Assia Djebar

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Assia Djebar

Description de l'image Assia-Djebar.jpg.
Nom de naissance Fatima Zohra Imalayène[1]
Naissance
à Cherchell (Algérie)
Décès (à 78 ans)
à Paris (France)
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français
Signature de Assia Djebar

Assia Djebar (arabe : آسيا جبار), de son vrai nom Fatima Zohra Imalayène est née à Cherchell (Algérie) le , et morte à Paris le . Elle est une historienne de renom et une femme de lettres algérienne d'expression française. Auteur de nombreux romans, nouvelles, poésies et essais, elle a aussi écrit pour le théâtre et a réalisé plusieurs films. Assia Djebar est considérée comme l'une des auteurs les plus célèbres et influentes du Maghreb. Elle est élue à l'Académie française en 2005, devenant ainsi le premier auteur nord-africain à y être reçu.

« J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. »

— Assia Djebar

Biographie[modifier | modifier le code]

Assia Djebar jeune.

Assia Djebar naît dans une famille de la petite bourgeoisie traditionnelle algérienne. Son père, Tahar Imalhayène est un instituteur (issu de l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah) originaire de Gouraya. Sa mère, Bahia Sahraoui, appartient à la famille des Berkani (issue de la tribu des ait Menasser du Dahra), dont un aïeul a combattu aux côtés d’Abd El-Kader et l'a suivi en exil[2]. Assia Djebar passe son enfance à Mouzaïaville (Mitidja), étudie à l'école française puis dans une école coranique privée. À partir de 10 ans, elle étudie au collège de Blida, faute de pouvoir y apprendre l'arabe classique, elle commence à apprendre le grec ancien, le latin et l'anglais. Elle obtient le baccalauréat en 1953 puis entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud d’Alger (actuel lycée Emir Abdelkader)[2].

En 1954, elle entre en khâgne au lycée Fénelon (Paris). L'un de ses professeurs est Dina Dreyfus[2]. L'année suivante, elle intègre l'École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, où elle choisit l'étude de l'Histoire. Elle est la première Algérienne et la première femme musulmane à intégrer l'École. À partir de 1956, elle décide de suivre le mot d'ordre de grève de l'UGEMA, l’Union générale des Étudiants musulmans algériens, et ne passe pas ses examens. Elle est exclue de l'école de la rue de Sèvres pour avoir participé à la grève[2]. C'est à cette occasion qu'elle écrit son premier roman, La Soif[2]. Pour ne pas choquer sa famille, elle adopte un nom de plume, Assia Djebar; Assia, la consolation et Djebar, l'intransigeance. Elle épouse l'écrivain Walid Carn, pseudonyme de l'homme de théâtre Ahmed Ould-Rouis puis quitte la France pour l'Afrique du Nord.

À partir de 1959, elle étudie et enseigne l'histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la Faculté des lettres de Rabat. En parallèle, aidée par l'islamologue Louis Massignon, elle monte un projet de thèse sur Lella Manoubia, une sainte matrone de Tunis. Le 1er juillet 1962, elle retourne en Algérie. Elle est nommée professeur à l'université d'Alger. Elle y est le seul professeur à dispenser des cours d’histoire moderne et contemporaine de l'Algérie. Dans cette période de transition post-coloniale, la question de la langue de l'enseignement se pose. L'enseignement en arabe littéraire est imposé, ce qu'elle refuse. Elle quitte alors l'Algérie[2].

En 1965, elle décide d'adopter avec son premier mari Walid Garn pseudonyme de Ahmed Ould-Rouis, un orphelin dont le nom est Mohamed Garne[3].

De 1966 à 1975, elle réside le plus souvent en France, et séjourne régulièrement en Algérie. Elle épouse en secondes noces Malek Alloula, dont elle se sépare par la suite.

Pendant une dizaine d'années, elle délaisse l'écriture pour se tourner vers un autre mode d'expression artistique, le cinéma. Elle réalise deux films, La Nouba des Femmes du Mont Chenoua en 1978, long-métrage qui lui vaudra le Prix de la Critique internationale à la Biennale de Venise de 1979 et un court-métrage La Zerda ou les chants de l'oubli en 1982[2].

En 1999 elle soutient sa thèse à l'université Paul-Valéry Montpellier 3, une thèse autobiographique, une thèse sur sa propre œuvre[4]. La même année, elle est élue membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

Se partageant entre la France et les États-Unis, elle enseigne à compter de 2001 au département d'études françaises de l'université de New York. Le 16 juin 2005, elle est élue au fauteuil 5 de l'Académie française, succédant à Georges Vedel, et y est reçue le 22 juin 2006[2]. Elle est docteur honoris causa des universités de Vienne (Autriche), de Concordia (Montréal), d’Osnabrück (Allemagne).

Assia-djebar-1-trété2.jpg

Elle meurt le 6 février 2015[5] à Paris[6].

