Front yougoslave de la Seconde Guerre mondiale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Campagne de Yougoslavie)
Aller à : navigation, rechercher
Front yougoslave
Panzers allemands en Yougoslavie, durant l'invasion de 1941.
Panzers allemands en Yougoslavie, durant l'invasion de 1941.
Informations générales
Date 6 avril 1941 - 15 mai 1945
Lieu Yougoslavie
Casus belli Invasion de la Yougoslavie
Issue Victoire des résistants communistes.

Prise du pouvoir par Tito.
La Yougoslavie devient en novembre 1945 la République fédérative populaire de Yougoslavie.

Belligérants
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Partisans communistes[1]
Drapeau de l'URSS Union soviétique (1944-1945)
Drapeau du Royaume de Bulgarie Royaume de Bulgarie (1944-1945)
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Drapeau de la Croatie État indépendant de Croatie
Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie (1941-1943)
Drapeau du Royaume de Bulgarie Royaume de Bulgarie (1941-1944)
Drapeau du Royaume de Hongrie Royaume de Hongrie
Flag of Serbia, 1941-1944.svg Gouvernement de salut national serbe
Drapeau de l'Albanie Royaume albanais (1941-1943)
Flag of Slovenian axis supporters during WWII.png Garde nationale slovène (1943-1945)
Drapeau du Royaume de Yougoslavie Royaume de Yougoslavie (1941)
Drapeau des Tchetniks Tchetniks
Commandants
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Josip Broz Tito
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Milovan Djilas
Drapeau de la République fédérative socialiste de YougoslavieAleksandar Ranković
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Peko Dapčević
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Svetozar Vukmanović
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Koča Popović
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Edvard Kardelj
Drapeau de la République fédérative socialiste de Yougoslavie Arso Jovanović
Drapeau de l'URSS Fiodor Tolboukhine
Drapeau de l'Allemagne Maximilian von Weichs
Drapeau de l'Allemagne Alexander Löhr
Drapeau de l'Allemagne Edmund Glaise-Horstenau
Drapeau de l'Allemagne Paul Bader
Drapeau de l'Italie Mario Roatta
Drapeau de l'Italie Alessandro Pirzio Biroli
Drapeau de l'Italie Mario Robotti
Drapeau de la Croatie Ante Pavelić
Drapeau de la Croatie Slavko Kvaternik
Flag of Serbia, 1941-1944.svg Milan Nedić
Flag of Slovenian axis supporters during WWII.png Leon Rupnik
Drapeau du Royaume de Yougoslavie Dušan Simović
Drapeau du Royaume de Yougoslavie Danilo Kalafatović
Chetniks Flag.svg Draža Mihailović
Chetniks Flag.svg Pavle Đurišić
Chetniks Flag.svg Momčilo Đujić
Chetniks Flag.svg Dobroslav Jevđević
Chetniks Flag.svg Ilija Trifunović-Birčanin
Pertes
env. 250 000 Allemagne :
24 267 morts, 12 060 disparus
Oustachis :
env. 240 000
Tchetniks :
env. 166 000
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée

Invasion italienne de l'Albanie · Guerre du désert · Campagne d'Afrique de l'Est · Invasion italienne du Somaliland britannique · Invasion de l'Égypte · Opération Compass · Bataille de Koufra · Bataille de Dakar · Campagne du Gabon · Opération Vado · Bataille de Mers el-Kébir · Bataille de Punta Stilo · Bataille de Tarente · Bataille du cap Teulada · Bataille du cap Matapan · Siège de Malte · Opération Sonnenblume · Campagne des Balkans · Bataille d'El Agheila · Bataille des îles Kerkennah · Siège de Tobrouk · Guerre anglo-irakienne · Campagne de Syrie · Opérations en Yougoslavie · Opérations anti-partisans en Croatie · Opération Brevity · Opération Battleaxe · Invasion anglo-soviétique de l'Iran · Raid de la rade d'Alexandrie · Opération Vigorous · Opération Pedestal · Bataille de Madagascar · Libération de La Réunion · Opération Crusader · Bataille de Bir Hakeim · Bataille de Gazala · 1re Bataille d'El-Alamein · Bataille d'Alam el Halfa · 2e Bataille d'El-Alamein · Opération Torch · Campagne de Tunisie · Campagne du Dodécanèse (Bataille de Kos · Bataille de Leros) · Offensive de Belgrade · Bataille de Poljana · Bataille de Sejnane · Bataille de Sidi Bouzid · Bataille de Kasserine · Opération Capri · Bataille de Ksar Ghilane · Ligne Mareth · Opération Pugilist · Bataille d'El Guettar · Opération Retribution · Campagne d'Italie · Résistance en Macédoine · Libération de la Corse · Bataille de la mer Ligure


Front d'Europe de l'Ouest


Front d'Europe de l'Est


Bataille de l'Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

Le Front yougoslave englobe l'ensemble des opérations militaires en Yougoslavie durant la Seconde Guerre mondiale. Ce pays des Balkans devint un théâtre d'opérations du conflit mondial lors de l'invasion du royaume par les forces de l'Axe le 6 avril 1941, en réaction à un coup d'État qui avait renversé le gouvernement alors que celui-ci venait de s'allier à Hitler. La Yougoslavie fut ensuite démembrée : son territoire fut annexé ou occupé par l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et la Bulgarie ; le mouvement fasciste des Oustachis proclama l'État indépendant de Croatie et un gouvernement collaborateur fut formé sur ce qui restait du territoire de la Serbie.

Les conditions d'occupation, et notamment les atrocités commises par les Oustachis, suscitèrent des mouvements de résistance qui se trouvèrent cependant très vite opposés les uns aux autres : à la guerre contre les occupants s'ajouta alors un conflit entre les différentes factions yougoslaves. Les Alliés reconnurent d'abord les Tchetniks, résistants nationalistes et monarchistes commandés par Draža Mihailović ; ceux-ci, en guerre avec les Partisans commandés par le chef communiste Tito, en arrivèrent à privilégier le combat contre les communistes, en nouant des alliances avec les occupants dans l'attente d'un débarquement des Britanniques. Jusqu'en mai 1945, la guerre mondiale se doubla donc en Yougoslavie d'une guerre civile extrêmement violente, théâtre de nombreux massacres, de nettoyages ethniques et de crimes de guerre de toutes sortes.

Alors que les Tchetniks s'identifiaient principalement au nationalisme serbe, les communistes parvinrent à gagner une partie de la population à leur cause en proposant de reconstruire la Yougoslavie sur une base fédérale qui respecterait l'égalité entre les nationalités. Fin 1943, jugeant les Tchetniks compromis et les Partisans plus efficaces contre les Allemands, les Britanniques reportèrent leur soutien sur les troupes communistes de Tito. En outre, l'idée d'une intervention anglo-américaine en Yougoslavie fut définitivement abandonnée pour ne pas disperser les forces au moment du débarquement en France, laissant le territoire yougoslave en proie à l'affrontement des différentes factions rivales.

À la fin du conflit mondial, Tito remporta la victoire sur l'ensemble de ses adversaires et prit la tête d'un gouvernement de coalition, puis s'assura très rapidement le monopole du pouvoir. La monarchie fut officiellement abolie en novembre 1945, laissant la place à la Yougoslavie communiste. Sous le régime de Tito, la lutte des Partisans durant le conflit mondial était appelée Guerre de libération nationale[2].

Sommaire

Contexte[modifier | modifier le code]

Un pays à l'identité incertaine[modifier | modifier le code]

La Yougoslavie est constituée en tant que pays, au lendemain de la Première Guerre mondiale, sur un territoire qui forme aujourd'hui celui de sept pays européens différents : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine et le Kosovo. Sa première incarnation est le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui regroupe l'ensemble des Slaves du Sud-Est de l'Europe - à l'exception des habitants de la Bulgarie - ainsi qu'un ensemble de minorités non slaves. Sur le plan politique, le nouveau pays est pour l'essentiel le successeur du Royaume de Serbie, sur lequel règne la dynastie Karađorđević : fin 1918, la Serbie absorbe le Royaume du Monténégro, puis prend possession d'anciens territoires austro-hongrois. Le nouvel État résulte donc de l'union de terres historiquement disputées, où s'enchevêtrent de nombreuses nationalités : aux territoires austro-hongrois annexés après la fin de la Grande guerre s'ajoutent en effet ceux conquis avant le conflit mondial par la Serbie et le Monténégro, aux dépens des Ottomans et des Bulgares, durant la première et la deuxième Guerre balkanique. Le royaume est fondé sur la base de l'« idée yougoslave » - c'est-à-dire le projet d'une union des Slaves du Sud, né de l'opposition à l'Autriche durant le XIXe siècle - mais, dans les faits, il est d'emblée dominé politiquement par les Serbes : en 1921, une constitution centraliste est adoptée, au détriment de la solution fédérale réclamée par le Parti paysan croate (HSS)[3].

Le premier souverain yougoslave est le roi Pierre Ier de Serbie, alors gravement malade ; son fils Alexandre Ier, déjà régent depuis des années, lui succède quelques mois après l'adoption de la première constitution. Le nouveau pays a comme problématiques urgentes la construction d'une identité nationale et d'une véritable administration étatique, alors que le pouvoir central a de grandes difficultés à imposer son autorité sur des territoires dont les différentes économies doivent être intégrées les unes aux autres. Les seuls partis politiques cherchant à s'adresser, non pas à une nationalité donnée, mais à l'ensemble des sujets du royaume, sont les Démocrates, qui forment le principal parti, et le Parti communiste de Yougoslavie (KPJ, ou PCY). Fondé en 1919, le KPJ obtient plusieurs dizaines de députés à l'assemblée constituante de novembre 1920, mais il est interdit un mois plus tard[4],[5].

D'emblée, l'un des principaux problèmes du nouveau royaume est la prédominance des élites de l'ancien Royaume de Serbie : celle-ci se traduit par une véritable hégémonie des Serbes (qui représentent, Monténégrins compris, 39% de la population du pays) sur l'appareil administratif et notamment sur l'armée[5], au point que la Yougoslavie fait figure de « Grande Serbie » élargie[6]. En outre, alors que la Serbie a chèrement payé sa présence dans le camp des vainqueurs de la guerre mondiale, certains membres des cercles dirigeants de Belgrade tendent à considérer que les Serbes se trouvent en pays conquis dans le reste de la Yougoslavie et que la plupart des autres peuples du royaume, anciennement austro-hongrois, appartiennent au camp des ennemis vaincus. La conséquence en est une hostilité grandissante envers le régime monarchique, chez de nombreux Croates - ceux-ci constituent, après les Serbes, la nationalité la plus importante du royaume - mais aussi dans les autres communautés comme les Bosniaques - essentiellement les musulmans de Bosnie - ou les Slovènes[5]. Les tensions entre nationalités sont très vives, notamment entre Croates et Serbes, les premiers étant les principaux opposants à la domination des seconds : en 1928, Stjepan Radić, fondateur du Parti paysan croate, est assassiné en pleine assemblée par un député monténégrin[6].

Si la Yougoslavie bénéficie de la protection du le Royaume-Uni et de la France, pays puissants mais lointains, ses relations avec ses voisins immédiats sont tendues, voire franchement mauvaises : elle connaît une série de litiges plus ou moins graves avec les États voisins pour des questions de territoires, de frontières ou de populations, notamment avec l'Italie de Mussolini qui a des vues sur la Dalmatie[7]. Les Italiens mènent une politique brutale d'« italianisation » des populations slovènes de la Vénétie julienne prise en 1919 à l'Autriche-Hongrie, et s'emploient à satelliser l'Albanie pour mieux encercler les Yougoslaves[6]. Des tensions existent également avec la Bulgarie et la Grèce au sujet de la Macédoine, avec la Hongrie au sujet de la population hongroise de Voïvodine, ainsi qu'avec l'Albanie et l'Autriche[7].

En 1929, devant l'incapacité du système parlementaire à résoudre les problèmes entre communautés, Alexandre Ier abroge la constitution et met en place un régime dictatorial, qu'il présente comme la voie vers le « yougoslavisme », c'est-à-dire l'unité du pays qui est rebaptisé pour l'occasion Royaume de Yougoslavie (pays des Slaves du Sud). Le souverain s'efforce, par un ensemble de réformes autoritaires, de centraliser le royaume ; il échoue cependant à résoudre la question du statut des différentes communautés, notamment les Croates et les Musulmans[8],[9]. Le pays est divisé en neuf provinces (banovinas, dites également en français banovines), abolissant les anciennes régions historiques et les départements sans tenir aucun compte des héritages historiques et des traditions culturelles : le nom même de Croatie disparait officiellement. Les territoires actuels de la Macédoine et du Monténégro sont incorporés respectivement dans la banovine du Vardar et dans celle de la Zeta, tandis que l'actuelle Slovénie fait partie, pour l'essentiel, de la banovine de la Drave. Cette réforme ne satisfait au final personne, ni les Croates, ni les Serbes qui voient leurs territoires - dont la Serbie centrale, ainsi que la Voïvodine et le Kosovo - divisés en quatre banovines[6].

Une partie des nationalistes serbes participe par ailleurs au mouvement Tchetnik (Četnik, pluriel Četnici) - du nom des anciens résistants à l'occupation ottomane - organisation paramilitaire composée à l'origine d'anciens combattants des guerres balkaniques et de la Première guerre mondiale, puis plus largement de militants nationalistes. Si Alexandre Ier interdit en 1929 les formations Tchetniks serbe et croate, il leur permet ensuite d'exister officieusement : les Tchetniks, dont les principaux dirigeants sont Ilija Trifunović-Birčanin puis Kosta Pećanac, comptent avant-guerre environ un demi-million de membres et de sympathisants[10],[11].

Si le Parti paysan croate est le principal mouvement d'opposition au pouvoir central, la faction croate la plus radicale est celle des Oustachis, nationalistes fascisants dirigés par Ante Pavelić et soutenus par l'Italie mussolinienne. D'autres mouvements séparatistes ou autonomistes plus ou moins virulents existent, comme les séparatistes « Verts » monténégrins ou l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO), soutenue un temps par la Bulgarie. En octobre 1934, le roi Alexandre Ier est assassiné lors d'une visite en France par un membre de la VMRO, l'attentat ayant été préparé avec l'aide des Oustachis[8],[9].

Le nouveau roi, Pierre II, étant encore un enfant, un conseil de régence est mis en place : la réalité du pouvoir est détenue au sein du conseil par un cousin d'Alexandre Ier, le prince Paul[12]. Dans les années qui suivent, la Yougoslavie s'efforce de trouver une stabilité interne et de préserver sa neutralité dans un contexte de tensions internationales grandissantes. Le gouvernement yougoslave développe ses échanges économiques avec l'Allemagne nazie, dont il espère se garantir les bonnes grâces, tout en s'efforçant de conserver des bonnes relations avec la France et le Royaume-Uni. L'hostilité traditionnelle envers l'Allemagne limite l'attrait du nazisme en Yougoslavie : un parti - principalement serbe - de type fasciste, nationaliste et antisémite, le ZBOR, est créé par l'ancien ministre Dimitrije Ljotić, mais n'obtient guère de succès aux élections[9],[13].

En 1939, tout en s'employant à préserver la neutralité du pays en Europe le régent Paul tente de résoudre les problèmes internes du royaume, en trouvant une solution à la « question croate »[12] : un accord est conclu avec Vladko Maček, chef du Parti paysan croate, aboutissant à la création d'une banovine de Croatie[9], avec Ivan Šubašić comme gouverneur (ban). Un quart du territoire et un tiers de la population yougoslaves se trouvent dès lors sous juridiction croate[12]. Le HSS entre au gouvernement, Maček devenant vice-premier ministre. Cet accord (sporazum) ne permet cependant pas de résoudre les tensions entre communautés : les concessions faites aux Croates, si elles satisfont la majorité de ces derniers, provoquent le mécontentement d'autres nationalités, notamment des Serbes dont le sentiment national est exaspéré par cet abandon du « yougoslavisme » intégral. Diverses organisations serbes s'interrogent sur la place du peuple serbe en Yougoslavie, réclamant la création d'une banovina des territoires serbes qui réunirait tout le reste du pays[9]. Le Club culturel serbe, créé en 1937 par l'universitaire Slobodan Jovanović, prône ainsi la réorganisation du royaume sous forme d'une fédération tripartite qui respecterait les principales nationalités[12]. L'Organisation musulmane yougoslave réclame de son côté la création d'une province de Bosnie-Herzégovine[9]. Les organisations d'extrême droite s'opposent quant à elles à l'accord, que ce soit les Oustachis - qui le trouvent insuffisant et réclament le rattachement de la Bosnie-Herzégovine à la Croatie - ou les fascistes du ZBOR[14].

La situation des communistes avant 1941[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste est très affaibli au début des années 1930 : son interdiction le rend dépendant de l'Internationale communiste, alors que celle-ci s'est initialement prononcée contre l'existence même de la Yougoslavie et s'intéresse plutôt aux alliances avec des séparatistes. Mais, à la fin de la décennie, le KPJ entreprend de reconstituer ses forces : Josip Broz, alias « Tito », qui a mené durant l'entre-deux-guerres de nombreuses missions à travers toute l'Europe pour le compte de l'Internationale communiste, affirme son autorité sur le parti, dont il devient officiellement secrétaire général en 1939. Il s'efforce d'aplanir les relations complexes entre les différentes factions communistes yougoslaves, qui se sont constituées sur des bases nationales, et parvient à convaincre le Komintern de conserver le KPJ qu'il avait été un temps question de dissoudre[14],[9],[15].

Le KPJ milite pour la préservation des frontières du pays, ce qui lui permet de recruter notamment dans la population étudiante ; toujours clandestin, il compte environ 6000 membres fin 1939, puis 8000 début 1941. La conclusion de l'accord avec les Croates contribue néanmoins à son isolement en le privant de toute possibilité d'accord avec le Parti paysan croate ou l'opposition serbe. En 1940, l'ouverture de relations diplomatiques avec l'URSS bénéficie aux communistes ; alors qu'elle est encore liée à l'Allemagne par le pacte germano-soviétique, l'URSS ordonne aux communistes yougoslaves d'organiser un « front uni » clandestin en prévision d'un conflit. En octobre de la même année, Tito réunit près de Zagreb une conférence du parti. Le KPJ compte désormais des cadres issus des diverses nationalités du pays, pour lesquelles il s'emploie à proposer des solutions : il prône notamment l'unification de la Bosnie-Herzégovine, ainsi que le droit à l'autodétermination de la Macédoine et du Monténégro[14],[9].

L'engrenage de la guerre[modifier | modifier le code]

Article connexe : Campagne des Balkans.

Une neutralité impossible[modifier | modifier le code]

Entre 1935 et 1939, la Yougoslavie tente de préserver sa neutralité en cultivant à la fois ses liens avec le Royaume-Uni - qui s'intéresse de plus en plus à l'Europe méditerranéenne - et avec l'Allemagne, au détriment de la France dont l'influence décline à l'époque. Milan Stojadinović, nommé premier ministre en 1935, s'emploie à améliorer les relations avec l'Italie, tout en cultivant de bons rapports avec l'Allemagne, ce qui contribue à faire pencher la Yougoslavie en direction de l'Axe Rome-Berlin. En 1937, un traité d'amitié est signé avec l'Italie, qui s'engage à respecter l'intégrité territoriale yougoslave, tandis que la Yougoslavie reconnaît sa position dominante en Albanie. Les Italiens mettent en détention Ante Pavelić et les autres chefs Oustachis, qu'ils accueillaient jusque-là sur leur sol[12].

En 1939, le régent Paul écarte Stojadinović dont la politique trop germanophile inquiétait à la fois l'armée et les milieux serbes francophiles[12]. Alors que les tensions s'aggravent en Europe, la Yougoslavie continue de se vouloir neutre. En 1938-1939, les accords de Munich, l'invasion italienne de l'Albanie voisine et l'invasion germano-soviétique de la Pologne contribuent à l'inquiétude et au sentiment d'isolement du pays, qui constate la défaillance de ses alliés français et britanniques[16].

L'Italie et l'Allemagne n'ont pas, avant 1941, de ligne commune vis-à-vis de la Yougoslavie. Mussolini, désireux de prolonger l'irrédensiste, souhaite un démantèlement pur et simple du pays afin de concrétiser les ambitions territoriales de l'Italie dans la région de l'Adriatique. Les milieux dirigeants nazis sont, quant à eux, partagés : Rosenberg et son entourage sont des chauds partisans de l'indépendance de la Croatie, tandis que Göring penche pour la préservation de la Yougoslavie qui présente à ses yeux un intérêt stratégique[17]. En juin 1939, Hitler renforce les liens germano-yougoslaves en recevant le prince Paul à Berlin[16].

Le prince Paul, régent de Yougoslavie, en visite en Allemagne, rencontrant Hermann Göring et son épouse Emmy.

Les Yougoslaves cherchent avant tout, au début du conflit mondial, se prémunir de l'entrée en guerre de l'Italie, qui représente à leurs yeux la principale menace : ils cultivent dès lors une neutralité double, entretenant leurs rapports avec l'Allemagne pour que celle-ci tienne son allié italien, et de l'autre leur alliance avec les démocraties occidentales pour se protéger en cas de besoin. Les Français envisagent en 1939 une stratégie de revers en débarquant à Salonique pour ouvrir dans les Balkans un second front auxquels ils associeraient la Yougoslavie, la Grèce et la Turquie. Le gouvernement yougoslave, pour lequel Salonique présente un grand intérêt stratégique, est séduit par l'idée, mais le projet de corps expéditionnaire allié dans les Balkans bute sur la mauvaise volonté des Britanniques : ceux-ci ne veulent en effet pas provoquer l'Italie, qui n'a pas encore rejoint le conflit. L'abandon du projet de Salonique conduit le régent à un délicat exercice d'équilibre pour préserver sa neutralité : les alliés français et britanniques semblant se dérober, la Yougoslavie cherche un soutien du côté de l'URSS - alors liée à l'Allemagne par le pacte germano-soviétique, avec laquelle elle ouvre des relations diplomatiques en juin 1940[18].

Mussolini envisage dès 1940 d'attaquer la Yougoslavie[16] : en début d'année, il renoue son alliance avec les Oustachis qu'il avait fait arrêter en 1937. Le ministre des affaires étrangères Galeazzo Ciano reçoit Ante Pavelić : il envisage avec lui un plan de démembrement de la Yougoslavie et la mise en place d'un régime croate ami de l'Italie fasciste, qui prendrait la forme d'une monarchie dont la couronne reviendrait à un prince italien. Ciano demeure cependant prudent, se contentant d'évoquer des possibilités[19]. Mais, au printemps 1940, Hitler dissuade son allié italien d'attaquer dans les Balkans. Le Führer se satisfait en effet pour le moment des accords économiques qui rendent la Yougoslavie de plus en plus dépendante du Reich. En outre, il ne souhaite pas encore provoquer les Soviétiques en déclenchant une nouvelle offensive à l'Est[16].

Les évènements de l'été 1940 bouleversent la donne : lors de son attaque contre la France, Mussolini assure encore de son intention de n'attaquer ni la Yougoslavie ni la Grèce. Mais les difficultés de son armée sur les Alpes le poussent à ouvrir un second front pour affirmer la puissance de l'Italie, indépendamment des intérêts allemands. Il hésite cependant entre une attaque contre la Yougoslavie ou contre la Grèce : c'est finalement sur ce dernier pays que se porte son choix[19]. En octobre 1940, l'Italie attaque la Grèce, renforçant encore l'inquiétude de la Yougoslavie voisine[16] : le ministre yougoslave de la guerre, le général Milan Nedić, envisage un débarquement à Salonique pour s'en emparer avec l'aide de l'Allemagne, afin de priver l'Italie de ce point stratégique. La position germanophile de Nedić, ainsi que ses lienns avec le ZBOR, conduisent le régent à le remplacer en novembre 1940, après un bombardement italien sur Bitola (que l'Italie présente comme une erreur)[19].

Alors que Churchill espère une alliance du Royaume-Uni avec les pays balkaniques, le régent Paul prend acte du fait que les Britanniques sont trop éloignés pour apporter une aide directe à la Yougoslavie, et tente de préserver la neutralité de son pays en composant avec l'Axe : il envoie des émissaires à Rome et à Berlin, pour tenter d'obtenir des assurances sur la non-belligérance yougoslave, voire sur une éventuelle annexion de Salonique[19]. De son côté, Hitler est amené par la situation dans les Balkans à tenter de faire sortir le gouvernement yougoslave de sa neutralité : dès cette époque, en effet, il commence à préparer l'invasion de l'URSS, ce qui lui impose de placer auparavant sous contrôle la situation dans les Balkans, d'abord en aidant Mussolini qui est en difficulté face aux Grecs, puis en nouant des alliances avec l'ensemble des pays de la région. Une alliance avec la Yougoslavie présente une importance particulière pour les Allemands dans le cadre de l'offensive contre la Grèce destinée à porter secours aux Italiens : Hitler veut éviter que ses troupes puissent être exposées sur leur flanc droit. Le régent de Yougoslavie s'efforce de gagner du temps et d'améliorer ses relations avec ses voisins : un traité d'amitié est signé en décembre avec la Hongrie de Horthy. En novembre, la Roumanie et la Hongrie s'allient avec l'Allemagne en signant le pacte tripartite ; l'Allemagne cherche ensuite à obtenir la signature de la Bulgarie, puis celle des Yougoslaves. En février 1941, Hitler reçoit le premier ministre yougoslave Dragiša Cvetković et son ministre des affaires étrangères, et leur demande d'adhérer au pacte[16],[20],[19].

De leur côté, les Britanniques, qui sont en train de repousser les Italiens en Afrique, préparent une intervention contre ces derniers dans les Balkans : ils cherchent pour cela à s'allier, non seulement à la Grèce, mais aussi à la Turquie et à la Yougoslavie. Les contacts avec les Turcs n'ayant rien donné, les Britanniques décident de faire pression sur les Yougoslaves. Le 5 mars, alors que le Royaume-Uni se prépare à faire débarquer en Grèce des troupes envoyées du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, le régent de Yougoslavie reçoit une lettre du chef de la diplomatie britannique Anthony Eden, qui lui demande d'apporter une aide militaire aux Grecs. Le lendemain, l'envoi de troupes britanniques en Grèce commence. Les Yougoslaves se trouvent alors pris entre deux feux, entre les Britanniques qui ne peuvent guère leur apporter d'aide concrète après la chute de la France, et les Allemands dont les exigences se font pressantes, puis menaçantes ; ils s'informent également sur la position des Soviétiques, mais ceux-ci cherchent avant tout à se tenir à l'écart du conflit. Le régent et ses conseillers décident finalement d'accéder à la demande d'Hitler, malgré l'hostilité d'une partie du gouvernement. Le 25 mars, Cvetković signe à Vienne le pacte tripartite. Le gouvernement yougoslave, pour ménager son opinion publique, obtient que le pacte comporte des clauses qui lui épargnent de devoir s'engager militairement et de faire transiter des troupes allemandes sur son sol ; il n'en reconnaît pas moins le rôle dirigeant de l'Allemagne et de l'Italie dans le « nouvel ordre européen » en construction. Le lendemain, Winston Churchill demande aux représentants britanniques à Belgrade de continuer, malgré cette signature, à faire pression sur les milieux dirigeants yougoslaves, dans l'espoir d'obtenir leur revirement[16],[20].

