Cinq de Cambridge

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Cinq de Cambridge (Cambridge Five ou Magnificent Five en anglais) étaient un groupe d’espionnage composé essentiellement de cinq anciens étudiants de l’université de Cambridge. Ils avaient été recrutés par le NKVD, futur KGB, durant les années 1930, puis travaillèrent pour le compte de l'Union soviétique pendant la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide qui la suivit. Il s’agissait nommément de : Kim Philby (nom de code : Stanley), Guy Burgess (nom de code : Hicks), Donald Duart Maclean (nom de code : Homer), Anthony Blunt (nom de code : Johnson) et John Cairncross (nom de code : Liszt) ; selon certaines sources[1] cependant, ce seraient jusqu'à 17 agents qui auraient été recrutés à cette époque, plusieurs d'entre eux développant des relations avec le réseau Homintern[2].

Leur ancien compagnon de route, l'Américain Michael Straight, dévoila dès 1963 au MI5 le rôle joué par Anthony Blunt. Cependant, ces révélations demeurèrent un Secret d'État jusqu'en 1979, c’est-à-dire jusqu’à la date du scandale qui entraîna la disgrâce officielle de Blunt. En 1983, Straight publia son autobiographie, intitulée After Long Silence.

Mise en contexte[modifier | modifier le code]

Dans les années suivant la Première Guerre mondiale se faisaient face en Grande-Bretagne deux modèles sociaux et politiques de référence : l’un, typiquement britannique, libéral en économie, conservateur en matière sociale et politique, caractérisé par de fortes disparités de classe, était tenu pour responsable de la guerre, ce qui avait conduit à l’élimination de la classe dirigeante qui avait dominé le pays dans la période précédente et incarné ce modèle ; l’autre, jeune et dynamique, s’inspirant des principes qui avaient guidé la révolution d'Octobre, eut une grande influence sur bon nombre de jeunes Britanniques qui, se sentant bridés par un environnement social rigide et infatué, étaient en quête d’une plus grande liberté sociale et de mœurs et furent portés à embrasser l’idéologie communiste, laquelle, se signalant par l’absence complète de différences de classe, pouvait représenter à leurs yeux un environnement social diamétralement opposé à celui de la Grande-Bretagne. La plupart de ces jeunes gens étaient issus des classes supérieures et de ce fait constituaient pour l’espionnage soviétique une cible très convoitée. Les Cinq de Cambridge appartenaient à cette catégorie de jeunes gens qui, motivés par leurs convictions, étaient disposés y compris à trahir leur propre pays. Il est à souligner que les Cinq ne trahirent pas leur patrie par appât du gain ni par intérêt personnel, mais poussé par une foi absolue dans l’idéal communiste[3].

Les années à Cambridge (1929 - 1933)[modifier | modifier le code]

La Old Court de la Peterhouse, le premier college de l'université de Cambridge.

Après la fondation du Parti communiste britannique en 1920, les idées qu’il véhiculait commencèrent à se diffuser dans la société britannique. Les élections de 1924 furent gagnées par le Parti travailliste de Ramsay MacDonald, qui ne put cependant se maintenir au pouvoir que pendant neuf mois, et avec l’avènement subséquent du Parti conservateur fut mis en œuvre un programme d’austérité budgétaire, qui conduisit en 1926 à une grève générale. C’est dans ce climat de tension sociale que Maurice Dobb, professeur d’économie, mit sur pied la première cellule communiste au sein de l’université de Cambridge. À cette cellule adhérèrent un nombre de plus en plus grand de jeunes, en particulier à la suite de la grave crise économique provoquée par le krach boursier de Wall Street, le 24 octobre 1929, qui sembla un temps signer la fin du modèle économique capitaliste, au bénéfice du modèle communiste[4]. Au cours de ce même mois d’octobre s’était inscrit à l’université, avec une bourse d’études en histoire, l’étudiant Kim Philby, fils du diplomate en poste aux Indes St. John Philby[5], qui avait donné ce prénom à son fils en référence à l’enfant espion du roman de Rudyard Kipling[6]. Il y fit bientôt la connaissance d’un autre jeune homme, Anthony Blunt, arrivé dans la même université peu de mois auparavant avec une bourse d’études en mathématiques, et tous deux, après la « trahison » de MacDonald, — lequel était revenu aux affaires en mai 1929, et, se proposant d’effectuer de fortes coupes dans la prévoyance sociale et d’augmenter les impôts, s'était même acquis le soutien des conservateurs, — se mirent à assister aux cours de Dobb. En particulier, Blunt rejoignit en mai 1928 les Cambridge Apostles, société secrète et exclusive, qui, fondée au départ comme une société secrète d’intellectuels aux idées conservatrices, évolua par la suite en un étendard du libertarisme en matière philosophique et du libertinisme en matière de mœurs, à quoi venaient se mêler en outre des conceptions marxistes. Cette société secrète comptera parmi ses membres de nombreuses personnalités connues, telles que les philosophes George Edward Moore et Bertrand Russell, l’économiste John Maynard Keynes, le mathématicien Godfrey Harold Hardy et des intellectuels comme Lytton Strachey et Leonard Woolf, mari de la célèbre romancière Virginia[7]. En 1930 arriva au Trinity College, bénéficiaire d’une bourse d’études en histoire, Guy Burgess, fils d’un officier de la marine britannique[8], qui se révélera bientôt comme l’un des étudiants les plus brillants de sa génération[9].

