Dalmatie

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43° 48′ 46″ N 16° 13′ 08″ E / 43.8128, 16.2188 ()

Blason de la Dalmatie

La Dalmatie (en croate Dalmacija, en italien Dalmazia, en latin Dalmatia) est une région littorale de la Croatie et du Monténégro, le long de la mer Adriatique.

Géographie[modifier | modifier le code]

La Dalmatie s'étire sur 350 km sur la côte est de la mer Adriatique sur environ 60 km de large, et couvre 12 100 km2 pour 897 000 habitants (2001). Elle est traversée par les Alpes dinariques et comporte en outre de nombreuses îles (Voir Îles de Croatie), de l'île de Pag, au nord-ouest, jusqu'à à Dubrovnik et à la baie de Kotor (Monténégro) au sud-est. Dubrovnik et l'ancien territoire de la République de Raguse ne faisaient pas partie de la Dalmatie historique, mais sont aujourd'hui considérés comme inclus dans la Dalmatie géographique.

La Dalmatie s'étend sur tout ou partie de quatre comitats croates : ceux de Zadar, de Šibenik-Knin, de Split et de Dubrovnik-Neretva.

Étymologie et linguistique[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants de la Dalmatie étaient des Illyriens, parlant des langues thraco-illyriennes[réf. nécessaire] de la famille indo-européenne. Leurs plus proches parents sont les Albanais d'aujourd'hui[réf. nécessaire]. Selon une interprétation propre à des linguistes albanais, « Dalmatie » signifierait « pays de bergers » en langue illyrienne, berger se disant delmë en albanais Gueg (Kosovo, nord de l'Albanie), bari delësh en albanais Tosk (Albanie).

La langue illyrienne ancienne parlée en Dalmatie disparaît avec la romanisation de la région[réf. nécessaire], sous la domination de l'Empire romain qui dure ici près de mille ans, de -219 jusqu'au VIIe (Empire romain d'Orient). La romanisation aboutit à l'apparition du "Roman oriental" à substrat probablement thraco-illyrien (si l'on en juge par certains éléments lexicaux conservés), dont dérivent ultérieurement deux langues romanes : l'istrien encore parlé en Istrie par quelques dizaines de personnes dans deux villages, et le dalmate dit « morlaque », disparu à la fin du XIXe, et dont les locuteurs sont passés soit à l'italien, soit au croate[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Antiquité[modifier | modifier le code]

La période des royaumes illyriens et dalmates[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle av. J.-C., les Grecs fondent des colonies dans le royaume d'Illyrie, dont la Dalmatie faisait alors partie.

En -229 et -228, la flotte romaine combat les pirates illyriens qui s’abritent dans les multiples îles de cette région, et à partir de - 219, les Romains prennent le contrôle de la côte de Dalmatie pour garantir la sécurité de la mer Adriatique.

En -168, le consul romain Paul Émile le Macédonien bat le royaume de Macédoine et son allié le royaume d’Illyrie. Les Romains prennent le contrôle de la Dalmatie, pour s’assurer une route terrestre permanente vers la Macédoine et la Grèce. En revanche, ils n’allèrent pas plus profondément dans le territoire illyrien, et Jules César, proconsul des Gaules et de l’Illyrie à partir de -58, dirige ses légions vers la Gaule.

La période romaine[modifier | modifier le code]

Entre - 9 et - 6, les Romains commandés par Tibère font la conquête de l'Illyrie. Tibère doit intervenir à nouveau entre les années 6 et 9 pour réduire une révolte de l’Illyrie au cours d’une guerre difficile, engageant pas moins de 15 légions et autant d’auxiliaires, soit un effectif considérable compris entre 150 000 et 180 000 soldats. Après sa victoire, l’Illyrie est divisée en provinces de Dalmatie et de Pannonie.

La Dalmatie dans l'Empire romain, vers 120

En raison de la présence de deux légions, l'ancienne province sénatoriale de Dalmatie est réorganisée en l’an 10 en une province impériale, avec comme capitale Salonae (Salone, aux importants vestiges archéologiques romains : puissants remparts, thermes, basilique). D'autres villes romaines furent prospères : Tarsatica (Trsat, au sud de Rijeka), Iader (Zadar, où sont encore visibles les vestiges du forum romain), Narona, Burnum. Les mines d’or et d’argent contribuent à la prospérité de la Dalmatie.

Même après le départ des légions vers les provinces frontières du Danube, Pannonie et Mésie, la Dalmatie conserva son statut de province impériale confiée à un ancien consul. Par exemple, Lucius Plotius Pegasus est gouverneur de la province sous Vespasien. La Dalmatie conserve une garnison auxiliaire qui renforcée durant le règne de Marc Aurèle. Celle-ci semble avoir été touchée à cette époque par des phénomènes de brigandages. Didius Julianus, futur empereur et alors gouverneur, aurait mené des opérations contre les brigands vers 175-178. Son importance stratégique s'était aussi réaffirmée puisque les Barbares avaient traversé les provinces frontières pour parvenir en Italie. À partir du IIe siècle, l'urbanisation, la romanisation puis la christianisation des Illyres progressent, et la région devient une place importante de l'empire, constituant, avec la Rhétie et le Norique la liaison incontournable entre l'Italie et les frontières danubiennes.