Le coup d'État de 1941[modifier | modifier le code]

Cet abandon de la neutralité et cette soumission aux desiderata des Allemands provoquent une réaction immédiate dans les milieux nationalistes serbes[21]. Des manifestations hostiles à l'alliance avec Hitler, et regroupant principalement des jeunes Serbes, éclatent dans diverses villes[22] Le 27 mars, alors que le prince Paul est parti se reposer en Slovénie, un groupe d'officiers de l'État-major général renverse le gouvernement Cvetković et proclame - avec six mois d'avance - la majorité du roi Pierre II et son accession au pouvoir en lieu et place du régent[21]. Le rôle des Britanniques dans le coup d'État a fait l'objet d'une controverse, des historiens prêtant au Royaume-Uni un rôle moteur, et lui reprochant pour certains d'avoir précipité la Yougoslavie dans la guerre[22] ; les agents du SOE (le service secret britannique) à Belgrade semblent avoir tenu un rôle dans l'affaire, en encourageant les conspirateurs à agir rapidement[20] et en leur fournissant des armes[22]. Pour l'historien Stevan K. Pavlowitch, les Britanniques, en jouant de leur influence auprès de mouvements nationalistes ou pro-occidentaux comme le Parti agrarien serbe, n'ont fait qu'exploiter le mécontentement, déjà considérable, envers la politique du prince Paul : les Britanniques ont accéléré les choses en encourageant les conspirateurs qui ont alors cru qu'ils recevraient une aide militaire extérieure, mais le coup d'État, action spontanée plus que véritable conjuration, est avant tout une réaction de milieux « patriotes » serbes contre un gouvernement jugé faible et incapable, afin de « sauver l'honneur » de la Serbie et, plus largement, de la Yougoslavie[21].

L'un des responsables de la conjuration, le général Dušan Simović, prend la tête d'un gouvernement de coalition ; le régent se résigne au fait accompli et part pour la Grèce, tandis que Vladko Maček conserve son poste de vice-premier ministre. Les nouveaux dirigeants yougoslaves espèrent recevoir une aide des Britanniques, voire un soutien diplomatique de la part de l'URSS ; ils tentent, en attendant, de se prémunir d'une réaction allemande en assurant que le coup d'État est une affaire purement interne qui ne remet pas en cause l'adhésion au pacte tripartite[21]. De peur de provoquer les Allemands, le nouveau gouvernement yougoslave s'abstient de toute forme d'accord officiel avec les Britanniques, et refuse même de recevoir Eden, qui se trouve alors en Grèce. Eden contourne la difficulté en envoyant le chef d'état major général John Dill rencontrer Simović. Dill promet une assistance militaire au gouvernement de Belgrade, mais les Britanniques sont trop éloignés d'un potentiel front yougoslave pour que leur aide soit d'un secours immédiat. La Yougoslavie tente de renouer des bonnes relations avec l'Italie mais Simović, médiocre diplomate, en arrive à menacer l'émissaire italien de représailles militaires. La Yougoslavie cherche également un appui supplémentaire du côté de l'URSS, mais les Soviétiques ne proposent qu'un traité d'amitié et de non-agression, finalement signé le 6 avril [22],[23].

Hitler, furieux de ce retournement de situation - dans lequel il voit la main des Britanniques[24] - considère que la Yougoslavie doit désormais être traitée en ennemie : il ordonne la « destruction » de ce pays coupable d'avoir perturbé ses plans dans les Balkans. Les précautions des Yougoslaves n'affectent en rien sa décision : une violente campagne de propagande est aussitôt déclenchée en Allemagne, accusant la Grèce et la Yougoslavie de s'être vendues au Royaume-Uni. Le 6 avril, sans ultimatum ni déclaration de guerre, l'Allemagne attaque le territoire yougoslave[21], en même temps qu'elle envahit la Grèce pour mettre un terme simultané à tous ses problèmes dans les Balkans[24].

Invasion de la Yougoslavie[modifier | modifier le code]

Véhicules de la 1re Panzerdivision SS Leibstandarte-SS-Adolf Hitler en Yougoslavie, en 1941.

L'armée yougoslave n'a eu le temps ni de se préparer suffisamment, ni de mobiliser tous les hommes disponibles. À l'aube du 6 avril, les Allemands déclenchent l'« opération châtiment », un bombardement de Belgrade qui dure trois jours. De multiples raids aériens détruisent les infrastructures yougoslaves, facilitant l'invasion au sol[25].

Le gros des troupes allemandes, placées sous le commandement du Generalfeldmarschall Maximilian von Weichs, arrive depuis la Bulgarie, tandis que les Italiens attaquent depuis leur protectorat albanais. Les Yougoslaves parviennent dans un premier temps à contre-attaquer efficacement en Albanie, mais se trouvent à nouveau contraints à la défensive le 14 avril. Les Allemands avancent rapidement en Croatie, aidés par des sabotages commis par les nationalistes locaux, notamment les Oustachis ; les troupes allemands rentrent le 10 avril dans Belgrade[25]. La banovine de la Drave est envahie conjointement par les Allemands, qui arrivent depuis l'Autriche, et par les Italiens ; Ljubljana est prise le 10[26]. Le 11 avril, alors que la résistance des Yougoslaves s'est effondrée au Nord, la Hongrie envahit elle aussi le territoire serbe, officiellement pour protéger les populations hongroises[25]. Le Royaume-Uni proclame, dès le début de l'invasion, son soutien à la Yougoslavie ; les dirigeants de l'URSS, tout en exprimant en privé leur sympathie pour les Yougoslaves, s'abstiennent de toute déclaration publique si l'on excepte leur désapprobation de l'attaque hongroise[23].

Le premier ministre Dušan Simović, le roi Pierre II et le ministre Radoje Knežević, lors de l'arrivée à Londres du gouvernement yougoslave en exil.

Le 13 avril, les Allemands entrent dans Belgrade. Le même jour, avant d'être évacué avec le roi vers la Grèce où ils doivent rejoindre l'armée britannique, Simović réunit une dernière fois ses ministres et transfère ses fonctions de chef d'État-major à un général qu'il charge de conclure un cessez-le-feu. Mais le 17 avril, après la capture du nouveau chef d'État-major, des représentants de l'Armée royale yougoslave signent la capitulation pure et simple du pays. La Bulgarie, qui n'a pas participé à l'attaque initiale[25], pénètre deux jours plus tard en banovine du Vardar, quasiment sans coup férir : avec l'occupation de la Macédoine grecque, elle complète son annexion de fait de la région macédonienne[27].

Simović, le roi et leurs ministres ne restent que quelques jours en Grèce, que les Britanniques évacuent également. Transportés à Alexandrie (Égypte), puis à Jérusalem (Palestine sous mandat britannique), ils annoncent depuis le Proche-Orient que la Yougoslavie continue le combat contre l'Allemagne et l'Italie et déclare la guerre à la Hongrie et à la Bulgarie[28]. Deux mois plus tard, le nouveau gouvernement yougoslave en exil, toujours dirigé par Dušan Simović, s'installe à Londres, où il est officiellement reconnu par le Royaume-Uni le 21 juin. Le ministre de la guerre yougoslave et son cabinet militaire restent quant à eux en Égypte, au quartier général britannique du Caire[27] : la capitale égyptienne, où se trouvent non seulement le ministre yougoslave mais également le dernier responsable du SOE à Belgrade, devient ensuite la plaque tournante des opérations de renseignement britannique en direction de la Yougoslavie[15].

Entre 200 000 et 300 000 prisonniers de guerre, dont 12 000 officiers et 200 généraux (Serbes pour la plupart) sont envoyés dans des camps en Allemagne et en Italie[25] ; quelques troupes yougoslaves fuient à travers la Grèce, qu'elles évacuent en même temps que les armées grecques et britanniques, dans une atmosphère de chaos[24]. Par la suite, le gouvernement de Londres ne dispose sous ses ordres directs que de forces armées très modestes : les troupes yougoslaves en exil, sur le théâtre d'opérations moyen-Oriental et nord-africain, se limitent à quelques centaines d'officiers et de soldats, un petit nombre de bateaux et une dizaine d'avions[29].

Démembrement du pays[modifier | modifier le code]

Territoires occupés et annexés[modifier | modifier le code]

Partition de la Yougoslavie en 1941.
Soldats de la Wehrmacht et Bersaglieri italiens en Yougoslavie.

Hitler préconise la destruction immédiate en tant qu'État de la Yougoslavie, qui n'est à ses yeux qu'une création artificielle issue du traité de Versailles : dans son optique, les Serbes doivent être châtiés, les Croates ralliés à l'Axe, et les Slovènes germanisés ou dispersés. L'Allemagne, qui a déjà acquis une position économique dominante en Yougoslavie, se taille la part du lion en s'emparant des lignes de communication et des gisements de minerais, tandis qu'elle se charge de satisfaire les revendications territoriales de ses alliés. Les Italiens, désireux d'accroître leur « espace vital », doivent cependant en rabattre et accepter le partage territorial tel qu'il a été décidé par les Allemands. Outre les annexions et occupations des diverses parties du territoire, deux États sont autorisés à exister sur le territoire de la Yougoslavie démembrée : la Croatie, dont le gouvernement est confié aux Oustachis et qui annexe l'intégralité de la Bosnie-Herzégovine, et la Serbie - ramenée, peu ou prou, à ses frontières d'avant les guerres balkaniques de 1912-1913 - confiée à un gouvernement collaborateur[30].

Du fait des préparatifs de l'attaque contre l'URSS, la plupart des meilleures unités de la Wehrmacht sont retirées du théâtre d'opérations balkanique au bout de quelques semaines : elles sont remplacées par des divisions d'occupation[31].

La Serbie « indépendante » est occupée pour l'essentiel par l'Allemagne et, au Sud-Est, par la Bulgarie. Une partie de son territoire est partagée entre les envahisseurs : en Voïvodine, l'Allemagne annexe le Banat, tandis que la Hongrie s'empare de la région de Bačka, à l'ouest. L'Italie annexe la Dalmatie centrale : elle doit cependant négocier avec le nouveau gouvernement croate les frontières de son Gouvernorat de Dalmatie. Elle occupe le Monténégro, dont elle annexe la région des bouches de Kotor et dont elle projette de faire un troisième État « indépendant »[30],[17],[32]. La Hongrie annexe quant à elle une partie du territoire croate de Slavonie[33].

Les territoires peuplés majoritairement d'Albanais - l'essentiel du Kosovo, l'ouest de la Macédoine dont une partie de la banovine du Vardar et certaines régions du Monténégro - sont intégrés par les Italiens à leur protectorat albanais[33]. À la demande d'Hitler, une partie du Kosovo est laissée à l'État résiduel serbe, ce qui permet aux occupants allemands de garder la main sur les régions minières[34]. Dans les régions du Kosovo annexées par l'Italie, les Serbes et Monténégrins installés durant l'entre-deux-guerres sont attaqués par des bandes albanaises qui les expulsent de leurs terres : environ 20 000 d'entre eux sont forcés de se réfugier en Serbie. Une dizaine de milliers de Serbes périssent au Kosovo durant le conflit, dont la majorité durant les expulsions de 1941[35].

La Slovénie occupée durant la Seconde Guerre mondiale. En noir strié de blanc : la province de Ljubljana (zone italienne) ; en brun : la zone allemande ; en vert : la zone hongroise. En noir : zone déjà annexée par l'Italie avant la guerre, par le traité de Rapallo de 1920.

La Slovénie est partagée entre l'Allemagne, l'Italie et la Hongrie : les Allemands annexent le Nord, en s'emparant de l'essentiel de la Basse-Styrie et de la Haute-Carniole, soit d'un territoire bien plus avancé que ne l'escomptaient les Italiens ; ces derniers reçoivent quant à eux la Basse-Carniole et la ville de Ljubljana : leur territoire devient la province de Ljubljana ; les Hongrois annexent la région de Prekmurje. L'occupation italienne de la Slovénie est, au moins dans les premiers temps, relativement souple[33] : les Italiens ne s'en prennent pas aux institutions culturelles slovènes et, du fait du poids essentiel des milieux catholiques, entretiennent de bonnes relations avec le clergé local. L'évêque de Ljubljana, Gregorij Rožman, fait partie de leurs principaux interlocuteurs. Une Consulta (conseil consultatif) dirigée par l'ancien ban de la Drave Marko Natlačen et réunissant quatorze notables pro-italiens, est formée[36],[37]. Mais le gouverneur italien, Emilio Grazioli, déjà responsable de l'« italianisation » brutale de la minorité slovène en Vénétie julienne, importe bientôt les méthodes fascistes dans la province de Ljubljana : la Consulta est rapidement négligée[36]. Les Hongrois, quant à eux, pratiquent d'emblée dans leur zone une politique de « magyarisation » à marche forcée et imposent l'apprentissage du hongrois. Les Allemands s'emploient eux aussi à « germaniser » leur zone annexée, interdisant l'usage de la langue slovène en public et déplaçant des populations slovènes pour faire de la place à des colons allemands[30],[32],[33].

Dès le lendemain de l'invasion, Allemands et Italiens mettent en œuvre une politique de répression très brutale, qui conduit à l'exécution ou à l'internement de nombreux civils. La Wehrmacht laisse ainsi carte blanche aux commandants d'armée : dès le 28 avril, le général von Weichs donne l'ordre que 100 civils soient exécutés pour chaque soldat allemand tué. L'Armée royale italienne, pour sa part, s'appuie sur un décret royal de 1938 qui fait de toute personne prenant les armes un belligérant. Devant la multiplication des insurrections durant l'année 1941, le général Vittorio Ambrosio, commandant de la IIe armée, ordonne en octobre de fusiller sur-le-champ les rebelles capturés, de ne pas prendre de prisonniers et de brûler les maisons si nécessaire. Le général Mario Roatta, qui succède début 1942 à Ambrosio et a autorité sur l'ensemble des zones d'occupation italiennes, prend en mars une directive préconisant d'interner à titre préventif et répressif des familles et des « catégories d'individus » dans les villages, voire des villages entiers, de multiplier les arrestations d'otages civils et de considérer les populations locales comme responsables des sabotages commis près de chez elles. Des camps de concentration sont ouverts dans les zones italiennes, et accueillent progressivement, dans des conditions effroyables, des dizaines de milliers de personnes, suspects, otages, ou bien populations de Slovénie et de Dalmatie chassées de chez elles et déportées pour faire place à des colons italiens[38].

La Macédoine orientale est occupée par la Bulgarie, qui ne l'annexe cependant pas officiellement, le statut exact de ce territoire étant renvoyé à après le conflit[30]. Les Bulgares n'en traitent pas moins leur zone d'occupation comme un territoire bulgare libéré, et la plupart de ses habitants comme des Bulgares, à l'exception des Serbes. Les agriculteurs serbes qui s'étaient installés dans la banovine du Vardar à la faveur de la réforme agraire de l'entre-deux-guerres sont expulsés : malgré les protestations des autorités allemandes en Serbie, environ 62 000 personnes ont dû quitter la Macédoine pour la Serbie à la fin de 1941. Dans l'ensemble, l'occupation bulgare est d'abord plutôt bien accueillie par la population, qui la ressent comme une revanche après des années de « serbisation » imposée. Mais la situation se dégrade au bout de quelques mois : il apparaît que la « serbisation » d'avant-guerre a été remplacée par une politique de « bulgarisation », tandis que les réquisitions des occupants et la conscription obligatoire alimentent le mécontentement[39].

Monument à la Shoah, à Chtip (Macédoine).

Les Juifs de Yougoslavie - pour la plupart Séfarades et dont la population, estimée à environ 78000 personnes, se trouve principalement en Serbie autour de Belgrade, en Bosnie-Herzégovine autour de Sarajevo, et en Macédoine - sont immédiatement victimes de mesures discriminatoires, qui laissent bientôt place, dans les zones allemandes, à une politique d'extermination. En Serbie, dès l'automne 1941, les hommes juifs sont, avec les Tziganes, raflés et exécutés en priorité lors des représailles contre les insurgés. À la même époque, après avoir écarté l'idée de créer un ghetto à Belgrade, les Allemands commencent à envisager la déportation non plus uniquement des hommes, mais également des femmes et des enfants. Dans la zone d'occupation allemande de Croatie les Oustachis se montrent des complices zélés des nazis. Dans la région serbe de la Bačka, les occupants hongrois livrent plus de 1000 Juifs aux Allemands pendant le conflit. En Macédoine occupée par les Bulgares, les Juifs originaires de Serbie sont tenus de se déclarer : ceux qui obtempèrent sont livrés aux Allemands. Ce n'est cependant qu'à partir de 1943 que les Bulgares, suite à un accord en ce sens avec les Allemands, entreprennent de déporter vers les camps nazis les populations juives de leurs zones d'occupation. Environ 7000 Juifs sont déportés par les Bulgares depuis la Macédoine yougoslave[40],[39],[41]. Les zones d'occupation italiennes constituent une exception : Mussolini et ses généraux refusent en effet, malgré les pressions allemandes, de livrer les Juifs qui s'y trouvent[42].

La Croatie des Oustachis[modifier | modifier le code]

Un régime à vocation totalitaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État indépendant de Croatie.
Ante Pavelić rencontrant Adolf Hitler en 1941.

Les envahisseurs prévoient de laisser principalement aux Italiens la responsabilité de la Croatie, les Allemands étant surtout intéressés par les aspects économiques et par le statut des Volksdeutsche locaux. Le 29 mars, Mussolini reçoit Ante Pavelić, le chef des Oustachis qui se trouve alors encore en exil en Italie, et lui propose de le mettre à la tête d'une Croatie indépendante, en échange d'un accord sur la Dalmatie. Les Allemands, quant à eux, envisagent dans un premier temps de donner le pouvoir à Vladko Maček, ou de faire gérer le pays par les Hongrois : mais Maček refuse l'offre allemande, et les Hongrois ne sont pas intéressés, ce qui amène l'Allemagne à accepter de laisser le pouvoir aux Oustachis. Le 10 avril, alors que Zagreb vient d'être prise, Slavko Kvaternik, l'un des chefs du mouvement, proclame l'État indépendant de Croatie. Pavelić lui-même arrive à Zagreb le 15 avril et s'autoproclame « Poglavnik » (chef) du nouveau régime. Maček signe une déclaration appelant ses partisans à reconnaître les nouvelles autorités. Le clergé catholique croate, et notamment l'archevêque de Zagreb Mgr Alojzije Stepinac[43],[44], salue initialement le nouveau régime : dans les tous premiers temps, une partie de l'opinion croate se réjouit en effet de la fin d'un État « oppresseur » et de ce qui semble être une libération du peuple croate[45]. En échange du soutien italien, Pavelić accepte que la couronne croate revienne au prince Aymon de Savoie-Aoste, membre de la famille royale italienne. L'État indépendant de Croatie demeure cependant une « monarchie » purement virtuelle : le « roi » italien s'abstient même de le visiter durant toute la durée de son « règne ». Pavelić accepte de céder à l'Italie la Dalmatie centrale, mais reçoit en échange toute la Bosnie-Herzégovine - dont il est lui-même originaire - une partie de la Slavonie, ainsi que la Syrmie et le Sud-ouest de la Voïvodine[46].

Les Oustachis, qui ne comptaient avant la guerre que quelques milliers de membres actifs, n'ont pas encore les moyens d'administrer eux-mêmes le territoire : eux-mêmes estiment ne pas avoir plus de 40 000 sympathisants. En attendant que la Croatie indépendante puisse consolider ses forces armées, l'Allemagne et l'Italie partagent le pays en deux zones d'occupation, à laquelle s'ajoute une zone « démilitarisée », réservée aux garnisons italiennes[43],[44]. L'influence des Italiens sur le régime oustachi s'avère rapidement limitée ; les concessions territoriales faites par Pavelić minent cependant d'emblée la crédibilité de son régime auprès des Croates. Les Allemands, quant à eux, administrent à l'intérieur de leur zone un territoire spécial peuplé des Volksdeutsche (Allemands) de Croatie[47].

Pavelić met immédiatement en place un régime dictatorial, inspiré à la fois par le nationalisme croate le plus extrémiste, le fascisme italien, le national-socialisme allemand, le cléricalisme catholique et l'idéologie agrarienne du HSS. L'Oustacha devient parti unique et l'État est organisé selon une logique totalitaire. D'emblée, le régime de Pavelić adopte une série de lois et de décrets sans autre cohérence que celle de la main-mise des Oustachis sur le pays : dès le 17 avril, une loi sur la « protection du peuple et de l'État » permet dans les faits de tuer toute personne s'opposant, ou soupçonnée de vouloir s'opposer, aux Oustachis. L'appareil répressif du régime s'appuie notamment sur une milice oustachie, à laquelle s'ajoutent des formations irrégulières et une armée régulière, la Garde nationale croate (Hrvatsko domobranstvo, ou Domobran). Un ensemble de camps de concentration est mis sur pied en Croatie pour y enfermer les opposants, ou les populations visées par le régime[47],[48].

Politiques génocidaires à l'encontre des Serbes, des Juifs et des Tziganes[modifier | modifier le code]

Des mesures sont prises d'emblée contre les Juifs, les Serbes et les Tziganes. La population juive - entre 36 000 et 40 000 personnes - fait immédiatement l'objet de lois raciales sur le modèle de la législation nazie : les massacres de Juifs commencent dès le mois de mai avec le « nettoyage » de villes et de villages. En juin, les Oustachis commencent à déporter les Juifs vers des camps situés en Allemagne ou sur le territoire croate. Environ 4 500 Juifs de Croatie et de Bosnie parviennent à se réfugier dans les zones d'occupation italienne[47],[48], tandis qu'environ 26 000 périssent durant l'ensemble du conflit. Les Oustachis imitent également les nazis en massacrant les Tziganes, dont 16 000 environ sont tués durant la guerre[49].

Les cibles privilégiées des Oustachis sont cependant les Serbes, qui vivent sur 60 à 70 % du territoire de l'État indépendant de Croatie dont ils forment environ 30 % de la population totale (1,9 millions de personnes)[47]. Des mesures sont prises pour éradiquer toute trace de la culture serbe : l'alphabet cyrillique serbe est interdit, de même que le culte orthodoxe. Les Serbes se voient interdire l'accès à l'armée, à la vie politique, et à de nombreuses professions : dans certaines localités, il doivent, comme les Juifs, porter un brassard distinctif[50].

Une colonne de déportés serbes, conduits par les Allemands et les Oustachis vers le camp d'internement de Šabac.

Les milices oustachies, qui opèrent dans l'arbitraire le plus total, s'emploient immédiatement à ratisser les populations serbes afin de les enfermer dans des camps pour les expulser ensuite vers la Serbie voisine ; les récalcitrants sont tués sur-le-champ. La population serbe vivant dans le territoire sous autorité oustachie est d'emblée victime de massacres, dont l'ampleur ne fait que croître au fil des mois : c'est notamment le cas en Bosnie-Herzégovine, où la situation tourne au bain de sang. Dès juillet, les autorités allemandes répertorient plus de 140 000 Serbes réfugiés en Serbie occupée. Devant l'afflux de populations, les Allemands interdisent à l'automne leur entrée sur le territoire serbe : cela ne fait que renforcer le caractère meurtrier de la politique des Oustachis qui, ne pouvant plus expulser les Serbes, sont d'autant plus portés à les tuer[47],[48]. Pratiquant volontiers les massacres à l'arme blanche et les égorgements, les Oustachis se distinguent par leur cruauté, mutilant leurs victimes dont ils arrachent le foie ou le coeur, ou tuant des enfants en bas âge dont ils obligent les parents à les enterrer avant de les exécuter eux aussi ; ils brûlent les cadavres de Serbes dans des fours crématoires - où des enfants sont parfois jetés vivants - ou les lancent dans un affluent du Danube pour qu'ils dérivent jusqu'à Belgrade, porteurs de « mots de compliment » pour les Serbes de la capitale[51].

Certains Serbes de Croatie et de Bosnie parviennent à échapper à la mort en se convertissant au catholicisme : cela leur permet d'obtenir la protection d'une partie des autorités catholiques qui ferment les yeux sur le caractère forcé de ces « conversions ». Aucun consensus n'existe quant au nombre exact de victimes serbes, qui est notamment minoré par certains auteurs nationalistes croates : diverses estimations tournent cependant autour de 300 000 Serbes victimes des Oustachis durant le conflit mondial, qu'ils aient été tués dans la destruction de leur village, lors de rafles ou dans des camps[47],[48],[49].

A contrario, les Oustachis s'efforcent de gagner l'allégeance des Musulmans, qui forment une importante minorité sur leur territoire : ils obtiennent la collaboration de certains notables - le gouvernement de l'État indépendant de Croatie compte ainsi deux ministres musulmans - ainsi que de milices musulmanes qui participent aux massacres et aux opérations de répression. La majorité de la population musulmane demeure cependant méfiante, voire hostile, face à la politique du régime[48]. Les Oustachis bénéficient par ailleurs de la collaboration active de membres du clergé catholique - entre autres des franciscains - dont certains vont jusqu'à devenir des exécutants des crimes du régime. La majorité des évêques croates, après avoir salué l'indépendance de la Croatie et la fin de la domination orthodoxe, proteste cependant contre la politique de Pavelić, dont la brutalité nuit à l'image du catholicisme. Mgr Stepinac, s'il ne condamne pas publiquement le régime, s'efforce de garantir la sécurité des populations menacées, contribuant à sauver plusieurs milliers de vies. Par ailleurs, l'État indépendant de Croatie, bien qu'exaltant son identité catholique, ne parvient pas à se faire reconnaître par le Vatican. Les Oustachis tentent également d'obtenir la collaboration des cadres du Parti paysan croate, mais un tiers de ces derniers refuse de siéger dans les institutions où ils ont été nommés ; Vladko Maček lui-même, qui refuse de s'engager aux côtés des Oustachis, est mis en résidence surveillée[47],[48].

Si Ante Pavelić suit les conseils de Hitler qui lui avait recommandé de consolider la Croatie par une politique d'« intolérance raciale », la brutalité des Oustachis en arrive, en créant un véritable chaos en Croatie, à gêner leurs alliés Allemands et Italiens. Le général Edmund Glaise-Horstenau, représentant du Reich à Zagreb, juge que la politique oustachie relève de la démence ; les Italiens, quant à eux, vont jusqu'à s'opposer activement à leurs « alliés » croates, dont ils désarment certaines milices et contre lesquels ils protègent des populations civiles. Si la proclamation de l'État indépendant de Croatie avait en avril, suscité l'adhésion de nombreux Croates, le régime de Pavelić a perdu une grande partie de son crédit auprès de la population dès la fin de 1941[52].

