Bataille de Madagascar

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Bataille de Madagascar
(opération Ironclad)
Soldats britanniques débarquant de LCA à Tamatave en mai 1942.
Soldats britanniques débarquant de LCA à Tamatave en mai 1942.
Informations générales
Date 5 mai 1942 au 8 novembre 1942
Lieu Diego-Suarez, Colonie de Madagascar
Issue Victoire alliée
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
(petit drapeau) Rhodésie du Sud
Flag of British East Africa.svg Afrique orientale britannique
Drapeau de l'Australie Australie
Drapeau de l'Afrique du Sud Union d'Afrique du Sud
Flag of France.svg État français (Vichy)
Drapeau : Japon Empire du Japon
Commandants
Drapeau du Royaume-Uni Robert Sturges Drapeau de la France Armand Annet

Drapeau : Japon Ishizaki Noboru

Forces en présence
10 000 -15 000
(forces terrestres)
8 000
(forces terrestres)
Japon : quatre sous-marins, deux sous-marins de poche
Pertes

  • 107 tués
  • 280 blessés
  • pertes totales : 620 hommes au total (avec les morts de maladies)

  • 150 tués
  • 500 blessés
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée

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Coordonnées 12° 16′ S 49° 17′ E / -12.266666666667, 49.283333333333 ()12° 16′ Sud 49° 17′ Est / -12.266666666667, 49.283333333333 ()  

Géolocalisation sur la carte : Madagascar

(Voir situation sur carte : Madagascar)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Madagascar.

L'opération Ironclad (mot anglais signifiant « cuirassé », « blindé »), appelée également bataille de Madagascar ou bataille de Diego-Suarez, correspond à l'invasion britannique de la colonie française de Madagascar, alors sous l'autorité du gouvernement de Vichy.

Situation politique et diplomatique[modifier | modifier le code]

Il s'agit d’une invasion britannique de la colonie française de Madagascar, alors sous l'autorité du gouvernement de Vichy, opération décidée sans avertir la France libre du général de Gaulle .

Craignant que l’Inde se retrouve isolée, les forces britanniques mènent, le 5 mai 1942, l’opération Ironclad, appelée également bataille de Madagascar ou bataille de Diego-Suarez.
En effet, Londres ne veut pas reproduire les échecs des précédentes opérations menées conjointement avec la France libre contre les territoires français : l'opération de Dakar où des Français de l'armée de Vichy, censés rallier Charles de Gaulle, avaient au contraire tiré sur les Alliés, et le semi-échec de la campagne de Syrie où les Britanniques, ayant réussi avec les FFL à chasser les autorités de Vichy et ayant pour but de s'installer à Beyrouth et Damas, s'étaient vus quelque peu remerciés et évincés de la région par les envoyés de De Gaulle.

La bataille de Madagascar sera ressentie très durement autant par la France de Vichy que par la France Libre, chacune la considérant comme une agression britannique contre un territoire français, ce qui aura des conséquences sur l'attitude de chacune :
C'est en ayant cette invasion à l'esprit qu'à la Libération, de Gaulle luttera pour préserver des Alliés l'indépendance nationale, et c'est parce qu'ils y verront un précédent que les Français d'Afrique du Nord tireront d'abord sur le débarquement allié en novembre 1942, le manque de coordination entre Alliés et autorités d'Alger (Giraud était finalement absent) ne faisant annuler que tardivement l'ordre de résister à l'invasion.

Préambule[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1942, les dirigeants des forces alliées pensent que les ports de Madagascar pourraient être utilisés par les Japonais.

Par ailleurs, les Allemands surveillent de près si le gouvernement de Vichy fait son possible pour maintenir le pays dans la neutralité.

Après la conquête de l'Asie du Sud-Est (à l'est de la Birmanie à la fin de février 1942), le haut commandement japonais déplace son axe d’effort vers l’Ouest. Les sous-marins de la flotte impériale japonaise se déplacent librement dans l'ensemble de l'océan Indien. Du 31 mars au 10 avril 1942, les Japonais mènent des raids sur les ports britanniques dans l'océan Indien en particulier sur Colombo, Trincomalee et Batticaloa situés sur l'île de Ceylan.