Contagionné par les écrits du journaliste pro-communiste Ernst Henry[10], alias Semyon Rostovsky, et fasciné par les groupes révolutionnaires pentacéphales qui en Allemagne combattaient le nazisme, Burgess fut le fondateur de la première cellule communiste, qui se composait de cinq jeunes partageant ses idéaux. Par Anthony Blunt, il vint à faire partie des Apostles, et par là initia l’ami au communisme et à l’homosexualité. En fait, à cette époque, dans l’environnement sévère des colleges strictement masculins et au milieu d’une société hautement sexophobe, il peut apparaître naturel que les étudiants s’orientassent vers l’homosexualité ; que l’on songe que des Cinq de Cambridge, seul Philby n’était pas homosexuel, et peut-être fut-ce aussi pour cette raison, en plus de sa plus grande habilité d’espion, qu’il réussit à se distinguer, devenant le plus célèbre de tous[11]. Burgess parvint à impliquer également Donald Maclean (fils d’un riche baronnet anglais, figure du Parti libéral, Sir Donald Maclean), qui ne tarda pas à participer activement à la vie politique. Le présumé cinquième homme était John Cairncross ; né à Glasgow, d’origine modeste, il était dès avant son entrée au college un communiste convaincu, et fut donc aisément repéré par Burgess. Leurs études à Cambridge achevées, les Cinq, s’ils eurent ensuite des parcours différents, continuèrent à nourrir leurs idées communistes et se laissèrent recruter, pour défendre celles-ci, par les services secrets soviétiques.

« L’atmosphère était tellement exaltante et intense, notre engagement, l’enthousiasme pour toute activité antifasciste était si entiers, que je trouvai naturel de m’approcher du Parti communiste » (Extrait des mémoires d’Anthony Blunt[12])

L’activité d’espionnage[modifier | modifier le code]

Les années trente (1933-1939)[modifier | modifier le code]

En 1933, Kim Philby, complètement dévoué à la cause communiste, quitta le college et gagna Vienne, officiellement avec la fonction de journaliste pigiste. Lorsqu’on commença en Autriche à envisager d’interdire le parti communiste, Philby se mit à travailler comme coursier au service de ce parti. De plus en plus attiré par le monde soviétique, il chercha à s’en approcher chaque fois davantage au point semble-t-il de s’éprendre de l’agent secret du KGB Alice (Litzi) Friedmann, puis de l’épouser. Celle-ci le mit en contact avec Theodore Mally (1894 - 1938), grâce à qui il put entrer dans les services secrets soviétiques. Mally sera la principale personne de contact pour les Cinq dans les années précédant la Deuxième Guerre mondiale, plus précisément jusqu’au 20 août 1938, date à laquelle il sera arrêté et condamné à mort comme espion allemand[13],[14]. Après le mariage, le couple Philby fut envoyé à Londres aux ordres de l’agent Otto (Arnold Deutsch)[15],[16]. Le premier ordre donné fut de couper complètement toute relation avec la gauche, dans le but de pouvoir s’insinuer jusqu'au cœur du pouvoir politique britannique sans éveiller de soupçons. À cet effet, il dut même se faire membre du groupe de droite Société de l’amitié anglo-allemande.

Très vraisemblablement, ce fut Philby qui entreprit de renouer des rapports avec Burgess et qui lui fit rencontrer Otto. Burgess dut à son tour quitter sa patrie, cette fois à destination de l’Allemagne nazie et de la Russie communiste. Maclean aussi se laissa convaincre de prendre du service dans le KGB. Après avoir obtenu son diplôme à Cambridge avec le maximum de voix, il s’était engagé dans la carrière diplomatique dès qu’il eut réussi l'examen au ministère des Affaires étrangères en août 1935. Le seul à ne pas devoir dissimuler ses convictions communistes était Anthony Blunt, qui n’en avait jamais rien laissé paraître. Un jour, son grand ami Michael Straight fut frappé de stupeur quand l’insoupçonnable Blunt lui proposa d’adhérer au communisme[17]. Celui-ci, lorsqu’il eut fait la connaissance de Cairncross, le mit aussitôt en contact avec Burgess, qui à son tour le recommanda à Otto.

