Georges Boulanger

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Le général Boulanger par Nadar.

Georges Ernest Jean-Marie Boulanger (29 avril 1837, la Calliorne, Rennes[1], France — 30 septembre 1891, Ixelles, Belgique) est un officier général français, ministre de la Guerre en 1886, connu pour avoir ébranlé la Troisième République, porté par un mouvement qui porte le nom de boulangisme.

Il est le beau-père du colonel Émile Driant[2].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Fils d’Ernest Jean Rosalie Boulanger, un bourgeois breton et de Mary Ann Webb-Griffith, une noble galloise[1], il est élevé en Bretagne et fait ses humanités au lycée de Nantes où Clemenceau est son condisciple, entre 1848 et 1853. Après avoir fait ses études à Saint-Cyr, d'où il sort en 1856, promotion Crimée-Sébastopol, il participe aux campagnes de Kabylie comme lieutenant de turcos. En 1859 il participe à la campagne d'Italie. Une blessure à la poitrine à Robecchetto con Induno lui vaut la Légion d'honneur[3].

En 1861, il participe à la campagne de Cochinchine contre Tự Đức. Il est à nouveau blessé à Traï-Dan d'un coup de lance à la cuisse. De retour en France en 1864, il épouse une cousine, Lucie Renouard, plus par intérêt que par amour. Ce n'est pas un mariage heureux, Lucie devenant au fil des années de plus en plus austère et Georges enchaînant les infidélités[réf. nécessaire].

En 1866 il devient capitaine-instructeur à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. La guerre de 1870 le voit promu chef de bataillon, et il s’installe au château d'Issy. Il est à nouveau blessé à la bataille de Champigny lors de la défense de Paris.

Promu au grade de colonel, il reçoit le commandement du 114e régiment d'infanterie de ligne à la tête duquel il participe à la répression de la Commune de Paris, en particulier durant la Semaine sanglante. Le 24 mai, il est blessé lors de la prise du Panthéon. Cité dans le rapport du maréchal Mac-Mahon, il est promu commandeur de la Légion d'honneur le 24 juin 1871[3]. Mais son avancement est jugé trop rapide par les autorités militaires[réf. nécessaire]. En 1872, la Commission de révision des grades le rétrograde lieutenant-colonel et sa démission lui est refusée. Il est nommé commandant en second du 109e puis du 133e régiment d'infanterie de ligne. En 1874 il en devient commandant et retrouve son grade de colonel, avec pour supérieur le duc d'Aumale — un fils de Louis-Philippe — à qui il doit d'être nommé général en 1880.

Il est promu à la tête de la 14e brigade de cavalerie. En 1881, il représente la France lors des fêtes du Centenaire de l'Indépendance américaine à Yorktown (Virginie), où il retrouve le comte Dillon et crée un incident en demandant que l'on retire le pavillon allemand qui flottait aux côtés des couleurs franco-américaines, en célébration de l'aide de La Fayette et de Friedrich Wilhelm von Steuben au peuple américain. Le général estimait en effet que la France avait agi en tant que pays mais que Friedrich Wilhelm von Steuben n'était là qu'à titre privé[réf. nécessaire].

En 1882, le ministre de la Guerre, le général Billot le nomme directeur de l'Infanterie. C'est alors qu'il établit des réformes qui le rendent populaire. Deux ans plus tard, il devient général de division et commande le corps d'occupation de Tunisie.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Ministre de la Guerre[modifier | modifier le code]

Dessin humoristique du général Boulanger « à la barbe blonde, aux yeux bleus », faisant référence à son habitude de parader à cheval noir

Il est familier de Georges Clemenceau — l'un de ses condisciples du lycée de Nantes — qui l'impose à Freycinet comme ministre de la Guerre dans le cabinet formé le 7 janvier 1886.

