Massacres des foibe

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45° 37′ 54″ N 13° 51′ 45″ E / 45.63167, 13.8625 Les foibe (pluriel de foiba ['fɔiba], terme frioulan dérivé du latin fovea, fosse, cavité) sont des cavités et des crevasses naturelles, des grottes, d'origine karstique (en terrain calcaire), qui s'ouvrent à l'extérieur par des gouffres verticaux. Elles se trouvent dans des régions italiennes ou autrefois italiennes.

Ces gouffres furent au cours des siècles le théâtre de nombreuses tragédies, et en particulier vers la fin de la Seconde Guerre mondiale lors de l'occupation yougoslave (titiste) de la ville de Trieste et des régions du nord-est de l'Italie. Des milliers de personnes y ont été assassinées.

Présentation[modifier | modifier le code]

Localitation de quelques foibe

Localisation[modifier | modifier le code]

Elles sont répandues surtout dans la province de Trieste, dans certaines zones de Slovénie ayant appartenu autrefois à la région italienne de Vénétie julienne, aujourd'hui disparue, ainsi que dans de nombreuses zones de l'Istrie et de la Dalmatie.

Emploi[modifier | modifier le code]

Elles furent au cours des siècles le théâtre de nombreuses tragédies, et en particulier vers la fin de la Seconde Guerre mondiale lors de l'occupation yougoslave (titiste) de la ville de Trieste et des régions du nord-est de l'Italie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Déroulement chronologique[modifier | modifier le code]

Des milliers de personnes, essentiellement des italophones (entre 4 000 et 12 000, 17 000 au total sans tenir compte des nationalités), furent précipitées dans ces gouffres, morts ou vivants, essentiellement par les partisans communistes du maréchal Tito, à partir du 8 septembre 1943, date de la fin de la débandade des armées régulières italiennes, après la signature de l'armistice consécutif au départ de Mussolini. Très vite, l'armée allemande reconquiert les zones prises par les Yougoslaves et occupe toute la région, ce qui interrompt, un temps, les massacres. Ces massacres, qui connurent leur apogée en mai et juin 1945, lors de l'arrivée presque conjointe des Yougoslaves et des Alliés à Trieste, se poursuivirent jusqu'en 1947 où le traité de paix de Paris mit fin aux hostilités mais provoqua le départ de nombreux habitants de la région pour l'Italie.

Une utilisation distincte des foibe[modifier | modifier le code]

Les massacres des foibe connurent, dans l'immédiate après-guerre, deux périodes distinctes :

  • Les premières furent le résultat d'une insurrection populaire des minorités slaves (slovène et croate surtout), contre les Italiens et en particulier contre ceux qui avaient appartenu au régime fasciste désormais vaincu, ou qui l'avaient soutenu, dans une sorte de « réparation » des avanies subies pendant les décennies précédentes. Ces foibe, que certains considèrent comme « explicables », furent l'expression de la colère des minorités et firent un nombre limité de victimes (quelques centaines). La thèse d'une vraie jacquerie est cependant redimensionnée par des historiens comme Gianni Oliva (Foibe, Oscar Mondadori, 2003).
  • Les secondes, qui ne doivent absolument pas être confondues avec les premières, furent une opération délibérée de nettoyage politique (voire ethnique), voulue par le maréchal Tito pour assurer par la terreur sa domination sur la Vénétie julienne et l'Istrie (et donc sur la population italienne) mais aussi pour se débarrasser d'opposants politiques y compris yougoslaves. Privées de toute sorte de « justification » morale ou sociale, les foibe de Tito virent la mise en œuvre d'un probable nettoyage ethnique (pour lequel seuls des indices épars sont concordants) et selon toute vraisemblance politique : outre des Italiens, qu'il s'agisse d'innocents ou d'ex-fascistes, périrent aussi des partisans opposés à la Yougoslavie de Tito. Elles entraient dans un plan général visant à annexer pour étendre le territoire yougoslave toutes les zones peuplées en majorité d'Italiens mais où existait une minorité linguistique slave, aussi minime soit-elle, c’est-à-dire l'Istrie, une partie de la Dalmatie mais aussi le Frioul jusqu'au Tagliamento. Trieste est occupée avant Zagreb ou Ljubljana — les ordres reçus par la IVe armée yougoslave étaient clairs : arriver coûte que coûte avant les Alliés à Trieste — les Néo-Zélandais (2e division) n'entreront à Trieste que le lendemain.

Le bilan[modifier | modifier le code]

Ce sujet est longtemps resté tabou en Italie. Le nombre total des victimes, quelles que soient leurs nationalités, est estimé actuellement à environ 17 000 personnes (au maximum), mais ce chiffre correspond à l'ensemble des victimes, civiles et militaires, sur toute l'étendue du territoire de l'Istrie et des zones voisines : le chiffre moyen de 12 à 15 000 victimes a été avancé, tandis que certains auteurs réduisent ce chiffre à 4 ou 5 000 victimes.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Actuellement, les spéléologues qui veulent explorer des grottes en Slovénie doivent d'abord faire une demande officielle pour obtenir un permis du ministère slovène de l'intérieur.

Malgré ces limitations, chaque année de nouvelles foibe contenant des restes humains sont découvertes dans des lieux peu connus ou dans des terrains privés.

Journée du souvenir[modifier | modifier le code]

Une Journée du souvenir (Giornata del ricordo), « en mémoire des victimes des foibe et de l'exode des Istriens, des habitants de Fiume et des Dalmates », pour commémorer ces massacres, a été instituée en Italie en 2004 par une loi sur le projet du gouvernement de Silvio Berlusconi — sous la pression notamment de l'Alliance nationale (parti de droite).

Elle est célébrée le 10 février, date du traité de Paris de 1947 qui mit fin aux massacres et donna l'essentiel de l'Istrie à la Yougoslavie. La première commémoration a eu lieu le 10 février 2005.

Déclaration du Président de la République italienne et réaction croate[modifier | modifier le code]

Giorgio Napolitano, président italien, ancien communiste, a déclaré le 10 février 2007, journée du Souvenir en Italie :

« Nous ne devons pas taire, en assumant la responsabilité d'avoir nié ou tendu à ignorer la vérité en raison de préjugés idéologiques et aveuglement politique le drame du peuple juliano-dalmate. Ce fut une tragédie cachée en raison de calculs diplomatiques et de convenances internationales. Aujourd'hui qu'en Italie nous avons enfin mis un terme à un silence sans justification et que nous nous sommes engagés en Europe à reconnaître la Slovénie comme un partenaire amical et la Croatie comme un nouveau candidat à l'entrée dans l'Union, nous devons toutefois répéter avec force que partout, au sein du peuple italien comme dans les rapports entre les peuples, une part de la reconciliation que nous souhaitons fermement, se situe dans la vérité. C'est ce qui dans la "Journée du souvenir" est justement un engagement solennel de rétablissement de la vérité. »

Suite à cette déclaration, le président croate, Stipe Mesić réplique en se déclarant « consterné » par cette déclaration « dans laquelle il est impossible de ne pas apercevoir des éléments de racisme affirmé, de révisionisme historique et de revanchisme politique ». Il se dit également « désagréablement surpris par le contenu et par le ton » de cette déclaration italienne.

Après une semaine de polémiques, les Italiens et les Croates parviennent à une position commune et la sur-réaction croate est, en quelque sorte, mise de côté. Une lettre du président slovène serait également parvenue au président italien (cf. La Repubblica et Il Corriere della sera).