Alain Poher

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Poher (homonymie).
Alain Poher
Alain Poher, en 1968.
Alain Poher, en 1968.
Fonctions
2e président du Sénat français
3 octobre 19682 octobre 1992
(23 ans, 11 mois et 29 jours)
Élection 3 octobre 1968
Réélection 2 octobre 1971
2 octobre 1974
3 octobre 1977
2 octobre 1980
3 octobre 1983
2 octobre 1986
3 octobre 1989
Prédécesseur Gaston Monnerville
Successeur René Monory
Président de la République française
(intérim)
2 avril27 mai 1974
(1 mois et 25 jours)
Premier ministre Pierre Messmer
Prédécesseur Georges Pompidou
Successeur Valéry Giscard d'Estaing
28 avril20 juin 1969
(1 mois et 23 jours)
Premier ministre Maurice Couve de Murville
Prédécesseur Charles de Gaulle
Successeur Georges Pompidou
10e président du Parlement européen
7 mars 196611 mars 1969
Prédécesseur Victor Leemans
Successeur Mario Scelba
Biographie
Nom de naissance Alain Émile Louis Marie Poher
Date de naissance 17 avril 1909
Lieu de naissance Ablon-sur-Seine (France)
Date de décès 9 décembre 1996 (à 87 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Parti politique MRP, Centre démocrate
Conjoint Henriette Tugler
Diplômé de École des Mines
École libre des sciences politiques
Profession Ingénieur
Haut fonctionnaire
Religion Catholicisme
Présidents du Sénat
Présidents de la République française par intérim
Présidents du Parlement européen

Alain Poher, né le 17 avril 1909 à Ablon-sur-Seine (Seine-et-Oise) et mort le 9 décembre 1996 à Paris, est un homme d'État français.

Membre du MRP, il assuma la charge de président du Sénat de 1968 à 1992. C'est en cette qualité qu'il est chargé d'assurer, par deux fois, la continuité de l'État, assumant alors la fonction de président de la République française par intérim, dans un premier temps en 1969, à la suite de la démission du président Charles de Gaulle, puis dans un second temps en 1974, à la suite du décès du président Georges Pompidou.

Figure emblématique du Sénat de la Ve République, il reste encore aujourd'hui le titulaire du plus long mandat de président du Sénat.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille, études et mariage[modifier | modifier le code]

Alain Poher, fils unique d'Ernest Poher, ingénieur des chemins de fer (1875-1936) et de Louise Souriau (1872-1960), est issu d'une famille de la moyenne bourgeoisie bretonne qui descendrait selon la légende familiale de l'antique Maison de Poher, et par elle des ducs de Bretagne[1].

(Voir plus bas le paragraphe Généalogie).

Il était ingénieur civil diplômé de l'École nationale supérieure des mines de Paris et de l'École libre des sciences politiques.

Marié en 1938 à Henriette Tugler (Cahors, Lot, 1907-Ablon-sur-Seine, 2004), le couple a deux filles : Marie-Agnès Poher (1940), veuve de Jean-Pierre Joussain, et Marie-Thérèse Poher (1944-2002). Ils ont trois petits-enfants qui ont relevé le nom de famille de leur grand-père Poher par voie de justice.

Au sein du gouvernement[modifier | modifier le code]

En politique, il subit l'influence du personnalisme d'Emmanuel Mounier. En 1938, il entre au ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie et est rédacteur de troisième classe. Durant la guerre, il entre en contact avec le réseau Libération-Nord. À la Libération, il reste dans son ministère, tout en ayant présidé le comité d'épuration.

Chef des services sociaux du ministère à la Libération, il rejoint Robert Schuman dont il est le directeur du cabinet. De 1948 à 1952, il est commissaire général aux affaires allemandes et autrichiennes ; il préside également l'Autorité internationale de la Ruhr.

En 1945, il est élu maire d'Ablon-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

Il est, en 1946, élu au Conseil de la République, puis constamment réélu, entre 1948-1952, et siège au Palais du Luxembourg jusqu'à 1995 comme MRP ou Union centriste. Il fut président du groupe MRP de la Haute Assemblée. Il est secrétaire d'État au Budget dans les deuxième cabinet Schuman et Gouvernement Henri Queuille (1) du 5 septembre au 20 novembre 1948, puis secrétaire d'État à la marine du 11 novembre 1957 au 14 mai 1958 dans le cabinet Félix Gaillard. Il assiste à la fin de la IVe République.

Président du Sénat[modifier | modifier le code]

Le 3 octobre 1968, bien qu'il ne s'est pas porté candidat, Alain Poher est élu président du Sénat à l'issue du troisième tour de scrutin par 135 voix contre 107 à Pierre Garet et 22 à Georges Cogniot ; il devient ainsi le second personnage de l'État dans l'ordre constitutionnel, après le président de la République, Charles de Gaulle.

