Cinquième colonne

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L'expression cinquième colonne désigne les partisans cachés — au sein d'un État ou d'une organisation — d'un autre État ou d'une autre organisation hostile.

Cette expression fut initialement utilisée lors d'une allocution radio-diffusée par le général Emilio Mola, membre de l'état-major des forces nationalistes espagnoles en 1936 pendant la guerre d'Espagne parlant des partisans nationalistes cachés au sein du camp républicain[1],[2]. Elle est entrée dans le vocabulaire courant dans diverses langues. Par extension, l'expression désigne en effet tout groupe de partisans infiltrés, généralement civils, prêts à œuvrer de l'intérieur pour favoriser activement la victoire des forces armées traditionnelles du même camp puis, plus généralement, tout groupement agissant dans l'ombre pour saper de l'intérieur une organisation ou un État.

En Espagne[modifier | modifier le code]

En 1936, lors de la guerre d'Espagne, les forces nationalistes espagnoles convergeaient en quatre colonnes vers Madrid, demeurée aux mains des républicains, lors de l'épisode du siège de Madrid. La radio fasciste annonça que leur « cinquième colonne » était déjà sur place. Cette manœuvre de guerre psychologique désorganisa la défense en faisant régner la suspicion. L'attaque nationaliste sur Madrid échoua cependant.

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les partisans ainsi que les agents secrets allemands travaillant en pays étrangers pour le compte de l'Abwehr faisaient partie de ce qui était surnommé la cinquième colonne.

En Belgique[modifier | modifier le code]

Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale, l'existence d'une minorité de partisans de l'Allemagne qui s'était manifestée lors des élections alimenta la suspicion de l'existence d'une cinquième colonne en relation avec des rumeurs sur les subventions allemandes et italiennes à des journaux d'extrême droite. Dès le déclenchement de la guerre, le 10 mai 1940, la phobie des espions, notamment des parachutistes, s'empara de la population. Des prêtres et des religieuses furent suspectés d'être des parachutistes dissimulant leur uniforme et leurs armes sous leurs habits ecclésiastiques, ce qui donna lieu à des scènes tragi-comiques de débuts de déshabillage. Aussi, le gouvernement d'Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak s'efforça-t-il de combattre la psychose en démentant les rumeurs de parachutages ennemis un peu partout à l'intérieur du pays.

En France[modifier | modifier le code]

Affiche gouvernementale de 1915.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au début de la Première Guerre mondiale, l'expression « cinquième colonne » n'existe pas encore. À sa place on dit « espionnite ». Celle-ci est très répandue en France. Le ministre de la Guerre Alexandre Millerand fait placarder des affiches qui proclament : « Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent. ».

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le mythe de la « cinquième colonne », bien répandu avant la Seconde Guerre mondiale, suite de l'afflux de réfugiés fuyant l'Italie fasciste, l'Allemagne nazie et l'Espagne franquiste après la guerre d'Espagne, a conduit à la construction de camps[3]. Ces camps regroupent, au printemps 1939, les républicains espagnols et les miliciens allemands des Brigades internationales (principalement au camp de Gurs), puis, dès juillet 1939, des Allemands (et généralement tout ressortissant du Troisième Reich) considérés comme « sujets ennemis[3] », indépendamment du fait que beaucoup sont des opposants au régime nazi[3]. Les communistes allemands sont recensés comme « suspects du point de vue national[3] » et internés.

Dès la déclaration de guerre et pendant la drôle de guerre, il s'est instauré un climat d'« espionnite[3] » et de nombreuses catégories de personnes sont considérées comme suspectes. C'est le cas des journalistes qui sont éloignés des implantations militaires, des étrangers, des membres de partis de gauche, des syndicalistes et des enseignants, systématiquement soupçonnés par les services du Contrôle et de surveillance du territoire du ministère de l'intérieur (CGST) et par le Bureau de centralisation du renseignement (BCR) du ministère de la Défense et les 2e bureaux de l'armée[3].

Les consignes de silence sont encore plus draconiennes dans l'armée. Les « éléments douteux[3] » (communistes et pacifistes) sont encore plus surveillés. On placarde des affiches de mise en garde, par exemple : « Se taire, c'est servir[3] », on demande aux soldats de se méfier des « conversations de café[3] », des « photographies de touristes[3] » ou de supposés faux officiers. Des sanctions très lourdes sont prévues, par la justice militaire, pour les imprudents, les déserteurs, les traitres et les espions, ces sanctions allant d'une peine d'un an de prison ferme pour un simple retard au retour de permission, jusqu'à la peine de mort appliquée aux espions, pour lesquels des exécutions capitales sont prévues au fort d'Ivry, en mars 1940[3]. Une espionne allemande sera condamnée à mort par contumace et un sténographe du sénat, qui aurait demandé des fonds aux Allemands pour diffuser un journal antimilitariste, verra sa condamnation à mort commuée en détention perpétuelle[3].

