Gaston de Galliffet

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Gaston de Galliffet
Marquis de Galliffet
Prince de Martigues
Photographie du marquis de Galliffet par Nadar
Photographie du marquis de Galliffet par Nadar

Surnom « Marquis aux talons rouges »
« Massacreur de la Commune »
Naissance 23 janvier 1831
à Paris
Décès 9 juillet 1909 (à 78 ans)
à Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau français Empire français
Drapeau français République française
Grade Général
Années de service 1848
Conflits Guerre de Crimée
Expédition du Mexique
Guerre de 1870
Commandement 3e Régiment de chasseurs d'Afrique
15e Division d'Infanterie
9e Corps d'Armée
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur
Autres fonctions Ministre de la Guerre
Famille Maison de Galliffet

Liste des ministres français de la Défense

Gaston Alexandre Auguste de Galliffet, marquis de Galliffet, prince de Martigues, né à Paris le 23 janvier 1831[1] et mort dans cette même ville le 9 juillet 1909, est un militaire français des XIXe et XXe siècles.

Il est ministre de la Guerre dans le gouvernement de gauche de Waldeck-Rousseau. Sa carrière ministérielle est marquée par sa volonté de pacifier les esprits pendant l'Affaire Dreyfus. Car il réconcilie l'Armée et la Nation. Il a également grandement contribué à réorganiser l'Armée après la défaite de 1870.

Avant-dernier représentant mâle des Galliffet, il épouse en octobre 1859 Florence Georgina Laffitte; il dépense sans compter et vit avec faste, la plupart du temps à Paris.

« Hâbleur et bruyant, arriviste, joli homme bien tourné, avec son ventre plaqué d'argent, le nez bridé et les traits réguliers, assez marquis, brave avant tout, il ne visait qu'à l'effet. Plus fendant avec les femmes qu'entreprenant, ayant la manie de parler de ses affaires intimes, ce vieil enfant gâté faisait des plaisanteries que personne n'eût osé esquisser par peur du ridicule. […] Ses gestes dénotaient une espièglerie naturelle qui fut une des marques distinctives de son caractère. »

— Boni de Castellane

Biographie[modifier | modifier le code]

Après de médiocres études et l’obtention de son baccalauréat ès lettres (1846), il s’engage le 22 avril 1848 dans la cavalerie légère. Il est brigadier le 3 octobre 1849 puis sous-officier le 13 décembre 1850. Il devient sous-lieutenant en 1853, est nommé au régiment des guides, garde personnelle de Napoléon III et fait chevalier de la Légion d'honneur.

Issu d'une famille de militaires en partie ruinée par la Révolution, il fut élevé très durement par un père qui le mit très tôt en pension.

Par la suite, plus intéressé par la vie mondaine, le jeu et les femmes que par la carrière militaire et ayant hérité de ses parents en 1854 une petite fortune, il songe à démissionner de l’armée.

Il sert cependant avec éclat durant la guerre de Crimée au régiment des guides de la Garde Impériale. Le 15 juin 1855 il est cité à l'ordre de l'Armée comme s'étant particulièrement distingué dans l'enlèvement de vive force des redoutes russes en avant de Sébastopol.

Lieutenant en 1857, il est envoyé en Algérie et prend part à toutes les expéditions de la période. Il sert également lors de la campagne d'Italie. Capitaine en 1860 au 2e Spahis à Mascara il est nommé, la même année, officier d'ordonnance de l'Empereur Napoléon III.

Chef d'escadron le 24 juillet 1863 au 1er Régiment de hussards, il sert à nouveau en Algérie à Tlemcen et est promu officier de la Légion d'honneur. Nommé successivement au 6e Hussards, puis 12e Chasseurs, il participe à l'expédition du Mexique et est cité à l'ordre du corps expéditionnaire le 2 avril 1863 comme ayant rendu, alors qu'il remplissait les fonctions d'aide-major des tranchées, des services signalés lors de la prise du couvent de Guadalupe dans la nuit du 31 mars au 1er avril.

Le 19 avril 1863 il est très grièvement blessé au ventre lors du siège de Puebla dans l'attaque contre le cadre 29, obligé de « porter ses tripes dans son képi » comme il le racontera plus tard ; apprenant sa grave blessure à la fin d'un déjeuner l'impératrice Eugénie dont il fut le favori, aurait alors, selon un de ses biographes, juré de ne plus manger de sorbets « qu'en qualité de fille d'Espagne, elle adorait » tant qu'il ne serait pas guéri ; il portera désormais une plaque d'argent au ventre.

C'est lui qui ramène en France les drapeaux pris à l'ennemi. Rétabli, il retourne au Mexique et remplace à la tête de la contre-guérilla française le colonel Du Pin. Il est promu au grade de lieutenant-colonel le 17 juin 1865 et cité une nouvelle fois à l'ordre du corps expéditionnaire le 24 février 1867, pour avoir donné une impulsion ferme et intelligente à toutes les opérations de la contre-guérilla et avoir conduit l'affaire de Medelin le 7 janvier 1867 avec un coup d'œil et une vigueur remarquables.

Promu au grade de colonel le 14 août 1867 du 3e Régiment de chasseurs d'Afrique, il est admis en 1re section des officiers généraux avec le grade de général de brigade le 30 août 1870. Il commande la brigade de chasseurs à cheval qui charge héroïquement à Sedan, ce qui fit l'admiration du roi de Prusse, d' où l'expression historique (Ah, les braves gens ! ), mais est fait prisonnier.


Le « Massacreur de la Commune ».

