladur, Premier ministre, à Washington le 15 et devant l'Assemblée nationale le 16 juin 1993, sur la position française dans les négociations du GATT » sur vie-publique.fr.
  16. Édouard Balladur, Le Pouvoir ne se partage pas : Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, p. 56.
  17. « Balladur à l'Onu », archives de l'INA, 11 juillet 1994.
  18. Dominique et Michèle Frémy, Quid 2004, éditions Robert Laffont, p. 752.
  19. http://lci.tf1.fr/france/justice/2010-12/les-mauvais-comptes-de-campagne-d-edouard-balladur-6179761.html
  20. Jacques Robert, à l'époque membre du conseil constitutionnel, regrette publiquement depuis décembre 2011 la décision collective du conseil d'approuver les comptes de campagne de campagne d’Édouard Balladur. Cf. Benoît Collombat et David Servenay, « Campagnes de Chirac et de Balladur en 1995: souvenirs d'une arnaque », Les Inrockuptibles,‎ 23 février 2012 (lire en ligne)
  21. Interview dans Le Parisien du 1er décembre 2011
  22. La Rédaction de Mediapart, « Karachi : le financement occulte de la campagne de Balladur confirmé », sur Mediapart,‎ 17 mai 2013 (consulté le 19 mai 2013)
  23. « Un politologue américain au cœur de l’affaire Karachi », sur Paris Match,‎ mai 2013 (consulté le 19 mai 2013)
  24. Elodie Gueguen, « Karachi : le juge détient la preuve d'un financement occulte de la campagne de Balladur »,‎ 17 mai 2013 (consulté le 19 mai 2013)
  25. Un consultant politique américain, Paul Manafort, aurait « monnayé ses services à Édouard Balladur lors de sa campagne de 1995 », et ce sont les commissions de ces contrats d'armement versées à Abdul Rahman El Assir, « un intermédiaire dans des contrats signés par la France en 1994 et 1995 et à l’époque associé à Ziad Takieddine », qui auraient servi à le rémunérer, pour des montants s'élevant à environ 400 000 dollars, entre septembre 1994 et août 1995. Cf. Elodie Gueguen, « Campagne Balladur : un politologue américain payé avec les pots-de-vin de l'affaire Karachi ? »,‎ 30 octobre 2012 (consulté le 19 mai 2013). Le 20 juin 2013, Ziad Takieddine confirme ces faits. Cf. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « Karachi : M. Takieddine reconnaît avoir financé la campagne de M. Balladur », Le Monde,‎ 26 juin 2013 (lire en ligne).
  26. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « Karachi : M. Takieddine reconnaît avoir financé la campagne de M. Balladur », Le Monde,‎ 26 juin 2013 (lire en ligne).
  27. a et b Gérard Davet et Fabrice Lhomme, « Présidentielle de 1995 : M. Balladur soupçonné d'avoir détourné les fonds spéciaux de Matignon », Le Monde,‎ 24 juillet 2013 (lire en ligne).
  28. Décret portant création du comité pour la réforme des collectivités locales
  29. « Les 20 propositions du Comité », sur Comité pour la réforme des collectivités locales
  30. Libération, numéro 8853 du 27 octobre 2009, page 32.
  31. « Sarkozy, Accoyer, Larcher : la quête des trois Sages », Libération, 12 février 2010.
  32. Édouard Balladur avec François Fillon, Le Figaro, 20 septembre 2012.
  33. Depuis le décret du 21 novembre 2008 (Décret no 2008-1202 du 21 novembre 2008 modifiant le code de la Légion d'honneur et de la médaille militaire, paru au Journal officiel du 22 novembre 2008 (texte 1)) « la dignité de grand officier appartient de plein droit aux anciens Premiers ministres qui ont exercé leurs fonctions durant deux années au moins ».

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