Un de ses premiers actes à cette fonction est de faire accélérer l'adoption et la mise en fabrication du fusil Mle 1886 dit fusil Lebel. L'arme utilisait pour la première fois la poudre sans fumée et avait des performances balistiques sans égales pour l'époque. Ses réformes — dont l'autorisation du port de la barbe — le rendent populaire chez les militaires. Il parvient à régler la crise des mines de Decazeville sans faire tirer les soldats ce qui le rend populaire à gauche (par exemple Henri Rochefort). Cette réputation de général républicain est confirmée après la loi du 22 juin 1886 qui interdisait le séjour sur le territoire national « aux chefs des familles ayant régné sur la France et leurs héritiers directs » et prévoyait aussi leur exclusion de l'armée. Boulanger fait signer à Jules Grévy et notifier aux membres de la maison d'Orléans leur radiation des cadres de réserve, en particulier au duc d'Aumale (qui avait pourtant protégé sa carrière). Le duc ayant protesté par écrit contre cette mesure, fut expulsé en Belgique par le directeur de la Sûreté le 14 juillet.

La popularité de Boulanger ne cesse de croître et lui permet de devenir le point central de la revue du 14 juillet 1886 — qui célébrait aussi le retour de l'expédition du Tonkin. Sa prestance y fait impression. Il est célébré par la chanson de Paulus, En revenant de la revue.

Il ne tarde pas à parcourir la France pour des inaugurations, des discours, etc. Le 17 septembre, à Libourne, il se distingue par un discours belliqueux — « Nous pouvons enfin renoncer à la triste politique défensive ; la France doit désormais suivre hautement la politique offensive ». Il ne tarde pas à représenter l'image du « Général Revanche » qui séduit les nationalistes. Après un meeting organisé par Déroulède et la Ligue des patriotes au Cirque d'Hiver à Paris, le refrain « C'est boulange, boulange, boulange, c'est Boulanger qu'il nous faut » est crié par 10 000 personnes sur les boulevards[4].

L'amendement d'un député sur la suppression des sous-préfets fait tomber le gouvernement le 3 décembre, mais René Goblet, qui succède à Freycinet est obligé de reprendre Boulanger dans une configuration plus à droite puisque les radicaux abandonnent le gouvernement auquel les conservateurs apportent leur soutien.

Le ministre Boulanger semble dès lors cumuler les provocations envers l'Allemagne : érection de baraquement dans la région de Belfort, interdiction d'exporter des chevaux, interdiction de la représentation de Lohengrin, etc. qui amène l'Allemagne à convoquer plus de 70 000 réservistes au mois de février. Enfin le 20 avril 1887 survient l'affaire Schnaebelé. Seules des difficultés au sein de chacun des gouvernements permettent d'éviter la guerre[réf. nécessaire]. Désormais Boulanger, qui a organisé un réseau d'informateurs en Allemagne sans vraiment avertir la Présidence, semble dangereux pour le gouvernement.

Le 17 mai 1887, le gouvernement Goblet chute. Le 31 mai est formé un nouveau cabinet, mené par Maurice Rouvier qui ne comprend pas Boulanger — le général Ferron reçoit le ministère de la Guerre. Cette éviction choque les nationalistes. C'est alors que naît le mouvement boulangiste.

Chef du mouvement boulangiste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Boulangisme.

Sans poser sa candidature — mais à l'appel de Rochefort — 100 000 bulletins portent le nom de Boulanger lors d'une élection partielle de la Seine. La présence du général ne cessant d'aller croissant, le gouvernement le « limoge » en le nommant commandant du 13e corps d'armée à Clermont-Ferrand. Son départ le 8 juillet donne lieu à une manifestation de foule : 10 000 personnes envahissent la gare de Lyon, couvrent le train d'affiches « Il reviendra » et bloquent son départ pendant plus de trois heures et demie.

Survient le scandale des décorations dans lequel Boulanger est un temps mis en cause. Cependant le président Grévy doit démissionner le 2 décembre. Boulanger devient un acteur clé des tractations pour élire son successeur, les monarchistes offrant leur voix au candidat s'engageant à prendre Boulanger comme ministre de la Guerre. Finalement c'est Sadi Carnot qui est élu président et, prenant Pierre Tirard comme chef de cabinet, il refuse l'accès de Boulanger au ministère.

Le duel entre Georges Boulanger et Charles Floquet, le 13 juillet 1888

Le 1er janvier 1888, le général eut une entrevue secrète, en Suisse, avec le prince Napoléon, lui apportant le soutien bonapartiste. Pour l'élection du 26 février suivant, la candidature du général, présenté comme bonapartiste, est posée dans sept départements dans lesquels il obtient 54 671 voix. Cependant le général, toujours en activité, est alors inéligible. Le 15 mars, le général Logerot, ministre de la Guerre le relève de ses fonctions et, le 24 mars, Boulanger est rayé des cadres de l'Armée et cassé de son grade[réf. nécessaire].