La Serbie occupée[modifier | modifier le code]

Premiers mois d'occupation[modifier | modifier le code]

Alors qu'une partie des Croates a réagi favorablement à l'indépendance, le démantèlement de la Yougoslavie et l'occupation sont, à l'inverse, ressentis en Serbie comme une profonde humiliation. L'opinion publique se sent trahie aussi bien par l'État yougoslave et par les Britanniques que par les Croates. Les Allemands s'emparent des ressources du pays et appliquent d'emblée des mesures de terreur : tous les Juifs de Serbie sont tenus de déclarer leur présence aux autorités, et certains sont tués immédiatement[10]. Certains maires serbes acceptent de collaborer, mais les Allemands s'appuient principalement sur une force de police d'ethnie allemande recrutée à la hâte en Voïvodine. Alors que l'ouverture du Front de l'Est est en préparation, l'Allemagne tente en effet d'occuper la Serbie avec un minimum de troupes, en s'appuyant autant que possible sur des volontaires SS serbes d'ethnie allemande, des auxiliaires locaux, les troupes bulgares, et enfin sur un gouvernement collaborateur. Le 1er mai, l'administration militaire allemande de la Serbie nomme un cabinet de « commissaires » serbes, formé de dix hommes politiques de seconde zone, dont le rôle se limite à servir de relai aux demandes des occupants. Milan Aćimović, ancien chef de la police de Belgrade et éphémère ministre avant-guerre, prend la tête de cette administration, avec le titre de commissaire en charge du ministère de l'Intérieur[31]. À peine Belgrade est-elle occupée qu'un ensemble de mesures est pris à l'encontre des 15 000 Juifs de Serbie ; à partir du 30 mai, l'ensemble des dispositions des lois raciales nazies relatives aux Juifs et aux Tziganes est appliqué en Serbie[53].

Le régime de Nedić[modifier | modifier le code]

À partir de l'été 1941, les Allemands sont confrontés en Serbie à un double mouvement de résistance, avec les Tchetniks de Mihailović et les Partisans de Tito. Ne pouvant obtenir de renforts militaires alors que l'invasion de l'URSS a commencé, ils s'efforcent de mieux organiser leurs alliés locaux, en commençant par mettre sur pied un gouvernement serbe plus crédible. Le gouvernement des commissaires publie un « appel au peuple serbe » signé par 307 personnalités - des hommes politiques pro-allemands, mais aussi des intellectuels et des ecclésiastiques, qui ont pour la plupart signé sous la pression - réclamant la restauration de l'ordre. Le 29 août, les Allemands obtiennent en Serbie le ralliement d'une personnalité politique crédible - qui leur a fait défaut en Croatie lors du refus de Maček - lorsque le général Milan Nedić, ancien ministre et chef du groupe d'armées sud au moment de l'invasion, prend la tête d'un gouvernement « de salut national ». Le gouvernement de Nedić n'hésite pas à se réclamer du roi : plusieurs généraux de l'ancienne armée royale y participent, de même qu'Aćimović qui reste ministre de l'Intérieur, ainsi que des membres du parti d'extrême droite ZBOR[54]. Nedić n'adhère pas particulièrement aux idées fascistes et semble avoir voulu en premier lieu protéger les Serbes de l'anéantissement physique, adopte une posture que le spécialiste des Balkans Paul Garde compare à celle de Pétain en France. La première tâche de son gouvernement est de s'occuper des centaines de milliers de réfugiés serbes, arrivés de Croatie et des différentes régions annexées par les occupants[55].

Pour participer activement à la lutte contre les insurgés, Nedić est autorisé à créer une force armée, la Garde nationale serbe. Si les troupes de Nedić, en manque d'officiers, s'avèrent peu fiables, les Allemands obtiennent des supplétifs nettement plus actifs dans les rangs du ZBOR. Le chef de ce parti, Dimitrije Ljotić, refuse d'entrer lui-même dans le gouvernement de Nedić, préférant exercer une influence parallèle : il met sur pied des Détachements de volontaires, qui apporte un appui direct aux Allemands dans la lutte contre les résistants et se trouve en situation de rivalité avec la Garde nationale. Les occupants obtiennent également la collaboration, dès le mois d'août, de Kosta Pećanac, l'un des principaux chefs Tchetniks de l'entre-deux-guerres[54],[55],[10].

Déportations et exterminations en Serbie[modifier | modifier le code]

Arrestation de Tziganes en Serbie.

Les arrestations massives de Juifs commencent au moment des premiers soulèvements en Serbie ; les biens des Juifs sont confisqués et vendus à vil prix, généralement à des Volksdeutsche. Plusieurs camps de concentration, sous l'autorité de la Gestapo, sont installés dans d'anciens terrains militaires et industriels en banlieue de Belgrade, pour y détenir des Juifs et d'autres otages. En octobre 1941, le plénipotentiaire allemand ordonne l'arrestation immédiate de tous les Juifs et Tziganes de sexe masculin ; les femmes et les enfants sont arrêtés par la suite. Le gouvernement Nedić, et plus encore le ZBOR, prêtent assistance aux Allemands ; ces derniers se chargent cependant de l'essentiel du travail en matière d'arrestations et de déportations. Certains éléments de la police serbe opposent quant à eux une résistance passive. Le camp de Sajmište, ouvert en décembre 1941 non loin de Belgrade, se trouve techniquement sur le territoire de l'État indépendant de Croatie mais relève des autorités d'occupation allemandes en Serbie : il accueille rapidement près de 7 000 Juifs et Tziganes, principalement des femmes et des enfants. La plupart périssent entre l'hiver 1941 et le printemps 1942[53] : plusieurs milliers sont tués à l'aide d'un camion à gaz qui les transporte depuis le camp jusqu'à une fosse commune creusée tout prêt de Belgrade. Le chef de la Police de sûreté allemande en Serbie se félicite à l'époque d'avoir obtenu une Serbie judenfrei (« libérée des Juifs »)[56]. Parmi les Juifs de Serbie, des prisonniers de guerre parviennent à se faire transférer dans des zones d'occupation italiennes, puis survivent dans la clandestinité, souvent à l'aide de faux certificats de baptême[53]. Les Hongrois, quant à eux, appliquent dans le territoire serbe qu'ils occupent leur propre législation antisémite. Certains Juifs de leur zone sont expulsés vers la zone d'occupation allemande, où ils sont internés puis tués dans le camp de Banjica[57].

Apparition des mouvements de résistances[modifier | modifier le code]

Les Tchetniks[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tchetniks.
Drapeau des Tchetniks

Le colonel Dragoljub, dit « Draža », Mihailović, un officier serbe, chef d'État-major de la seconde armée en Bosnie au moment de l'invasion, a échappé à la capture : après la capitulation, il rejoint le territoire serbe avec un petit nombre d'hommes. Ayant constaté que les troupes d'occupation allemandes ne disposent que d'effectifs insuffisants, il prend contact avec d'autres officiers qui, comme lui, sont demeurés en liberté et refusent la capitulation. Le 12 mai, Mihailović et ses hommes s'installent dans la zone, montagneuse et difficile d'accès, de la Ravna gora. Mihailović ne semble pas avoir envisagé de se lancer d'emblée dans une résistance active contre les occupants : dans les semaines qui suivent, il s'emploie à constituer un réseau avec des officiers d'active et de réserve, et à prendre contact avec les Britanniques et le gouvernement de Londres dans le but de mener des opérations en liaison avec l'extérieur. Partisan des méthodes des combattants irréguliers « tchetniks » historiques, il baptise son mouvement Commandement des détachements tchetniks de l'Armée yougoslave[58] ; l'organisation de Mihailović prend progressivement forme, et attire environ 10 000 hommes à l'ouest de la Serbie[10].

Le 19 juin, un messager tchetnik atteint Istanbul et prend contact avec des royalistes yougoslaves qui, à leur tour, prennent contact avec les Britanniques, en leur transmettant la demande d'aide et de reconnaissance officielle de Mihailović[59].

En août, les Tchetniks créent un Comité central national, avec les quelques civils qui ont rejoint le mouvement de Mihailović. Ceux-ci sont principalement des intellectuels nationalistes serbes issus du Club culturel serbe, dont les plus influents sont Dragiša Vasić et Stevan Moljević[59],[58]. Dès le mois de juin, Moljević, qui s'affirme comme l'un des principaux idéologues du mouvement, rédige un mémorandum prévoyant, dans la perspective de la reconstruction de la Yougoslavie, la constitution d'une « Serbie homogène » qui dominerait le pays et dont la fondation s'accompagnerait de l'expulsion d'environ 1 000 000 non-Serbes. Ce programme de Grande Serbie ne semble pas avoir correspondu à un plan préconçu par Mihailović lui-même, dont les idées politiques sont peu précises en dehors de la nécessité de restaurer la monarchie ; le Comité central national des Tchetniks ne joue initialement qu'un rôle secondaire[10],[58].

Mihailović, qui dispose d'un équipement radio rudimentaire, établit des échanges directs avec les Britanniques début septembre ; le 13, il peut envoyer son premier message au gouvernement royal en exil, auquel il annonce qu'il a rassemblé les restes de l'armée yougoslave dans les montagnes de Serbie pour continuer le combat[59]. Le gouvernement britannique, une fois informé des activités de Mihailović, fonde rapidement de grands espoirs sur ses Tchetniks : cependant, Mihailović vise moins à mener une résistance active qu'à consolider ses forces[10]. En effet, si les Tchetniks sont le premier mouvement de résistance à s'être officiellement constitué, ils n'ont initialement que des accrochages défensifs avec les Allemands ; Mihailović souhaite éviter autant que possible les affrontements directs avec les forces d'occupation, afin de ne pas entraîner de représailles, à la fois pour ses hommes[60] et pour les centaines de milliers de prisonniers de guerre yougoslaves[61] : il a pour objectif immédiat de créer une force militaire clandestine, dans l'attente d'un débarquement britannique dans les Balkans, afin de pouvoir le moment venu contribuer à la défaite des occupants[62]. À moyen terme, cependant, cette stratégie entraîne des défections dans les rangs du mouvement de Mihailović, que certains de ses subordonnés, désireux de combattre immédiatement les Allemands, quittent pour rejoindre les Partisans[61].

En outre, les Tchetniks sont pour l'essentiel un mouvement composé de Serbes - ainsi que de Monténégrins se considérant comme Serbes - ce qui limite d'emblée leur capacité à attirer des membres issus d'autres nationalités. L'unité du mouvement est en outre très relative : en effet, si de multiples groupes tchetniks apparaissent dans la Yougoslavie occupée, Mihailović n'exerce sur eux qu'une autorité théorique à l'exception des hommes qui se trouvent sous ses ordres directs[61].

Les Partisans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Partisans (Yougoslavie).
Drapeau des Partisans

Au moment de l'attaque allemande, Tito, chef du Parti communiste de Yougoslavie, se trouve à Zagreb, en Croatie : il rejoint Belgrade par le train et s'emploie à y réorganiser le comité central du PCY. Différentes sources ayant informé les communistes d'une prochaine attaque allemande contre l'URSS, Tito et ses hommes se préparent à une entrée en résistance[63].

Entre avril et juin, c'est-à-dire entre le démantèlement de l'État yougoslave et le début des hostilités germano-soviétiques, les communistes s'abstiennent d'utiliser le mot « Yougoslavie » : Tito ne s'en efforce pas moins de maintenir la cohésion du Parti communiste sur le plan national, alors que diverses factions ont réapparu à la faveur de la destruction du pays. Le PCY s'emploie à reconstituer ses réseaux, à se procurer des armes et à recruter des hommes parmi les adversaires du régime d'avant-guerre[64]. Selon le témoignage de Milovan Djilas, les communistes identifient immédiatement Mihailović et les officiers qui l'entourent comme des adversaires potentiels[27].

Le 22 juin, l'opération Barbarossa est déclenchée : l'Internationale communiste envoie alors à tous les PC l'ordre de venir en aide à l'URSS, avec comme priorité de mener dans leur pays non pas une « révolution socialiste », mais une lutte de libération nationale vis-à-vis de l'« oppression fasciste »[63]. Le 27 juin, le comité central nomme Tito au poste de commandant en chef des forces de libération nationale[63]. Tito peut dès lors à nouveau utiliser des slogans patriotiques pour en appeler au combat contre les occupants[64].

Le 4 juillet - date désignée par la suite par le régime communiste yougoslave comme le début de la guerre de résistance - le comité central se réunit à nouveau à Belgrade et décide d'appeler ses militants - qui comptent dans leurs rangs environ 10 000 combattants potentiels, dont certains sont des vétérans de la guerre d'Espagne - à prendre les armes. Les résistants communistes, bientôt surnommés Partisans (Partizan, un mot importé du russe) commencent à s'organiser, principalement en Serbie, en Croatie et au Monténégro. Ils reçoivent le renfort de nouvelles recrues, qui prennent le maquis après les récoltes et se joignent à la première organisation de résistance qu'ils trouvent. Tito compte, dans un premier temps, sur une rapide victoire des Soviétiques à l'Est, pour pouvoir ensuite mener la révolution en Yougoslavie avec l'aide de l'Armée rouge[63],[64]. Le chef communiste lance un mot d'ordre de « résistante antifasciste », censé s'adresser à l'ensemble des peuples de la Yougoslavie[65].

Les communistes ont, par rapport au mouvement de Mihailović, l'avantage initial d'une organisation déjà rompue à la clandestinité[64]. Si Tito a à peu près le même âge que Mihailović, les cadres de son mouvement sont en moyenne plus jeunes que les officiers tchetniks : leur expérience de l'action clandestine est un atout de plus par rapport aux Tchetniks dont les chefs, officiers de carrière, n'ont pour la plupart (à l'exception de Mihailović lui-même) pas d'expérience du combat sur le terrain. Si la résistance communiste compte dans ses rangs, dans les premiers temps, 90% de Serbes et de Monténégrins[66], les hommes de Tito ont comme autre avantage de s'adresser, contrairement aux Tchetniks, non pas aux seuls Serbes mais à l'ensemble des nationalités yougoslaves : cela leur permet, sur le long terme, d'attirer des recrues de diverses origines[61]. Les communistes ont comme atout supplémentaire de ne pas partager les scrupules de Mihailović quant à la répression que les actions de résistance risquent de provoquer à l'encontre des populations civiles : Tito et son entourage comptent au contraire sur la brutalité des occupants pour pousser la population à se soulever et à soutenir les Partisans[67],[68].

Premières insurrections (1941-1942)[modifier | modifier le code]

Croatie et Bosnie-Herzégovine[modifier | modifier le code]

Carte de l'État indépendant de Croatie (en rouge), incluant la Croatie proprement dite (sauf la zone en vert, annexée par l'Italie) et la Bosnie-Herzégovine.

Le premier soulèvement contre le régime oustachi en Croatie est l'œuvre des Serbes en danger d'extermination, qui se révoltent dès le mois de juin, en Dalmatie, en Bosnie-Herzégovine en dans la Krajina : il s'agit là d'une insurrection spontanée, sans direction centralisée. Les insurgés reçoivent l'aide d'officiers de l'armée yougoslave arrivés de Serbie pour aider les Serbes de Croatie, et de bandes armées formées notamment par des réfugiés de Bosnie. En juillet, l'insurrection s'étend de l'ouest de la Bosnie jusqu'à l'est de la Croatie proprement dite. Les communistes locaux, après l'invasion de l'URSS, commencent eux aussi à former des cellules de résistance à Sarajevo et Tuzla[69]. Tito envoie Svetozar Vukmanović, dit « Tempo », organiser les Partisans de Bosnie-Herzégovine[70].

Les résistants non communistes se présentent comme des Tchetniks, mais ne sont pas alors subordonnés à Mihailović. Les chefs de l'insurrection sont, pour la plupart, d'anciens membres du Parti agrarien, ou des organisations tchetniks de l'entre-deux-guerres, ou les deux. Rapidement, ils prennent le contrôle de la rive bosniaque de la rivière Drina et de voies de communication vers la Serbie. Ils bénéficient parfois de la complicité d'officiers Domobrans hostiles à la politique meurtrière des Oustachis. Certains insurgés serbes d'Herzégovine, s'ils attaquent les autorités oustachies, s'en prennent cependant aussi à des populations civiles, et notamment à des villages musulmans (qualifiés de « turcs »). Les communistes, quant à eux, parviennent à attirer de nombreuses recrues, notamment grâce à leur capacité à recruter des Musulmans. À l'ouest de la Croatie, l'insurrection commence à la frontière dalmate et libère la zone entre Drvar et Knin : le soulèvement, essentiellement rural, est d'emblée marqué par des rivalités entre factions de résistance. Les communistes parviennent à prendre le contrôle de plaines de Syrmie et de Slavonie : leurs chefs, pour la plupart des cadres croates venus des villes, doivent commander des paysans serbes souvent illettrés et contenir l'hostilité de ces derniers à l'égard des Croates et des Musulmans[69],[71]. Pris pour cibles par les Tchetniks en Bosnie orientale et en Herzégovine, certains Bosniaques musulmans sont amenés, pour se défendre, à rejoindre des unités militaires oustachies ; d'autres, au contraire, forment leurs propres unités tchetniks[72].

Monument aux morts à Šolta, en Croatie.

Dès le mois d'août, le régime de Pavelić a perdu le contrôle de l'essentiel des régions de Lika et Kordun, et de pans entiers de la Bosnie-Herzégovine : il doit alors demander l'aide de ses protecteurs italiens auxquels les Allemands, trop occupés par l'invasion de l'URSS, ont délégué les opérations en Croatie. Les Italiens interviennent et s'emploient à pacifier la zone d'insurrection en risquant le moins de vies possibles : ils lancent une campagne de propagande assurant qu'ils sont venus pour protéger les populations, et appellent à la fin de l'insurrection sans toujours demander aux rebelles de rendre leurs armes. Certains groupes insurgés, qui souhaitaient avant tout se défendre contre les Oustachis et non combattre les Italiens, abandonnent alors le combat ; les communistes eux-mêmes sont confrontés au manque de motivation de leurs recrues[69].

Dépassés par la situation et par une insurrection qu'ils n'avaient pas prévue, souvent révoltés par les atrocités des Oustachis, les Italiens ont recours à des arrestations arbitraires et créent des tribunaux d'exception, qui prononcent 23 condamnations à mort en 1941 ; des militaires italiens prennent cependant l'initiative de protéger des populations civiles. En juillet, les groupes rebelles serbes à la frontière entre la Dalmatie, la Bosnie et la Croatie prennent contact avec les Italiens, à qui ils font savoir qu'ils n'ont aucune hostilité envers eux, et qu'ils arrêteront le combat en échange de leur protection. Les Italiens étendent alors leur zone d'occupation à toute la région côtière, ainsi qu'à l'intégralité de la zone démilitarisée, d'où les unités oustachies sont évacuées. Un accord est conclu entre les chefs rebelles serbes et les Italiens pour arrêter les combats dans la zone d'occupation italienne et pour coopérer contre les infiltrations communistes. Des communautés croates et musulmanes tentent également d'obtenir la protection des Italiens pour se prémunir contre les représailles serbes. Outre le leader tchetnik d'avant-guerre Ilija Trifunović-Birčanin, qui opère dans la région de Split, plusieurs chefs tchetniks émergent à l'époque en Croatie : le journaliste Radmilo Grdjić, le militant nationaliste Dobroslav Jevđević, et le pope Momčilo Đujić[52]. Mihailović envoie en Bosnie divers officiers, dont en août le major Jezdimir Dangić, avec pour mission d'organiser les Tchetniks locaux[60].

À la fin de 1941, l'État indépendant de Croatie est dans une situation difficile : son économie est en mauvais état, et incapable de répondre aux demandes des Allemands et des Italiens. Le régime parvient à maintenir son autorité à Zagreb, principalement parce que le commandement allemand s'y trouve ; la capitale croate accueille par ailleurs de nombreux Musulmans qui ont fui les raids des Tchetniks. L'« aryanisation » et la « croatisation » des biens serbes et juifs se poursuivent, mais ne sont souvent que des prétextes pour se livrer à des actes de pillage. La Croatie continue entretemps d'être le théâtre d'affrontements ethniques sanglants tandis que des groupes tchetniks serbes répondent à la terreur oustachie en s'en prenant aux Croates et aux Musulmans[52].

Monténégro[modifier | modifier le code]

Les Italiens prévoient de faire du Monténégro un État-satellite, mais n'ont pas de plan précis quant à son gouvernement ou même ses frontières exactes. Leur projet de restaurer le Royaume du Monténégro - auquel la famille royale italienne est attachée, la reine Hélène en étant originaire - se heurte à un premier obstacle lorsque le prince Michel, que les Allemands maintiennent alors en détention, refuse catégoriquement de reprendre la couronne monténégrine dont il est l'héritier. Entretemps, durant les premières semaines d'occupation du Monténégro, les Italiens font preuve de bonne volonté, libèrent des prisonniers de guerre, et conservent l'administration d'avant 1941. Ils ne se rendent cependant pas compte que les séparatistes « Verts » monténégrins, sur lesquels ils pensent s'appuyer pour diriger le pays, ne bénéficient d'aucun soutien populaire, et que des insurrections sont en pleine préparation. De nombreux militaires monténégrins, après avoir combattu sur le front albanais, sont en effet revenus en ramenant leurs armes. Les communistes préparent eux aussi leur propre soulèvement : Milovan Djilas et Arso Jovanović, des natifs du Monténégro, sont envoyés sur place par Tito pour organiser les Partisans locaux[73],[74].

Le Monténégro occupé : le gouvernorat italien en orange ; les régions annexées par le royaume d'Italie en vert-de-gris ; le protectorat albanais, auquel sont rattachées des régions monténégrines, en vert clair.

Le 12 juillet, une assemblée présidée par le leader séparatiste monténégrin Sekula Drljević proclame la restauration de la monarchie monténégrine et demande au roi d'Italie Victor-Emmanuel III de nommer un régent. Mais cette proclamation est immédiatement suivie d'une insurrection générale, menée à la fois par les communistes et par des militaires nationalistes dont les principaux chefs sont Bajo Stanišić, Đorđe Lašić et Pavle Đurišić. Dès le 15 juillet, le général italien Alessandro Pirzio Biroli reçoit les pleins pouvoirs pour mater la rébellion. Avec l'aide de troupes irrégulières formées d'Albanais et de Musulmans du Sandjak, les Italiens mènent une contre-insurrection vigoureuse, brûlant des villages, exécutant plusieurs centaines d'habitants et arrêtant entre 10 000 et 20 000 personnes : les irréguliers musulmans sont autorisés à se livrer à des pillages[73]. Face à la répression, l'insurrection se délite, faute d'unité et de moyens militaires suffisants : les groupes nationalistes ne sont en effet pas coordonnés entre eux, seul Đurišić semblant avoir eu des contacts avec le mouvement de Mihailović[74]. Les communistes, quant à eux, tentent de former une alliance avec les nationalistes : Djilas propose vainement à Stanišić la direction de l'ensemble des opérations militaires[73].

Le 12 août, Pirzio Biroli envoie un rapport sur la situation, dans lequel il recommande d'abandonner l'idée d'un État monténégrin indépendant. En octobre, Mussolini se range à ses arguments et décide d'en rester à une administration purement militaire du Gouvernorat du Monténégro. Une partie des groupes insurgés, une fois le projet d'un Monténégro indépendant enterré, ne souhaite pas poursuivre le combat contre les Italiens, et veut uniquement en découdre avec les bandes musulmanes qui menacent les populations locales. Les communistes sont, quant à eux, divisés entre ceux qui, comme Djilas, prônent une relative modération et des alliances tactiques avec les nationalistes, et les plus radicaux qui préconisent de tuer aussi bien les Italiens que les opposants de toutes sortes, les communistes « fractionnistes », les Partisans déserteurs, les « koulaks » et les « espions », notamment musulmans. La ligne radicale l'emporte et les communistes monténégrins se livrent à des campagnes de terreur pour éliminer toute concurrence potentielle. Leur insurrection décline en fin d'année quand Tito rappelle une partie de ses hommes en Serbie pour y soutenir les Partisans locaux qui sont en difficulté face aux Allemands : Djilas lui-même est rappelé en Serbie en novembre. Durant leur retraite du Monténégro, les Partisans se livrent à de nombreuses exécutions sommaires[73],[74].

Đurišić, désireux de poursuivre le combat contre les Albanais et les Musulmans, tente en décembre d'entrer en contact direct avec Mihailović : il ne parvient à rencontrer que l'un des émissaires de ce dernier, le capitaine Rudolf Perhinek, dont les instructions sont peu précises. Ayant reçu un ordre écrit signé par Perhinek, Đurišić le falsifie pour le transformer en un ordre de Mihailović lui-même, qui le nomme officiellement chef des Tchetniks du Monténégro. Il semble également avoir falsifié une instruction signée de Mihailović et ordonnant l'élimination non seulement des communistes, mais également des populations musulmanes[73].

Les Partisans conservent un contrôle précaire de la région nord-ouest qui relie le Monténégro à l'est de la Bosnie, ainsi que de la frontière est du Monténégro. En janvier-février 1942, ils tiennent durant un mois et demi la ville de Kolašin, dont ils tuent 300 habitants : leurs actions achèvent de retourner la population locale contre eux. Stanišić proclame la « révolte » contre les communistes. Djilas, qui revient en mars au Monténégro, retrouve un pays ravagé par la violence, où les campagnes de terreur des communistes ont favorisé les occupants[75].

Le gouverneur Pirzio Biroli décide de jouer des dissensions entre groupes rebelles. En mars, les Italiens parviennent à un accord avec Stanišić qui accepte, en échange de nourriture et de matériel pour ses hommes, de ne plus attaquer les occupants et de se concentrer sur la lutte contre les communistes. Đurišić semble avoir conclu un accord similaire. Le général Blažo Đukanović, ancien ban de la Zeta, est quant à lui reconnu en mars par Stanišić et Đurišić comme porte-parole des « nationalistes » locaux. Outre leur accord avec les Tchetniks, les Italiens s'appuient au Monténégro sur des rivaux de ces derniers, la milice des « Verts » séparatistes dirigée par Krsto Popović[75].

Serbie[modifier | modifier le code]

Un double soulèvement[modifier | modifier le code]

L'insurrection en Serbie se déclenche, chronologiquement, après celles de Croatie et du Monténégro : elle est cependant plus structurée que ces soulèvements spontanés et, surtout, marque le véritable début de la guerre intra-yougoslave qui oppose les deux mouvements de résistance. Contrairement aux Tchetniks, les Partisans de Tito passent immédiatement à l'action, se livrant notamment à de nombreux sabotages des voies de communication dans l'espoir de soulager le front russe[62]. Dès le mois de juillet, les actions des communistes se multiplient en Serbie[63]. L'ampleur même du soulèvement pose des difficultés aux communistes, qui n'avaient pas prévu un tel afflux de recrues : Tito doit commander une masse de paysans serbes, rétifs à l'endoctrinement idéologique, et qui ne souhaitent pas s'éloigner de leurs villages[76].