À l’instar de Maclean, Cairncross se lança lui aussi, après s’être diplômé avec distinction en 1936, dans la carrière diplomatique, s’étant classé, dans le concours du ministère des Affaires étrangères, au premier rang. Quand en 1936 éclata la Guerre civile espagnole, et que Francisco Franco, afin de renverser la Deuxième République espagnole, fit alliance avec Hitler et Mussolini, l’Union soviétique se porta au secours des républicains. Philby fut envoyé en Espagne, en qualité de journaliste, avec mission de relater la guerre du point de vue des Franquistes. En 1937, il devint ainsi le correspondant de guerre pour le compte du Times de Londres, et réussit par ce biais à faire parvenir des renseignements importants aux Britanniques ainsi qu’aux Soviétiques. C’est durant cette période que Philby échappa miraculeusement à l’impact d’une bombe, laquelle, en frappant l’automobile dans laquelle il se déplaçait, en tua tous les autres passagers. Cet incident lui permit de passer pour un héros des fascistes et de se faire décorer par le général Franco en personne[18]. Donald Maclean en revanche resta en Grande-Bretagne, poursuivant une brillante carrière politique, qui lui permit à la fin d’être élevé au poste de troisième secrétaire, ou de fonctionnaire de grade A, à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris, où il séjournera jusqu’à l’occupation allemande[19]. Le diplomate britannique Gladwyn Jebb dira à son sujet :

« Il était le meilleur. Nous étions tous convaincus qu’il avait devant lui un grand avenir et qu’il serait arrivé au sommet du ministère. Il était sympathique, de belle prestance, de bonne famille et terriblement bon dans son travail. Il était au-dessus de tout soupçon[20],[21] »

Burgess, de son côté, commença, à partir du 1er octobre 1936, à travailler pour la BBC comme collaborateur à l’émission The week in Westminster[22]. Cela lui permit de rencontrer des personnalités politiques de haut niveau, comme Winston Churchill ou Neville Chamberlain (pour lors premier ministre). Quant à Anthony Blunt, il entra comme historien de l’art au service de la Warburg Institute (1937-1939) à Londres. Avant de quitter Cambridge, il avait toutefois lié connaissance avec Leo Long, personne de contact qui se révélera fort précieuse par la suite[23]. Guy Burgess, qui déjà auparavant avait reçu quelque récompense de la part des services de renseignements pour avoir recueilli des informations politiques qui intéressaient la Section 1[24], renonça à ses fonctions à la BBC pour entrer comme expert en propagande dans la Section D du MI5, devenant ainsi une véritable taupe soviétique infiltrée dans les services secrets britanniques.

La Deuxième Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

En mars 1939, la guerre civile espagnole s’acheva sur la victoire militaire de Franco, et en septembre de la même année, Hitler, en envahissant la Pologne, déclencha la Deuxième Guerre mondiale.

Au début de la guerre, Philby, toujours en tant que journaliste, fut envoyé en France sur les traces des premières troupes anglaises arrivant sur le continent. Il eut ainsi, comme correspondant de guerre, le loisir de nouer des rapports avec les principaux acteurs des forces armées britanniques. Il réussit à soutirer au commandant suprême des forces britanniques, John Vereker, un grand nombre d’informations confidentielles, qu’il se hâta de communiquer aux soviétiques. Vers cette époque, il figura même parmi les rares journalistes admis à assister à la rencontre entre le roi Georges VI et le corps expéditionnaire britannique[25]. Cependant, après que la France eut capitulé en juin 1940, Philby dut retourner en Grande-Bretagne et se remit en contact avec Burgess, qui le fit entrer au MI6, dans la section D, après une formation à l’école de Beaulieu[22]. Là, compte tenu de ses bonnes conditions physiques, Philby fut d’abord pressenti pour rejoindre le corps de parachutistes, mais en fut ensuite écarté, car il ne parlait pas parfaitement le français et présentait un léger bégaiement. Il fut finalement employé comme instructeur chargé des agents polonais, qu’il réussit à convertir de parfaits anticommunistes en parfaits antinazis[22].

Burgess, de son côté, s’occupait de l’opération Semailles, qui consistait à lancer en territoire allemand des ballons chargés de bombes incendiaires destinées à mettre le feu aux champs de blé allemands, afin de provoquer des pénuries[26]. Peu après, en raison de son attitude arrogante et irrespectueuse envers ses supérieurs, il fut écarté du service et dut reprendre ses fonctions à la BBC[27]. Philby en revanche, plus circonspect, fut affecté à l’école d’entraînement pour agents secrets de la SOE, laquelle école formait en techniques de sabotage et de subversion.