Thèmes de son œuvre[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Assia Djebar partent souvent de l’individuel, voire de l’autobiographique, pour évoquer des thèmes collectifs. Elle a ainsi à plusieurs reprises dépeint la situation de sa génération, confrontée aux valeurs de deux communautés et de deux cultures[7].

Parmi ses premières œuvres, Les enfants du nouveau monde, en 1962, et les Alouettes naïves en 1967, se placent durant la guerre d’indépendance algérienne (qui n’est pas terminée au moment où le premier de ces romans est écrit), et évoquent le rôle des femmes au quotidien, leur rôle dans ce conflit, leur claustration dans la société traditionnelle algérienne et leur désir d’émancipation. Femmes d’Alger dans leur appartement, en 1980, est un recueil de nouvelles qui emprunte son titre aux tableaux d'Eugène Delacroix et de Pablo Picasso. Au-delà du dialogue avec ces œuvres picturales, c’est l’histoire des femmes d’Alger, du pouvoir patriarcal et de la colonisation[7]. Loin de Médine, en 1991, rappelle les événements qui entourent les derniers jours du Prophète Mahomet et le rôle des femmes dans ces événements[8].

En 1996, dans Le Blanc de l’Algérie, elle s’insurge contre le retour d’une terreur meurtrière en Algérie, et tente de remonter le fil du temps pour rendre intelligible l’origine du mal[7].

En 2003, son ouvrage La disparition de la langue française est consacré à cette langue imposée puis assumée comme langue d’écriture[7].

Nulle part dans la maison de mon père, en 2007, est un récit intimiste sur la fin de son adolescence, le refus d’une société patriarcale, les interdits qui étouffaient sa vie à l'époque et la liberté dont semblait jouir, en regard, ses condisciples européennes[7].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Principales œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

Les œuvres d'Assia Djebar ont été traduites en 21 langues.