Alors que les Partisans ont déjà engagé le combat contre les forces d'occupation, Mihailović demeure réticent à faire de même : il se conforme à la directive du gouvernement royal en exil qui, le 22 juillet, appelle les Yougoslaves, via un message diffusé par la BBC, à éviter les actions de résistance ouverte et à attendre un débarquement des Alliés. Il ordonne cependant à contre-cœur de mener des actions de sabotage, afin de ne pas laisser aux communistes l'exclusivité de la résistance active : les Tchetniks de Mihailović demeurent cependant nettement moins actifs que les Partisans[62]. Leur premier véritable fait d'armes a lieu le 31 août, quand un groupe de Tchetniks, théoriquement subordonné à Mihailović, prend aux Allemands la ville de Loznica. Dès cette époque, les officiers qui reconnaissent Mihailović comme leur chef sont divisés : certains considèrent d'emblée que s'opposer aux communistes est une priorité plus urgente que de combattre les occupants[77] ; d'autres sont impatients de combattre les Allemands, d'autres enfin craignent d'exposer la population serbe aux représailles. Les communistes envoient des émissaires à Mihailović, qui accepte de coopérer avec eux : à partir de fin août, Partisans et Tchetniks mènent des actions conjointes contre les forces d'occupation en Serbie[60]. Entretemps, dans le Kosovo que les Italiens ont rattaché à l'Albanie, les Tchetniks n'opposent qu'une résistance limitée aux Albanais qui s'en prennent aux populations serbes, tandis que celle des communistes locaux est quasiment nulle[35].

Partisans et Tchetniks escortant des prisonniers allemands.

Le déclenchement de l'insurrection pousse les Allemands à prendre des mesures radicales en Serbie ; les occupants tentent dans le même temps de faire participer les populations locales à la lutte contre les insurgés : la nomination du général Nedić à la tête du gouvernement serbe fait partie de leurs efforts en ce sens[63]. Devant la multiplication des actes de résistance, les Allemands déclarent la Serbie zone de guerre : des troupes sont envoyées en renfort depuis la Grèce, la Roumanie et la Croatie. Ne pouvant se permettre de dégarnir trop longtemps leurs garnisons, les Allemands usent de méthodes de terreur pour mater rapidement la population. Les premières exécutions d'otages serbes ont lieu fin juillet ; des villages entiers sont brûlés[78].

En septembre, sur ordre d'Hitler, le haut commandement de la Wehrmacht officialise l'instruction émise en avril par Von Weichs selon laquelle cent personnes seront exécutées pour chaque soldat allemand tué, et cinquante pour chaque soldat blessé. Le général Franz Böhme, envoyé de Grèce avec les pleins pouvoirs pour écraser la rébellion, ordonne d'appliquer cet ordre sans aucune exception. Fin octobre, les voies de communication en Serbie sont paralysées : plusieurs petites villes sont entre les mains des insurgés, qui commencent à faire le siège de localités plus grandes. Les hommes de Mihailović tiennent Požega, tandis que Tito a établi son quartier-général à Užice : dans cette dernière ville, surnommée la « République d’Užice », les Partisans mettent en place un embryon de régime communiste et exécutent des militants coupables de déviations politiques[78],[79].

Le 19 septembre, Mihailović rencontre Tito, à l'initiative de ce dernier. Les deux chefs de la résistance ne parviennent pas à trouver un accord, en raison de leur méfiance mutuelle, mais surtout de leurs divergences stratégiques fondamentales : alors que Tito souhaite unir leurs forces en vue d'un soulèvement général, Mihailović veut mettre fin à une insurrection qu'il juge prématurée et dont il pense qu'elle ne pourra que mettre les populations civiles en danger[78],[79]. Pour Tito, au contraire, la répression allemande aura l'avantage de gagner les populations à la cause de la résistance[67]. Mihailović, comme d'ailleurs les Allemands, ignore alors la véritable identité de Tito : lui et ses subordonnés prennent initialement le chef communiste (qui, ayant grandi en parlant le slovène et le dialecte kaïkavien, s'exprime en serbo-croate avec un accent) pour un agent russe qui aurait été parachuté par les Soviétiques[80],[81]. Après être parvenu à un modus vivendi incertain avec Mihailović, Tito assiste à la fin du mois à une réunion des chefs du Parti communiste, au cours de laquelle il est décidé de provoquer des soulèvements dans toute la Yougoslavie pour s'emparer de territoires, tout en évitant le combat direct avec les troupes d'occupation. Un commandement suprême des Détachements de Partisans est créé, sous la direction de Tito[78].

Sur les conseils de Hugh Dalton, responsable du SOE, Winston Churchill ordonne en septembre l'envoi d'une mission d'information auprès de la résistance yougoslave. La mission est composée de deux officiers yougoslaves, Zaharije Ostojić et Mirko Lalatović, et d'un Britannique, le capitaine Hudson, ancien agent du SOE en Serbie. Les envoyés débarquent le 20 septembre sur les côtes monténégrines et se dirigent ensuite vers la Serbie. Ostojić et Lalatović prévoient de rejoindre directement Mihailović - dont ils deviennent par la suite des subordonnés - mais Hudson, qui a pour mission de s'informer sur la situation globale, prend d'abord contact avec les Partisans. Favorablement impressionné par l'activité de ces derniers, il en informe sa hiérarchie. Des communistes escortent ensuite Hudson et Ostojić jusqu'à Užice, où Hudson rencontre Tito fin octobre. Le chef des Partisans lui assure alors que, contrairement à ce que croient les Britanniques, ses hommes sont les seuls à combattre les occupants[82].

Cadavres d'otages abattus à Kragujevac.

Entre le 18 et le 21 octobre, pour faire un exemple après une attaque conjointe des Partisans et des Tchetniks, les troupes allemandes, aidées d'unités Volksdeutsche, de Volontaires Serbes et de soldats de la Garde nationale serbe, effectuent des arrestations massives au sein de la population masculine de Kragujevac et Kraljevo, en vue d'exécuter tous les hommes. Les 20 et 21, plus de 2 000 personnes, dont des enfants, sont massacrés à Kragujevac[79],[67],[76].

Monument au parc mémoriel de Šumarice, établi sur le site du massacre de Kragujevac.

Cette tuerie confirme les craintes de Mihailović quant au caractère prématuré du soulèvement et aux risques de représailles allemandes : le chef des Tchetniks est alors conforté dans sa stratégie. Le capitaine Hudson rejoint quelques jours plus tard le quartier-général Tchetnik de la Ravna Gora[67] : Mihailović, qui a été informé par Ostojić de ses contacts avec les Partisans, le reçoit froidement[82], mais cette arrivée lui fait espérer une aide concrète de la part des Britanniques. En attendant, Tito ayant proposé de partager des armes, Mihailović évite le conflit ouvert avec les communistes. Des accrochages entre Partisans et Tchetniks ont cependant lieu dès le mois d'octobre[67]. Fin octobre, les Britanniques, qui jugent le soulèvement serbe prématuré mais héroïque, décident, en accord avec le gouvernement yougoslave en exil, de venir directement en aide à Mihailović. Le Middle East Command du Caire reçoit l'ordre de ravitailler les Tchetniks par air et par mer[82]. Le 15 novembre, la BBC annonce la nomination de Mihailović au poste de commandant de l'Armée yougoslave dans la patrie, qui devient le nom officiel des Tchetniks[76].

Début du conflit entre Partisans et Tchetniks[modifier | modifier le code]

Entretemps, le 27 octobre, Tito et Mihailović se rencontrent pour la seconde et dernière fois. Tito propose que Hudson, qui vient d'arriver chez les Tchetniks, participe aux discussions, mais Mihailović, souhaitant éviter de montrer ses différends avec les Partisans devant un agent britannique, refuse. Un accord de portée limitée est conclu, qui prévoit notamment que les deux mouvements partagent les armes qu'ils auront récupérées. Mihailović semble cependant avoir, dès ce moment, envisagé de passer à l'attaque contre les communistes, et repoussé l'opération uniquement parce qu'il ne disposait pas d'assez d'armes[79],[83].

Quelques jours après cette deuxième rencontre, les hostilités ouvertes éclatent entre Partisans et Tchetniks : dans la nuit du 1er au 2 novembre, les Tchetniks attaquent le bastion des Partisans à Užice, mais sont repoussés. Les affrontements entre les deux factions se multiplient, avec les populations civiles prises entre deux feux. Mihailović demande au gouvernement yougoslave de Londres d'accélérer l'envoi de l'aide britannique, sur laquelle il compte désormais pour combattre les communistes. Hudson, de son côté, informe Le Caire que l'envoi de l'aide risque d'alimenter une guerre civile : après avoir reçu une première livraison d'armes par avion le 9 novembre, les Tchetniks attendent en vain la seconde. Les Allemands, entretemps, poursuivent leur offensive, commencée fin septembre, contre les « bandes communistes » (appellation désignant conjointement les hommes de Tito et de Mihailović) et se rapprochent des quartiers-généraux des Partisans et des Tchetniks[79].

Carte de l'« opération Užice », première offensive allemande contre les Partisans.

Le gouvernement de Milan Nedić tente de son côté de régler la situation : bien qu'opposé aux deux mouvements de résistance, Nedić juge possible de discuter avec Mihailović, qui a été son subordonné dans l'armée royale yougoslave. Malgré l'opposition de Böhme, il fait passer fin octobre à Mihailović des messages lui proposant de « légaliser » ses Tchetniks, c'est-à-dire de leur fournir des armes contre les communistes en échange d'une fin de l'insurrection. L'Abwehr, le service secret allemand, informé du conflit entre les deux factions de résistance, décide d'exploiter cette faille pour neutraliser au moins l'un des deux groupes. Josef Matl, responsable de l'Abwehr à Belgrade, prend contact avec des subordonnés de Mihailović et propose de parlementer avec ce dernier. Bien que bénéficiant, auprès de la population serbe, d'une popularité supérieure à celle des Partisans, Mihailović se trouve à ce moment dans une situation quasi désespérée : ses hommes sont en échec face aux Partisans et incapables de faire face à l'offensive des Allemands, tandis que l'aide britannique ne semble plus devoir arriver. Acceptant la proposition de Matl, il rencontre ce dernier à Divci. Espérant obtenir de la part des Allemands des armes pour combattre les communistes, Mihailović accepte le principe d'une trêve avec les occupants mais souhaite conserver le contrôle des territoires pris par ses troupes. Les Allemands, quant à eux, demandent que les Tchetniks déposent immédiatement les armes, ce que Mihailović refuse. N'ayant pu trouver un terrain d'entente avec Mihailović, les Allemands tentent ensuite d'arrêter ce dernier, le manquant de peu[79],[76],[83]. Le chef tchetnik dissimule cette rencontre à Hudson, et n'en fait pas non plus part au gouvernement en exil[79].

Pendaison en mai 1942 à Valjevo de l'officier Partisan Stjepan Filipović.

Tito ayant proposé une troisième rencontre pour tenter de mettre un terme au conflit entre les factions yougoslaves, des représentants partisans (Aleksandar Ranković, Ivo Lola Ribar et Petar Stambolić) et tchetniks (Mirko Lalatović et Radoslav Đurić) parlementent fin novembre et parviennent à un accord précaire sur les actions à mener en commun contre les occupants. Mais d'importantes dissensions demeurent et l'accord n'est finalement pas appliqué : dans le même temps, en effet, les Allemands passent à la dernière phase de leur offensive contre la résistance serbe. Tito et Mihailović se parlent une dernière fois au téléphone le 28 novembre : Tito annonce qu'il va défendre ses positions, et Mihailović qu'il va disperser ses hommes. Finalement, les Partisans quittent Užice le lendemain : avec une troupe de 10 000 hommes et femmes, Tito évacue la Serbie en direction du Sandjak[76],[79].

Les Tchetniks se retirent quant à eux vers leur bastion de la Ravna Gora, mais sont ensuite attaqués par les Allemands durant le mois de décembre. Mihailović, après avoir une nouvelle fois évité de peu la capture, gagne la montagne de Rudnik, avec une petite escorte. Les Allemands mettent sa tête à prix le 10 décembre. Mihailović ordonne à la majorité de ses détachements de se disperser, mais autorise 2 000 à 3 000 de ses hommes à être « légalisés », devenant ainsi des auxiliaires du régime de Nedić. Cette instruction n'est apparemment pas venue de Mihailović lui-même, qui semble cependant l'avoir approuvée. Si le chef des Tchetniks ne passe pas à la collaboration ouverte comme Kosta Pećanac, cet arrangement permet en effet à une partie de ses hommes de bénéficier d'un salaire et de recevoir le matériel nécessaire pour continuer le combat contre les communistes, tout en évitant d'être attaqués par les Allemands. Outre ces troupes légalisées, certains Tchetniks passent en Bosnie pour combattre les Oustachis : la majorité abandonne cependant la lutte. Mihailović lui-même est en fuite, sans troupes sous son commandement direct et sans contact radio avec l'extérieur : la propagande britannique, dans le même temps, le présente comme le chef d'un vaste mouvement de résistance nationale. Fin 1941-début 1942, alors que Tito et les Partisans sont encore inconnus du grand public hors de la Yougoslavie, la presse alliée - britannique, mais aussi américaine - exagère démesurément les exploits des Tchetniks en les décrivant comme les héros d'un « second front » parallèle au théâtre d'opérations africain. Le 7 décembre, Mihailović est promu général[76],[79].

En janvier 1942, Slobodan Jovanović succède à Simović comme premier ministre du gouvernement en exil : Mihailović est alors nommé au poste de ministre de la guerre[84]. Après s'être caché dans la région des monts Rudnik, il ne reprend qu'en mars des contacts radio réguliers avec l'extérieur. Les Britanniques envoient deux groupes pour reprendre le contact avec Mihailović et Hudson. Cependant, le premier groupe est capturé par les Oustachis et les membres du second semblent avoir été tués en chemin ; Partisans et Tchetniks se rejettent par la suite la responsabilité de la disparition du commando britannique. En mars, les Britanniques reprennent leurs parachutages d'armes aux Tchetniks, qui n'en récupèrent qu'une partie. Hudson est quant à lui tenu à l'écart par Mihailović - qui lui reproche ses contacts avec les Partisans - et semble avoir été virtuellement prisonnier des Tchetniks : il n'est autorisé que début mai à reprendre contact avec le QG du Caire, en utilisant l'appareil radio de Mihailović. Ce dernier décide de se rapprocher des chefs tchetniks monténégrins comme Đurišić, qui ont des territoires sous contrôle : il quitte mi-mai la Serbie pour le Monténégro[85].

Slovénie[modifier | modifier le code]

Troupes italiennes dans la province de Ljubljana, en Slovénie occupée.

En Slovénie occupée, les politiques d'italianisation et de germanisation, et plus encore les déplacements de populations imposés par les Allemands, alimentent le ressentiment contre les occupants. La zone d'occupation allemande du nord présentant trop de difficultés pour lancer une insurrection, c'est dans la zone italienne au sud, avec l'aide de nombreux réfugiés venus des zones allemande et hongroise, que les communistes locaux, commandés notamment par Edvard Kardelj, commencent à mettre sur pied leur organisation. Ils forment avec des chrétiens sociaux et des libéraux de gauche une coalition, le Front de libération (Osvobodilna fronta, ou OF)[36], qui affiche des idées politiques modérées sur une base « patriotique ». Durant l'été 1941, le Front de libération multiplie les actions de sabotage et les coups de main contre les occupants. Les Italiens réagissent avec une grande brutalité : la ville de Ljubljana est entourée d'un réseau de fil de fer barbelé, les postes militaires se multiplient, et des camps de concentration sont ouverts, notamment sur l'île de Rab[86]. Entre 1941 et 1943, la répression fait 9 000 morts en Slovénie : environ 35 000 personnes sont envoyées dans des camps[87]. Les Italiens ne parviennent ni à pacifier le territoire, ni à trouver avec les Slovènes une politique de collaboration sincère et efficace : dès décembre 1941, Marko Natlačen, déçu de voir le pays passé d'une domination serbe à une domination italienne, démissionne de la Consulta[88].

Les actions du Front de libération suscitent rapidement l'hostilité des élites traditionnelles slovènes, qui les jugent trop risquées : à la demande de Natlačen, Mgr Rožman dénonce publiquement les menées des communistes. Des émissaires de Mihailović - qui cherche alors à créer ses réseaux en Slovénie, lors de l'une de ses rares tentatives pour rallier des non-Serbes à sa cause - prennent contact avec les organisations de droite, mais aussi avec certains membres non communistes de l'OF. À la fin de 1941, les communistes, qui tendent à prendre le contrôle total du Front de libération, commencent à assassiner les « traîtres » qui dénoncent les Partisans locaux, ou bien qui recrutent pour les groupes concurrents du Front. Leurs actions contribuent à pousser certains non communistes vers la collaboration avec les occupants[36].

Macédoine[modifier | modifier le code]

Monument à la résistance à Gostivar (Macédoine).

La Macédoine représente un cas particulier, du fait de son identité nationale incertaine : le responsable local du Parti communiste de Yougoslavie, Metodi Shatorov, a en effet, avec l'essentiel de la direction macédonienne, transféré son allégeance, après l'invasion, au Parti communiste bulgare[27].

Après l'attaque contre l'URSS, les Soviétiques donnent satisfaction à Tito en reconnaissant la légitimité des frontières macédoniennes d'avant-guerre, et donc la légitimité du PC yougoslave, au détriment de son homologue bulgare, pour gérer les opérations en Macédoine. Tito envoie Lazar Koliševski pour remplacer Shatorov et reprendre en main l'appareil local du PCY[39]. À partir d'octobre 1941, des groupes de Partisans mènent des attaques contre les occupants en Macédoine. La résistance macédonienne a cependant de grandes difficultés à se développer avant la mi-1942[89] : les militants communistes sont rares en Macédoine et la plupart sont davantage favorables à une fédération balkanique qu'à une restauration de la Yougoslavie. Koliševski lui-même est arrêté par les Bulgares dès novembre 1941[39]. En avril 1942, les Partisans macédoniens fomentent une insurrection dans la région du Vardar, mais leur tentative de soulèvement est brutalement réprimée par les occupants bulgares[90]. En raison de la distance géographique, d'un terrain difficilement praticable, de l'absence de Macédoniens au sein de la direction des Partisans, mais aussi de conditions d'occupation que la population juge initialement moins dures que la domination des Serbes, la Macédoine demeure jusqu'au début de 1943 un terrain d'opérations marginal du conflit yougoslave[91]. Ce n'est qu'à partir de l'été 1942 que la détérioration des conditions de vie, la conscription dans l'armée bulgare et la politique de « bulgarisation » imposée par les occupants commence à indisposer suffisamment les Macédoniens pour permettre aux groupes insurgés d'augmenter leurs effectifs. Les communistes choisissent de jouer sur le nationalisme anti-serbe des Macédoniens, mais c'est justement un Serbe, Svetozar Vukmanović, que Tito choisit pour réorganiser les Partisans locaux ; le nouveau chef n'arrive d'ailleurs sur place que début 1943. Radoslav Đurić devient en avril 1942 chef des Tchetniks locaux. Il s'emploie à contrer les Bulgares et les communistes mais n'obtient guère de résultats, tandis que la police bulgare effectue de nombreuses arrestations parmi ses hommes[92].

Conséquences sur l'Albanie voisine[modifier | modifier le code]

L'insurrection communiste en Yougoslavie déborde sur le protectorat italien d'Albanie, auquel ont été annexés plusieurs territoires yougoslaves et où Tito envoie des agents organiser la résistance locale. C'est avec le soutien des Yougoslaves qu'Enver Hoxha devient le chef du nouveau Parti communiste d'Albanie, fondé en novembre 1941. Avec l'aide des hommes de Tito, les Albanais créent leur propre organisation de Partisans, le Mouvement de libération nationale : Mehmet Shehu, ancien des Brigades internationales, devient son chef militaire. À partir du printemps 1942, des petits groupes de Partisans albanais lancent des attaques sporadiques contre les Italiens et les collaborateurs locaux[93].

Opérations de 1941 à 1943[modifier | modifier le code]

Une guerre civile dans la guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dès l'invasion de 1941 jusqu'aux derniers jours du conflit mondial et même au-delà, la Yougoslavie est le théâtre d'affrontements extrêmement sanglants et d'exactions commises tant par les diverses factions yougoslaves que par les occupants : à l'affrontement des résistants et des forces de l'Axe s'additionnent la guerre entre groupes insurgés, les épurations politiques et les nettoyages ethniques commis par l'ensemble des belligérants. Outre les atrocités des Oustachis contre les Serbes[51], les Tchetniks commettent eux aussi de nombreux massacres de populations civiles : usant fréquemment de l'arme blanche comme les Oustachis, ils se livrent contre les Musulmans et les Croates à des actes de barbarie qui sont en partie, mais pas uniquement, des réactions à celle du régime de Pavelić[94]. Les Tchetniks brûlent ainsi des villages dont ils exterminent toute la population masculine, tuant des responsables musulmans et écorchant vifs des prêtres catholiques[95]. Si les violences contre les civils musulmans sont principalement le fait des Tchetniks, les Oustachis s'en prennent également à eux, de manière croissante durant le conflit[66]. Les Partisans se livrent eux aussi à des exactions, non seulement à l'encontre de populations civiles - bien qu'à un degré moindre, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, que les Oustachis, les Tchetniks et les occupants[44] - mais aussi contre les occupants : lors de l'insurrection au Monténégro durant l'été 1941, des soldats italiens capturés sont suppliciés par les communistes, qui arrachent leurs viscères pour les donner à manger à des porcs ou fracassent leurs crânes à coups de marteau[96] ; en Serbie, les Partisans attaquent un train allemand qu'ils laissent ensuite arriver à destination avec à l'intérieur les cadavres des soldats dont l'un, cuit vivant à la broche, est mis en évidence[97]. Partisans et Tchetniks, ayant de l'avenir de la Yougoslavie des conceptions radicalement antagonistes, sont opposés dans un combat idéologique qui prend souvent le pas sur la libération du pays. Si l'idéologie « grand-serbe » des Tchetniks leur permet d'obtenir un soutien populaire en Serbie et au Monténégro, ils sont cependant loin de gagner l'adhésion de tous les Serbes : les Partisans s'avèrent en effet plus efficaces pour protéger des Oustachis les villages serbes, ce qui leur vaut d'être soutenu par de nombreux Serbes de Croatie[98].

Confrontés à des insurrections dont ils n'avaient prévu ni l'ampleur ni la violence, ne disposant pas d'effectifs suffisants pour maintenir l'ordre dans un territoire dont une partie est en plein chaos, les occupants prennent les mesures les plus brutales - qu'il s'agisse des nombreuses rafles et exécutions d'otages ou des camps allemands et italiens - et se livrent à de nombreuses atrocités, contre les populations civiles et les résistants. La violence de l'occupation va croissant à mesure que les troupes de l'Axe lancent une offensive après l'autre contre la résistance : des Partisans capturés par les Allemands sont ainsi écrasés vivants à l'aide de tanks[56].

Alliance entre Tchetniks et Italiens au Monténégro[modifier | modifier le code]

Le chef tchetnik Pavle Đurišić en compagnie du gouverneur italien Alessandro Pirzio Biroli.

Dans le gouvernorat italien du Monténégro, les exactions des communistes ont eu pour effet de gonfler les rangs des Tchetniks locaux[74]. Alors que Stanišić vient, le 6 mars, de s'allier avec les Italiens contre les communistes, Tito envoie, le 10, une directive aux Partisans monténégrins, à qui il ordonne de concentrer leurs attaques sur les Tchetniks, quitte à éviter le combat contre les Italiens. Les Partisans regagnent du terrain au Monténégro mais, fin mars, les occupants mènent - parallèlement à l'« opération Trio » qui se déroule en Bosnie - une offensive contre les Partisans avec le soutien des Tchetniks : pratiquement tous les Partisans restants sont chassés du Monténégro[99].

Le territoire étant désormais pacifié, les Italiens partagent dans les faits le pouvoir avec les Tchetniks et les séparatistes « Verts ». Stanišić a la haute main sur les régions centrales, tandis que Đurišić, qui a établi son quartier-général à Kolašin, domine le nord du pays. Les Tchetniks doivent cependant se résigner à ce que le séparatiste Popović ait la responsabilité officielle des régions de Cetinje et Bar. Le 24 juillet, un accord est conclu qui reconnaît Đukanović comme le chef officiel des forces armées nationalistes du Monténégro, à la tête d'un « comité national » dont les fonctions semblent avoir été essentiellement symboliques. Stanišić et Popović sont cependant les véritables dirigeants locaux, tandis que Đukanović, qui réside à Cetinje, n'a pas de troupes sous ses ordres. Les Tchetniks et les Verts participent à des opérations de maintien de l'ordre aux côtés des Italiens[100].

Mihailović lui-même et son escorte arrivent en juin au Monténégro. Par la suite, lors de son procès en 1946, Mihailović affirme avoir du accepter les arrangements avec les Italiens, ayant trouvé la situation en l'état. Il n'a en outre pas de troupes sous ses ordres directs, au contraire de Đurišić et Stanišić, qui le reconnaissent comme chef théorique en vertu de son autorité « morale », mais agissent en toute indépendance. Mihailović, dont l'entourage ne s'entend guère avec les chefs monténégrins, s'installe dans le village de Gornje Lipovo ; les Italiens prennent le parti d'ignorer sa présence. Acceptant la nomination de Đukanović, il tente de profiter de la situation en exploitant les armes et le matériel fournis par les Italiens, et en préparant les Tchetniks locaux au futur débarquement des Alliés dans les Balkans[100].

La branche monténégrine des Tchetniks, très attachée à son identité serbe, se signale en outre par son idéologie radicale. L'anticommunisme y est aussi extrême que les actions des communistes monténégrins, et l'hostilité envers les Musulmans y est profonde : les contacts avec la Dalmatie et l'Herzégovine ont par ailleurs convaincu une partie des Tchetniks de la nécessité de se séparer des Croates, même au prix de l'unité yougoslave. Le 1er décembre, afin de préparer un programme politique en vue de l'après-guerre, Đurišić organise un congrès tchetnik à Šahovići, dans les bouches de Kotor : celui-ci se déroule en présence de représentants de la société civile serbe, mais en l'absence de Mihailović et Đukanović qui ont cependant envoyé des représentants. Le congrès, dominé par Đurišić et son entourage, sert surtout à exprimer des positions extrémistes et intolérantes : les participants concluent à la nécessité de restaurer la monarchie yougoslave en établissant après la guerre une « dictature tchetnik » temporaire, tout en séparant les populations serbes, croates et slovènes[100].

Sur le plan militaire, Đurišić s'emploie essentiellement à venger les persécutions subies par les Serbes. Il conduit au Monténégro et à la frontière bosniaque des raids de représailles qui visent théoriquement les milices musulmanes mais, dans les faits, frappent souvent des populations civiles[74] : il détruit ainsi de nombreux villages musulmans, ce dont il se vante volontiers auprès de Mihailović. Ce dernier, s'il semble avoir désapprouvé ces actions et s'en être plaint à de son entourage, ne prend aucune mesure concrète pour arrêter les massacres. Dépendant des différents chefs locaux dont il ne peut ni approuver publiquement ni condamner les actions, il cherche avant tout à maintenir la cohésion du mouvement tchetnik dans l'attente de l'arrivée des Alliés[101]. Pour l'historien Stevan K. Pavlowitch, soit Mihailović était dans l'incapacité de mettre un terme aux exactions commises par les Tchetniks, soit il ne souhaitait pas le faire[102].