Cairncross avait été engagé comme secrétaire personnel de Lord Hankey, ministre du cabinet de guerre au sein du gouvernement Churchill, qui se trouvait, en sa qualité de trésorier, en rapport étroit avec les Américains entre 1941 et 1942[28]. Il est probable que Cairncross ait été ainsi le premier agent secret soviétique à faire parvenir aux Russes des informations sur le projet Manhattan, c'est-à-dire sur le programme, partagé par les Britanniques, visant à la construction de la première bombe atomique[29]. En 1942, Cairncross passa à la Government Code and Cipher School (GC&CS) à Bletchley Park[30], où l’on procédait au déchiffrage des langages codés.

Anthony Blunt se lança au début de la guerre dans la carrière militaire, accéda au grade de capitaine de la police militaire et de sûreté, et fut envoyé en France à la tête d’une escouade de douze hommes[31], puis, en été 1940, entra dans le MI5. Son rôle se révéla extrêmement précieux pour l'Union soviétique, à telle enseigne qu’il reçut des messages de remerciement pour le travail effectué[32]. De façon tout à fait fortuite, Blunt rencontra à nouveau Leo Long, sa vieille connaissance de Cambridge, et le persuada de travailler pour les Soviétiques, avec l’unique mission de leur faire parvenir toutes informations dont il lui adviendrait d’avoir connaissance. Long, qui travaillait alors dans un service qui observait l’ordre de bataille des Allemands, transmit des renseignements cruciaux aux Soviétiques. Du reste, après que l’Allemagne eut attaqué l’URSS, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique firent cause commune.

Lorsque Philby retourna au MI5, son poste au SOE fut occupé par un de ses amis de Cambridge, James Klugmann, qui continua à livrer des renseignements aux Soviétiques. De sa position, Philby réussit à approcher l’archiviste du MI5 et par conséquent à accéder à des documents de la plus haute importance. Sa liberté d’action devint quasi illimitée après qu’il fut parvenu à se faire attribuer la garde de nuit, en se faisant passer pour un jeune homme enthousiaste et patriotique. Par une ironie du sort, Kim Philby devint en 1944 le chef d’une nouvelle section du MI5, chargée de surveiller les activités d’espionnage des Russes.

Entre-temps, Maclean avait poursuivi sa carrière et avait été nommé premier secrétaire de l’ambassade de Grande-Bretagne à Washington, et, à l’instar de Cairncross, s’appliqua à recueillir le plus de renseignements possible sur le projet Manhattan. En 1944, Cairncross avait d’autre part communiqué à l’URSS des informations précises sur les déplacements des forces de la Luftwaffe (l'aviation militaire allemande), qui permirent aux Russes de détruire plus de 500 avions allemands[33]. Quant à Maclean, son rôle allait se révéler crucial quand il se vit de nouveau confier une fonction de liaison entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Vers la fin de la guerre, l’Union soviétique avait ainsi mis en place un réseau d’espions qui contrôlait tous les points névralgiques des services de renseignements tant britanniques qu’américains.

La guerre froide (1946-1951)[modifier | modifier le code]