Ce raid conduit les Britanniques à déménager dans une nouvelle base, plus lointaine : Kilindini, proche de Mombasa, au Kenya. De ce fait, le passage de la flotte britannique ouvre aux Japonais un nouvel angle d'attaque.

Si elles utilisent les bases de Madagascar, les forces navales japonaises menaceront les lignes de communication alliées dans une région qui s'étend du Pacifique au Moyen-Orient et à l'Atlantique sud, affectant également le ravitaillement de la 8e armée et de la flotte britannique de l'Est, dans les océans Indien et Pacifique.

Le états-majors britanniques décident de lancer un assaut amphibie sur Madagascar. Le plan est connu sous le nom d'« opération Ironclad ». Les forces alliées s’appuient principalement sur la British Army et la Royal Navy. Elles sont commandées par le major-général Robert Sturges des Royal Marines.

Les forces alliées navales sont composées de plus de 50 navires, établis à partir de la Force H, de la British Home Fleet et de la flotte britannique de l'Est, commandée par l'amiral Edward Neville Syfret (en).

La flotte comprenait l'Illustrious, son navire-jumeau l'Indomitable et le vieux Ramillies afin de couvrir le débarquement.

L’opération Ironclad[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 4 mai 1942, une puissante escadre, commandée par le contre-amiral Syfret, à bord du cuirassé Ramillies, appuyée par les porte-avions Illustrious et Indomitable, aux ordres du contre-amiral Boyd, arriva au large de la baie du Courrier face à Diego-Suarez.

La flotte britannique à l’ancre au large du port de Diego-Suarez

Le 5 mai 1942, à 5h10, des explosions de bombes et de torpilles détruisirent les quelques bâtiments de guerre français, qui se trouvaient dans le port de Diego-Suarez. Tous les avions et les navires de la base furent détruits, à l'exception de l'aviso colonial d'Entrecasteaux.

Certains avions lâchaient des tracts réclamant la reddition immédiate et inconditionnelle de l'île.

Les troupes britanniques ont débarqué dans la baie d’Ambararata et dans la baie Courrier, juste à l'ouest du grand port de Diego-Suarez, à la pointe nord de Madagascar. La garnison, sous le commandement du général Guillemet et du capitaine de vaisseau Maerten, d'environ 4 000 hommes, dont 800 Européens, réussit à contenir les assaillants durant toute la journée.

Le général Sturges, commandant des troupes de débarquement, demanda au HMS Ramilllies d'éliminer le d'Entrecasteaux dont le tir précis empêchait la progression à terre. Devant le surnombre l'aviso dû s'échouer, mais les canonniers continuèrent à riposter.

Pendant ce temps, une attaque de diversion était organisée à l'est. Sous le couvert de la nuit, le destroyer Anthony se glissa à l'intérieur du port et y débarqua un détachement de marines du Ramillies. Ceux-ci s'infiltrèrent en arrière des lignes et s'emparèrent de plusieurs points stratégiques.

L'attaque principale fut lancée au jour, le 6 mai, elle perça les défenses : au bout de quelques heures, la dernière batterie côtière se rendit.

Maquette de l'aviso d'Entrecasteaux. Musée national de la Marine, Paris

Le sous-marin Le Héros, rappelé de l'escorte d'un convoi par le commandant Maerten, atteignit la baie du Courrier mais y fut attaqué par la corvette Genista, puis par des appareils de l'Illustrious. Il coula à 5 heures, le 7 mai, vingt-sept membres de son équipage trouvèrent la mort. Un autre sous-marin, le Monge, fut détruit le lendemain, après avoir essayé de torpiller l’Indomitable.

Le 7 mai, après de violents combats, les forces françaises se retirent vers le sud, Diego-Suarez est prise par les Britanniques.