Opérations en Bosnie-Herzégovine et en Croatie[modifier | modifier le code]

Conflit entre Partisans et Tchetniks en Bosnie-Herzégovine[modifier | modifier le code]

Fin 1941, les Partisans, chassés de Serbie, perdent également l'essentiel de leurs positions au Monténégro. Tito décide alors d'éviter le territoire monténégrin et de rejoindre la Bosnie, pour y créer un lien entre les zones d'opérations bosniaque et monténégrine. Après avoir, le 14 décembre, évité de peu de se faire capturer par les Italiens, il rejoint Svetozar Vukmanović qui est parvenu à prendre le contrôle de territoires importants à l'est de la Bosnie. Tito et ses hommes s'installent à Foča, une ville qui a changé plusieurs fois de main et dont la population a fait l'objet de massacres de la part des différentes factions, les Oustachis ayant d'abord visé les Serbes, puis les Tchetniks les Croates et les Musulmans. Les communistes ne rencontrent que peu de résistance de la part des Tchetniks locaux, qui ne souhaitent pas affronter d'autres Serbes. Les Partisans mènent eux aussi des campagnes de terreur, contre des Tchetniks, des communistes jugés trop modérés, des paysans riches ou des gendarmes, mais aussi en pillant des villages croates et musulmans. Depuis la Bosnie, ils commencent à réorganiser leurs formations militaires. Le 21 décembre, la « 1e Brigade prolétarienne » est formée, sous le commandement de Koča Popović : elle constitue le modèle des autres brigades partisanes, formations de base qui servent par la suite aux Partisans à se transformer en « Armée de libération nationale »[70],[103].

Dans un premier temps, les Partisans se concentrent principalement sur le combat contre les Tchetniks de Bosnie, au détriment de la lutte contre les occupants. Le major Boško Todorović, l'un des représentants de Mihailović, était parvenu à unifier les groupes locaux, à leur conseiller la prudence dans leur alliance avec les Italiens et à leur faire combattre principalement les Oustachis tout en laissant les occupants se charger des communistes : il est tué par les Partisans en février 1942. Les attaques des communistes conduisent les nationalistes locaux à s'allier d'autant plus avec les Italiens[103]. Les excès de chacun des camps contribuent à alimenter ses adversaires : les campagne de terreur des Partisans - qualifiées plus tard de « déviation gauchiste » sous le régime de Tito - qui les conduisent à s'en prendre à des villages entiers soupçonnés de soutenir les Tchetniks ont pour effet de renforcer ces derniers en Herzégovine[74]. Dans le même temps, les massacres commis par les Tchetniks permettent aux Oustachis d'attirer de nouvelles recrues : la « Légion noire », une milice oustachie formée en Bosnie-Herzégovine pour combattre les insurgés, compte ainsi dans ses rangs une forte proportion de Musulmans ayant fui les Tchetniks[95].

Tito et le cadre communiste serbe Moša Pijade, à Foča.

Une fois à Foča, Tito reprend le contact radio avec le Komintern. Les Soviétiques sont alors forcés de reconnaître que l'Armée rouge est loin de pouvoir porter secours aux communistes yougoslaves : faute de pouvoir apporter une aide matérielle à Tito, ils encouragent ce dernier à continuer de s'en prendre aux pro-britanniques et aux collaborateurs. Ils lui conseillent en outre de ne plus afficher l'idéologie communiste de son mouvement, allant jusqu'à lui reprocher d'utiliser des appellations comme « Brigade prolétarienne ». Dès lors, en conformité avec les instructions de Moscou, le mot d'ordre des Partisans devient le ralliement de tous les « antifascistes » sous la bannière d'une alliance baptisée « Mouvement de libération nationale » (Narodnooslobodilački pokret ou NOP)[103].

Inquiets de la forte concentration des organisations de résistances à l'est de la Bosnie, les Allemands pensent d'abord demander aux Italiens d'occuper tout le territoire de l'État indépendant de Croatie, mais Hitler oppose son veto à cette idée. Paul Bader, plénipotentiaire allemand en Serbie, est alors chargé au début de 1942 de mener une série d'opérations (appelée sous le régime de Tito la « seconde offensive » anti-Partisans) pour tenter de nettoyer la zone, avec des troupes venues de Serbie et de Sarajevo et l'aide de l'armée croate. Jezdimir Dangić, représentant local de Mihailović, tente d'obtenir une trêve avec les occupants ; il se rend à Belgrade en janvier pour négocier avec Bader et Milan Nedić. Cette initiative tourne court suite à un veto du commandement de la Wehrmacht pour l'Europe du Sud-Est : les Allemands ne sont en effet pas aussi libres que les Italiens d'exploiter les divisions entre les insurgés. Les Partisans, de leur côté, concluent des trêves locales avec les Oustachis afin d'avoir les mains libres pour affronter les Tchetniks[103].

En janvier 1942, les Allemands commencent à préparer avec les Italiens et les Croates l'opération Trio, une nouvelle offensive contre les mouvements de résistance : l'organisation de cette « troisième offensive », menée à l'est de la Bosnie, prend d'abord du retard à cause des Oustachis, qui craignent de perdre le contrôle d'une partie de leurs territoires et gênent délibérément les opérations de leurs alliés. L'offensive est finalement lancée en avril contre tous les groupes insurgés entre Sarajevo et la Drina. Les Tchetniks et les Partisans sont pris entre deux feux, tout en continuant de s'attaquer les uns les autres : les Tchetniks laissent passer les troupes allemandes pour leur permettre d'attaquer les Partisans, tandis que les Partisans s'en prennent à l'arrière-garde des Tchetniks alors que ceux-ci sont attaqués par les Oustachis. A contrario, certains groupes tchetniks et partisans fusionnent les uns avec les autres. Dangić est finalement capturé alors qu'il transite par la Serbie, et une partie de ses hommes sont arrêtés et envoyés dans des camps[104].

Alliance entre Italiens et Tchetniks[modifier | modifier le code]
Un officier de l'armée italienne en compagnie de deux Tchetniks.

En Herzégovine, au contraire, le général Mario Roatta, commandant de la IIe armée italienne, exploite le conflit entre Partisans et Tchetniks en s'appuyant sur les Tchetniks locaux ; il joue également du peu de subordination qui existe dans les faits entre Mihailović et le chef tchetnik Dobroslav Jevđević. Le 19 juin, Roatta conclut avec Pavelić un accord redonnant aux Oustachis la responsabilité de l'administration de la zone centrale du pays : dans le même temps, il est décidé de créer une Milice volontaire anti-communiste (MVAC), destinée à appuyer les troupes italiennes[105]. Théoriquement distincts des Tchetniks, ces combattants sont souvent dans les faits des Tchetniks légalisés. Ces derniers se confondent en outre avec les membres d'autres bandes tchetniks que les Italiens continuent de considérer comme des combattants irréguliers : les mêmes personnes passent volontiers d'un groupe à l'autre[106].

Parallèlement, les Tchetniks présents sur le territoire de l'État indépendant de Croatie reconnaissent Mihailović comme leur chef officiel, profitant ainsi du prestige que ce dernier a acquis en Serbie. En mars 1942, Ilija Trifunović-Birčanin, chef des Tchetniks à Split, prend contact avec Mihailović, qui lui adresse un courrier faisant de lui le commandant des Tchetniks en Bosnie, en Herzégovine, dans la Lika et la Dalmatie, et le laissant libre d'agir localement à sa guise. Mihailović n'a que des contacts espacés avec les divers dirigeants tchetniks, qui ne sont ses subordonnés qu'en théorie : il doit souvent, pour leur transmettre ses instructions, compter sur des messagers qui traversent le pays. L'autorité de Trifunović-Birčanin, homme vieillissant et à la santé déclinante, est en outre loin d'être absolue. Jevđević vise en effet, lui aussi, à devenir le chef des Tchetniks sur le territoire l'État indépendant de Croatie : collaborant de manière de plus en plus ouverte avec les Italiens, il présente sa politique comme un acte « patriotique » permettant aux autres chefs tchetniks de sauver la face[106]. Parmi les principaux chefs tchetniks, on compte également Momčilo Đujić, qui tient l'arrière-pays dalmate[107].

Le 22 juillet, une rencontre est organisée près d'Avtovac entre Mihailović, Trifunović-Birčanin, Jevđević et le major Petar Baćović, que Mihailović vient de nommer commandant en Herzégovine. Mihailović répète à nouveau à ses subordonnés qu'il leur laisse les mains libres dans les territoires sous leur contrôle ; il leur indique en outre qu'au vu des pertes subies par les Serbes, il attendra l'approche des troupes britanniques et russes pour lancer une véritable guérilla contre les occupants. Ayant été informé de cette rencontre, Roatta convoque Trifunović-Birčanin et Jevđević, exigeant de ces derniers qu'ils s'expliquent sur leurs rapports avec Mihailović et sur leurs positions : les deux chefs tchetniks répondent que Mihailović n'exerce qu'une direction « morale » sur leur mouvement et qu'ils n'ont pas l'intention d'attaquer les Italiens. Roatta demeure cependant très méfiant vis-à-vis de ses alliés. Les Italiens n'en continuent pas moins de s'appuyer sur la MVAC, qui se confond avec les Tchetniks locaux[106] ; en outre, s'ils contribuent à protéger des populations serbes contre les Oustachis, ils se trouvent dans le même temps alliés avec des chefs locaux comme Đujić, dont les troupes se livrent à des massacres de Croates[108]. Les Tchetniks profitent de leur alliance avec les Italiens pour contrôler une partie de l'État indépendant de Croatie, au détriment du gouvernement oustachi dont l'autorité cesse pratiquement d'exister dans ces territoires[95]. Les Tchetniks tentent par la suite de recruter des Musulmans en profitant de leur hostilité envers le régime oustachi[102], mais la capture et l'exécution par les Partisans du major Fehim Musakadić, que Mihailović avait chargé de former des unités musulmanes, met pratiquement un terme à ce projet[109].

Marche des Partisans à travers la Bosnie[modifier | modifier le code]

Fin juin, confronté à l'opération Trio que mènent les occupants à l'est de la Bosnie, Tito décide d'abandonner Foča et se diriger vers l'ouest, où les Partisans contrôlent un territoire plus étendu. Ses subordonnés sont réticents à abandonner un territoire jugé stratégique, mais Tito réussit à imposer sa décision, en revendiquant le soutien du Komintern et en soulignant que l'ouest de la Bosnie constituera la route la plus rapide pour reprendre plus tard la Serbie. À la tête d'une colonne d'environ 4000 Partisans, Tito entame une traversée sur 300 km du « no man's land » bosnien, comparée plus tard, sous le régime communiste yougoslave, à la Longue marche des communistes chinois. Foča est entretemps livrée aux représailles des Oustachis qui l'ont reprise : les Tchetniks de Jevđević, appelés à l'aide par la population serbe locale et soutenus par les Italiens, reprennent à leur tour la ville avec l'aide de renforts arrivés du Monténégro, puis commettent ensuite eux-mêmes des pillages et des massacres[106],[95].

La traversée de la Bosnie par les Partisans, durant l'été et l'automne 1942 leur permet de marquer des points décisifs : en se concentrant sur le combat contre les occupants - fut-ce simplement en leur échappant - et non plus sur celui contre les Tchetniks, ils gagnent la faveur des populations[110]. Évitant autant que possible le contact avec les Allemands et les garnisons italiennes, ils sont accueillis en libérateurs par les Serbes de Bosnie dans les territoires qu'ils traversent, et gagnent de nombreuses recrues. Bien que toujours majoritairement serbes, les chefs des Partisans sont désormais attentifs à ce que leurs troupes - dont une partie, en Bosnie, sont d'anciens Tchetniks ayant fait défection - ne s'en prennent pas aux Croates et aux Musulmans[111],[112], favorisant le recrutement au sein de diverses nationalités : la situation économique désastreuse en Croatie, aggravée par l'incompétence et la corruption de l'administration oustachie, leur permet notamment d'attirer un nombre croissant de Croates[87].

Dans les territoires non serbes, les Partisans, précédés en Bosnie par leur réputation grandissante, chassent les troupes ennemies et attirent de nombreux Croates et Musulmans, notamment chez les jeunes désireux d'échapper à la conscription dans l'armée oustachie : après avoir initialement attiré en Bosnie des Serbes qui luttaient pour leur survie physique, les troupe de Tito voient affluer des recrues de toutes origines, désireuses de se battre. Sortis de leurs milieux d'origine, les jeunes yougoslaves qui rejoignent les Partisans se retrouvent impliqués, non plus uniquement dans la défense de leur communauté ou de leur village, mais dans une lutte de « libération nationale ». Les Partisans bénéficient, pour s'imposer, du vide politique laissé en Bosnie et en Croatie par la disparition ou la démission des anciennes élites, exterminées dans le cas des Serbes ou réfugiées dans la neutralité dans le cas du Parti paysan croate. Fin 1942, les effectifs des Partisans, qui se trouvent désormais à mi-chemin entre la force de guérilla et l'armée de métier, ont été, d'après les estimations allemandes, multipliés par dix depuis leur départ de la Bosnie. Les Partisans, dont les cinq « Brigades prolétariennes » comptaient à l'origine environ 1000 hommes chacune, revendiquent désormais le chiffre - probablement exagéré - de 150 000 combattants[112],[111].

Des Partisans dans la « République de Bihać » en 1942.

En octobre, les Partisans sont parvenus à prendre le contrôle d'un vaste corridor à travers la Bosnie-Herzégovine. Tito décide de prendre la ville de Bihać, qui sépare les territoires partisans à l'est et à l'ouest de la rivière Una : il ordonne de s'en emparer avant le 5 novembre, avant de pouvoir y fêter l'anniversaire de la révolution d'Octobre. Les Partisans réussissent à défaire les troupes oustachies présentes dans Bihać et prennent la ville à la date prévue par Tito. Les Partisans disposent désormais d'une nouvelle « capitale », surnommée la « République de Bihać » : presque entièrement chassés de Serbie, du Monténégro et de l'est de la Bosnie, ils sont parvenus à prendre le contrôle, au cœur de l'État indépendant de Croatie, d'un territoire presque aussi grand que la Suisse[112].

Ayant pris possession de Bihać, Tito fait part au Komintern de son intention de créer « une sorte de gouvernement ». Staline approuve l'idée d'un organe de direction pan-yougoslave destiné à attirer tous les « antifascistes », mais déconseille la création d'un gouvernement, qui se trouverait en concurrence avec celui de Londres et mettrait ainsi l'URSS en porte-à-faux vis-à-vis du Royaume-Uni et des États-Unis. Les 26 et 27 novembre, Tito organise à Bihać la première réunion du Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie (AVNOJ), une assemblée de 54 délégués qui met l'accent sur la lutte de libération nationale et non sur l'idée de révolution communiste. L'AVNOJ élit comme président Ivan Ribar, ancien vice-président du Parti démocrate, rallié aux Partisans - auxquels participent ses deux fils - mais non encore membre du Parti communiste : l'assemblée met également en valeur la présence en son sein de plusieurs délégués de l'Organisation musulmane et du Parti paysan croate, ainsi que de prêtres orthodoxes. Tito prononce un discours dans lequel il exalte la lutte commune de toutes les nationalités yougoslaves contre les envahisseurs ; une résolution fait de l'AVNOJ la représentation du mouvement de libération nationale réunissant les « vrais patriotes ». L'assemblée convient de la nécessité de reconstruire la Yougoslavie, sur la base de l'égalité entre les diverses nationalités. Les Partisans reçoivent quant à eux le nouveau nom d'« Armée populaire de libération nationale », avec Tito comme commandant suprême. L'AVNOJ crée également un « comité exécutif », qui n'est pas censé être un gouvernement mais fonctionne néanmoins comme tel[113],[111].

À la fin de 1942, la situation interne et les positions des mouvements insurgés ont nettement évolué en Yougoslavie. Tito, initialement simple chef rebelle communiste, se trouve désormais - alors qu'un culte commence à se développer autour de lui[113] - à la tête d'un mouvement de libération nationale qui a pour atout de proposer au pays une nouvelle organisation politique. À l'opposé, Mihailović, initialement reconnu comme le représentant des Alliés en Yougoslavie et dont les troupes profitent de leur collaboration tactique avec les Italiens, a désormais pour priorité de s'opposer à la concrétisation du projet des Partisans[111].

Nouvelles offensives des occupants en Bosnie et au Monténégro[modifier | modifier le code]

Opération Weiss[modifier | modifier le code]

Fin 1942, confrontés à la dégradation de leur situation militaire en Afrique du Nord, les Allemands se préoccupent d'un éventuel débarquement des Alliés dans les Balkans : ils décident en conséquence de préparer avec les Italiens une nouvelle offensive contre les mouvements de résistance yougoslaves. Contrairement à leurs alliés italiens, les Allemands visent à détruire aussi bien les Partisans que les Tchetniks. Le général Alexander Löhr, nommé chef du groupe d'armées en Europe du Sud-Est, est chargé de mener l'opération Weiss (dite « quatrième offensive ») en trois phases : Weiss 1 visera à encercler et détruire les Partisans à l'ouest de la Bosnie et dans la Lika, Weiss 2 devra repousser les Partisans survivants vers le sud pour les attirer dans un piège et les anéantir, enfin Weiss 3 consistera à faire désarmer par les Italiens les 20000 Tchetniks présents en Monténégro et en Herzégovine[114],[115],[116].

Fin décembre 1942, une conférence germano-italienne se tient à la Wolfsschanze, le quartier-général de Hitler, réunissant autour de ce dernier des responsables allemands et italiens : Hitler insiste pour que tous les mouvements de résistance soient détruits, et Ribbentrop refuse l'idée des Italiens de coopérer avec les Tchetniks. Cependant, le 3 janvier 1943, Dobroslav Jevđević participe - sans avertir Mihailović - à la conférence qui se tient à Rome pour préparer l'offensive contre les Partisans, en présence de Löhr, Roatta et du chef d'état-major italien Ugo Cavallero. Devant la persistance des Italiens à utiliser les Tchetniks, un échange de lettres a lieu entre Hitler et Mussolini en février et mars pour faire le point sur la situation en cours dans les Balkans : Hitler insiste pour que les Italiens mettent un terme à leur coopération avec les Tchetniks en cessant de fournir des armes à ces derniers, et sur la nécessité de les désarmer dès la destruction des Partisans achevée[117].

La première phase de l'opération Weiss, à laquelle participent des troupes allemandes, italiennes et croates, est lancée courant janvier : alors que les Partisans envisagent un retour au Monténégro et en Serbie, pour en finir avec les Tchetniks avant toute intervention extérieure des Alliés et pour se rapprocher de l'Armée rouge, l'offensive des occupants les force à se déplacer plus vite que prévu. Les occupants reprennent l'essentiel du territoire partisan, faisant au passage de nombreuses victimes civiles. En toute hâte et en plein hiver, Tito et les Partisans quittent Bihać, qui est reprise par les Allemands le 29 janvier : profitant de la mauvaise coordination entre les troupes ennemies et de leurs informateurs au sein de l'administration croate, les troupes de Tito réussissent leur évacuation, emmenant avec eux une partie de la population locale pour lui éviter des représailles. La direction militaire des Partisans de Croatie reste sur place pour continuer de combattre les Tchetniks et les Oustachis. La phase 1 de Weiss s'achève le 15 février, en ayant réussi à mettre en fuite et à disperser les Partisans, mais pas à les anéantir[118],[119].

Au même moment où se déroule Weiss 1, des changements importants ont lieu dans la chaîne de commandement italien : Cavallero est remplacé par Ambrosio et Roatta par le général Mario Robotti, tandis que Ciano cède le ministère de affaires étrangères à Mussolini lui-même (tandis que Giuseppe Bastianini, gouverneur de Dalmatie, devient sous-secrétaire d'état aux affaires étrangères). Par ces changements, Mussolini entend à la fois reprendre la main et écarter les responsables jugés insuffisamment pro-allemands[119].

Le pont sur la Neretva à Jablanica, réparé par les Partisans et détruit deux fois durant la bataille, conservé en l'état sous forme de mémorial.

Mihailović, de son côté, a prévu de lancer en janvier 1943 une vaste offensive contre les Partisans, dont la direction, pour l'est de la Bosnie, est confiée à Zaharije Ostojić[118]. L'offensive allemande contre les Partisans le force cependant à revoir ses plans, et l'amène à coordonner son action avec celle des Allemands[120], sans pour autant avoir de contacts directs avec ces derniers[117]. Les Partisans, qui subissent de lourdes pertes, se dirigent vers la rivière Neretva, qu'ils doivent traverser pour échapper aux occupants. Alors que Tito approche à la tête d'environ 20 000 hommes, risquant de pénétrer en territoire tchetnik, Mihailović lance un ordre de mobilisation en sa qualité de ministre de la guerre : entre 12000[121] et 15000[120] Tchetniks se massent en Herzégovine entre Mostar et Kalinovik, sur les hauteurs au-dessus de la Neretva, pour barrer la route aux troupes de Tito[120],[117]. Le 20 février, les Allemands déclenchent Weiss 2, la deuxième phase de l'offensive, pour détruire les unités partisanes massées autour de la Neretva[119]. Entre le 27 février et le 7 mars, des combats sanglants opposent les Tchetniks aux Partisans qui tentent de forcer le passage. Mal organisés, handicapés par le refus des Italiens de leur fournir des armes supplémentaires, les Tchetniks sont finalement mis en déroute : les Partisans parviennent à forcer les rangs de leurs adversaires et à traverser la rivière à deux reprises[119]. Les Italiens, de leur côté, cherchent avant tout en mars à empêcher les Partisans de s'emparer des régions côtières, quitte à les laisser pénétrer sur le territoire de Mihailović. En mars, Mihailović se déplace pour prendre personnellement le commandement, mais ne parvient pas à sauver la situation au cours des combats qui se déroulent dans la vallée durant tout le mois[120],[117]. Les hommes de Tito bénéficient du manque de leur coordination de leurs adversaires : les Italiens refusent en effet de laisser les troupes de Löhr dépasser la ville de Mostar, ce qui laisse une porte de sortie aux communistes ; en outre, les Allemands lancent une attaque contre les Tchetniks au moment même où ceux-ci combattent les Partisans[119].

Courant mars, alors que se déroulent les combats, les Partisans prennent contact avec les Allemands pour tenter de négocier une trêve et obtenir d'éventuels échanges de prisonniers, ainsi que la reconnaissance d'un statut de combattants réguliers pour leurs troupes ; plusieurs rencontres ont lieu entre des représentants allemands et des émissaires des Partisans, parmi lesquels Koča Popović et Milovan Djilas. Tito espère obtenir ainsi le temps d'en finir avec les Tchetniks : la suspension des hostilités avec les Allemands lui permet en effet de concentrer tous ses efforts sur les tchetniks d'Herzégovine et du Monténégro qui barrent la route à ses troupes. Les négociations entre Partisans et Allemands tournent finalement court fin avril, suite aux vétos de Hitler et Ribbentrop[121],[122],[120],[119]. En mai, les services de renseignement allemands essaient à nouveau d'exploiter les divisions entre factions yougoslaves et tentent cette fois d'entrer en contact avec Mihailović lui-même. Ils rencontrent un émissaire tchetnik, mais cette tentative se heurte elle aussi au véto d'Hitler[123].

Tito perd plusieurs dizaines de milliers d'hommes dans l'offensive, mais il peut ensuite réorganiser ses troupes en Herzégovine, puis marcher en direction de la Drina et du Monténégro. Les Partisans enfoncent les lignes italiennes et tchetniks, traversent la Drina et reprennent pied au Monténégro[119], en plein territoire tchetnik : devant leur avance, Mihailović doit quitter son quartier-général pour un campement dans les collines, à une vingtaine de kilomètres de Berane. La défaite qu'infligent les Partisans aux Tchetniks lors de la « bataille de la Neretva » porte à ces derniers un coup dont ils ne se relèvent pas, militairement parlant. Les deux premières phases de Weiss n'ayant pas donné les résultats escomptés, la troisième phase de l'offensive, au cours de laquelle les Allemands prévoyaient de désarmer les Tchetniks, est annulée[120],[117],[121].

Opération Schwarz[modifier | modifier le code]
Carte de l'offensive.

Après l'échec de l'offensive Weiss, les Allemands enchaînent immédiatement avec une nouvelle offensive, baptisée Schwarz (et par la suite, en Yougoslavie, « cinquième offensive » anti-Partisans)[124]. Craignant un débarquement allié dans les Balkans, et nourrissant des doutes sur la fiabilité de l'Italie, l'Allemagne vise à stabiliser la situation dans la région en anéantissant le gros des forces de résistance[125].

Dès le début de 1943, la pression allemande s'accentue sur Mussolini pour obtenir la fin de l'alliance entre Italiens et Tchetniks. Le 3 mars, malgré les objections d'Ambrosio qui souhaite d'abord en finir avec les Partisans, Musssolini cède et ordonne à l'armée italienne de désarmer les Tchetniks ; confronté à l'immobilisme de ses chefs militaires, il revient sur sa décision cinq jours plus tard. Hitler, de son côté, juge plus urgent d'anéantir les Tchetniks - toujours proches des Britanniques - que les Partisans, du fait du risque d'un débarquement allié. Le 15 mai, les troupes allemandes passent à l'offensive au Monténégro, avec l'appui des armées croate et bulgare : leur but est d'en finir à la fois avec Mihailović et avec les Partisans. Les Italiens, qui n'ont pas été tenus au courant des préparatifs, doivent s'incliner et accepter la présence allemande au Sandžak et à l'est du Monténégro : Schwarz portant un coup important au prestige de l'armée italienne, ils participent à l'offensive avec une grande réticence[125],[124].

Pavle Đurišić semble - sans qu'aucune certitude existe sur ce point - avoir été approché par les Allemands, qui lui auraient proposé d'être « légalisé » pour devenir combattre à leurs côtés contre les communistes et les Tchetniks « illégaux ». Lors d'une rencontre de Mihailović avec les commandants tchetniks monténégrins, il propose apparemment à ce dernier de s'allier temporairement avec les Allemands : cependant, Mihailović refuse. Le 14 mai, les Allemands pénètrent dans Kolašin et arrêtent Đurišić avec 2000 de ses hommes ; malgré les protestations des Italiens dont il était jusque-là l'allié, le chef tchetnik monténégrin est emmené en Allemagne. Mihailović, lui, parvient à fuir et, avec son état-major et ses agents de liaison britanniques, il rejoint l'ouest de la Serbie le 24 mai[125],[124]. Mussolini, après avoir une nouvelle fois tergiversé et tenté de faire une distinction entre les Tchetniks monténégrins et les hommes de Mihailović, finit par s'incliner à nouveau face aux exigences allemandes et demande à Ambrosio de désarmer l'ensemble des Tchetniks[125].