Jusqu'en mai 1940, les arrestations se multiplient, la gendarmerie et la police sont vigilantes. Les aérodromes sont particulièrement surveillés, surtout la nuit où l'on épie tous les signaux. On recherche activement d'éventuels parachutistes d'avions abattus. Des suspects sont arrêtés, surtout s'ils sont munis d'appareils photographiques. L'espionnite se répand de plus en plus et frappe indifféremment des agents ennemis ou des innocents. L'idée que rien n'est à l'abri de la « cinquième colonne » est alors largement répandue[3].

Lors de la bataille de France, en mai-juin 1940, les autorités redoutent les actions des agents allemands qui s'infiltrent derrière les lignes françaises et dans la population fuyant les combats, répandent de fausses nouvelles et transmettent des informations à Radio-Stuttgart, accréditant le mythe de la « cinquième colonne »[3]. Ces agents, en dirigeant les civils vers des itinéraires gênant les mouvements des troupes alliées augmentent la confusion générale. Ils pratiquent des actions de sabotage, par exemple sur les réseaux de communication et en modifiant les panneaux indicateurs routiers.

Souvent cité, se place l’« épisode de la cinquième colonne » lors du passage de Charles de Gaulle sur la place de la Concorde lors de sa descente triomphale des Champs-Élysées, le 26 août 1944. La foule essuie des tirs provenant, semble-t-il, de l'Hôtel Crillon. À ce moment, quelqu'un crie « C'est la cinquième colonne ! », sans doute pour signifier qu'il s'agissait d'Allemands embusqués. Mais un chef de char d'assaut comprenant que les tirs viendraient de la cinquième colonne de la façade de l'hôtel, et criant « la cinquième colonne » donne l'ordre au tireur de viser cette cible. En effet la cinquième colonne en partant de la rue Royale est d'une autre couleur que les autres[4].

Dans la dernière partie de La Mort dans l'âme, de Jean-Paul Sartre, qui met en scène des soldats français faits prisonniers par les Allemands, de nombreuses allusions sont faites à la cinquième colonne. C'est notamment le cas dans les toutes dernières pages du roman, lorsque les prisonniers, apprenant d'un civil qu'ils vont être transférés en Allemagne, se refusent à croire qu'il s'agit d'une information véridique, et préfèrent voir dans cette nouvelle les manigances d'un traître destinées à leur saper le moral.

Guerres d'Indochine et d'Algérie[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste français a fait office de « cinquième colonne » lors des guerres d'Indochine et d'Algérie, des militants soutenant ou luttant aux côtés du FLN contre le colonialisme français étaient alors surnommés les « porteurs de valise[5] » (matériel, argent). Voir aussi : « Affaire Henri Martin ».

En Guinée[modifier | modifier le code]

La cinquième colonne était un terme utilisé sous le régime d'Ahmed Sékou Touré pour justifier toutes les atrocités qui sont infligées à une partie de la population guinéenne, les « peuls », accusés de connivences réelles ou supposées avec les « impérialistes »[réf. nécessaire].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Le terme de Cinquième colonne est également repris dans la série télévisée V de 1983 et sa version de 2009 ; dans la série de 1983, ce terme désigne les « Visiteurs » alliés de la « Résistance », dans la série de 2009, il désigne la « Résistance ». On le retrouve aussi dans la série télévisée Stargate SG-1.

Le terme a aussi été abondamment utilisé dans le roman N. ou M. ? (1941) d'Agatha Christie, où les deux héros du roman, Tommy et Tuppence Beresford, doivent démasquer les chefs britanniques de la Cinquième colonne, chargée de préparer, d'organiser et de mettre en œuvre les sabotages préalables à l'invasion de la Grande-Bretagne par les nazis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hugh Thomas écrit dans La Guerre d'Espagne, p. 323 note 5, que Lord St Oswald revendique la création de cette expression avant l'allocution de Mola.
  2. Certaines sources attribuent l'expression au général nationaliste José Enrique Varela : voir les articles « José Enrique Varela » et « Quinta columna » (qui cite comme source le Journal de la Guerre d'Espagne de Mikhaïl Koltsov).
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Pierre Miquel, La Seconde Guerre mondiale, éd. Fayard, 1986, Paris (ISBN 2-7242-3370-0) ; rééd. Club France Loisirs, Paris, 1987, p. 57-59.
  4. Voir la double photo no 70 du livre de Rose Valland, Le Front de l'art.
  5. Hervé Hamon, Patrick Rotman, Les Porteurs de Valises - La Résistance française à la guerre d'Algérie, éd. Albin Michel, Paris, 1979 ; rééd. augmentée Le Seuil, coll. « Points-Histoire », Paris, 1982.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]