Territoire libre de Trieste

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

45° 38′ N 15° 48′ E / 45.633, 15.8 ()

Territoire libre de Trieste
Territorio libero di Trieste it

Svobodno tržaško ozemlje sl
Slobodni teritorij Trsta hr

19471954

Drapeau Blason
Informations générales
Statut République, administrée par les États-Unis, le Royaume-Uni et la RFS de Yougoslavie
Capitale Trieste
Langue Croate, italien, slovène
Monnaie Lire de Trieste
Démographie
Population 330 000 hab. (est. 1947)
Superficie
Superficie 738 km2 (1947)
Histoire et événements
15 septembre 1947 Création
26 octobre 1954 Partition
11 octobre 1977 Traité d'Osimo

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Territoire libre de Trieste (Territorio libero di Trieste en italien, Svobodno tržaško ozemlje en slovène et Slobodna teritorija Trsta en serbo-croate) était un État neutre qui exista de 1947 à 1954.

Il était formé de la ville de Trieste, d'une partie de l'Istrie et d'une bande côtière qui le reliait à l'Italie, un territoire de 738 km2 hébergeant environ 330 000 habitants. Créé après la Seconde Guerre mondiale par une décision des Nations Unies, il fut finalement partagé entre l'Italie et la République fédérative populaire de Yougoslavie.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1921, l'Italie annexa formellement les parties de l'Empire austro-hongrois qu'elle avait conquises pendant la Première Guerre mondiale, dont Trieste, l'Istrie et ce qui est maintenant l'Ouest de la Slovénie. Elle fit de même en 1925 avec l'État libre de Fiume (désormais Rijeka en Croatie). Dans ces zones annexées, les parties rurales étaient habitées surtout par des Slovènes au Nord et des Croates et des Morlaques au Sud-Est, tandis que les Italiens formaient la majorité des habitants de Trieste, Rijeka, de la côte et des villes de l'Istrie.

La division de la Vénétie julienne entre juin 1945 et septembre 1947, avec la ligne Morgan en rouge.

Pendant les années 1920 et 1930, les populations slaves furent victimes de discriminations et d'une italianisation forcée de la part du régime fasciste et de nombreux Croates et Slovènes émigrèrent en Yougoslavie ou rejoignirent le mouvement de résistance TIGR, qui commit plus d'une centaine d'actes terroristes à Trieste pendant ces années. Les populations allemandes et italiennes vivant en Yougoslavie au même moment émirent des plaintes similaires et un certain nombre émigrèrent également.

L'Italie combattit avec les forces de l'Axe au début de la Seconde Guerre mondiale. Lorsque le régime fasciste s'effondra en 1943, la Croatie et la Slovénie (qui allaient former à nouveau plus tard la Yougoslavie) annexèrent formellement les territoires, mais les forces allemandes les occupèrent. La 4e armée yougoslave et le 9e corps d'armée slovène prirent Trieste le 1er mai 1945. La 2e division d'infanterie (Nouvelle-Zélande) de la 8e armée britannique arriva sur les lieux le lendemain, obtenant la reddition de l'armée allemande, qui refusait de se rendre à un corps de partisans. Le général britannique William Duthie Morgan (en) proposa la partition de l'ensemble de la Vénétie julienne et le retrait des troupes yougoslaves. Tito accepta ce principe le 23 mai et le XIIIe corps britannique se déploya jusqu'à la ligne de démarcation. Un accord signé à Duino le 10 juin créa la ligne Morgan (en). Les soldats yougoslaves se retirèrent en retrait de cette ligne le 12 juin 1945[1],[2].

un timbre de la Zone B du Territoire libre, 1948.

Le 10 janvier 1947, le Conseil de Sécurité des Nations Unies approuve, par dix voix contre zéro, avec une abstention (Australie), la Résolution 16 et les trois documents fondamentaux suivants[3] :

  1. Instrument relatif au régime provisoire du Territoire Libre de Trieste
  2. Statut permanent du Territoire Libre de Trieste
  3. Instrument relatif au Port Franc de Trieste

Le statut permanent devait prendre effet avec la nomination d'un gouverneur approuvé par les quatre Puissances Alliées.

Une affiche pour le plan Marshall montrant les drapeaux des pays d'Europe occidentale, y compris un drapeau du Territoire libre de Trieste sur fond bleu.

Le 15 septembre 1947, le traité de paix entre l'Italie et les Puissances Alliées, signé le 10 février 1947, entre en effet, établissant le Territoire libre de Trieste[4].

Cependant, le territoire ne reçoit jamais son administration définitive et reste maintenu sous occupation militaire selon la division en deux zones séparées par la ligne Morgan : la zone A (222,5 km2, dont Trieste, 262 406 habitants) était administrée par les forces américaines et britanniques, tandis que la zone B (515,5 km2 et 71 000 habitants) l'était par l'armée yougoslave. Entre octobre 1947 et mars 1948, l'Union soviétique rejette 16 candidatures au poste de gouverneur, point auquel les Puissances Tripartites (États-Unis, Royaume-Uni et France) publièrent, le 20 mars 1948, un mémorandum recommandant le retour du territoire sous souveraineté italienne. Il n'y eut en fait jamais de gouverneur nommé selon les termes de la résolution des Nations Unies. Le territoire ne fonctionna donc jamais comme un État unitaire, démocratique et indépendant, même si son statut fut généralement respecté et s'il émit sa propre monnaie et ses timbres. La rupture Tito-Staline à la mi-1948 entraîna la suspension de la proposition de retour du territoire à l'Italie jusqu'en 1954.

Le 5 octobre 1954 a Londres, un mémorandum (it) fut signé entre les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Italie et la Yougoslavie. Il établissait l'administration civile provisoire de la zone A par l'Italie et de la zone B par la Yougoslavie[5],[6]. Le traité d'Osimo signé en 1975, et mis en application en 1977, acheva la division du Territoire libre de Trieste entre les deux pays.

Démographie[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1940 et pendant celles qui suivirent la division du territoire, près de 40 000 personnes (principalement italiennes) choisirent de quitter la zone B pour s'installer en zone A ou en Italie pour diverses raisons — certaines furent intimidées et plus ou moins contraintes, d'autres ne préféraient tout simplement pas vivre dans la Yougoslavie communiste. Elles furent surnommées optanti en Yougoslavie, mais se nommèrent elles-mêmes esuli (« exilées » en italien). Environ 14 000 Italiens choisirent de rester dans la zone yougoslave, désormais partagée entre deux des entités de la fédération, la République socialiste de Croatie et la République socialiste de Slovénie.

Selon les estimations du gouvernement militaire allié, la zone A comprenait en 1949 environ 310 000 habitants, dont 239 200 (77,4 %) Italiens et 63 000 (20,3 %) Slovènes. Des sources italiennes contemporaines donnent un nombre de Slovènes moins important (32 000 à 40 000).

Selon le recensement sous l'occupation militaire titiste yougoslave de 1945, unanimement considéré comme falsifié, la partie de l'Istrie qui devait devenir la zone B abritait 67 461 habitants, dont 30 789 Slaves, 29 672 Italiens et 7 000 personnes d'autres nationalités. Les données du recensement autrichien de 1910 effectué selon la langue d'usage : 48 304 Italiens contre 16 486 Slaves.

Personnalités liées à la région[modifier | modifier le code]

Nino Benvenuti, boxeur, champion du monde et olympique italien, né le 26 avril 1938 à Isola en Italie

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]