Tito a quant à lui été amené par ses tractations avec les Allemands à relâcher sa garde et à se concentrer sur le combat contre les Tchetniks : pris au dépourvu par la violence de l'offensive allemande contre ses hommes, il comprend trop tard le piège que lui ont tendu les occupants[120],[125]. Lui et ses hommes sont obligés de battre en retraite et de retourner en Bosnie, traversant des gorges où le Partisans subissent des attaques d'une extrême violence[124]. Les 20 000 hommes de Tito sont notamment attaqués, sur la montagne de Zelengora, par environ 100 000 soldats allemands, italiens, croates et bulgares. Décimés par les attaques ennemies, la faim, le froid et les maladies - Tito perd environ la moitié des hommes qui l'accompagnaient - les Partisans parviennent, dans des conditions apocalyptiques, à traverser les gorges de la Sutjeska, à s'extraire de la tenaille allemande, et à gagner la Bosnie orientale. Les communistes sont cette fois obligés d'abandonner leurs blessés en route ; ils exécutent également au passage leurs prisonniers italiens. Tito lui-même est sérieusement blessé le 9 juin mais parvient à s'échapper. Bien qu'ayant subi de lourdes pertes lors des offensives Weiss et Schwarz, les Partisans en retirent une prestige important auprès de la population yougoslave, mais aussi auprès des Alliés[121],[125].

Recrutements de la SS en Yougoslavie[modifier | modifier le code]

Le Grand Mufti al-Husseini passant en revue la division Waffen SS musulmane Handschar.

Italiens et Allemands sont, fin 1942-début 1943, confrontés à l'instabilité persistante de la Croatie des Oustachis. Les Italiens montrent des signes de découragement en constatant que les zones « pacifiées » dont ils ont rendu le contrôle au régime de Pavelić ont à nouveau sombré dans le chaos. La garde nationale croate se montre inefficace et ses armes finissent régulièrement dans les mains des communistes. Du côté allemand, Löhr suggère à Hitler de faire remplacer Pavelić et dissoudre le parti oustachi, en donnant les pleins pouvoirs à Glaise-Horstenau. Le 10 mars 1943, Hitler, écartant l'idée de démettre Pavelić, choisit de confier à Heinrich Himmler, chef de la SS, des pouvoirs étendus pour pacifier durablement le théâtre d'opérations yougoslave[109].

Les Allemands, qui ont déjà créé en 1942 la 7e SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division Prinz Eugen, formée de Volksdeutsche yougoslaves, s'appuient de manière croissante sur les divisions entre communautés locales en créant, sur des bases ethniques, de nouveaux corps de police et d'autres unités de Waffen-SS. Konstantin Kammerhofer, représentant de Himmler en Croatie, crée la Deutsch-Kroatische Polizei, composé d'Allemands de Croatie qui doivent prêter serment à Hitler[109]. Dès 1942, des notables musulmans déçus par les région oustachi ont adressé un mémorandum à Hitler, se plaignant de la politique des Oustachis et proposant de créer une « Légion musulmane ». Leur offre est initialement ignorée, jusqu'à ce que la SS[66] décide de concrétiser le projet d'Himmler d'une alliance entre le monde islamique et le Troisième Reich. Pavelić, très méfiant devant le projet, est néanmoins forcé de consentir à la formation d'une unité SS musulmane : la 13e division de montagne de la Waffen SS Handschar, est créée début 1943. Les Allemands bénéficient du renfort de Mohammed Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem exilé, qui fait au printemps 1943 un séjour en Croatie pour participer à l'effort de propagande en direction des musulmans et aider au recrutement ; l'unité est composée à 60% de Bosniaques musulmans et en partie de Volksdeutsche de Croatie, qui permettent d'atteindre le nombre minimal de recrues nécessaires. La Handschar sert cependant moins sur le champ de bataille que comme outil de propagande des Allemands à destination du Moyen-Orient : avant d'être déployées sur le terrain yougoslave, ses recrues sont envoyées en France où elles suivent une longue période d'entraînement. Elles se distinguent principalement, durant leur formation, par une mutinerie que la propagande nazie occulte soigneusement[109],[126],[66].

Slovénie[modifier | modifier le code]

Des gardes de village slovènes.

Dans la province de Ljubljana, dans le courant de 1942, les groupes non-communistes tentent, à l'initiative du Parti populaire slovène, d'unir leurs forces pour faire pendant à la puissance croissante du Front de libération des Partisans locaux. En mars, Marko Natlačen, Mgr Rožman et le général Leon Rupnik fondent un groupe clandestin, l'Alliance slovène (Slovenska zaveza, ou SZ), qui réunit catholiques, libéraux et socialistes et vise à créer une armée de libération et à entrer en contact avec le gouvernement de Londres. Les Italiens, au courant de la création de l'Alliance slovène, en tolèrent l'existence dans l'espoir que Mgr Rožman l'orientera vers une politique italophile et rompra avec le gouvernement en exil. Rupnik tente d'obtenir pour les Slovènes davantage d'autonomie administrative et la formation d'unités armées, ce à quoi les Italiens s'opposent. Le Parti populaire slovène reste partisan du roi exilé et de Mihailović, mais ne veut pas d'intermédiaires entre lui et Londres et gêne les efforts du représentant de Mihailović, le major Karel Novak, pour former des réseaux de résistance. L'Alliance slovène organise petit à petit des groupes armés, les gardes de village (vaške straže)[127],[128].

En juin 1942, Rupnik accepte de la part des Italiens le poste de podestà (gouverneur) de la province de Ljubljana. Le mois suivant, les Italiens consentent à ce que des unités armées slovènes soient officiellement formées : une section locale de la Milice volontaire anti-communiste est créée, se confondant parfois avec les gardes de village qui n'ont qu'un statut officieux. La MVAC slovène, fondée avec 800 recrues, compte 2000 hommes en novembre 1942, et plus de 6000 l'année suivante, devenant pour les Partisans locaux l'ennemi à combattre en priorité. En octobre, Natlačen est assassiné par les communistes : le gouverneur Grazioli déclenche alors une répression implacable, compromettant les efforts des Italiens pour consolider une collaboration efficace en Slovénie[127],[128].

Dans le courant de 1943, Novak continue de tenter de consolider ses réseaux dans une région où l'organisation de Mihailović escompte un débarquement allié : il crée à compter de février des unités militaires clandestines, les Gardes bleus, et tente d'obtenir de l'Alliance slovène des ralliements de la MVAC pour lancer des attaques contre les occupants ; mais l'Alliance slovène sabote ses efforts. L'implantation des Tchetniks est également compromise par les Partisans, qui continuent d'attaquer les forces d'occupation. L'affaiblissement de Mussolini au moment du débarquement en Sicile bouleverse l'équilibre des forces : les Allemands usent du prétexte d'un attentat commis par les Partisans contre un train pour installer une division dans la province de Ljubljana[129].

Serbie[modifier | modifier le code]

En Serbie occupée, l'organisation de Draža Mihailović s'emploie en 1942 à infiltrer la Garde nationale serbe et l'administration du régime de Nedić. Mihailović, depuis le Monténégro, lance des campagnes de propagande clandestine contre Nedić, Ljotić et Pećanac et obtient du gouvernement en exil des décrets royaux dégradant les généraux de Nedić. Les conditions d'occupation sont très dures en Serbie, où le gouvernement de Nedić doit faire face aux réquisitions opérées par les occupants et voit son autorité fortement remise en cause quand les Allemands confient plus de territoire aux Bulgares. Une grande partie de l'administration et de l'armée du gouvernement collaborateur serbe joue double jeu et, en prévision de l'après-guerre, entretient des contacts avec les réseaux de Mihailović, qui s'emparent de fonds et d'armes[130].

A l'été 1942, une partie des Tchetniks « légalisés » repassent dans la clandestinité. Entre septembre et décembre, à la demande du Middle East Command britannique, Mihailović ordonne une série de sabotages des voies ferrées en direction des ports grecs, perturbant les communication des Allemands avec le théâtre d'opération nord-africain. Il lance également en novembre un appel à la désobéissance civile. Les Britanniques félicitent Mihailović de sa série de sabotages, qu'ils présentent alors comme essentielle dans le contexte de la seconde bataille d'El Alamein : l'importance stratégique de cette action des Tchetniks pourrait bien avoir été délibérément exagérée, dans le cadre d'une manœuvre de diversion britannique. Les attentats commis par les réseaux de Mihailović sont cependant assez sérieux pour entraîner une réponse brutale de la part des Allemands : les occupants purgent l'armée serbe, et procèdent à la dissolution et à l'arrestation des Tchetniks légalisés. Les Détachements de volontaires de Ljotić sont réorganisés et rebaptisés Corps de volontaires serbes. En hiver, les forces d'occupation procèdent à des arrestations massives : des milliers de personnes classées comme « saboteurs », « communistes » ou sympathisants de Mihailović sont arrêtées et internées dans des camps. La division SS Prinz Eugen se livre à des expéditions punitives et la Gestapo démantèle une partie de l'organisation de Mihailović, dont environ 1600 hommes sont tués, ou bien arrêtés et exécutés. Cette campagne de répression met un terme abrupt aux actions de résistance que Mihailović avait menées contre les occupants[130].

Draža Mihailović entouré de ses hommes.

Mihailović lui-même revient en Serbie à la mi-1943, après avoir échappé à l'offensive Schwarz au Monténégro : si la Serbie a connu, depuis 1941, moins de combats que les autres parties du pays, elle est particulièrement éprouvée par les duretés de l'occupation, les restrictions alimentaires, le travail forcé - environ 100 000 Serbes sont envoyés en Allemagne pour y travailler, en guise de « contribution à l'effort de guerre » de la Serbie - et les exactions commises par la Wehrmacht, la Gestapo et les collaborateurs, qui exécutent plusieurs centaines de personnes par mois en guise de mesures de maintien de l'ordre[131]. Recevant des livraisons d'armes britanniques, les Tchetniks de Mihailović effectuent des sabotages, désarment des détachements de la Garde nationale serbe et connaissent des escarmouches avec les Bulgares et les Volontaires serbes de Ljotić. Il évite cependant en règle générale l'affrontement avec les Allemands et s'en tient à des actions de petite envergure afin de ne pas subir de représailles. Conscient de ce son mouvement est trop limité aux Serbes, ce qui fait des Partisans le seul mouvement de résistance attractif pour les autres nationalités, il tente de recruter des Croates et d'élargir sa base politique. Il obtient le ralliement de quelques politiciens d'avant-guerre, dont le principal est Živko Topalović, chef du petit Parti socialiste de Yougoslavie. Topalović entreprend de structurer l'organisation politique du mouvement de Mihailović, mais il se trouve en concurrence avec les nationalistes issus du Club culturel serbe : dans l'ensemble, les nouvelles recrues de l'organisation de Mihailović, issues entre autres du Parti démocrate, connaissent des tensions avec les nationalistes de droite réunis autour de Stevan Moljević[132]. Les Tchetniks étendent leur contrôle sur la Serbie au point de constituer une autorité parallèle à celle du gouvernement de Nedić : le mouvement de Mihailović connaît cependant toujours des problèmes d'organisation, et la tendance droitière de Moljević demeure la plus puissante en son sein[133].

En octobre 1943, après la capitulation italienne et à la demande des Britanniques, Mihailović ordonne deux sabotages contre les voies de communication allemandes : il s'agit de ses actions les plus importantes depuis l'insurrection de 1941. La première consiste à détruire un pont ferroviaire et plusieurs autres ponts reliant Užice et Visegrád : juste après cette opération, qui les conduit à affronter des troupes allemandes et oustachies, les Tchetniks traversent en Bosnie-Herzégovine le territoire des Partisans, qui contre-attaquent et reprennent Visegrád. Radio Yougoslavie libre attribue ensuite le mérite de l'attaque contre les ponts aux Partisans, et la BBC reprend cette version, au grand désespoir de Mihailović. Les Tchetniks attaquent ensuite un convoi sur le Danube, à l'est de la Serbie. A la suite de cette seconde opération, les Allemands mènent des représailles en exécutant cinquante civils serbes et Mihailović, plus recherché que jamais, doit régulièrement changer de cachette pour éviter la capture[134].

La politique des Alliés (1941-43)[modifier | modifier le code]

Soutien allié aux Tchetniks[modifier | modifier le code]

Le roi Pierre II, au centre, en compagnie du général Montgomery et de Winston Churchill.

En 1941 et 1942, Mihailović continue de bénéficier du soutien du Royaume-Uni. Lorsqu'il reçoit en 1942 le poste de ministre de la guerre du gouvernement yougoslave de Londres dirigé par Slobodan Jovanović, le chef des Tchetniks est au sommet de son prestige en Occident[135]. Lorsque le gouvernement en exil apprend son conflit avec les Partisans, il contacte les Soviétiques par l'entremise des Britanniques - et directement lors de la reprise de ses relations diplomatiques avec l'URSS - pour tenter d'obtenir de Moscou que les hommes de Tito reconnaissent l'autorité de Mihailović. Pour les Alliés, la Yougoslavie est en effet un théâtre d'opérations secondaire, mais elle présente un intérêt stratégique non négligeable en ce qu'une guerre de résistance suffisamment intense permettra d'y immobiliser un grand nombre de troupes de l'Axe : ils ont donc tout intérêt à voir cesser le conflit interne à la résistance. L'URSS, en grande difficulté face à l'offensive allemande, n'a guère de possibilités d'intervenir de manière concrète, mais accepte de coordonner sa propagande avec celles des Britanniques : à la demande de ces derniers, les Soviétiques attribuent initialement Mihailović tout le mérite de la résistance, au grand désarroi des Partisans yougoslaves. Durant l'hiver 1941, Tito cesse provisoirement les opérations contre les Tchetniks pour ne pas gêner les Soviétiques, mais il envoie également des messages au Komintern pour demander l'arrêt de la propagande pro-Mihailović. De leur côté, ayant fait pression sur les Soviétiques, les Britanniques demandent au gouvernement yougoslave en exil d'obtenir que Mihailović unisse ses forces avec celles des Partisans. De leur côté, les États-Unis ne disposent en 1941 que de peu de données sur la situation en Yougoslavie, bien que Roosevelt, informé de la politique génocidaire des Oustachis, exprime son soutien à la résistance serbe[136]. Début 1942, deux nouvelles équipes d'agents britanniques sont parachutées en Yougoslavie avec ordre de reprendre contact avec la résistance yougoslave et avec le capitaine Hudson. L'une des équipes est capturée par l'armée croate ; l'autre, dirigée par le major Atherton, atterrit dans le territoire des Partisans. Atherton arrive en mars au quartier-général de Tito à Foča : il est accueilli avec méfiance par les Partisans, que les allées et venues de Hudson entre eux et Mihailović l'année précédente ont laissé dubitatifs quant aux intentions des Britanniques. Atherton et son opérateur radio quittent Foča mi-avril, apparemment pour essayer de trouver Mihailović et Hudson, mais ils disparaissent ensuite mystérieusement : Partisans et Tchetniks s'accusent plus tard mutuellement d'avoir assassiné les agents britanniques[137].

Si Mihailović est, dès 1941, une personnalité connue de l'opinion publique occidentale, Tito demeure une personnalité énigmatique, dont la presse internationale met longtemps à mentionner l'existence. La plupart des acteurs du conflit, que ce soit les occupants, les collaborateurs ou les Alliés occidentaux, ignorent tout de son identité : ce n'est qu'au début de 1943 que la publication d'une photo de Tito dans un journal des Partisans permet aux services de l'État indépendant de Croatie de reconnaître en Tito le militant communiste Josip Broz. L'identité du chef des Partisans est révélée par la presse nazie et oustachie en mars 1943[138].

En mars et avril 1942, les Britanniques reprennent les parachutages d'armes, de matériel et de devises aux Tchetniks, anticipant les demandes en ce sens du gouvernement de Jovanović. Les Américains, qui reçoivent la visite du roi Pierre II en juillet, décident de leur côté d'envoyer des vivres aux Tchetniks en guise de reconnaissance de leurs services à la cause alliée. Au début de 1942, le gouvernement soviétique continue de recevoir des demandes insistantes de la part des Partisans, qui réclament que la propagande de Moscou cesse de glorifier Mihailović et le dénonce au contraire comme un collaborateur. Les Soviétiques n'y voient initialement pas d'intérêt, et répondent que les Partisans doivent se concentrer sur le combat contre les occupants, celui contre les Tchetniks étant secondaire. Ils finissent cependant durant l'été par accéder à la demande de Tito : le 6 juillet, Radio Yougoslavie libre, un émetteur en langue serbo-croate animé par des membres du Parti communiste de Yougoslavie depuis les locaux du Komintern à Moscou, diffuse une résolution des Partisans yougoslaves qui dénonce Mihailović comme un traître. Les Soviétiques s'éloignent ainsi du soutien sans ambiguïté qu'ils manifestaient jusque-là au gouvernement yougoslave de Londres, et jouent leur propre jeu. L'URSS mène cependant une politique ambigüe et continue, jusqu'en 1944, d'entretenir des relations avec le gouvernement en exil, suscitant l'irritation des hommes de Tito[139].

Premiers doutes britanniques[modifier | modifier le code]

A l'automne 1942, le gouvernement yougoslave de Londres se montre de plus en plus préoccupé par le nombre croissant de rumeurs affirmant que les hommes de Mihailović ne combattent pas les occupants, et pactisent au contraire avec les Italiens. Il envoie un message à ce sujet à Mihailović, qui affirme ne tolérer aucune collaboration avec les Italiens. De son côté, le gouvernement britannique est préoccupé par les messages du capitaine Hudson, qui a repris les communications avec Londres en juin : l'officier britannique fait part de la collaboration des Tchetniks au Monténégro et rapporte que Mihailović ne combat pas les occupants, mais préconise dans le même temps de nouveaux envois d'armes. Décidés à y voir plus clair, les Britanniques décident d'envoyer un officier supérieur auprès du chef tchetnik : le jour de noël 1942, le colonel S.W. Bailey est parachuté au quartier-général de Mihailović dans les environs de Kolašin. Dans le même temps, un officier du SOE à Londres, le major Peter Boughey, affirme lors d'une conversation avec Živan Knežević, secrétaire du gouvernement yougoslave en exil, que Mihailović est un collaborateur à l'égal de Nedić. Le Foreign Office, interpellé par le gouvernement yougoslave, désavoue la « gaffe » de son officier, mais cet épisode ne fait que renforcer l'embarras croissant des Britanniques à propos de Mihailović. Fin 1942-début 1943, les médias britanniques et américains commencent à se faire l'écho des rumeurs qui font de Mihailović un collaborateur : bien que le nom de Tito soit encore inconnu du public, ils relatent également la montée en puissance des Partisans sur le terrain d'opérations yougoslave[140]. Dans le même temps, les Partisans bénéficient au Royaume-Uni des courants d'opinions pro-soviétiques et pro-communistes. La BBC, dont le chef de la section yougoslave est hostile à la monarchie d'avant-guerre, assure une large publicité aux actions des Partisans[141]. Le colonel Bailey lui-même alerte sa hiérarchie à ce propos, déplorant que la BBC le mette en difficulté auprès des Tchetniks. En février 1943, la BBC va jusqu'à présenter les hommes de Tito comme la seule véritable force de résistance dans l'Europe occupée : à la suite d'une protestation du Foreign Office, la BBC présente ses excuses mais la ligne de ses émissions ne change pas pour autant[142]. Les Partisans bénéficient par ailleurs de la présence de sympathisants communistes, parmi lesquels James Klugmann, au sein du SOE du Caire : ces agents contribuent à rendre les rapports de Hudson, déjà critiques envers les Tchetniks, encore plus négatifs pour ces derniers, et à diffuser de fausses informations destinées à noircir la réputation de Mihailović et à exalter les actions des Partisans[141]. Les messages de Mihailović à son gouvernement transitent en outre par le SOE du Caire, et ne sont souvent transmis qu'avec retard, voire parfois pas du tout. Par la suite, les défenseurs de Mihailović soutiennent que le chef tchetnik a été victime d'une campagne de désinformation de la part des communistes britanniques : si des tendances pro-communistes sont effectivement présentes au sein de divers services et médias britanniques, les Tchetniks conservent cependant à l'époque de nombreux soutiens, y compris au sein du SOE du Caire. L'influence de Klugmann est en outre grandement exagérée par les pro-Mihailović qui le présentent après-guerre comme l'un des principaux dirigeants du SOE du Caire : si Klugmann s'est effectivement livré à des manipulations d'information, il ne bénéficie ni du grade ni de l'influence qui lui auraient permis, à lui seul, de faire pencher la politique britannique[142]. En outre, si une propagande communiste s'exerce bel et bien en sa faveur[143], Tito n'est pas le seul à profiter d'appuis politiques dans l'opinion britannique : Mihailović, de son côté, bénéficie, au moins dans un premier temps, du soutien des courants conservateurs pour lesquels les monarchistes yougoslaves font figure d'alliés naturels[121].

En janvier 1943, le colonel Bailey envoie ses premiers rapports au Foreign Office. Tout en se montrant critique envers le manque de vision politique de Mihailović et les défauts de son organisation, il estime d'une part que le chef des Tchetniks représente bel et bien une tendance de la résistance en Serbie et contribue à fixer les troupes allemandes et bulgares, et d'autre part que si ses hommes au Monténégro ont pactisé avec les Italiens, Mihailović lui-même ne semble jamais avoir partie liée avec les Allemands. Il conclut à la nécessité de continuer à soutenir Mihailović, mais souligne la nécessité d'aider également les autres groupes de résistance, et de tenter de réunifier Tchetniks et Partisans afin de ne pas soutenir deux mouvements mutuellement antagonistes. Les Britanniques prennent note de l'utilité de se rapprocher des Partisans : ils prennent contact avec les Soviétiques dans l'idée d'envoyer avec eux une mission conjointe auprès de Tito. Les Soviétiques se montrant peu intéressés, le gouvernement de Churchill décide d'en revenir à la proposition du SOE d'envoyer auprès des Partisans une équipe exclusivement britannique[142].

Le discours de Mihailović[modifier | modifier le code]

Le 28 février, alors que se déroule l'opération Weiss, Mihailović prononce devant ses troupe réunies à Donje Lipovo, et en présence de Bailey, un discours dans lequel il dénonce durement l'insuffisance du soutien accordé par les Britanniques et la « perfidie » de ces derniers. Selon le rapport envoyé ensuite par Bailey à sa hiérarchie, le chef tchetnik déclare que les Serbes sont pratiquement abandonnés et que les Britanniques ne cherchent qu'à les exploiter en échange d'un maigre soutien tout en gardant Pierre II et son gouvernement virtuellement prisonniers. Il ajoute ensuite qu'il ne renoncera ni à anéantir les Partisans ni à profiter du soutien des Italiens tant que ceux-ci seront les seuls à fournir aux Tchetniks une aide suffisante ; enfin, il conclut que ses ennemis sont « les Oustachis, les Partisans, les Croates et les Musulmans » et que ce n'est qu'une fois ces derniers vaincus qu'il se se retournera contre les Italiens et les Allemands. Après son discours, Mihailović quitte les lieux - sans révéler sa destination à Bailey - pour prendre le commandement des opérations contre les Partisans autour de la Neretva. Le rapport de Bailey fait l'effet d'une bombe auprès du gouvernement britannique : il vient s'ajouter à une série de rapports sur les accointances des Tchetniks avec les Italiens, et aux réponses peu convaincantes de Mihailović aux questions que lui envoyait son gouvernement sur la collaboration de Jevđević. Le discours de Mihailović marque le début de la fin de sa coopération avec les Britanniques, bien que celle-ci se poursuive encore durant toute l'années 1943[144],[145].

Le Foreign Office proteste officiellement auprès du premier ministre Jovanović et souligne que si l'attitude de Mihailović ne change pas, le gouvernement britannique révisera sa politique de soutien exclusif aux Tchetniks : en avril, le gouvernement en exil envoie une directive à Mihailović en lui demandant de ne rien faire vis-à-vis des Italiens ou des autres mouvements de résistance qui puisse encourir le reproche des Alliés. En mai, à la demande des Britanniques, le gouvernement yougoslave envoie une nouvelle note à Mihailović, en lui demandant de privilégier la résistance contre l'Axe, de trouver un accord avec les Partisans, d'éviter toute collaboration avec les Italiens et tout contact avec le gouvernement de Nedić, et de mieux se coordonner avec le Middle East Command par l'entremise du colonel Bailey. Mihailović répond qu'il privilégie la résistance et qu'il fera cesser tout contact avec les Italiens. Mais de nouvelles tensions surgissent immédiatement lorsque Bailey lui transmet une instruction du Middle East Command lui demandant de retirer ses forces vers l'est de l'Ibar en laissant le reste du Monténégro aux Partisans, du fait des compromissions auxquelles se sont livrées les chefs tchetniks locaux. Mihailović refuse, avec le soutien du gouvernement en exil[144]. Fin mai, Mussolini finit par céder aux pressions allemandes et interdit officiellement la coopération avec les Tchetniks : sur le terrain, cependant, ses ordres ne sont guère appliqués par les commandants italiens et différents groupes tchetniks, notamment celui de Đujić, continuent de leur servir d'auxiliaires[146].

De leur côté, les Américains commencent début 1943, à s'intéresser de plus près à la situation yougoslave : au printemps, l'OSS crée une section au Caire auprès de son équivalent du SOE. En avril, Churchill écrit à Roosevelt en lui suggérant de prendre pied sur la côte dalmate pour mener plus efficacement des actions en direction des insurgés, à qui des armes, des vivres, voire des commandos pourront ainsi être envoyés plus facilement. Les raisonnements du premier ministre britannique continuent à ne tenir compte que du seul Mihailović, en dépit du discours prononcé par ce dernier deux mois plus tôt[147].

Relations avec le gouvernement en exil[modifier | modifier le code]

Božidar Purić, quatrième premier ministre en deux ans du gouvernement yougoslave en exil.

Parallèlement à leurs doutes croissants en ce qui concerne Mihailović, les Britanniques sont confrontés à un gouvernement royal en exil instable et divisé. Le gouvernement de Slobodan Jovanović est en effet miné par les tensions entres ministres serbes et croates, et a le plus grand mal à se mettre d'accord sur une déclaration commune concernant les buts de guerre. Lorsque le roi Pierre II annonce son futur mariage avec la princesse Alexandra de Grèce, nièce du roi Georges II, une crise éclate au sein du gouvernement : la reine-mère et la majorité des ministres serbes jugent en effet indécent d'annoncer un mariage royal alors que la Yougoslavie est occupée et démembrée. Les ministres croates en profitent pour obtenir le remplacement de Jovanović ; ce dernier remet sa démission le 17 juin : il est remplacé par un autre homme politique serbe, Miša Trifunović. Le gouvernement remet finalement une déclaration commune dans laquelle, pour satisfaire les Britanniques et aplanir les tensions entre Serbes et Croates, il fait allusion aux résistants sans citer nommément Mihailović. Jovanović envoie cependant à Mihailović un message privé dans lequel il émet le souhait que les Tchetniks profitent de la capitulation des Italiens - qui paraît alors de plus en plus probable - pour s'emparer des armes de ces derniers et s'en servir pour vaincre les Partisans. Le 26 juin, le roi prononce un discours radiophonique dans lequel il fait l'éloge de l'ensemble des résistants yougoslaves, incluant les Partisans sans nommer ces derniers : l'ambassadeur d'URSS fait part de sa satisfaction[148].