Cependant, la guerre terminée, les relations entre Russes et Britanniques se refroidirent. En conséquence, ces derniers, avec le concours des Américains, intensifièrent les activités de contre-espionnage, ce qui déboucha sur le démantèlement de quelques réseaux d’espions infiltrés. Face à cette nouvelle situation, même les Cinq de Cambridge eurent à être davantage sur leurs gardes. Anthony Blunt se détourna totalement de l’espionnage pour s’adonner tout entier à l’histoire de l’art et devenir une éminente personnalité dans ce domaine, prenant rang notamment parmi les plus grands spécialistes du peintre Nicolas Poussin et de la Renaissance italienne. Cairncross revint au ministère du Trésor. Burgess, qui en 1946 était devenu l'assistant personnel du ministre des Affaires étrangères Hector McNeil, commença une intensive et stressante activité consistant à dérober nuitamment des documents du ministre, de les photographier, de les remettre à leur place le lendemain matin, et à envoyer les copies ainsi obtenues en Union soviétique. C’est essentiellement par suite du stress qui lui causait cette activité qu’il se mit à consommer de l’alcool en quantité sans cesse plus grande[34]. Maclean fut nommé représentant britannique au sein du Comité politique anglo-américain pour le développement des armements nucléaires. Ce saut dans sa carrière lui permit de tenir les Soviétiques informés de ce programme nucléaire. De même que Burgess, Maclean commença lui aussi à subir le contrecoup de sa double vie : la nuit, quoique marié, il se mettait fréquemment en quête, en état d’ébriété, de fugaces rapports homosexuels[35]. Parfois, il s’enivrait au point de faire la tournée des clubs de Soho en proclamant qu’il était un espion soviétique, mais heureusement pour lui ses interlocuteurs étaient plus ivres encore que lui[19]. Ce nonobstant, il fit en 1948 un nouveau progrès dans sa carrière : à seulement 35 ans, il devint le second en importance des attachés de l'ambassade de Grande-Bretagne au Caire. Des cinq, seul Philby se maintint indemne à son poste de haute responsabilité au sein du MI6. Au fil du temps, il gagna de plus en plus en habileté, se révélant nettement supérieur à ses compagnons, lors même que, par deux fois, il manqua de peu d’être découvert : d’abord en septembre 1945, lorsque le diplomate soviétique Igor Gouzenko[36], qui avait fait défection et décidé de passer à l’Ouest, dévoila les noms des espions infiltrés travaillant pour le KGB (mais Philby, dont le nom figurait parmi les noms cités, réussit cependant à faire passer cette dénonciation pour « peu crédible »)[37] ; et une deuxième fois quand le vice-consul soviétique à Istanbul, Konstantin Volkov, tenta de trahir en promettant aux Britanniques de révéler le nom de deux agents infiltrés dans le MI6 en échange d’argent et de l’asile politique (l’information vint toutefois à la connaissance de Philby, qui sut en aviser les Soviétiques avant que Volkov pût mettre sa trahison à exécution. Volkov fut arrêté et transporté en secret à Moscou, où il fut exécuté)[38]. En octobre 1949, il fut dépêché à Washington comme agent de liaison entre les trois services secrets occidentaux les plus importants : le MI6, le FBI et la CIA. Il fut chargé d’infiltrer des agents vers l'Union soviétique, sans que ses supérieurs ne s’aperçussent, tant il était apprécié, que les espions par lui infiltrés ne séjournaient pas suffisamment longtemps que pour être en mesure de transmettre des informations réellement importantes[39]. En 1946, il se vit même décerner l'Ordre de l’Empire britannique pour le mérite civil[22]. Cependant, après près de trente ans de dissimulation, les Cinq de Cambridge étaient à présent sur le point d’être démasqués.

Le projet Venona[modifier | modifier le code]

Meredith Gardner (à gauche) aux côtés d’une déchiffreuse.

Le projet Venona[40] était une opération anglo-américaine qui à la fin des années 1940 permit aux Américains de déchiffrer certains messages soviétiques émis en code. C’est ainsi qu’à l’arrivée de Philby à Washington, l’on découvrit l’existence d’un espion soviétique infiltré dans le ministère des Affaires étrangères britannique, et dont le nom de code était Homer — il s’agissait de Donald Maclean. Pour venir au secours de son ami, Philby s’arrangea pour travailler en contact étroit avec le responsable du projet, Meredith Gardner (1912 - 2002)[41], grâce à qui il était toujours tenu informé. Cependant, se fiant à la solide couverture du camarade, il ne s’en préoccupa plus guère et n’entreprit rien de concret[42]. En août 1950, il fut rejoint par Guy Burgess, lequel, une fois encore à cause de son arrogance, avait été muté à la suite d'une vive discussion avec le ministre pour lequel il travaillait. Informé du projet Venona, et terrorisé à l’idée d’être démasqué, Burgess aggrava sa position en abusant d’alcool et se mit ainsi sous un mauvais jour aux yeux de tous : collègues, amis et supérieurs. En 1951, les choses se précipitèrent : le nombre de personnes susceptibles d’être soupçonnées de se trouver derrière Homer s’était réduit de 35 à 9, et Maclean continuait de figurer sur la liste. Philby suggéra à Moscou l’idée d’un plan propre à permettre à son collègue de s’enfuir en URSS. Maclean, qui avait sombré lui aussi dans l’alcoolisme, était entre-temps retourné à Londres, se sachant l’objet de suspicions. Tous les indices qui jusque-là le désignaient furent ensuite avérés lorsque, à la mi-avril 1951, eut été déchiffré, dans le cadre du projet Venona, un nouveau message qui le mettait clairement en cause. Philby alors, mettant à profit la énième mutation de Burgess, qui fut renvoyé à Londres, chargea celui-ci de mettre au point un plan de fuite pour Maclean. Burgess se mit en rapport avec son supérieur soviétique en Grande-Bretagne, Youri Modine[43], qui comprit le danger que couraient ses agents doubles, y compris Burgess lui-même. L’interrogatoire de Maclean était fixé à la fin mai, cependant le 25 du même mois, les deux avaient déjà pris passage à bord d’un navire à Southampton en partance pour le continent. Débarqués dans le port de Saint-Malo, ils traversèrent l’Europe en passant par Vienne et parvinrent à Moscou. La nouvelle fit la une de toute la presse et donna lieu à un scandale de première grandeur[44].