En avril, il se présente aux élections en Dordogne et dans le Nord où il reçoit respectivement 59 000 et 172 500 voix. Une foule importante[Combien ?] assiste à son entrée à la Chambre des députés le 12 juillet suivant. De nombreuses caricatures de presse illustrent la crise[5]. Dès le 13, il se bat en duel contre Charles Floquet, le président du Conseil, qui le blesse.

Outre les bonapartistes, Boulanger ne tarde pas à recevoir le soutien des monarchistes qui ont manqué la restauration et cherchent à affaiblir le régime républicain. La duchesse d'Uzès finance Boulanger au nom du prince Philippe d'Orléans (3 millions de francs). Albert de Mun et Henri de Breteuil dînent avec lui en secret[6].

En août, Boulanger se présente à plusieurs élections et est élu dans le Nord, la Somme et la Charente-Inférieure. Les Boulangistes ne tardent pas à présenter un candidat dans chaque département.

Le suicide du Général Boulanger

La tension est à son comble lorsque Boulanger se présente à Paris en remplacement de Hude, député décédé, sur un programme en trois mots : « Dissolution, révision, constituante ». Ses adversaires lui opposent le président du Conseil général de la Seine, Édouard Jacques. Le 27 janvier 1889, Boulanger obtient 244 000 voix contre 160 000 à son adversaire. Tandis que sa maîtresse, Marguerite de Bonnemain, dîne seule dans un salon voisin, Boulanger célèbre la victoire avec son état-major au café Durand, place de la Madeleine en présence de 50 000 personnes. Certains interpellent Boulanger, lui demandant de prendre l'Élysée. Boulanger choisit de rester dîner sur place, ses supporters sont déçus et les craintes de ses adversaires attisées, qui désormais s'attellent à le discréditer[7].

Le ministre de l'Intérieur, Ernest Constans poursuivit la Ligue des patriotes, l'un des soutiens de Boulanger, en vertu d'une loi sur les sociétés secrètes. Puis il fait savoir à Boulanger qu'un ordre d'arrestation doit être porté contre lui le 1er avril et que le même jour le ministre de l'Intérieur demanderait à la Chambre la levée de son immunité parlementaire. Inquiet, Boulanger s'enfuit à Bruxellesfuite favorisée par le ministère[réf. nécessaire]. Le 4 avril, un vote de 333 voix contre 190 lève son immunité parlementaire. Boulanger est poursuivi pour « complot contre la sûreté intérieure » mais aussi pour détournement des deniers publics, corruption et prévarication. Le 14 août le Sénat réuni en Haute Cour de justice condamne par contumace Boulanger, Rochefort et le comte Dillon à la « déportation dans une enceinte fortifiée ». Boulanger vit ensuite en exil en Belgique où on le trouve encombrant[réf. nécessaire].

Marguerite de Bonnemains était une actrice de la Comédie-Française, mariée au fils du lieutenant-général Pierre de Bonnemains. Elle meurt de tuberculose le 15 juillet 1891. Boulanger se suicide sur sa tombe au cimetière d'Ixelles d’un coup de revolver deux mois et demi plus tard, le 30 septembre 1891.

Annexes[modifier | modifier le code]

Les réformes militaires de Boulanger[modifier | modifier le code]

Comme directeur de l'Infanterie[modifier | modifier le code]

  • Introduction de la morue de l'ordinaire
  • Application de la loi sur la remonte des capitaines
  • Adoption du bourgeron de toile
  • Suppression de la retraite du soir
  • Adoption du havresac nouveau modèle
  • Unification des types de guérites et peintures aux couleurs nationales de ces édicules
  • Autorisation permanente des sorties de théâtre et du port de la barbe pour les sous-officiers rengagés
  • Vélocipédisation de l'armée

Comme ministre de la Guerre[modifier | modifier le code]

