François Fejtő

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François Fejtő
Image illustrative de l'article François Fejtő
Buste de François Fejtő dans le Szent István park à Budapest, sculpté par András Sándor Kocsis[1],[2]

Nom de naissance Ferenc Fischel
(Fischel Ferenc en hongrois)
Naissance 31 août 1909
Nagykanizsa, Empire d'Autriche-Hongrie
Décès 2 juin 2008 (à 98 ans)
Paris, France
Nationalité Française
Profession Journaliste, historien
Autres activités Enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris
Médias
Média principal Presse écrite
Pays France
Presse écrite Le Monde
Le Figaro
La Croix

François Fejtő, à l'origine Ferenc Fischel[3], né le 31 août 1909 à Nagykanizsa (actuelle Hongrie) et mort le 2 juin 2008[4] à Paris, est un journaliste et historien français d'origine hongroise, spécialiste de l'Europe de l'Est et de l'histoire du communisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et formation[modifier | modifier le code]

Sa ville de naissance, Nagykanizsa, se trouve alors dans la partie hongroise (royaume de Hongrie) de l'Empire d'Autriche-Hongrie.

Il est le fils d’un libraire et imprimeur de province d'orientation politique libérale : il dédiera un de ses livres[5] « A la mémoire de mon père, qui fut libéral, franc-maçon et loyal citoyen de la monarchie austro-hongroise ». Son père est de confession juive, mais il est élevé par une mère adoptive chrétienne[6]. Il est donc influencé à la fois par le judaïsme et par le christianisme.

Après la dislocation de l'empire austro-hongrois en 1918, sa famille se retrouve dispersée dans plusieurs pays : il a des parents à Zagreb (Yougoslavie), à Trieste (Italie), à Prague (Tchécoslovaquie). Lui-même se considère comme hongrois, sans renier l'identité juive de ses ancêtres ni le christianisme catholique auquel il se convertira[6], tout en se réclamant de l’héritage culturel d’une Europe centrale multinationale et multiconfessionnelle.

Il fait des études littéraires à l'université de Pécs, puis à l'université de Budapest[7], où il côtoie des Slaves, des Allemands, des Italiens. Il se lance dans l'action politique : en 1932, il est condamné à un an de prison pour avoir organisé un cercle universitaire d'études marxistes ; puis il adhère en 1934 au Parti social-démocrate de Hongrie et devient un contributeur actif au quotidien Népszava et à la revue du parti Szocializmus.

Son petit-fils est le comédien-illustrateur, Raphaël Fejtö.

Carrière[modifier | modifier le code]

Un an plus tard, en 1935, il fonde avec le poète Attila József et l'écrivain Pál Ignotus, une revue littéraire antifasciste et antistalinienne Szép Szó. Il y publie des textes de Jean-Paul Sartre, Emmanuel Mounier, Jacques Maritain. Son engagement politique et ses publications le font mal voir du pouvoir en place en Hongrie, le régime fascisant de Horthy : il est condamné à six mois de prison pour un article dénonçant la politique pro-allemande du gouvernement. Pour éviter la prison, il choisit en 1938 de s'exiler en France.

Pendant la Seconde Guerre mondiale il participe à la Résistance.

En 1945, François Fejtő dirige le bureau de presse de l'ambassade de Hongrie à Paris, il en démissionne à la suite de la condamnation de László Rajk, un ami de jeunesse. Il rompt alors tout lien avec la Hongrie. Ce n'est qu'en 1989 qu'il retournera dans son pays natal à l'occasion des obsèques nationales d'Imre Nagy, un des héros malheureux de l'insurrection de 1956.

Dans l'après-guerre, il fréquente le « Congrès des intellectuels pour la liberté », aux côtés de Raymond Aron, François Bondy (en), David Rousset. Il est aussi proche d'Albert Camus et d'André Malraux.

En 1949 la France lui accorde le statut de réfugié politique et il entre à l'Agence France-Presse[7], où il restera jusqu'en 1979 comme commentateur des événements des pays de l'Est.

La publication en 1952 de L'Histoire des démocraties populaires, un livre traduit dans dix-sept langues et plusieurs fois réédité, lui vaut les attaques violentes des émigrés de droite mais aussi des attaques (moins violentes) de la part d'intellectuels proches du PCF[8]. Son livre est généralement loué par les analystes indépendants comme J. Boulouis[9] ou B. Carantino[8].