Philby, bientôt soupçonné à son tour, fut rappelé dans son pays, où il subit de nombreux interrogatoires : mais, avec le sang-froid qui l’avait toujours caractérisé, il nia toute implication, même minime, dans l’affaire[45]. Néanmoins, sa carrière s’en ressentit, et, éloigné du ministère des Affaires étrangères, il fut envoyé à Beyrouth comme journaliste. En 1963 toutefois, la lumière éclata finalement, mais avant que le MI6 eût pu le soumettre à un nouvel interrogatoire, il prit la fuite pour Moscou.

La vie en Union soviétique — Épilogue[modifier | modifier le code]

Timbre-poste en hommage à Kim Philby, émis en 1990.

Les trois espions de Cambridge transfuges en Russie furent à présent confrontés au régime politique qu’ils avaient toujours idéalisé. Guy Burgess fut celui qui en souffrit le plus : lui manquait en particulier le luxe dans lequel il avait toujours vécu en Grande-Bretagne. On le trouva sans vie dans son lit à l’hôpital Botkine de Moscou, le 31 août 1963[46],[47].

Maclean en revanche continua de travailler au service de l’URSS au sein du ministère des Affaires étrangères et mourut en 1983. Comme Burgess, il devint cependant de plus en plus asservi à l’alcool, en particulier après qu’il eut découvert que son épouse Melinda, qui l’avait rejoint à Moscou avec leurs trois enfants, avait eu une relation amoureuse avec Philby et était à cause de cela retournée en Amérique[48]. Tous deux moururent à Moscou, mais après crémation, leurs cendres furent rapatriées en Grande-Bretagne. Philby au contraire ne manifesta jamais le moindre regret ou état d'âme et continua de vivre en Russie ; ses exploits faisaient l’objet d’éloges incessants, et lui-même, devenu une véritable icône de l’espionnage, se vit décerner de nombreuses distinctions de la part de l’État soviétique[49]. À sa mort en 1988[50], il eut droit, comme héros, à des funérailles solennelles, et en 1990 un timbre-poste commémoratif fut émis en son honneur.

Anthony Blunt entre-temps poursuivit sa carrière dans le domaine de l’histoire de l’art et fut élevé au titre de chevalier. En 1964, Michael Straight révéla au FBI la proposition que Blunt lui avait faite à l’époque de Cambridge, mais cette information ne fut jamais rendue publique. En fait, Blunt avait consenti, en échange de l’immunité, à donner les noms d’autre espions soviétiques jusque-là non encore démasqués, comme Cairncross et Leo Long[51]. En 1979, à la suite de la publication d’un ouvrage d’Andrew Boyle, Climate of Treason[52], qui désignait Blunt comme le « quatrième espion de Cambridge », le premier ministre d’alors, Margaret Thatcher, ne put faire autrement que de rendre publique sa trahison et de le priver de son titre de chevalier. Blunt fit alors des aveux publics, lors desquels il tenta d’expliquer ses raisons, affirmant notamment : « Devenir espion pour le compte des Russes fut la plus grande erreur de ma vie[53],[54] ». Il mourut à Londres en 1983[55].

Quant au cinquième espion de Cambridge, son cas fut très controversé, en raison de ce que justement John Cairncross ne reconnut jamais avoir fait partie des Magnificent Five. Il y eut concernant l’identité du cinquième homme une foule de suppositions, certaines allant jusqu’à porter les soupçons sur le premier ministre travailliste Harold Wilson, mais finalement, après la parution du livre d'Oleg Gordievsky, le KGB dans le monde[56], dans lequel il est nommément cité pour la première fois, les suspicions convergèrent vers la personne de Cairncross. Il passa la dernière partie de sa vie en toute quiétude dans le midi de la France et s’éteignit en octobre 1995[57].

Aujourd’hui encore, malgré la dislocation de l’Union soviétique, les services secrets russes se souviennent avec grande admiration des espions de Cambridge et continuent d’en honorer la geste[58].