Le gouvernement en exil, toujours instable et désorganisé - Trifunović est à son tour remplacé en août par le diplomate Božidar Purić - perd rapidement de son crédit auprès des Britanniques : le roi Pierre II, inexpérimenté, se soucie principalement de bénéficier d'un gouvernement qui approuve son projet de mariage, et se contente d'un cabinet de fonctionnaires qui ne représente plus l'ensemble des partis yougoslaves[149],[143]. Dès le mois de mars, le roi suggère que son gouvernement s'installe au Caire, plus près de la Yougoslavie et où se trouvent également le gouvernement grec en exil et le Middle East Command. Le gouvernement britannique, plutôt heureux de voir s'éloigner les Yougoslaves qui sont désormais perçus comme une source de problèmes, ne fait rien pour les retenir : Pierre II, Purić et leurs ministres s'installent au Caire le 28 septembre[150].

Envoi de missions alliées auprès des Partisans[modifier | modifier le code]

Le 21 avril 1943, conformément à la suggestion du SOE du Caire, les Britanniques envoient leurs deux premières équipes d'agents de liaison - formés de volontaires canadiens d'origine yougoslave - auprès des Partisans, en Bosnie et en Croatie[151]. En se rapprochant de Tito, les Britanniques visent non seulement à s'informer sur la situation, mais également à nouer de bonnes relations avec le chef communiste dans l'espoir de le rapprocher d'eux et de l'influencer, et aussi à donner des gages de bonne volonté aux Soviétiques[152] Après que les hommes de Tito se sont assurés de leur identité, les agents alliés sont autorisés à reprendre le contact avec Le Caire : en mai, une nouvelle équipe d'agents britanniques est envoyée au quartier-général croate des Partisans. L'envoi d'une mission supplémentaire, auprès du Q-G au sud du Monténégro, est proposé : le capitaine William Deakin - un proche de Churchill, qui n'a cependant pas tenu de rôle dans sa nomination - se voit confier la direction de cette nouvelle équipe. Lui et un officier canadien sont parachutés fin mai au Monténégro : ils arrivent alors que l'opération Schwarz est en cours, et sont rapidement témoins des combats intenses que livrent les Partisans contre les Allemands. Deakin, dont l'accompagnateur canadien a été tué, envoie bientôt à sa hiérarchie des messages dans lesquels il détaille les actions des Partisans et recommande d'envoyer de l'aide à ces derniers : le quartier-général britannique au Moyen-Orient est progressivement convaincu que les hommes de Tito sont la force de résistance la plus active en Yougoslavie[151],[121]. Durant son séjour auprès des Partisans, Deakin - qui ignore les pourparlers de ceux-ci avec les occupants lors de l'opération Weiss - est progressivement convaincu que ces derniers ont raison d'accuser Mihailović de collaboration non seulement avec les Italiens, mais avec les Allemands[153] ; il relate ainsi la participation de Tchetniks à l'opération Schwarz[121], bien que les auxiliaires bosniaques capturés par les Partisans ne semblent pas avoir été affiliés au mouvement de Mihailović. Les informations de Deakin font très forte impression auprès des autorités britanniques à Londres et au Caire[153].

Dans le courant de 1943, l'état-major britannique voit s'accumuler les rapports indiquant que des groupes tchetniks collaborent avec les occupants, que les Partisans sont au contraire très actifs contre ces derniers, et que les Allemands traversent des territoires sous contrôle tchetnik sans subir d'attaques. Ces informations viennent des missions du SOE, de plus en plus nombreuses sur le sol yougoslave, mais aussi et surtout des décryptages des messages allemands par l'équipe Ultra, qui permettent aux Britanniques de connaître entre autres le déroulement des offensives Weiss et Schwarz[121],[116],[143]. Fin juillet, Churchill propose à Eden l'envoi auprès de Tito de l'un de ses proches, l'officier des SAS et député conservateur Fitzroy Maclean[154]. De leur côté, les Américains jouent désormais un rôle actif dans le dossier yougoslave. Ils envoient, durant l'été et l'automne 1943, des équipes d'agents de l'OSS, aussi bien auprès de Mihailović que de Tito : le capitaine Mansfield rejoint Bailey chez les Tchetniks, tandis que le capitaine Benson rejoint Deakin chez les Partisans[155]. En août, Deakin envoie à sa hiérarchie, sur la base des informations que lui fournit son officier de liaison partisan Vladimir Velebit, un rapport sur la collaboration constante et croissante de Mihailović avec les Allemands[156].

Fin septembre, alors que les Italiens ont capitulé au début du mois, les Alliés envoient auprès de Tito et de Mihailović deux nouvelles missions, chacune dirigée par officier supérieur britannique, avec pour mission de ramener des rapports complets sur la situation en Yougoslavie et les mouvements de résistance[155]. Fitzroy Maclean, promu général de brigade pour l'occasion[157], dirige la mission envoyée chez les Partisans, tandis que le général Charles Armstrong se voit confier la mission auprès des Tchetniks. Ils sont parachutés respectivement les 19 et 24 septembre, chacun étant accompagné d'un officier américain (le major Farish pour Maclean, le lieutenant-colonel Seitz pour Armstrong)[155]. Maclean résume ainsi sa mission dans ses mémoires : « Ma tâche consistait donc simplement à dire au gouvernement quels hommes, en Yougoslavie, tuaient le plus d'Allemands et à indiquer par quels moyens nous pourrions les aider à en tuer davantage »[158].

Début octobre, un navire de guerre piloté par des Partisans, qui tente de trouver une base navale sur les côtes italiennes pour les bateaux yougoslaves ayant fui Split occupé par les Allemands, rencontre une équipe américaine de l'OSS qui tentait de son côté de créer une liaison entre l'Italie et les îles de l'Adriatique prises par la résistance yougoslave : grâce à cette initiative de leurs agents dont la mission ne consistait initialement qu'à créer des bases en Italie dans la région de Bari, les Américains parviennent à organiser le ravitaillement des Partisans à travers l'Adriatique, de manière bien plus efficace que par voie aérienne. De nombreux Partisans peuvent également être évacués vers l'Italie pour y être soignés. Les Partisans peuvent également rencontrer, pour la première fois, des journalistes occidentaux, qui assurent ensuite la publicité de leur combat contre les Allemands[159].

Abandon du débarquement dans les Balkans[modifier | modifier le code]

Winston Churchill, dont le gouvernement a la responsabilité des opérations alliées en Europe du Sud-Est, envisage initialement un débarquement en Dalmatie. L'arrivée éventuelle des Alliés occidentaux encourage Mihailović et préoccupe Tito : mais les actions menées par les Allemands pour anéantir la résistance avant un éventuel débarquement allié jouent à terme en faveur des Partisans, qui sont amenés par l'offensive des occupants à se concentrer sur la guerre de résistance plutôt que sur le conflit contre les Tchetniks, gagnant au passage le soutien des populations[110].

L'idée d'un débarquement allié dans les Balkans est repoussée une première fois lors de la première conférence de Québec en août 1943.

Le 10 juillet, les Alliés débarquent en Sicile, ouvrant le « second front » pour la reconquête de l'Europe. Mussolini est démis de ses fonctions le 25. Avant et après ce débarquement, et alors qu'une capitulation de l'Italie semble imminente, Churchill relance son idée de débarquement en Dalmatie[160]. Il souligne dans un message au général Alexander, commandant des armées anglo-américaines en Sicile, l'intérêt d'un débarquement dans les Balkans[154] : pour le premier ministre britannique, une telle opération soulagera la pression sur l'URSS, protègera la Grèce et mettra l'Autriche à portée des Alliés. Il n'exclut pas non plus un retrait des Allemands de la région, ce qui laisserait le champ libre aux Alliés pour débarquer. Sur le terrain, Mihailović fait une analyse identique à celle de Churchill et ordonne à ses troupes de se tenir prêtes à l'arrivée des Alliés ou au retrait des Allemands[160]. Par ailleurs, quelques jours avant le débarquement en Sicile, Churchill envoie un message à Tito pour le féliciter de son succès lors de l'opération Schwarz et le prévenir de l'attaque en Italie[154].

Britanniques, Américains et Canadiens se réunissent ensuite à Québec. Dans le cadre de la préparation de cette conférence, les Américains se montrent réticents à l'idée d'un débarquement dans les Balkans : Churchill réduit alors sa proposition à l'idée d'action ponctuelles dans la région de l'Adriatique pour soutenir la résistance locale[161]. Finalement, lors de la conférence de Québec d'août 1943, les Alliés optent pour une invasion de la Normandie (opération Overlord), qu'ils prévoient au printemps 1944, renonçant à mener une invasion périphérique dans les Balkans : Churchill doit s'incliner. Durant la conférence, Roosevelt, s'il écarte l'idée d'une intervention au sol des troupes anglo-américaines, évoque la possibilité d'employer dans les Balkans les forces armées grecques et yougoslaves en exil dont les Alliés ont pris en charge l'entraînement[161],[162],[160].

Après la conférence, le général Henry Maitland Wilson, commandeur en chef du Middle East Command, propose de soutenir la résistance afin qu'elle puisse maintenir la pression sur les Allemands en prévision des opérations prévues en Europe en 1944. Il recommande en outre d'aider toutes les organisations de résistance, soulignant au passage son différend avec l'ambassadeur britannique auprès du gouvernement yougoslave en exil, qui souhaite que seul Mihailović soit soutenu[161].

Par la suite, Churchill relance à plusieurs reprises son idée de débarquement dans les Balkans, mais il en est à chaque fois dissuadé par les Américains et par son propre état-major. Les Alliés usent cependant de manoeuvres de diversion pour faire croire aux Allemands à l'imminence d'un débarquement en Grèce et en Yougoslavie, les conduisant ainsi à maintenir leurs troupes sur place et à ne pas envoyer de renforts en Italie[110].

Mihailović, pour sa part, est incapable de réaliser l'évolution de la politique des Alliés : il reste persuadé que la Yougoslavie tient un rôle important dans leurs plans et qu'un débarquement dans les Balkans demeure à l'ordre du jour[132].

Le choix en faveur des Partisans[modifier | modifier le code]

Lors de la conférence de Moscou d'octobre 1943, Anthony Eden tente d'obtenir l'aide des Soviétiques pour trouver un compromis entre les deux branches de la résistance yougoslave, mais Molotov se dérobe[163].

Après avoir passé dix-huit jours auprès de Tito, Fitzroy Maclean est évacué par avion, via l'Italie, vers Le Caire. Fin novembre 1943, alors que la capitulation de l'Italie a bouleversé la situation sur le théâtre d'opérations Yougoslave, Churchill et Roosevelt se réunissent en effet dans la capitale égyptienne à l'occasion d'une conférence qui précède de quelques jours celle de Téhéran, durant laquelle ils doivent rencontrer Staline. Maclean est le premier officier britannique à revenir de Yougoslavie avec un rapport complet. Retirant de son séjour une impression très favorable de Tito et de la résistance communiste, il conclut de ses observations, qui se basent principalement sur les données fournies par les Partisans, que ces derniers représentent une force incontournable en Yougoslavie et domineront très certainement le pays après-guerre en cas de victoire des Alliés. Armstrong, l'officier de liaison auprès de Mihailović, n'a pu rejoindre Le Caire, son transfert ayant été jugé trop compliqué : son rapport, qui analyse de manière nuancée les forces et les faiblesses du mouvement tchetnik, arrive trop tard à Londres pour qu'Anthony Eden puisse l'emporter au Caire. Seuls Maclean et Deakin - ce dernier étant arrivé au Caire après la conférence de Téhéran - sont présents pour présenter à Churchill le point de vue des Partisans Pour Stevan K. Pavlowitch, la présence de Armstrong et Bailey n'aurait probablement pas suffi à influer sur la décision de Churchill. Si le rapport de Maclean contient de nombreuses inexactitudes et exagère beaucoup la puissance militaire des Partisans[163],[156], il s'avère décisif dans la mesure où il confirme les informations contenues dans les décryptages d'Ultra[121]. Churchill est désormais convaincu que Tito est la force la plus efficace dans le combat contre l'Allemagne et doit être préféré à Mihailović[163].

Rencontrant ensuite au Caire les chefs d'état-major en compagnie de Roosevelt, Churchill propose d'accompagner l'opération Overlord d'une intervention dans le sud de la France ou bien dans le nord de la Yougoslavie. Roosevelt penche pour sa part pour une opération en France, ce qu'il indique au roi Pierre II qu'il rencontre également au Caire[164].

Lors de la conférence de Téhéran, qui commence le 28 novembre, Churchill plaide pour que les Partisans yougoslaves, plus efficaces et plus actifs que les hommes de Mihailović, soient désormais aidés en priorité. Staline se montre indifférent à l'enthousiasme de Churchill pour les Partisans, mais approuve l'idée de fournir à Tito toute l'aide possible[163],[156]. Churchill tente également de relancer l'idée d'un débarquement d'ampleur limitée dans l'Adriatique[165]. Les Soviétiques s'y opposent, pour des raisons moins politiques que militaires : leur priorité est en effet qu'un second front en Europe de l'Ouest vienne soulager leur propre effort de guerre et les opérations au Sud de l'Europe sont à leurs yeux secondaires. Staline, soutenu en cela par Roosevelt, veut donner toute la priorité à Overlord et plaide pour un débarquement au sud de la France plutôt que dans les Balkans, afin de ne pas disperser les forces au moment de l'opération en Normandie. Il confirme ainsi les craintes de Churchill de voir les Balkans et le reste de l'Europe centrale livrés à l'avance de l'Armée rouge. Le sort de Mihailović est également évoqué lorsque Molotov propose, à la surprise générale, d'envoyer auprès de lui une mission soviétique ; Eden souligne que d'après les informations fournies par ses services, travailler avec lui ne présente pas d'utilité[166],[165]. Après la conférence de Téhéran, les Tchetniks sont définitivement hors jeu du point de vue des dirigeants alliés[163].

De retour au Caire après Téhéran, Churchill retrouve Maclean, rejoint par Deakin qui est arrivé en compagnie d'une délégation des Partisans dirigée par Vladimir Velebit. Maclean rapporte dans ses mémoires que le premier ministre britannique, à qui il indiquait que la Yougoslavie risquait de s'aligner sur l'Union soviétique, aurait répondu en rappelant que ni lui ni Maclean ne comptaient s'établir en Yougoslavie et en commentant « moins nous nous préoccuperons, vous et moi, de la forme de gouvernement que les Yougoslaves établiront, mieux cela vaudra », la seule priorité étant « qui, chez eux, fait le plus de mal aux Allemands ». Les 9 et 10 décembre, Churchill s'entretient avec Maclean et Deakin au sujet des informations dont ils disposent sur la collaboration des Tchetniks. Dans le même temps, la délégation des Partisans s'emploie à obtenir une aide accrue[163],[167]. Le 10, Churchill reçoit Pierre II, à qui il annonce qu'il dispose de preuves irréfutables des compromissions de Mihailović avec les occupants : il insiste sur la nécessité de ne pas conserver Mihailović dans le gouvernement yougoslave en exil. Churchill s'entretient ensuite avec Božidar Purić, à qui il annonce l'intention de son gouvernement de poursuivre et d'augmenter l'aide aux Partisans : devant les protestations du premier ministre yougoslave, il réplique qu'au vu de l'inaction de Mihailović, il vaut mieux aider ceux qui se battent plutôt que ceux qui ne le font pas[168].

Au même moment, les Partisans ont formé, lors de la seconde session de l'AVNOJ qui s'est déroulée durant la conférence de Téhéran, un Comité national de libération qui se proclame seul gouvernement de la Yougoslavie. Interpellé à la Chambre des communes à propos de cette nouvelle et de la situation en Yougoslavie, Richard Law, ministre auprès du Foreign office, répond que le gouvernement britannique soutient davantage Tito que Mihailović car le Partisans se montrent beaucoup plus actifs contre les Allemands. Le Département d'État américain se montre prudent et réaffirme la légitimité du gouvernement royal en exil, tout en prônant le soutien aux forces de résistance yougoslave sans prendre parti pour aucune d'entre elles[169].

Le 8 décembre, les Britanniques donnent une « dernière chance » à Mihailović en lui demandant de faire sauter deux ponts. Mihailović promet de procéder à l'opération mais, devant les objections de ses hommes, ne donne pas l'ordre. Il suggère une autre opération, mais le QG allié du Caire, qui a perdu confiance en lui, ne se montre pas intéressé[163],[170].

La capitulation de l'Italie et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Invasion des zones italiennes par les Allemands et les Partisans[modifier | modifier le code]

Partition de la Yougoslavie en 1943.

Durant l'été 1943, l'ensemble des acteurs du conflit se prépare à l'éventualité de la capitulation italienne. Les Partisans, après avoir survécu à l'opération Schwarz, ont renforcé leur contrôle en Bosnie, chassant par endroits les troupes allemandes : les forces de Tito sont actives sur environ un cinquième de la Yougoslavie. Les Tchetniks ont quant à eux repris le contrôle du Monténégro après le retrait des Partisans en juin et juillet. Les Allemands augmentent leurs effectifs en Yougoslavie, dans l'éventualité où ils auront à désarmer les troupes italiennes présentes dans le pays, qui se montent à quatorze divisions comptant environ 308000 hommes[171]. En juillet, Hitler nomme le generalfeldmarschall Maximilian von Weichs, qui avait commandé l'invasion de 1941, à la tête de toutes les forces allemandes du Sud-Est de l'Europe. Des unités allemandes pénètrent dès l'été dans les zones d'occupation italiennes[172]. Egalement en juillet, les Partisans tentent d'obtenir l'arrêt des combats avec les Tchetniks et proposent à Mihailović de former un front commun contre les Allemands. Une rencontre a lieu entre Milovan Djilas et deux émissaires tchetniks, Zaharije Ostojić et Petar Baćović. Mais Mihailović refuse finalement cette offre des communistes, dans laquelle il ne voit qu'un aveu de faiblesse de la part de Tito[146].

Le 3 septembre, le maréchal Badoglio, successeur de Mussolini à la tête du gouvernement italien, signe un armistice avec les Américains et les Britanniques : il est rendu public cinq jours plus tard. En Yougoslavie, la désorganisation des troupes italiennes est totale : la plupart apprennent la nouvelle par la radio. Il en est de même pour les Partisans et les Tchetniks[173] : Tito et Mihailović sont chacun furieux de ne pas avoir été tenu au courant par leurs officiers de liaison alliés. Dès la nouvelle de la capitulation italienne, Allemands, Partisans et Tchetniks tentent d'étendre leur contrôle sur le territoire yougoslave et de s'emparer d'armes. Le général Wilson diffuse un appel aux troupes italiennes, leur ordonnant de se soumettre à son autorité et de ne pas remettre aux Allemands. Les officiers alliés présents auprès des factions de résistance reçoivent l'ordre de négocier la reddition des troupes italiennes les plus proches, passant par-dessus les autorités de Tito et Mihailović, à la grande irritation de ces derniers. Deakin et Benson assistent à Split au désarmement de la garnison italienne par Koča Popović et ses Partisans ; les Tchetniks reçoivent la capitulation des Italiens à Berane en présence de Bailey et à Priboj en présence de Hudson et Mansfield[171].

Les Italiens se divisent en trois groupes : la majorité, qui a accueilli la nouvelle de l'armistice comme une délivrance[173], s'empresse de cesser le combat et rend les armes, principalement aux Allemands mais également aux Tchetniks ou aux Partisans ; une minorité soutient les Allemands ; une autre minorité, enfin, choisit de rejoindre les troupes alliées, c'est-à-dire les Partisans ou les Tchetniks[171].

Les Partisans prennent les Tchetniks de vitesse pour profiter de la capitulation des Italiens : en quelques jours, ils s'emparent de l'essentiel de la côte dalmate, y compris des principales îles. Le 15 septembre, ils pénètrent en territoire italien et s'emparent de l'Istrie ainsi que des provinces entre Trieste et l'Autriche ; début octobre, ils encerclent Zagreb, menaçant la voie ferrée qui la relie à Belgrade. Ils s'emparent surtout de très importantes quantités d'armes italiennes : les Tchetniks font également main basse sur une partie de l'arsenal, mais leur butin est beaucoup plus maigre[171],[173].

Les Allemands, quant à eux, envahissent l'ensemble du territoire yougoslave pour tenter de prendre le contrôle des zones italiennes : la Wehrmacht s'empare des garnisons italiennes et des points stratégiques. Ils créent une Zone d'opérations sur le littoral adriatique (Operationszone Adriatisches Küstenland, ou OZAK), rattachée au Reichsgau de Carinthie et placée sous l'autorité du gauleiter autrichien Friedrich Rainer : elle englobe des zones italiennes, slovènes et croates, s'étendant d'Udine en Italie jusqu'à Ljubljana[174] ; une majorité de soldats italiens - dont la quasi-totalité de la IIe armée[146] - sont capturés par leurs anciens alliés, qui les envoient dans des camps de prisonniers en Allemagne[173]. Certains Allemands se déchaînent contre les Italiens : plusieurs massacres ont lieu et des soldats italiens, livrés à eux-mêmes et contraints à la fuite, sont traqués et tués. En Slovénie et en Croatie, la majorité des troupes italiennes, complètement désorientée, est maîtrisée par les Allemands, mais au Monténégro, en Dalmatie et en Bosnie, des unités italiennes continuent le combat et rejoignent la résistance, à l'image de la Brigade Mameli à Zara, où de la division Garibaldi, formée en 1943 pour rejoindre les Partisans. Les Italiens qui veulent rejoindre les forces de Tito sont cependant loin d'être tous accueillis à bras ouverts : beaucoup sont tenus en défiance et parfois emprisonnés, soumis à des mauvais traitements, voire exécutés. Dans les zones où l'occupation italienne a été la plus dure, en Dalmatie et dans les îles, dans une répression violente s'abat sur les Italiens, assimilés aux fascistes. Dans le camp de prisonniers de l'île de Biševo, plusieurs milliers de soldats italiens sont jetés à la mer. En Istrie et en Slovénie, zones marquées par une occupation et une « italianisation » violentes, la répression ne se limite pas aux notables et aux responsables fascistes et la population italienne fait l'objet de tueries : au cours des premiers épisodes des massacres des foibe, des centaines de civils italiens sont jetés dans des gouffres en terrain calcaire (foibe)[174].

Nouveau contexte politique et militaire[modifier | modifier le code]

En Croatie, Ante Pavelić profite de la capitulation italienne pour annuler tous les accords croato-italiens ainsi que l'union dynastique avec la maison de Savoie : il proclame également l'annexion de la Dalmatie. Les Oustachis lancent de nouvelles attaques contre les Partisans pour légitimer leurs prétentions territoriales, mais la faiblesse de l'État indépendant de Croatie, dont des pans entiers du territoire sont sous contrôle des Partisans ou des Tchetniks, inquiète beaucoup les Allemands. Von Weichs propose d'élargir le contrôle allemand sur la Croatie, mais Hitler refuse[172]. L'armée croate est réorganisée sous forme d'unités plus mobiles, sous contrôle allemand, tandis que les effectifs de la milice oustachie augmentent, jusqu'à atteindre 45000 personnes, principalement des jeunes recrues fanatisées. Pavelić, quant à lui, tente d'obtenir l'annexion d'autres territoires, notamment Fiume, Kotor et l'Istrie, mais les Allemands refusent brutalement, le régime croate n'ayant pas les moyens politiques et militaires de ses ambitions[175].

Les Partisans tentent quant à eux d'étendre leur contrôle sur la Bosnie, dont l'est demeure tenu par les Tchetniks. Lors de la prise de Tuzla, dans le Nord-Est, toute la garnison locale de la Garde nationale croate se rallie à eux[175] : les Partisans bénéficient, dans l'ensemble, de nombreuses défections de soldats du régime oustachi, à qui Tito a promis une amnistie[176], ainsi que des ralliements d'autonomistes musulmans[175].

En déplaçant à travers la Bosnie, les Partisans profitent de l'état d'anarchie croissant dans lequel se trouve le territoire, et où leur « Mouvement de libération nationale » apparaît capable de combler le vide du pouvoir. Les Partisans parviennent à mobiliser en Bosnie-Herzégovine un nombre de plus en plus important de Serbes, de Croates et de Musulmans qui les considèrent comme des sauveurs potentiels. Toujours majoritairement serbes - mais non basés en Serbie - les Partisans ont notamment comme atout de ne pas être rattachés à une nationalité particulière. La plupart des Yougoslaves désireux de rejoindre la résistance ou de rompre avec le passé rejoignent les rangs communistes. En août, les forces de Tito prennent Jajce, une ville de Bosnie centrale où se trouve une imposante forteresse et où ils installent leur nouvelle « capitale »[177].

Pour attirer des Croates, Tito compte par ailleurs sur la branche croate de l'AVNOJ, le Conseil de libération nationale de Croatie (Zemaljsko antifašističko vijeće narodnog oslobođenj, ou ZAVNOH), présidé par le chef de la branche croate du PCY, Andrija Hebrang. Les velléités d'indépendance croissantes du ZAVNOH, que Hebrang va jusqu'à présenter comme le successeur du parlement croate tout en promettant après-guerre une autonomie accrue pour la Croatie, finissent cependant par indisposer Tito, qui finit par démettre Hebrang durant l'été 1944[66]. Les efforts de propagande pour gagner des recrues croates et musulmanes indisposent par ailleurs une partie des Partisans serbes, dont certains font défection chez les Tchetniks[175].

Emblème de la Garde nationale slovène.

En Slovénie, le Front de libération nationale - les Partisans locaux dirigés par Edvard Kardelj - redouble ses attaques contre les anti-communistes, qui ne disposent ni d'un commandement unifié ni d'un soutien allié direct. Les « Gardes bleus » du major Novak sont anéantis : Novak lui-même fuit en Italie et il est remplacé par Ivan Prezelj comme représentant local de Mihailović. De nombreux membres de la Milice volontaire anti-communiste slovène sont capturés et exécutés. Après consultation avec Mgr Rožman, les Allemands confient à Leon Rupnik le poste de préfet de la province : il est autorisé, pour combattre les Partisans à former une Garde nationale slovène (Slovensko domobranstvo), dont les premières recrues sont principalement issues de la MVAC[178]. Du 1er au 4 octobre, le Front de libération nationale organise à Kočevje une « assemblée populaire », sorte de parlement provisoire, qui proclame la volonté du peuple slovène de former une « confédération » avec les autres peuples yougoslaves et décrète le rattachement à la Slovénie de la région du littoral, pourtant largement croate[179].

Au Monténégro, les Allemands coupent les voies de communication des troupes italiennes tout en envahissant le territoire et en lançant des tracts appelant les Monténégrins à combattre les Italiens. Le commandant tchetnik Blažo Đukanović tente sans succès d'obtenir que les Italiens lui présentent leurs reddition ; le 15 septembre, les Allemands envahissent Podgorica et arrêtent le commandant italien. Le général Oxilia, commandant de Berane, tente d'établir des contacts avec les Britanniques et les Tchetniks en envisageant une action commune contre les Allemands, mais les Partisans prennent la ville et s'emparent de l'arsenal italien. Le 20 septembre, les Allemands contrôlent Cetinje, la côte monténégrine et certaines voies de communication, le reste du territoire monténégrin étant livré au combat entre Tchetniks et Partisans. Blažo Đukanović, Bajo Stanišić, et une grande partie des chefs tchetniks monténégrins se réfugient dans le monastère d'Ostrog, qui est finalement assiégé et pris par les Partisans mi-octobre : Đukanović et l'essentiel de son comité sont tués, tandis que Stanišić se suicide[180],[172].