  • Nulle part dans la maison de mon père, Éd. Fayard, Paris, 2007, 407 p. (ISBN 9782213635408) (roman)
  • La Disparition de la langue française, Éd. Albin Michel, Paris, 2003, 306 p. (ISBN 9782226141651) (roman)
  • La Femme sans sépulture, Éd. Albin Michel, Paris, 2002, 219 p. (ISBN 2226131868) (roman)
  • Ces voix qui m'assiègent: En marge de ma francophonie, Éd. Albin Michel, Paris, 1999, 272 p. (ISBN 9782760617506) (essai)
  • Les Nuits de Strasbourg, roman, Actes Sud, 1987
  • Oran, langue morte, Éd. Actes Sud, Paris, 1997, 380 p. (ISBN 9782742734450) (nouvelles)
  • Le Blanc de l'Algérie,Éd. Albin Michel, Paris, 1996, 250 p. (ISBN 9782253153405) (récit)
  • Vaste est la prison, Éd. Albin Michel, Paris, 1995, 351 p. (ISBN 9782253152224) (roman)
  • Loin de Médine, Éd. Albin Michel, Paris, 1991, 314 p. (ISBN 9782226052599) (roman)
  • Ombre sultane, roman, J.-C. Lattès, 1987
  • L'Amour, la fantasia, roman, J. C. Lattès/Enal, 1985
  • Femmes d'Alger dans leur appartement, nouvelles (1980)
  • Rouge l'aube, théâtre (1969)
  • Poèmes pour l'Algérie heureuse, poésie (1969)
  • Les Alouettes naïves, Éd. Julliard, Paris, 1967 (roman)
  • Les Enfants du Nouveau Monde, Éd. Julliard, Paris, 1962 (roman)
  • Les Impatients, Éd. Julliard, Paris, 1958 (roman)
  • La Soif, Éd. Julliard, Paris, 1957 (roman)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Nouba des femmes du Mont Chenoua (1978)
  • La Zerda ou les chants de l'oubli (1982)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « L'académicienne Assia Djebar est morte », sur lemonde.fr,‎ (consulté le 7 février 2015).
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Rémy 2006 (site de l'Académie française)
  3. Assia Chalabi, « Son fils adoptif Mohamed Garne à Echorouk : voici mon histoire avec « ma mère » Assia Djebar », Echourouk,‎ (lire en ligne)
  4. « Le roman maghrébin francophone, entre les langues et les cultures : quarante ans d'un parcours : Assia Djebar, 1957-1997 »
  5. Abdou Semmar, « Le cercle des amis d'Assia Djebar confirme le décès de cette grande écrivaine algérienne », sur Algérie Focus,‎
  6. Nadjia Bouzeghrane, « Assia Djebar décédée : Perte d’une intellectuelle majeure », sur El Watan,‎
  7. a, b, c, d et e Bouguerra et al. 2013, p. 1280-1281.
  8. Lalaoui 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mohamed R. Bouguerra, Béatrice Didier (dir.), Antoinette Fouque (dir.) et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, vol. 1, Éditions des femmes,‎ , « Djebar, Assia (Fatima-Zohra-Imalayène) (Cherchell 1936) », p. 1280-1281.
  • Calle-Gruber, Mireille : « Refaire les contes dans la langue adverse. Assia Djebar, Oran, langue morte ». In: Ruhe, Ernstpeter: Assia Djebar. Studien zur Literatur und Geschichte des Maghreb. Band 5. Würzburg: Königshausen & Neumann, 2001, p. 157–167.
  • Calle-Gruber, Mireille : Assia Djebar, ou la résistance de l'écriture : regards d'un ecrivain d'Algérie, Maisonneuve & Larose, 2001
  • Beïda Chikhi, Les Romans d'Assia Djebar, Alger, OPU, 1990. Édition augmentée et refondue en 2002.
  • Beïda Chikhi, Assia Djebar: histoires et fantaisies, Paris, PUPS, 2006 (accompagné de documents, d'illustrations et d'un index)
  • Clerc, Jeanne-Marie : Assia Djebar : écrire, transgresser, résister. Paris/Montréal : L’Harmattan, 1997 (analyse complète des textes qui ont été publiés jusqu'en 1997).
  • Déjeux, Jean: Assia Djebar : romancière algérienne, cinéaste arabe, Sherbrooke Univ. Press, 1980.
  • Grandguillaume, Gilbert : « La relation Père-Fils dans l’Amour la Fantasia d’Assia Djebbar et Bandarshah Tayeb Salah ». In : Littératures maghrébines, colloque Jacqueline Arnaud, Paris XIII. Paris : L’Harmattan, 1990, Vol. 10, T. 1, p. 167–173 ; sur Internet : http://grandguillaume.free.fr/ar_fr/bandarshah.html. Dernière interrogation: 29/06/2005
  • Geyss, Roswitha: Bilinguisme littéraire et double identité dans la littérature maghrébine de langue française: le cas d'Assia Djebar et de Leila Sebbar. Université de Vienne: Mémoire de fin d'études (Diplomarbeit zur Erlangung des Magistergrades für Philosophie). S/D Zohra Bouchentouf-Siagh. Vienne: 2006 400 p.
  • Hornung, Alfred, Ernstpeter Ruhe : Postcolonialisme et autobiographie. Albert Memmi, Assia Djebar, Daniel Maximim. Amsterdam – Atlanta : Studies in comperative literature 20, Series Editors C.C. Barfoot and Theo D’haen, 1998
  • Kirsch, Fritz Peter : « Quelques réflexions sur l’Histoire dans les œuvres narratives d’Assia Djebar ». In : Chroniques allemandes no 8-2000 : Assia Djebar en pays de langue allemande. Centre d’études et de recherches allemandes et autrichiennes contemporaines (CERAAC) de l’université Stendhal-Grenoble III, 2000, p. 91–103.
  • Fatima Z. Lalaoui, « Écriture de l’oralité et contre-discours féminin dans Loin de Médine d’Assia Djebar », Semen, no 18,‎ (lire en ligne)
  • Okresek, Christine : Re-dire l’Histoire. Travail fictionnel et recherches historiques dans trois romans d’Assia Djebar (L’Amour, la fantasia – Vaste est la prison – Le Blanc de l’Algérie). Université de Vienne: Mémoire de fin d'études (Diplomarbeit zur Erlangung des Magistergrades für Philosophie). S/D Zohra Bouchentouf-Siagh. Vienne: 1997
  • Redouane Najib (sous la direction de) et Yvette Benayoum-Szmidt, "Assia Djebar" Colloque, L'Harmattan, 2008, (ISBN 9782296051942)
  • Rezzoug, Simone : « Émergence d’une parole féminine dans l’histoire: le dernier roman d’Assia Djebar ». In : présence de femmes. Itinéraires d’apprentissage. Alger : Hiwer, 1987, p. 106–110
  • Ringrose, Priscilla : « Sistre and the Semiotic : Reinscribing Desire into Language ». In: Ruhe, Ernstpeter: Assia Djebar. Studien zur Literatur und Geschichte des Maghreb. Band 5. Würzburg: Königshausen & Neumann, 2001, p. 91–105
  • Ruhe, Ernstpeter : « Fantasia en Alsace. Les Nuits de Strasbourg d’Assia Djebar ». In : Chroniques allemandes no 8-2000 : Assia Djebar en pays de langue allemande. Centre d’études et de recherches allemandes et autrichiennes contemporaines (CERAAC) de l’Université Stendhal-Grenoble III, p. 105–121;
  • Rocca, Anna: Assia Djebar : le corps invisible, voir sans être vue, L'Harmattan, 2005.
  • Thiel, Veronika: Assia Djebar : la polyphonie comme principe générateur de ses textes. Université de Vienne: Mémoire de fin d'études (Diplomarbeit zur Erlangung des Magistergrades für Philosophie). S/D Zohra Bouchentouf-Siagh. Vienne: 2005. Preaesens, 2005.

Sources sur le web[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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