Les Cinq de Cambridge dans la littérature et au cinéma[modifier | modifier le code]

  • A Question of Attribution (dramatique autour du rôle de Blunt comme garde des tableaux de la Reine), An Englishman Abroad (dramatique autour de Burgess en Russie), et The Old Country (sur un espion fictif exilé aux allures philbyennes), tous trois d’Alan Bennett.
  • Another Country, pièce de théâtre vaguement inspirée de la vie de Guy Burgess, de Julian Mitchell, et le film qui en fut ultérieurement tiré : Another Country.
  • La Taupe (New York, 1974). Version romanesque par John le Carré de ses propres expériences suite aux révélations faites dans les années 1950 et 1960, par lesquelles furent démasqués les Cinq de Cambridge.
  • Un pur espion, de John Le Carré (New York, 1986). Les péripéties dans la vie du personnage de Magnus Pym sont en partie basées sur la vie et la carrière de Kim Philby.
  • Traitor (1971), téléfilm de Dennis Potter, mettant en scène un personnage central nommé Adrian Harris (interprété par John Le Mesurier), qui est interrogé dans son appartement moscovite par des journalistes occidentaux, avide d’avoir le récit de sa défection. Harris apparaît ici comme une figure composite intégrant des traits de Philby, Burgess et Maclean. Plus tard, Potter revint à la charge avec Blade on the Feather (1980), inspiré du démasquement d’Anthony Blunt, encore que dans ce drame le protagoniste Jason Cavendish (joué par Donald Pleasence) ait été clairement façonné sur le modèle de Philby. Plus tard, dans Lipstick on Your Collar (1993), du même Potter, le reporter sportif du Daily Telegraph, que l’on voit en train de donner des tuyaux pour les courses de chevaux à des agents du ministère de la Guerre, se sert du nom de Philby comme tampon de validation pour ces tuyaux.
  • The Untouchable de John Banville. Le personnage de Victor Maskell semble combiner en lui des traits d’Anthony Blunt et du poète Louis MacNeice.
  • The Jigsaw Man, film de 1983, avec en vedette Laurence Olivier et Michael Caine. Caine interprète un personnage nommé Philip Kimberley, qui retourne en Angleterre après sa défection.
  • Cambridge Spies, mini-série en quatre épisodes de 60 minutes réalisé par Tim Fywell sur un scénario de Peter Moffat, diffusée entre le 9 mai et le sur BBC One, avec Toby Stephens dans le rôle de Kim Philby, Tom Hollander dans celui de Guy Burgess, Rupert Penry-Jones dans celui de Donald Maclean, et Samuel West dans celui d’Anthony Blunt.
  • Philby, Burgess and Maclean, drame documentaire produit par Granada Television (1977), avec Derek Jacobi dans le rôle de Burgess.
  • Escape, drame documentaire télévise sur la défection de Philby.
  • Blunt: the Fourth Man, téléfilm, avec Anthony Hopkins dans le rôle de Guy Burgess et Ian Richardson dans celui d’Anthony Blunt.
  • Le film High Season de 1987 comprend un personnage dénommé "Sharp", qui s’enfuit d’Angleterre peu avant de se faire démasquer comme espion.
  • Dans le roman graphique The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier, d’Alan Moore, apparaît un analogue des Cinq de Cambridge.
  • Le Quatrième protocole, roman de Frederick Forsyth, met en scène comme personnage central un Kim Philby fictif, qui conspire afin d’introduire en Angleterre une arme nucléaire portative.
  • Burgess, Maclean et Philby apparaissent dans le roman intitulé Endgame de la série Doctor Who, lequel prend pour sujet leur défection vers la Russie.
  • L’émission éducative KNTV de la chaîne Channel 4 fait figurer un personnage appelé 'Burgess MacPhilbin', qui fournit à l’intention du public adolescent un ensemble d’informations sous la forme d’un dossier d’espion.
  • Le film A Different Loyalty, de 2004, de Marek Kanievska, est inspiré de l’affaire Kim Philby et de son ultérieur mariage avec Eleanor Brewer, de même que des événements qui ont conduit à sa défection pour l’USSR.
  • En 2009, Michael Dobbs écrivit une courte pièce de théâtre, "Turning Point", pour une série de pièces télévisuelles jouées en direct sur Sky Arts channel. Prenant pour matière la rencontre survenue en 1938 entre un Guy Burgess jeune et Winston Churchill, la pièce montre Burgess pressant Churchill de contrarier la politique d’apaisement du gouvernement britannique. Lors de la retransmission en direct, Burgess était interprété par Benedict Cumberbatch[59].
  • Kim Philby intervient comme l’un des principaux personnages antagonistes dans le roman Last Call for Blackford Oakes de William F. Buckley, publié en 2004.
  • L’intrigue du roman de Charles Cumming, The Trinity Six, de 2011, s’appuie sur la prémisse qu’il y avait un sixième espion et que le MI6 s’appliquerait à escamoter l’existence de celui-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick Pesnot, « Rendez-vous avec X », France Inter, samedi 16 juin 2007.
  2. Christopher Andrew (en), Le KGB contre l'Ouest (1917-1991) : les archives Mitrokhine, Fayard, 2000, 982 p.