  • Réorganisation de l'État-major
  • Adoption du fusil Lebel
  • Institution de nouvelles troupes coloniales (Annamites)
  • Réorganisation de la gendarmerie nationale[8]
  • Réorganisation de l'aérostation militaire
  • Réorganisation du génie
  • Réorganisation de la surveillance des frontières
  • Réorganisation du service de contre-espionnage
  • Amélioration de l'ordinaire
  • Autorisation du port de l'épée aux sous-officiers rengagés
  • Remplacement de la gamelle par des assiettes
  • Droit de posséder des fourchettes
  • Remplacement des paillasses par des sommiers
  • Suppression des dispenses militaires pour les jeunes bourgeois faisant des études
  • Suppression des dispenses militaires pour les ecclésiastiques (« les curés sac au dos »)

Décorations[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « À l'heure qu'il est, chaque soldat partage avec un mineur sa soupe et sa ration de pain » (Boulanger, lors de la grève de Decazeville)[9].
  • « Pour réussir un coup d'État, il faut neuf chances sur dix, et encore on hésite » (Boulanger, pour expliquer le refus de ses prétentions présidentielles)[9]
  • « Un Saint-Arnaud de café-concert » (Jules Ferry, au sujet de Boulanger)[10].
  • « Minuit cinq. Depuis cinq minutes le boulangisme est en baisse. » (Thièbaud, un des principaux boulangistes, après le refus de coup d'État au soir du 27 janvier 1889)[11].
  • « Hybride de Murat et de Casanova. Le velours du regard et les dorures du brandebourg » ; « Il se croyait Bolivar, il ne fut que Mac-Mahon » (Georges Clemenceau au sujet de Boulanger)[4]
  • « Il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant »" (du même, à la nouvelle de sa mort)[12]
Ouvrages
  • Boulanger (général), L'invasion Allemande — Guerre de 1870-1871, Jules Rouff et Cie, Paris, 1888 (trois tomes)

Chansons sur Boulanger[modifier | modifier le code]

  • En Revenant de la Revue[13] par Paulus, À bas... Bismarck et vive Boulanger, Notre général bien-aimé.
  • Sur l'air de la Marseillaise[14]:
« Entendez-vous les cimetières,
Frémir au cri de Boulanger ?
Ce sont nos pères et nos frères,
Tous les martyrs qu'il faut venger
Au armes, citoyens,
Échappons au danger. »

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le musée Carnavalet conserve plusieurs médailles de propagande en aluminium à l'effigie du général Boulanger. Il conserve également sa médaille en argent de député du Nord, réalisée en 1887 mais qui porte la date de 1885, début de la législature (ND 4347).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Registre des naissances (1837), Archives municipales de Rennes, cote 2E45, p. 88.
  2. Dont postérité, et notamment Laure Driant, épouse Xavier Darcos
  3. a et b « Notice no LH/315/87 », base Léonore, ministère français de la Culture
  4. a et b Gilbert Prouteau, "Le Dernier Défi de Georges Clemenceau", France-Empire, 1979, p. 231-232).
  5. Caricatures de presse
  6. Philippe Levillain, Boulanger, fossoyeur de la monarchie, 1982 p. 120 ; cité dans L'Histoire, spécial no 162, la droite 1789-1993, janvier 1993, p. 15-16
  7. Jean Vitaux, Les petits plats de l'histoire, PUF,‎ 2012 (ISBN 2130587747), p. 208
  8. Louis N. Panel, "Quand Boulanger réformait la gendarmerie", Bulletin de la société d'entraide des officiers de la gendarmerie nationale, no 114, 2008, p. 57-66.
  9. a et b Francis Choisel, « La popularité du général Boulanger » in Revue de la Cavalerie Blindée (no 127, septembre 1984)
  10. Jean-Yves Mollier, « Le crime le plus médiatisé du siècle » in Revue d'Histoire du XIXe siècle, no 30, année 2005
  11. Francis Choisel, « Le général Boulanger et la République » in Revue de la Cavalerie Blindée (no 128, décembre 1984)
  12. Site du Service historique de la Défense
  13. En Revenant de la Revue, par le chansonnier Paulus
  14. Cité par Fresnette Pisani-Ferry, Le général Boulanger, Paris, Flammarion, 1969, p. 131.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

Témoignages[modifier | modifier le code]

  • Pierre Denis, Le mémorial de Saint-Brelade, Paris, Paul Ollendorff,‎ 1894 (lire en ligne)
  • Marie Quinton, Le Journal de la Belle Meunière : Le Général Boulanger et son amie, souvenirs vécus, E. Dentu,‎ 1895 (pour la 1ère édition), 3e éd. (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Travaux historiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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