En 1955, il obtient la nationalité française par naturalisation.

De 1972 à 1984, il enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris. En 1973, un jury présidé par Raymond Aron lui accorde le titre de docteur ès lettres pour l'ensemble de son œuvre.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

François Fejtő a consacré l'essentiel de sa carrière journalistique à l'étude des régimes est-européens, dont il aura eu la chance d'observer la naissance, les progrès, le déclin et la chute.

Il a aussi collaboré à de nombreux journaux et revues français et étrangers, dont Esprit, Arguments, Contre-Point, Commentaire, Le Monde, Le Figaro, La Croix, Il Giornale, La Vanguardia, Magyar Hírlap.

François Fejtő reste un grand intellectuel européen du XXe siècle. Proche de Paul Nizan, d'Emmanuel Mounier et d'Albert Camus, interlocuteur critique d'André Malraux et de Jean-Paul Sartre, il a côtoyé les grandes figures du Komintern et du mouvement communiste, dialogué avec les maîtres du Kremlin, avec Tito, Fidel Castro et Willy Brandt, admiré et critiqué le général de Gaulle et François Mitterrand. Il est l'ami d'Edgar Morin.

Il a tenté dès les années 1950 d'arracher les intellectuels français à leur « sommeil dogmatique » en dénonçant les crimes du stalinisme au moment des grands procès de Moscou : « À vrai dire, je n'ai jamais compris pourquoi tant d'écrivains français s'obstinent à prendre des positions politiques, sans chercher à s'informer préalablement des faits ».

Publications (liste partielle)[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Histoire des démocraties populaires, Éditions du Seuil, 1952 (réédité en 1992)
  • Histoire des démocraties populaires après Staline, Éditions du Seuil, 1969.
  • La Tragédie hongroise, 1958, Pierre Horay, 1998
  • Dieu et son Juif. Essai hérétique, 1961, Pierre Horay, 1997
  • Chine/URSS, Plon, 1964 et 1966 ; nouvelle édition chez Éditions du Seuil, 1977
  • Le Coup de Prague, 1948, Le Seuil, 1976
  • La social-démocratie quand même ; un demi-siècle d'expériences réformistes, Robert Laffont, 1980
  • Mémoires, Calman-Levy, 1986
  • Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Lieu Commun, 1988 (réédité par Le Seuil en 1993). Un tableau géopolitique et nostalgique de l'Autriche-Hongrie de sa jeunesse (14ème Prix Fondation Pierre-Lafue 1990).
  • 1956, Budapest, l'insurrection, Complexe, « Historiques », 1984, rééd. 2005 et 2006.
  • Où va le temps qui passe ?, Balland, 1991
  • La fin des démocraties populaires, Le Seuil, 1992-1997
  • Joseph II. Biographie, Quai Voltaire, 1994
  • Le passager du siècle, Hachette Littérature, 1999
  • Le printemps tchécoslovaque 1968, Complexe, 1999
  • Hongrois et Juifs, Balland, 2000
  • Voyage sentimental, Des Syrtes, 2001

Articles de revues[modifier | modifier le code]

  • « L'ère des bureaucrates », dans L'Histoire no 4, septembre 1978, p. 80-82.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (hu) Kocsis András Sándor - Született: 1954. május 24. (Budapest) sur www.port.hu
  2. (hu) Site officiel d'András Sándor Kocsis
  3. Ferenc est son prénom hongrois (Franz, François)
  4. « Décès du journaliste et historien Fejtö », Le Figaro, AFP (consulté le 25 juin 2008)
  5. Requiem pour un empire défunt.
  6. a et b http://www.bibliomonde.net/auteur/francois-fetjo-344.html
  7. a et b http://www.evene.fr/celebre/biographie/francois-fejto-24239.php
  8. a et b Bernard Carantino, "François Fejtö. Histoire des démocraties populaires", Politique étrangère, 1953, vol. 19, no 6, p. 526-527.
  9. Jean Boulouis, "Fejto (François) - Histoire des démocraties populaires", Revue française de science politique, 1955, vol. 5, no 1, p. 189-192.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]