  3. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 4 septembre 2012 1 min 31 s
  4. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 9 min 31 s
  5. Ferraro, op. cit. p. 558
  6. (en) « Biographie de Kim Philby sur le site du "Musée des espions " » (consulté le 10 novembre 2012)
  7. D’après un article de la Repubblica
  8. Ferraro, op. cit. p. 113.
  9. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 4 septembre 2012 10 min 56 s
  10. (en) Article sur Ernst Henry
  11. « D’après la biographie de Kim Philby sur Sito comunista » (consulté le 9 novembre 2012)
  12. Citation tirée du site de la revue GNOSIS
  13. Il fut complètement réhabilité le 14 avril 1956(ru) Scheda su Theodore Mally
  14. « Duff »
  15. (en)Article du Telegraph sur Harnold Deutsch (Otto)
  16. Ferraro, op. cit. p. 218
  17. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 15 min 21 s
  18. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 18 min 12 s
  19. a et b Ferraro, op. cit. p. 482
  20. Lors d’un entretien avec Jebb de 1984, où il évoqua le phénomène du communisme en Grande-Bretagne et au-dehors.
  21. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 18 min 6 s
  22. a, b, c et d Ferraro, op. cit. p. 557
  23. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 18 min 35 s
  24. Ferraro, op. cit. p. 114.
  25. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 19 min 42 s
  26. Ferraro, op. cit. p. 114
  27. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 20 min 5 s
  28. Ferraro, op. cit. p. 120.
  29. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 20 min 48 s
  30. (en) Site officiel de Bletchley Park
  31. Ferraro, op. cit. p. 87
  32. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 21 min 41 s
  33. Ferraro, op. cit. p. 120
  34. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 25 min 56 s
  35. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 26 min 56 s
  36. (en) Biographie d’Igor Gouzenko sur le site du musée des Espions
  37. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 27 min 29 s
  38. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 27 min 56 s
  39. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 29 min 25 s
  40. (en) Le projet Venona
  41. Scheda su Meredith Gardner sul sito della Agenzia per la Sicurezza Nazionale statunitense NSA
  42. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 30 min 20 s
  43. Yuri Modin. "My five Cambridge friends". Farrar, Straus & Giroux, 1994 ISBN 0-7472-1280-5
  44. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 33 min 1 s
  45. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 33 min 8 s
  46. Ferraro, op. cit. p. 115
  47. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 7 septembre 2012 35 min 10 s
  48. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 35 min 31 s
  49. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 5 septembre 2012 36 min 10 s
  50. (en) Article du New York Times sur la mort de Kim Philby
  51. The History Channel, Histoire des services secrets: épisode 14, les Espions de Cambridge, 9 mars 2012 36 min 37 s
  52. Andrew Boyle. The Climate of Treason. Hutchinson, 1980 ISBN 009139340X
  53. « Dalla scheda sui Cinque di Cambridge sulla rivista italiana dell'Intelligence » (consulté le 9 novembre 2012)
  54. « À partir d’un article de Corrispondenza romana, publié le 29 août 2009 » (consulté le 9 novembre 2012)
  55. (en) Article du Telegraph à propos de la mort d’Anthony Blunt
  56. Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, le KGB dans le monde, 1917-1990, Fayard, 1990 (ISBN 2213026009)
  57. (en) Article du New York Times sur la mort de John Cairncross
  58. The History Channel, Histoire des services secrets : épisode 14, les Espions de Cambridge, 8 décembre 2012 38 min 51 s
  59. « The Day Churchill Met Traitor Guy Burgess », Daily Express,‎ 12 août 2009 (consulté le 22 septembre 2011)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franck Venaille, Les Enfants gâtés, in Les Diplomates disparus de Cyril Connolly, Salvy, 1989
  • (it)Ferraro, Gianni, Enciclopedia dello spionaggio nella Seconda Guerra Mondiale, Sandro Teti Editore
  • (en)Andrew Boyle. The Climate of Treason. Hutchinson, 1980 ISBN 0-09-139340-X.
  • Christopher Andrew, Oleg Gordievsky, le KGB dans le monde, 1917-1990 (titre angl. orig. KGB: The Inside Story), Fayard, 1990 (ISBN 2213026009).
  • (en) Kim Philby. My Silent War. Londres, Macgibbon & Kee Ltd, 1968. ISBN 0-586-02860-9
  • (en) Duff, William, A Time of Spies: Theodore Stephanovich Mally and the Era of the Great Illegals, Vanderbilt University Press,‎ 1999

Documents[modifier | modifier le code]

  • Franck Venaille, « les Espions de Sa Majesté », production de France Culture pour l'émission Les Nuits magnétiques

Liens externes[modifier | modifier le code]