Durant le IIIe siècle, la Dalmatie semble être le cœur de l'Illyricum, ensemble s'étendant des Balkans au Danube, concentrant d'importantes armées. De nombreux officiers originaires de ces régions jouèrent un rôle incontournable dans la défense de l'empire lors de la crise du IIIe siècle : l'importance politique de la Dalmatie grandissait. Sont originaires de Dalmatie: l’empereur romain Carus (282-283), né à Narona selon certains auteurs, ses fils et successeurs Carin (283-285) et Numérien (283-284), et l’illustre Dioclétien, empereur de 284 à 305. Dioclétien se fit construire près de Salone un vaste palais fortifié sur la côte Dalmate, où il se retira en 305 après son abdication. Ce palais fut à l'origine de la ville de Split. Jérôme de Stridon, traducteur de la Vulgate, était également d'origine dalmate.

Le remodelage des provinces sous la tétrarchie conserva la Dalmatie en une seule province. Son contrôle est fréquemment disputé entre les empereurs régnant sur les parties occidentale et orientale de l’Empire Romain. Lors de l’ultime division de l’Empire romain en 395, la Dalmatie est rattachée à l’Empire romain d'Occident.

Lors des invasions germaniques du IVe siècle, la Dalmatie devient le refuge de ce qui reste de l’armée romaine d’Illyrie et le dernier lien terrestre entre l’empire d’Occident et l’Empire romain d’Orient. Elle voit le passage des candidats à l’empire d’Occident soutenus par Constantinople (Valentinien III, Anthémius, Julius Nepos), puis passe vers 490 sous la domination des Ostrogoths.

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période byzantine[modifier | modifier le code]

En 535, l’empereur d’Orient Justinien Ier envoie le général Bélisaire contre le royaume Ostrogoth d’Italie. Au passage, Bélisaire ramène la Dalmatie dans l’Empire Romain, pour quelques années.

L'arrivée des Croates sur les rives de l'Adriatique.

Les Avars et les premiers Slaves, qui conquirent la plupart des villes de Dalmatie au VIe siècle, poussèrent vers 614 les populations romanes de l'intérieur vers le littoral, entraînant la fondation de Spalato (Split) sur l'emplacement du palais romain construit par Dioclétien. D'autres réfugiés romans s'installèrent sur un îlot facile à défendre et fondèrent Raguse (Dubrovnik). Quelques villes côtières comme Zara (Zadar) ou Traù (Trogir), ainsi que la plupart des îles, demeurèrent territoires de l'Empire romain d'Orient. Mais la plupart des populations romanophones furent tout simplement assimilées par les Slaves.

L'installation des Croates[modifier | modifier le code]

Dans les années 600, d'autres Slaves, les Hrobates de Galicie se séparent en Bjalohrobates (qui restent sur place et participent à l'ethnogénèse des Polonais et des Ruthènes) et Černohrobates qui descendent vers le sud-ouest et en 640 apparaissent en Pannonie sous le nom de Croates. Vainqueurs des Avars ils fondent des principautés, bientôt fédérées en un duché, puis royaume de Croatie, incluant la Dalmatie continentale, qui eut plusieurs capitales successives : Biaći, Nin, Biograd, Šibenik, Knin, Split, Omiš, Klis et Solin.

Lors du schisme entre chrétiens, les Croates choisissent le catholicisme et y sont demeurés fidèles depuis, au point que cette appartenance fait partie de leur identité.

En 1102, la Croatie, incluant la Dalmatie, s'unit à la Hongrie. De 1115 à 1420, la Dalmatie fut le théâtre de nombreuses confrontations entre le Royaume hongro-croate et la République de Venise, qui avait hérité les îles dalmates de l'Empire byzantin. À la longue, par la guerre, la négociation ou l'achat, Venise finit par étendre son domaine en Dalmatie continentale, à l'exclusion de la République de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik), restée autonome, mais également romane.

La période moderne[modifier | modifier le code]

La période vénitienne[modifier | modifier le code]

En 1403, Ladislas de Durazzo, roi angevin de Naples et prétendant au trône de Hongrie-Croatie, renonce à ses droits sur la Dalmatie continentale en échange de 100 000 ducats, et Venise s'installe pour près de quatre siècles sur cette côte de l'Adriatique, sans jamais parvenir à conquérir ni éliminer sa rivale Raguse. La Dalmatie est gouverné par un provéditeur-général.
De nombreux Vénitiens s'installent durant cette période dans les ports et les îles de la Dalmatie. Venise ne perd définitivement la Dalmatie qu'avec sa propre indépendance, lors de sa conquête par Bonaparte en 1797. Toutefois, sous le régime vénitien, la langue croate a pu se développer en Dalmatie (y compris dans les îles) au même titre que l'italien, et des écoles, des publications y ont vu le jour.

