Pierre Nora

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Pierre Nora

Description de l'image  Pierre Nora.JPG.
Biographie
Naissance 17 novembre 1931 (82 ans)
Paris
Nationalité Drapeau : France Français
Thématique
Titres Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, membre de l'Académie française
Approche histoire du sentiment national
Travaux * Les Lieux de Mémoire (sous la direction de)

Pierre Nora, né le 17 novembre 1931 dans le 8e arrondissement de Paris, est un historien français, membre de l'Académie française, connu pour ses travaux sur le « sentiment national » et sa composante mémorielle, sur le métier d'historien, ainsi que pour son rôle dans l'édition en sciences sociales. Son nom est associé à la Nouvelle histoire. Il est le fils du médecin Gaston Nora, le frère du haut fonctionnaire Simon Nora et l'oncle du patron des éditions Grasset & Fasquelle, Olivier Nora.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Juif ashkénaze[1], Pierre Nora est le fils du médecin Gaston Nora et de Julie Lehman et le frère de Simon Nora. Il fut l'époux de l'historienne et conservatrice d'art Françoise Cachin. Veuf depuis 2011, il est actuellement le compagnon de la journaliste Anne Sinclair[2].

Formation[modifier | modifier le code]

Il est dans les années 1950 élève en hypokhâgne et en khâgne au lycée Louis-le-Grand (après des études secondaires au lycée Carnot), mais il n'est pas reçu à l'École normale supérieure. Il obtient par la suite une licence ès lettres en philosophie et fut reçu à l'agrégation d'histoire en 1958.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Il est professeur au lycée Lamoricière (aujourd'hui lycée Pasteur) d'Oran (Algérie) jusqu'en 1960 ; il en rapporte un essai publié sous le titre Les Français d'Algérie (1961).

Il est pensionnaire de la Fondation Thiers de 1961 à 1963, et assistant, puis maître-assistant à l'Institut d'études politiques de Paris de 1965 à 1977. Depuis 1977, il est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales.

Carrière dans l'édition[modifier | modifier le code]

Pierre Nora en juin 2011.

Parallèlement, Pierre Nora a mené une carrière importante dans l'édition. Il entre d'abord en 1964 chez Julliard, où il crée la collection de poche Archives. En 1965, il rejoint les éditions Gallimard : la maison d'édition, déjà bien installée dans le marché de la littérature, souhaite développer son secteur des sciences sociales. C'est Nora qui accomplira cette mission en créant deux collections importantes, la Bibliothèque des sciences humaines en 1966 et la Bibliothèque des histoires en 1970, ainsi que la collection Témoins en 1967.

Chez Gallimard, Nora publie dans les collections qu'il dirige des travaux importants qui constituent généralement des références incontournables[réf. nécessaire] dans leurs champs de recherche, notamment :

Fonctions administratives[modifier | modifier le code]

Il a été président de la Librairie européenne des idées au Centre national du livre de 1991 à 1997 et membre du Conseil d'administration de la Bibliothèque nationale de France de 1997 à 2000.

Il est membre du Conseil scientifique de l'École nationale des chartes depuis 1991, du Conseil d'administration de l'Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles depuis 1995, et du Haut Comité des célébrations nationales depuis 1998.

La vie intellectuelle[modifier | modifier le code]

En mai 1980, Nora fonde chez Gallimard la revue Le Débat avec le philosophe Marcel Gauchet ; elle devient vite l'une des revues intellectuelles françaises majeures. Il a participé à la Fondation Saint-Simon, créée en 1982 par François Furet et Pierre Rosanvallon et dissoute en 1999.

Il s'est opposé à la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur de Français rapatriés » en cosignant une pétition dans le quotidien Libération intitulée Liberté pour l'histoire[3]. Cette loi, dont l'alinéa 2 de l'article 4 a été abrogé le 15 février 2006, établissait que les programmes de recherche devaient accorder plus d'importance à la place de la présence française outre-mer et que les programmes scolaires devaient en reconnaître le rôle positif.

Pierre Nora est également très connu pour avoir dirigé Les Lieux de Mémoire, trois tomes se donnant pour but de faire un inventaire des lieux et des objets dans lesquels s'est incarnée la mémoire nationale des Français.

Il est signataire de l'Appel de Blois, le 10 octobre 2008.