À l'issue de sa captivité, il retourne en France pour commander une brigade de cavalerie de l'armée de Versailles et participe aux opérations contre la Commune où il se distingue par sa férocité envers les insurgés et gagne le surnom du « Marquis aux talons rouges » ou « Massacreur de la Commune » lors de la tragique Semaine Sanglante ; regardant passer les prisonniers communards se dirigeant sur Versailles, « la badine à la main, il sélectionne ses victimes d'une manière absolument arbitraire, sur leur mine ». Un jour, il ordonne : « que ceux qui ont des cheveux gris sortent des rangs ! ». 111 captifs s'avancent. « Vous, leur dit-il, vous avez vu juin 1848, vous êtes plus coupables que les autres ! ». Il les fait mitrailler dans les fossés des fortifications [2].

Marcel Gouzil indique que ces exécutions sommaires ont eu lieu « un dimanche de Pâques dans les fossés de Passy ».

« On estime à 3 000 le nombre de ses victimes car il s'octroyait un droit de vie ou de mort ; selon son bon plaisir il prélevait sur les convois de prisonniers la dîme du sang (...). Ses victimes étaient choisies de préférence parmi les vieillards ou les blessés ». Dommanget cité par Gouzil (La Commune de Paris 1871 tome III, La Répression, 1/07/1971, p. 11 - arch pers.).

...exactions qui inspirèrent à Georges Clemenceau ce mot terrible :

« Galliffet n'a pas fusillé de prisonniers depuis plus de vingt ans. Monotone, la vie. Quelles joies nous resteront, bientôt ? ». lettre citée par Jean-Noel Jeanneney, Clemenceau, portrait d'un homme libre (éditions Menges, 2005) repris dans sa Correspondance (1854-1929) (Robert Laffont et B.N.F, 2008, p. 24).

Ces sombres portraits datent cependant des années 1980, et demandent à être relativisés après les évènements de la chute du mur de Berlin.


Galliffet commande ensuite la subdivision de Batna puis la 31e brigade (1874-1875) et est promu commandeur de la Légion d'Honneur en 1873.

Général de division le 3 mai 1875, il commande la 15e Division (1876-1878), puis le 9e Corps d'Armée (1879-1881).

Il est candidat à l'élection présidentielle de 1879.

Élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'Honneur en 1880 il est distingué par Gambetta et nommé gouverneur de Paris[3]. Il commande ensuite le 12e corps d'armée (1882-1886). Président du comité de cavalerie (1881-1885), il réorganise la cavalerie française. Il est fait grand croix de la Légion d'Honneur en 1887. Il appartient au Conseil Supérieur de la Guerre, est inspecteur général de l’École d’application de cavalerie, de la section de cavalerie de l’École spéciale militaire et du manège de l’École de Guerre et directeur permanent des manœuvres de cavalerie.

Au moment de l'Affaire Dreyfus, c'est à ce militaire en retraite, à la réputation sulfureuse, que Waldeck-Rousseau confie le ministère de la Guerre dans son gouvernement dit de « Défense républicaine » constitué le 22 juin 1899 suite à la crise de régime consécutive à l'Affaire, son républicanisme et son opportunisme d'un côté, sa réputation de « bourreau de la Commune » de l'autre côté, faisant paradoxalement de ce personnage, original, détesté de tous les bords, un homme sûr et prêt à appliquer des décisions impopulaires pour l'armée.

Il montra son caractère flegmatique, quand, accueilli par les députés socialistes qui criaient : « Assassin ! », il répondit simplement : « Assassin ? Présent[4]. »

Dans une lettre à la princesse Radziwill, née de Castellane, qui vivait à Berlin, il dit être convaincu de l'innocence du capitaine mais obligé de « suivre »…[5].

C'est lui qui décide de demander la révision du procès de Dreyfus, dont la réhabilitation avait été soutenue par Émile Zola. Ainsi, le 21 septembre 1899, il peut déclarer à la Chambre à propos de l'affaire Dreyfus, suite à la grâce présidentielle de celui-ci et à sa remise en liberté : « l'incident est clos. »

Sa carrière ministérielle s'achève par sa démission le 29 mai 1900 du fait de critiques du président du Conseil sur certains membres de son administration.

Son successeur au portefeuille de la Guerre est le général Louis André qui poursuivra efficacement, mais plus maladroitement, sa politique de « républicanisation » de l'armée.

Habitué des salons de la comtesse de Chevigné et de la comtesse Greffulhe (modèles de la duchesse de Guermantes), familier de nombreux souverains européens, allant jusqu'à jouer dans des pièces de théâtre, Gallifet inspire à Marcel Proust le personnage du général de Froberville dans À la recherche du temps perdu[6].

Autres[modifier | modifier le code]

Il est représenté sur le tableau Le Cercle de la rue Royale (James Tissot, 1868).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [http://www.culture.gouv.fr/LH/LH078/PG/FRDAFAN83_OL1062008v049.htm
  2. William Serman, La Commune de Paris, Arthème-Fayard
  3. Armand Dayot, L'Invasion, le Siège, la Commune Flammarion, 1901
  4. (en) Harvey Goldberg, The Life of Jean Jaures, University of Wisconsin Press, 2003, p. 255.
  5. D'une correspondance inédite de 600 lettres appartenant à la duchesse de Maillé citée par Roger Peyrefitte dans Propos Secrets, Albin Michel, tome 2, 1980, p. 173-174
  6. George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, p. 205, tome I

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • George Painter, Marcel Proust (Paris, Mercure de France, 1966, 2e édition, 1992).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]