Attaque des sous-marins japonais[modifier | modifier le code]

Les sous-marins japonais I-10, I-16 et I-20 sont arrivés le 29 mai, trois semaines après le débarquement[1]. Le I-18, lui, n'arrivera pas à temps, retardé et endommagé par une grosse mer.

L'avion de reconnaissance de l'I-10 a repéré le HMS Ramillies ancré dans le port de Diego-Suarez, l'avion ayant été repéré, le Ramillies s’est déplacé. Toutefois lI-20 et lI-16 ont lancé deux sous-marins de poche, dont l'un a réussi à entrer dans le port et a tiré deux torpilles, malgré les grenades anti-sous-marines lancées par deux corvettes.

Une torpille a gravement endommagé le Ramillies, tandis que la seconde a coulé le pétrolier britannique Fidélité, qui fut renfloué plus tard.

Le Ramillies, a été, par la suite, réparé à Durban et Plymouth.

Leur sous-marin de poche (M-20b) échoué, à Nosy Antalikely, le lieutenant Saburo Akieda et maître Masami Takemoto, se déplacent à l'intérieur des terres, près du Cap d'Ambre, pour se cacher. Toutefois, repérés, quand ils ont acheté de la nourriture dans un village, ils ont été tués dans une fusillade avec les Royal Marines, trois jours plus tard.

Le deuxième sous-marin de poche (M-16b) a été perdu en mer et le corps de l'un des membres d'équipage a été retrouvé, le lendemain.

La bataille de Madagascar[modifier | modifier le code]

François Darlan, alors commandant en chef des forces de Vichy (tandis que Pierre Laval est chef du gouvernement), ordonne de résister jusqu'au bout, y compris par des actions de guérilla. Les hostilités se poursuivent pendant plusieurs mois.

En remplacement des deux brigades de la 5e division d'infanterie britannique transférées en Inde, le 22 juin, la brigade de l’Afrique de l'Est (King's African Rifles), la 7e brigade motorisée sud-africaine de la 3e division d’infanterie et la 27e brigade d'infanterie rhodésienne arrivent à Madagascar.

Le 10 septembre la 29e brigade et un groupe de la 22e brigade débarquent à Majunga, dans le nord-ouest, afin de relancer les opérations offensives alliées.

La progression britannique est lente à cause des petites escarmouches avec les forces armées de Vichy, et des dizaines d'obstacles érigés sur les routes principales. Toutefois, les forces de Vichy ne combattent pas réellement et c’est sans trop d'opposition que les Alliés capturent la capitale, Tananarive, puis la ville d'Ambalavao.

Le 18 octobre, Andramanalina tombe.

Le 6 novembre, un armistice prévoyant notamment le maintien d'une souveraineté française est signé à Ambalavao. Le 8 novembre 1942, le gouverneur général Armand Annet capitule près d'Ihosy, dans le sud de l'île[2]. Sur les 1 200 Français faits prisonniers, 900 se rallient à la France libre.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Pertes[modifier | modifier le code]

Françaises[modifier | modifier le code]

  • 150 tués
  • 500 blessés

Les navires français se trouvant dans la rade sont coulés :

Tous les avions sont détruits, en majorité sur le terrain d'aviation, soit :

Ces combats entraînent la mort de l’aviateur Jean Assollant, qui avait établi en 1929 la première liaison aérienne française entre les États-Unis et la France à bord de l'Oiseau Canari. Il est abattu et tué le 7 mai 1942 aux commandes d'un MS.406 (immatriculé 995) de l'Escadrille de Chasse N°565, par des chasseurs Martlet britanniques du Squadron 881 de la Fleet Air Arm ayant décollé du porte-avions HMS Illustrious. Ses deux coéquipiers, le capitaine Léonetti (chef de la patrouille sur le MS.406 n° 993) et le lieutenant Laurant (MS.406 n° 842), sont également abattus lors de ce combat mais survivent.