Immédiatement après la capitulation des Italiens, et jusqu'en février 1944, les Allemands lancent contre les insurgés une série d'attaques - la « sixième offensive » anti-Partisans - parmi lesquelles l'opération Kugelblitz, pour reprendre le contrôle des zones abandonnées par les Italiens, notamment la côte adriatique et les îles[181]. Les Partisans, qui n'avaient pas prévu l'ampleur de la contre-attaque allemande, sont forcés d'abandonner une partie des territoires conquis : à la fin de 1943, les Allemands sont parvenus à réduire considérablement l'activité des résistants sur l'ensemble de la Yougoslavie. La main-mise des occupants sur le terrain regagné reste cependant précaire, et ils ne parviennent pas à reprendre toutes les îles[175].

Une fois maîtres des campagnes, les Allemands se livrent dans leur zone d'opérations du littoral adriatique à une persécution impitoyable des communautés slave et italienne, dans les territoires que le Reich envisage d'annexer. Le général SS Odilo Globocnik se voit confier les opérations de répression. Les Juifs, jusque-là épargnés dans les territoires sous occupation italienne, sont déportés. Un camp de concentration, la risiera di San Sabba, est créé près de Trieste : outre les Juifs en transit vers Auschwitz, il accueille de nombreux otages raflés au sein des communautés slovène et croate, dont plusieurs milliers y périssent[174].

Le retrait italien donne par ailleurs aux Partisans l'occasion de redéfinir leur stratégie dans des parties du pays dont le contrôle leur échappait jusque-là, et dont l'identité nationale est incertaine. En Macédoine, Svetozar Vukmanović, envoyé au début de 1943 organiser les Partisans locaux, a fait le choix tactique de former un front commun avec les communistes bulgares, albanais et grecs tout en appelant à l'union de tous les Macédoniens : en juin, le comité central macédonien lance un appel à une Macédoine unie sans faire référence à la Yougoslavie, ce qui faut à Vukmanović d'être fermement critiqué[182]. Le retrait des Italiens, qui avaient annexé la partie ouest de la Macédoine yougoslave à leur protectorat albanais, donne aux Partisans locaux - Vukmanović opérait jusque-là depuis la zone italienne - d'étendre leur contrôle sur l'Ouest. Les Partisans publient un nouveau manifeste appelant à la fois à la lutte contre les occupants de la Macédoine et à l'union des Macédoniens : le document évoque une forme de fédération balkanique mais sous-entend également que la Macédoine continuera à faire partie de la Yougoslavie, ce qui indispose une partie des militants de Skopje. Une mission britannique est par ailleurs arrivée auprès de Vukmanović, qui se sert de leur présence comme d'un outil de propagande pour décrédibiliser les Tchetniks locaux : Radoslav Đurić, représentant local de Mihailović, dirige de son côté une petite force composée principalement de réfugiés serbes, qui connaît quelques affrontements avec les Partisans[183]. Les détachements de Partisans macédoniens, commandés par Mihajlo Apostolski, sont rebaptisés en 1943 Armée populaire de libération de Macédoine[184] : ils restent cependant peu nombreux et peu actifs jusqu'en 1944[185]

La position des résistants yougoslaves est tout aussi complexe dans les territoires peuplés d'Albanais. L'ex-protectorat italien est désormais occupé par les Allemands, de même que tous les territoires yougoslaves (serbes, macédoniens et monténégrins) qui y ont été annexés. Alors qu'une majorité d'Albanais veulent conserver les nouvelles frontières, Mihailović n'a guère la possibilité d'effectuer des recrutements parmi eux. Les Partisans, eux, sont contraints à un jeu d'équilibre et soutiennent dans leur propagande l'autodétermination du Kosovo : un Conseil de libération populaire pour le Kosovo et la Métochie est créé et présente la lutte contre les occupants aux côtés des autres peuples yougoslaves comme le moyen de réaliser l'union du Kosovo et de l'Albanie. N'ayant guère de marge de manoeuvre au Kosovo, l'organisation de Tito a comme principal relai sur place les résistants communistes albanais d'Enver Hoxha. De leur côté, les Allemands jouent encore plus que les Italiens avant eux sur le nationalisme albanais[183]. Après la capitulation italienne, Svetozar Vukmanović est envoyé pour aider les communistes albanais à s'organiser : une Armée de libération nationale est créée pour affronter les nationalistes albanais du Balli Kombëtar qui se sont alliés avec les Allemands pour former un nouveau gouvernement collaborateur[93]. Xhafer Deva, devenu ministre de l'intérieur dans l'Albanie sous occupation allemande, organise une nouvelle vague d'expulsions de Serbes du Kosovo[183].

Pour les Tchetniks, la capitulation des Italiens est une catastrophe, qui leur coûte leur principal allié sur le terrain. Mihailović prend dès juillet contact avec le gouvernement de Badoglio, à qui il propose une collaboration sous réserve que l'Italie rompe son alliance avec l'Allemagne : devant le refus de Badoglio, il préconise de poursuivre les contacts avec les Italiens tout en se tenant prêts à s'emparer de leurs armes. Au moment de la capitulation, les Tchetniks sont pris de vitesse par les Partisans, dont la puissance militaire se trouve considérablement augmentée et qui lancent des attaques toujours plus audacieuses contre leurs adversaires[172].

Après la défection de leurs alliés italiens, les Allemands opèrent un revirement à l'égard des Tchetniks : divers commandants allemands concluent des accords locaux avec des chefs tchetniks, pour garder des territoires sous contrôle. En Herzégovine, Dobroslav Jevđević, approché par un agent de l'Abwehr, met ses 5000 hommes au service des Allemands. En Dalmatie, Momčilo Đujić, privé du soutien des Italiens, se tourne vers les Allemands pour être protégé contre les Partisans et les Oustachis[186],[187]. Von Weichs et le diplomate Hermann Neubacher, en charge des Balkans au ministère des affaires étrangères, obtiennent par ailleurs un rapprochement des Tchetniks avec le gouvernement de Milan Nedić. En novembre, Pavle Đurišić, évadé de captivité, revient en effet Serbie depuis la Pologne : il est à nouveau capturé alors qu'il tente de gagner Belgrade. Il reçoit alors de Neubacher la proposition de prendre la tête d'un « Corps de volontaires monténégrins », destiné à combattre les Partisans au Monténégro. Đurišić accepte et reconstitue une force d'environ 5000 hommes : officiellement subordonné à Nedić, il se veut cependant toujours allié à Mihailović et demeure tenu en défiance par une partie des Allemands. Ces alliances avec les Allemands affaiblissent d'autant plus l'autorité - déjà relative - de Mihailović sur le mouvement tchetnik[188],[186].

Les Partisans proclament un gouvernement[modifier | modifier le code]

Cette section est en cours de réécriture ou de restructuration importante. Les informations peuvent être modifiées à tout moment par le ou les utilisateurs ayant apposé ce bandeau. (La date de pose de ce bandeau est inconnue. Vous pouvez la préciser (consulter l’aide de ce modèle).)
Musée du second congrès de l'AVNOJ, à Jajce.

Fin 1943, Tito, à la tête d'une force de plus de 100 000 hommes, décide d'organiser une seconde réunion du Conseil antifasciste de libération nationale de Yougoslavie (AVNOJ). Le 29 novembre, alors même que les Partisans sont confrontés à la « sixième offensive » allemande et que se déroule la conférence de Téhéran, 142 délégués - communistes ou « compagnons de route » - se réunissent à Jajce, en Bosnie centrale, en présence des agents de liaison britanniques et américains (dont Deakin, qui n'est pas encore parti pour Le Caire)[121],[189],[177].

Tito, conscient de ses avantages sur le plan militaire mais également du fait que la population yougoslave - notamment les Serbes - n'est pas encore tout à fait prête à renoncer à la monarchie, vise à conférer à son autorité une légitimité, en créant un « contre-gouvernement » qui pourra bénéficier d'une reconnaissance internationale. Dans son discours, il dénonce l'oppression « grand-serbe » et annonce un projet de fédération où les droits des nationalités seraient reconnus, et où la Serbie, la Croatie, la Slovénie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine formeraient des entités à part entière. Il est également prévu Malgré les objections de cadres communistes serbes comme Moša Pijade, Tito fait accepter le principe d'une république de Bosnie-Herzégovine : tout en mentionnant les Musulmans en tant que communauté ethnico-religieuse, il ne va cependant pas jusqu'à résoudre le problème de leur statut exact. Les définitions exactes du Monténégro, dont de nombreux habitants se considèrent comme des Serbes, et de la Macédoine, qui concerne d'autres pays des Balkans, représentent des difficultés supplémentaires. Les Albanais sont également reconnus en tant que minorité avec des droits spécifiques. La question du Kosovo est laissée en suspens[177],[121].

Le congrès de l'AVNOJ proclame la création d'un Comité de libération nationale de Yougoslavie de dix-sept membres, qui se présente cette fois officiellement comme un gouvernement provisoire. Les délégués décrètent que les pouvoirs du gouvernement royal en exil sont transférés au Comité de libération nationale, dont Tito est à la fois le premier ministre et le ministre de la défense. L'assemblée décide également d'interdire le retour de Pierre II en Yougoslavie tant que la population n'aura pu décider « librement » du régime politique du pays. Tito reçoit en outre le titre, créé à son intention, de « maréchal de Yougoslavie » : c'est par ailleurs à cette occasion que les Partisans mentionnent officiellement le véritable nom de leur chef[189].

Les Soviétiques n'ont été prévenus du second congrès de l'AVNOJ que trois jours avant, et n'ont pu envoyer aucun délégué. Staline est d'abord furieux de l'initiative de Tito, dont il craint qu'elle perturbe ses relations avec les Britanniques et les Américains ; il a cependant la surprise de constater que la proclamation du gouvernement des Partisans ne suscite aucune protestation de la part des Anglo-américains, qui considèrent désormais le mouvement de Tito comme la principale - voire la seule - vraie force de résistance. Staline peut alors adresser ses félicitations à Tito le 9 décembre[177],[189].

Né d'un mariage entre un Croate et une Slovène, ayant passé une partie de sa vie à l'étranger, Tito est un internationaliste convaincu, ce qui lui donne un avantage pour aborder les problèmes de nationalités de la Yougoslavie et y proposer des solutions. Le projet de fédération annoncé par les Partisans leur vaut un soutien populaire accru, tout particulièrement dans les régions centrales de la Yougoslavie où les populations sont très mélangées et qui ont particulièrement souffert du conflit. Les slogans sur l'égalité des droits entre nationalités, la fraternité entre peuples yougoslaves et le droit à l'autodétermination - dont les communistes escomptent bien qu'il ne sera pas exercé - apparaissent particulièrement séduisants, et contribuent à donner aux Alliés le sentiment que les Partisans sont le seul mouvement capable de réunir après-guerre les peuples yougoslaves[177].

La Libération[modifier | modifier le code]

Alors que l'Armée rouge remonte vers la Hongrie après être entrée dans Sofia le 9 septembre 44, les Partisans de Tito libèrent Belgrade le 20 octobre 1944. Les Allemands résistent dans certaines régions de Bosnie, de Croatie et de Slovénie jusqu'en mai 1945. Les 14 mai et 15 mai, alors que l'Allemagne a déjà capitulé depuis une semaine, des troupes de Tito coupent la retraite d'une colonne de soldats allemands et de collaborateurs : la bataille de Poljana, remportée par les Partisans, est le dernier combat de la Seconde Guerre mondiale en Europe.

La prise du pouvoir par les communistes[modifier | modifier le code]

Conformément à un accord passé préalablement entre Tito et Staline, alors que l'Armée rouge conquiert la Roumanie, entre à Sofia le 9 septembre 1944 et remonte ensuite vers la Hongrie, ce sont les partisans de Tito qui libèrent Belgrade le 20 septembre et poursuivent le combat contre les Allemands qui résistent en Bosnie occidentale, en Croatie et en Slovénie jusqu'en mai 1945. Le roi est mis à l'écart et la prise du pouvoir par les communistes est finalement complète sans que les alliés n'y trouvent rien à redire. Tito créera en 1945 la nouvelle République fédérative populaire de Yougoslavie (plus tard renommée République fédérale socialiste de Yougoslavie). Il en sera le président jusqu'à sa mort, en 1980.

Massacres et pertes humaines[modifier | modifier le code]

Entre l'invasion de la Yougoslavie, en avril 1941 et sa libération complète en mai 45, en plus des affrontements strictement militaires, la Yougoslavie est marquée par différents massacres d'une ampleur considérables:

  • Tout d'abord, les massacres des Serbes par les Oustachis, au lendemain de leur prise de pouvoir, en mai 1941. Dans sa zone d'occupation, l'armée italienne s'oppose souvent aux massacres des Serbes.
  • Il y a également les victimes des camps de la mort dont le plus célèbre est celui de Jasenovac, principal camp d'internement des juifs. On enferme dans ces camps, organisés par les Oustachis eux-mêmes, des Juifs et des Tziganes, mais aussi des Serbes, et, à la fin de la guerre, des Croates qui s'opposent aux Oustachis.
  • Les Tchetniks massacrent aussi des Musulmans qui étaient avec les nazis et surtout des Croates, majoritairement des Oustachis, principalement en Bosnie-Herzégovine et dans le Sandžak.
  • Les Partisans massacrent également beaucoup d'auxiliaires de l'axe capturés qui payèrent chèrement leurs crimes . À la libération, les Anglais remettent à Tito les restes de l'armée et des fonctionnaires de Pavelić qui s'étaient rendus avec leurs familles au village frontalier autrichien de Bleiburg, en tout sur 210 000 croates, environ 163 000 périrent, presque tous exterminés dans des marches de la mort où ils parcourent des centaines de kilomètres jusqu'à l'épuisement. Cependant, de nombreux oustachis furent amnistiés par les autorités partisanes. Ceux qui furent massacrés à Bleiburg furent ceux qui se sont le plus compromis dans les massacres de civils, des prisonniers partisans et dans le génocide des juifs (camp de Jasenovac). Il avait donc de bonnes raison de fuir. Les Anglais, comme on le sait, refusèrent d’accueillir et de secourir ces éléments et les livrèrent aux partisans.

Dans les territoires sous le contrôle des Oustachis, le bilan de tous ces massacres est difficile à faire et sujet de polémique (cf. Oustachis#Les victimes des oustachis). Une étude de la fin des années 1980 du Croate Vladimir Šerjavić et du Serbe Bogoljub Kocovic, Gubici stanovnistva Jugoslavije u drugom svjetskom ratu, estime à 550 000 Serbes, 20 000 Croates, 90 000 Bosniaques (Musulmans), 60 000 Juifs, 50 000 Monténégrins et 30 000 Slovènes le nombre de victimes du régime oustachis[190],[191]. Les victimes juives et Tziganes auraient été aussi nombreuses en Serbie[réf. nécessaire].

Au total, les pertes démographiques imputables à des massacres ou à des faits de guerre s'élèvent à environ 800 000 pour l'ensemble de la Yougoslavie.

Les forces d'occupation[modifier | modifier le code]

Au début de 1943 opéraient en Yougoslavie 7 divisions allemandes, 18 divisions italiennes, 5 divisions bulgares (incomplètes) et 3 divisions hongroises.

En juillet 1943, l'équivalent de 13 divisions allemandes plus des régiments autonomes, des régiments de police et de Waffen SS, 19 divisions italiennes plus des régiments et brigades autonomes, 7 divisions bulgares, 2 divisions hongroises.

Les troupes de l'Axe ayant combattu la résistance Yougoslave étaient notamment composées de:

Ces troupes ont lancé plus d'une centaine d'opération anti-partisans entre 1941 et 1945[192]. Le commandant des troupes allemandes en Croatie était le général Lüters.

Les militaires ayant joué un rôle : général Löhr, feld-maréchal Von Weichs, l'Obergruppenführer Phleps.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deviennent officiellement, en mars 1945, l'Armée yougoslave, rebaptisée en 1951 Armée populaire yougoslave.
  2. Kruno Meneghello-Dinǧić, La Guerre de libération nationale en Yougoslavie, Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, no 38, avril 1960
  3. Garde 2000, p. 52-55
  4. Lampe 2000, p. 125-149
  5. a, b et c Mudry 1999, p. 156-158
  6. a, b, c et d Le Moal 2012, p. 13-16
  7. a et b Lampe 2000, p. 154-158
  8. a et b Lampe 2000, p. 164-176
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Pavlowitch 2008, p. 1-8
  10. a, b, c, d, e et f Lampe 2000, p. 204-206
  11. Pavlowitch 2008, p. 52
  12. a, b, c, d, e et f Le Moal 2012, p. 16-18
  13. Lampe 2000, p. 181-186
  14. a, b et c Lampe 2000, p. 196-197
  15. a et b Roberts 1973, p. 22-23
  16. a, b, c, d, e, f et g Pavlowitch 2008, p. 8-12
  17. a et b Mudry 1999, p. 173
  18. Le Moal 2012, p. 19-25
  19. a, b, c, d et e Le Moal 2012, p. 26-32
  20. a, b et c Roberts 1973, p. 11-14
  21. a, b, c, d et e Pavlowitch 2008, p. 12-17
  22. a, b, c et d Le Moal 2012, p. 32-39
  23. a et b Roberts 1973, p. 15-17
  24. a, b et c Beevor 2012, p. 159-161
  25. a, b, c, d et e Pavlowitch 2008, p. 17-20
  26. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 239
  27. a, b, c et d Lampe 2000, p. 206-207
  28. Roberts 1973, p. 18
  29. Pavlowitch 2008, p. 64
  30. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 20-21
  31. a et b Pavlowitch 2008, p. 50-51
  32. a et b Lampe 2000, p. 203-204
  33. a, b, c et d Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 240-241
  34. Le Moal 2012, p. 55
  35. a et b Lampe 2000, p. 207-208
  36. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 86-88
  37. Le Moal 2012, p. 124-127
  38. Le Moal 2012, p. 103-117
  39. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 80-83
  40. Le Moal 2012, p. 69-76
  41. Frederick B. Chary, The Bulgarian Jews and the Final Solution, 1940-1944, University of Pittsburgh Press, 1972, page 80
  42. Le Moal 2012, p. 95-99
  43. a et b Pavlowitch 2008, p. 22-25
  44. a, b et c Lampe 2000, p. 208-210
  45. Garde 2000, p. 64-65
  46. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 246
  47. a, b, c, d, e, f et g Pavlowitch 2008, p. 25-36
  48. a, b, c, d, e et f Lampe 2000, p. 210-216
  49. a et b Garde 2000, p. 76-78
  50. Garde 2000, p. 66
  51. a et b Le Moal 2012, p. 63-65
  52. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 40-49
  53. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 68-70
  54. a et b Pavlowitch 2008, p. 57-59
  55. a et b Garde 2000, p. 68-69
  56. a et b Beevor 2012, p. 422
  57. Paul Mojzes, Balkan Genocides: Holocaust and Ethnic Cleansing in the 20th Century, Rowman and Littlefield Publishers, pages 87-90
  58. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 53-55
  59. a, b et c Roberts 1973, p. 20-22
  60. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 59-60
  61. a, b, c et d Roberts 1973, p. 48-50
  62. a, b et c Roberts 1973, p. 26-27
  63. a, b, c, d, e et f Roberts 1973, p. 23-25
  64. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 55-57
  65. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 251
  66. a, b, c, d et e Lampe 2000, p. 224
  67. a, b, c, d et e Lampe 2000, p. 215-218
  68. Beevor 2012, p. 543
  69. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 37-40
  70. a et b Roberts 1973, p. 40-41
  71. Lampe 2000, p. 213
  72. Mudry 1999, p. 184
  73. a, b, c, d et e Pavlowitch 2008, p. 72-80
  74. a, b, c, d, e et f Lampe 2000, p. 213-215
  75. a et b Pavlowitch 2008, p. 105-107
  76. a, b, c, d, e et f Pavlowitch 2008, p. 62-67
  77. Roland Vasic, Mihailović entre révolution et restauration, L'Harmattan, 2009, pages 56-59
  78. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 60-62
  79. a, b, c, d, e, f, g, h et i Roberts 1973, p. 31-37
  80. Roberts 1973, p. 39-41
  81. Mudry 1999, p. 198
  82. a, b et c Roberts 1973, p. 27-30
  83. a et b Matteo J. Milazzo, The Chetnik Movement & the Yugoslav Resistance, John Hopkins University Press, 1975, pages 34-38
  84. Pavlowitch 2008, p. 91
  85. Roberts 1973, p. 53-57
  86. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 242-243
  87. a et b Lampe 2000, p. 222-224
  88. Le Moal 2012, p. 125
  89. Matjaz Klemencic et Mitja Zagar, The Former Yugoslavia's Diverse Peoples: A Reference sourcebook, ABC-Clio, 2003, page 178
  90. John Shea, Macedonia and Greece: The Struggle to Define a New Balkan Nation, McFarland & Co, 1996, page 114
  91. Andrew Rossos, Macedonia and the Macedonians: A History, Hoover Institution Press, 2008, page 193
  92. Pavlowitch 2008, p. 101
  93. a et b Richard C. Hall, War in the Balkans: An Encyclopedic History from the Fall of the Ottoman Empire to the Breakup of Yugoslavia, ABC-Clio, 2014, page 224
  94. Jozo Tomasevich, The Chetniks: War and Revolution in Yugoslavia, 1941-1945, Stanford University Press, 1975, pages 259-260
  95. a, b, c et d Marko Attila Hoare, Bosnian Muslims in the Second World War, Oxford University Press, 2014, pages 24-32
  96. Le Moal 2012, p. 148-149
  97. Le Moal 2012, p. 141
  98. Ivo Goldstein et Nikolina Jovanovic, Croatia : a History', McGill-Queen's University Press, 1999, page 145
  99. Roberts 1973, p. 55-56
  100. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 108-113
  101. Pavlowitch 2008, p. 124-127
  102. a et b Pavlowitch 2008, p. 158
  103. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 115-117
  104. Pavlowitch 2008, p. 118-119
  105. Pavlowitch 2008, p. 119-120
  106. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 124-128
  107. Garde 2000, p. 73
  108. Garde 2000, p. 77
  109. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 174-177
  110. a, b et c Lampe 2000, p. 218-219
  111. a, b, c et d Roberts 1973, p. 76-79
  112. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 128-130
  113. a et b Pavlowitch 2008, p. 130-132
  114. Roberts 1973, p. 100-101
  115. Pavlowitch 2008, p. 152-153
  116. a et b Beevor 2012, p. 423
  117. a, b, c, d et e Roberts 1973, p. 101-105
  118. a et b Pavlowitch 2008, p. 155-156
  119. a, b, c, d, e, f et g Le Moal 2012, p. 163-167
  120. a, b, c, d, e, f et g Pavlowitch 2008, p. 158-164
  121. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Lampe 2000, p. 220-221
  122. Roberts 1973, p. 106-112
  123. Roberts 1973, p. 124-125
  124. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 164-166
  125. a, b, c, d, e et f Le Moal 2012, p. 167-171
  126. Le Moal 2012, p. 129-130
  127. a et b Pavlowitch 2008, p. 142-144
  128. a et b Le Moal 2012, p. 126-127
  129. Pavlowitch 2008, p. 173-174
  130. a et b Pavlowitch 2008, p. 98-100
  131. Lampe 2000, p. 224-225
  132. a et b Pavlowitch 2008, p. 182-187
  133. Pavlowitch 2008, p. 196
  134. Roberts 1973, p. 153-154
  135. Le Moal 2012, p. 175-176
  136. Roberts 1973, p. 41-44
  137. Roberts 1973, p. 54-55
  138. Roberts 1973, p. 113-114
  139. Roberts 1973, p. 58-64
  140. Roberts 1973, p. 65-76
  141. a et b Le Moal 2012, p. 178-180
  142. a, b et c Roberts 1973, p. 86-93
  143. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 189-190
  144. a et b Roberts 1973, p. 93-97
  145. Pavlowitch 2008, p. 166-167
  146. a, b et c Le Moal 2012, p. 198-199
  147. Roberts 1973, p. 98-100
  148. Roberts 1973, p. 129-130
  149. Lampe 2000, p. 219-220
  150. Roberts 1973, p. 138
  151. a et b Roberts 1973, p. 115-119
  152. Le Moal 2012, p. 193
  153. a et b Roberts 1973, p. 120
  154. a, b et c Roberts 1973, p. 131-132
  155. a, b et c Roberts 1973, p. 138-144
  156. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 191-192
  157. Roberts 1973, p. 135
  158. Garde 2000, p. 74
  159. Roberts 1973, p. 148-151
  160. a, b et c Le Moal 2012, p. 196-197
  161. a, b et c Roberts 1973, p. 133-136
  162. Beevor 2012, p. 500
  163. a, b, c, d, e, f et g Le Moal 2012, p. 207-210
  164. Roberts 1973, p. 165-166
  165. a et b Roberts 1973, p. 169-172
  166. Beevor 2012, p. 512
  167. Roberts 1973, p. 174-175
  168. Roberts 1973, p. 178-179
  169. Roberts 1973, p. 175-177
  170. Roberts 1973, p. 179-180
  171. a, b, c et d Roberts 1973, p. 144-146
  172. a, b, c et d Le Moal 2012, p. 203-204
  173. a, b, c et d Pavlowitch 2008, p. 188-189
  174. a, b et c Le Moal 2012, p. 199-203
  175. a, b, c, d et e Pavlowitch 2008, p. 200-204
  176. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 253
  177. a, b, c, d et e Pavlowitch 2008, p. 210-213
  178. Pavlowitch 2008, p. 206-208
  179. Castellan, Vidan et Bernard 2011, p. 243
  180. Pavlowitch 2008, p. 192-194
  181. Roberts 1973, p. 146
  182. Pavlowitch 2008, p. 183
  183. a, b et c Pavlowitch 2008, p. 208-209
  184. Aleksandar T. Hristov, The formation of the new Macedonian state: the First Assembly of the Anti-Fascist Council for the People's Liberation of Macedonia (ASNOM), 1944, Macedonian Review Editions, 1984, page 50
  185. Roberts 1973, p. 205-206
  186. a et b Le Moal 2012, p. 205-206
  187. Pavlowitch 2008, p. 203-204
  188. Pavlowitch 2008, p. 194-195
  189. a, b et c Roberts 1973, p. 162-164
  190. Lampe 2000.
  191. Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, éditions Complexe, coll. « Géopolitique des États du monde » no 6, Paris, 1998, 143 p., (ISBN 2-87027-647-8), (notice BnF no FRBNF36997797f), page 43
  192. Les opérations Anti-Partisan dans l'état indépendant de Croatie de 1941-1945