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Le pouvoir certain de Pierre Nora dans le monde de l'édition française l'a exposé à des critiques. Ainsi, il refuse en 1997 de faire traduire l'ouvrage d'Eric Hobsbawm The Age of Extremes (1994), en raison de l'« attachement à la cause révolutionnaire » de son auteur. Nora explique que le contexte d'hostilité au communisme en France n'est pas approprié à ce genre de publication, que tous les éditeurs « bon gré mal gré, sont bien obligés de tenir compte de la conjoncture intellectuelle et idéologique dans laquelle s'inscrit leur production »[4]. Il rapporte aussi que François Furet, qui appelait à la traduction du livre dans une longue note infra-paginale du Passé d'une illusion (1995), lui aurait conseillé : « Traduis-le, bon sang ! Ce n'est pas le premier mauvais livre que tu publieras[5]. » L'attitude de Pierre Nora dans cette affaire donne lieu à polémique avec Serge Halimi, qui l'accuse de "Maccarthysme éditorial" dans Le Monde diplomatique [6]. Le livre est finalement publié en 1999 sous le titre L'Âge des extrêmes aux éditions Complexe à Bruxelles avec la collaboration du Monde diplomatique. Hobsbawm écrit à cette occasion un article dans Le Monde diplomatique intitulé « L’Âge des extrêmes échappe à ses censeurs », dans lequel il déclare notamment que « la résistance des éditeurs français, seuls parmi les éditeurs des quelque trente pays qui ont traduit L’Âge des extrêmes, ne laisse pas d’intriguer. »[7].

En 2005, dans un livre intitulé La pensée tiède, composé deux articles publiés au préalable dans la presse anglophone, l'historien Perry Anderson a souligné le rôle joué par Pierre Nora et d'autres (en particulier François Furet) dans l'évolution de la vie intellectuelle en France depuis les années 1980, notamment dans le tournant conservateur marqué par l'emprise du courant de l'"anti-totalitarisme". Pierre Nora a fait paraître sa réponse à la fin du livre, dans une post-face intitulée "La pensée réchauffée", ce qui donne lieu à une nouvelle polémique avec Serge Halimi [8].

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Pierre Nora a reçu:

Le 7 juin 2001, il est élu au vingt-septième fauteuil de l'Académie française, où il succède à Michel Droit. Il est reçu le 6 juin 2002 [1] par René Rémond. Il est grand officier de la Légion d'honneur[10], Officier de l'Ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et des Lettres.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L'œuvre propre
  • Les Français d'Algérie, préfacé par Charles-André Julien, éditions Julliard, Paris, 1961.
  • « Ernest Lavisse: son rôle dans la formation du sentiment national », Revue historique, n° 463, 1962.
  • Présent, nation, mémoire, Gallimard (Bibliothèque des histoires), Paris, 2011
  • Historien public, Gallimard (Blanche), Paris, 2011
  • Recherches de la France, Gallimard (Bibliothèque des histoires), Paris, 2013
Principales directions d'œuvres collectives
Sur Pierre Nora et l'histoire culturelle
Sur Pierre Nora

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Faustini, « La communauté juive de Hellimer », 2004, pp.268-270
  2. Danièle Georget, « Anne Sinclair. Pierre, son nouvel amour », sur Paris Match,‎ 24 octobre 2012
  3. Il préside l'association éponyme
  4. Pierre Nora, « Traduire : nécessité et difficultés », Le Débat (ISSN 0246-2346), nº 93, janvier-février 1997 [présentation en ligne], p.nbsp;93-95
  5. La pensée réchauffée (22 avril 2005), article écrit en réponse au livre de l'historien britannique Perry Anderson qui, dans La Pensée tiède. Un regard critique sur la culture française, évoquait l'attitude de Pierre Nora dans cette affaire.
  6. http://www.monde-diplomatique.fr/1997/03/HALIMI/8001
  7. Eric Hobsbawm, « L’Âge des extrêmes échappe à ses censeurs », Le Monde diplomatique (ISSN 0026-9395), septembre 1999, p. 28-29 [lire en ligne] ; Serge Halimi, « La mauvaise mémoire de Pierre Nora », Le Monde diplomatique (ISSN 0026-9395), juin 2005, p. 35 [lire en ligne]
  8. Serge Halimi, « La mauvaise mémoire de Pierre Nora », Le Monde diplomatique (ISSN 0026-9395), juin 2005, p. 35 [lire en ligne]
  9. Bulletin Quotidien 22 février 2012
  10. Décret du 12 juillet 2013