Britanniques[modifier | modifier le code]

pertes totales :

  • 620 hommes au total (avec les morts de maladies) dont :
    • 107 tués (30 tués dans les opérations à l’intérieur de l’île).
    • 280 blessés (90 blessés dans les opérations à l’intérieur de l’île).

Une opération condamnée par de Gaulle[modifier | modifier le code]

Cette opération contre Diego-Suarez, fut ressentie par les Français libres comme un second Mers-el-Kébir.

Depuis des mois, le général de Gaulle invitait les Britanniques à l’aider à intervenir à Madagascar. Ils ont à chaque fois refusé pour agir seuls et sans le prévenir. Personne n’a jugé utile d’informer Charles de Gaulle de cette opération. Il l’apprend par un coup de téléphone d’un journaliste de l‘Associated Press, le 5 mai 1942 à 3 heures du matin[3],[4].

Sa réaction, face à cette atteinte à la souveraineté nationale, est rapide, violente, extrême et sans appel. Pour lui, les Britanniques ne respectent pas les accords signés et abusent de la faiblesse momentanée de la France pour l'évincer de ses colonies. Au petit matin, de Gaulle se rend à son quartier général du 4, Carlton gardens, où il a convoqué tout son état-major. Il leur signifie : « Engagez-vous dans l’armée canadienne, au moins vous vous battrez contre les Allemands. [...] La France libre, c’est fini ! »[3].

Charles de Gaulle joue également la carte soviétique. Il reçoit Bogomolov, l’ambassadeur soviétique à Londres, puis rencontre Molotov qui l’assure du soutien de l’URSS à la France Libre. La constitution de l’escadrille Normandie Niemen, prévue auparavant, s’accélère.

Ces nouvelles sèment l’inquiétude à Downing Street et au Foreign Office. De Gaulle a réussi son bluff.

Toutefois, après l'armistice, la crise dure encore trois mois. Les Britanniques gardent le contrôle de l'île jusqu'en janvier 1943, date à laquelle les Forces françaises libres, sous la direction du général Paul Legentilhomme, se voient enfin confier le pouvoir à Madagascar[5]. Legentilhomme est remplacé en mai par le gouverneur général Pierre de Saint Mart.

Bilan[modifier | modifier le code]

L'impression donnée est que les Britanniques reconnaissent davantage la France de Vichy (comme ennemi dont on peut conquérir et occuper les territoires) que la France libre. Les FFL ne sont pas impliquées et une éphémère administration militaire britannique se met en place. De Gaulle ne décolèrera pas jusqu'à l'arrivée des FFL. Les Vichystes de leur côté, en tirent les enseignements et en novembre 1942, ils s'opposeront d'abord au débarquement allié en Algérie et au Maroc avant de s'y rallier (accords Clark-Darlan) une fois leur autorité et la souveraineté française garanties.

Si l'on considère, comme le fait Robert Paxton, que l'opération de Madagascar est un coup d'essai pour tester la réaction de Vichy à une invasion alliée (comme ce sera le cas quelques mois plus tard en Afrique du Nord), force est de constater que ce schéma d'une "troisième France" administrée directement par les Alliés, est une préfiguration de la situation politique complexe en Afrique française du Nord entre novembre 1942 et avril 1943. Enfin, l'affrontement militaire entre Britanniques et Vichystes, puis les quelques mois d'occupation britannique atteignent durement le prestige de la France auprès des Malgaches[6].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Van Den Boogaerde, Shipwrecks of Madagascar, Eloquent Books, 2008, page 283
  2. Madagascar Surrenders html, Time Magazine, 16 novembre 1942
  3. a et b Max Gallo, De Gaulle : La solitude du combattant (1940-1946), vol. 2, Robert Laffont,‎ 2012 (ISBN 2221119118, lire en ligne)
  4. Hervé Chabaud, « Ironclad » : les Anglais débarquent à Madagascar, sur L’Union - L’Ardennais,‎ 2012 (consulté le 25 août 2012)
  5. Montagnon 1990, p. 48-49, 176
  6. Montagnon 1990, p. 176

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]