C'est à ce titre que le 28 avril 1969, jour de la démission du général de Gaulle, Alain Poher est chargé, par la Constitution, de l'intérim de la présidence de la République. Candidat à la succession du fondateur de la Ve République[2], il parvient à se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle anticipée, avec 23,31 % des suffrages au premier tour face à l'ancien Premier ministre Georges Pompidou. Soutenu par la droite non gaulliste et les centristes, il est cependant vaincu par Pompidou, élu chef de l'État face à Poher, qui ne recueille que 41,79 % des voix. Les communistes, représentés par Jacques Duclos dans la course à l'Élysée, n'ont pas voulu choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet ». Le 20 juin suivant, il transmet le pouvoir au nouveau président de la République.

Le 2 octobre 1971, il est aisément réélu à la présidence de la Chambre haute, par 199 suffrages. Il sera continuellement reconduit à sa charge jusqu'en 1992.

Le 2 avril 1974, Alain Poher est de nouveau appelé à assumer l'intérim présidentiel, après la mort du président Pompidou. Il s'occupe de la continuité de l'État jusqu'à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée.

De nouveau candidat pour sa propre succession au « plateau », comme l'on désigne la tribune présidentielle du Sénat, le président Poher voit cependant sa candidature contestée : au premier tour de scrutin, le 2 octobre 1989, il ne recueille que 115 suffrages, loin des 159 voix requises pour la majorité absolue ; au second tour, il perd sept voix, les centristes ayant décidé de soutenir l'ancien ministre René Monory, avant d'être finalement élu à l'issue du troisième tour, avec 127 voix, grâce à la majorité relative suffisante pour l'élection. Il reconnaît alors « une journée difficile », qui ne saurait être « un exemple pour l'avenir ». L'ancien ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, qui présidait alors le groupe RPR du Sénat, se vantera, plus tard, d'avoir largement contribué à la réélection d'Alain Poher.

En 1992, il dit ne pas vouloir se présenter pour un neuvième mandat à la présidence de la Chambre haute, qu'il laisse au centriste René Monory le 2 octobre 1992, après avoir présidé cette institution durant, quasiment, vingt-quatre ans.

Centriste et européen[modifier | modifier le code]

Pendant toute sa vie, Alain Poher manifeste de très fortes convictions européennes. Il tente de convaincre de Gaulle de renoncer au référendum sur la réforme du Sénat en 1969. Il saisit le Conseil constitutionnel qui annule la loi sur la liberté d'association de Raymond Marcellin et René Pleven en 1971. Cet événement marque « la seconde naissance du Conseil Constitutionnel » comme l'a relevé le Professeur Pierre Avril.

Il profite de son second intérim pour déposer les instruments de ratification de la Convention européenne des droits de l'homme. Cette convention signée par la France en 1950, n'avait jamais été ratifiée par le pouvoir gaulliste. C'est avec en mémoire la conviction de son mentor, Robert Schuman, qu'Alain Poher a ratifié, en qualité de président du Sénat chargé de l'intérim du président de la République, la Convention européenne des droits de l'homme. Il vient symboliquement en témoigner lors des 25 ans du Conseil de l'Europe le 6 mai 1974. Il veille à la régularité des opérations électorales de 1974 dans la France d'outre-mer qui pouvait jouer un rôle décisif pour départager Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand lors de l'élection présidentielle. Il préside les cérémonies marquant le centenaire du Sénat en 1975. Avec la gauche au pouvoir dès 1981, il s'efforce au dialogue mais en 1984, il rejette la révision constitutionnelle sur les libertés proposée par Laurent Fabius.

Carrière[modifier | modifier le code]

Au gouvernement[modifier | modifier le code]

Au Sénat[modifier | modifier le code]

À la présidence de la République[modifier | modifier le code]

  • Chargé des fonctions de président de la République par intérim du 28 avril au 20 juin 1969 et du 2 avril au 27 mai 1974.

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le patronyme Poher désigne celui « qui est originaire du Poher », nom d'une ancienne vicomté de Cornouaille, en Bretagne. Le nom est surtout porté dans le Finistère. Le toponyme Le Poher vient lui-même du breton Poher, Pou Kaer : « pays fortifié », de pou : « pays », « ancienne circonscription des cités gallo-romaines », et de caer, kaer : « forteresse », « ville fortifiée » (Sources: Généanet.org/onomastique).
  2. Jean-Jérôme Bertolus, Frédérique Bredin, Tir à vue - la folle histoire des présidentielles, éditions Fayard, 2011, p. 311.
  3. Généastar : Ascendants d'Alain Poher

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]