La période austro-hongroise[modifier | modifier le code]

Après la chute de la République vénitienne en 1797, pendant la Révolution française, la Dalmatie devint possession de l'Empire d'Autriche par le traité de Campo-Formio. Elle fut unie au Royaume d'Italie créé par Napoléon I et après française sous le Premier Empire, au sein des « Provinces illyriennes ». Le maréchal Soult est titré duc de Dalmatie en 1808. La Dalmatie est de nouveau rattachée à l'Autriche au traité de Vienne en 1815 qui devient alors le Royaume de Dalmatie. L'Autriche, plus encore que Venise, y favorise le développement de la culture croate, d'autant qu'elle y voit un moyen de limiter l'irrédentisme des Italiens de la côte. En 1816 la présence italienne dans la région était estimée à 20 %, en 1865 elle n’était désormais que de 12,5 %[2].

La période yougoslave[modifier | modifier le code]

Par le traité de Rapallo en 1920, à la suite de la défaite des puissances centrales dans la Première Guerre mondiale, la Dalmatie, à l'exception de la ville de Zadar (Zara) et de l'île de Lastovo (Lagosta), cédées à l'Italie, fut incluse avec le reste de la Croatie dans le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, rebaptisé un peu plus tard Royaume de Yougoslavie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Italiens ont annexé de 1941 à 1943 certaines autres îles et une partie de la Dalmatie continentale, tandis que l'État indépendant de Croatie d'Ante Pavelić gardait le reste (puis la totalité après octobre 1943). En 1944 les partisans yougoslaves reprennent la Dalmatie aux Oustachis d'Ante Pavelić. Entre 1944 et 1950, la minorité italienne est expulsée vers l'Italie (environ 30 000 personnes dont 20 000 de la ville de Zadar). En moins de dix ans la présence italienne en Dalmatie est pratiquement epurée. Aujourd'hui il ne reste dans toute la Dalmatie que quelques centaines d'italiens, derniers témoins d'une présence romane plus que millenaire[3].

En 1991, après que la Croatie eut déclaré son indépendance vis-à-vis de la République fédérale socialiste de Yougoslavie, la région redevint un champ de bataille entre indépendantistes croates et pro-yougoslaves serbes : la flotte yougoslave fait le blocus des côtes et bombarde les ports. Elle doit cependant ensuite se regrouper à Kotor, faute de carburant, mais une partie des unités, aux équipages majoritairement croates, se mutinent et préfèrent rejoindre la Croatie.

La Dalmatie dans la République de Croatie[modifier | modifier le code]

Le 17 août 1990 à Knin, sous l'impulsion du colonel Ratko Mladić nommé dans ce but dans cette ville, les Serbes, majoritaires en Dalmatie du nord, déclarent vouloir rester Yougoslaves et refusent que la Dalmatie du nord intègre la République de Croatie. Ils barrent les routes, coupant la liaison terrestre entre la Croatie du nord et le reste de la Dalmatie : c'est la « Révolution des Rondins ». Lorsque la nouvelle police croate tente de dégager les routes, l'armée yougoslave (JNA) ouvre le feu contre elle. En 1991, les dirigeants serbes, alors dirigés par Milan Babić, expulsent les habitants croates (non sans violences) du nord de la Dalmatie, et le rattachent à la République serbe de Krajina autoproclamée, dont ils font de Knin la capitale. Ils légitiment cette proclamation par l'appartenance de la Krajina, à l'époque autrichienne, aux confins militaires des Habsbourg, à majorité serbe (bien que la Dalmatie et Knin n'en aient pas fait partie[4]). Encerclée par l'Armée de la République de Croatie et par les troupes du Conseil croate de défense de Bosnie-Herzégovine (HVO), la "République serbe de Krajina" tombe (non sans morts) au cours d'une offensive menée en 1994-1995. Knin tombera[5] le 5 août 1995 aux mains de l'armée et de la police croates lors de l'Opération Tempête (en croate, Oluja). Les habitants croates peuvent regagner leurs foyers, tandis que ce sont cette fois les Serbes - plus de 250 000 - qui sont chassés et qui se replient en République serbe de Bosnie.

Après 1996 commence une période de reconstruction qui, à partir de 2000, permet un développement essentiellement axé sur le tourisme, qui n'est pas sans effet sur les ressources en eau et halieutiques, sur la qualité des eaux et la préservation des paysages.

Économie[modifier | modifier le code]

Les ressources de la Dalmatie sont l'industrie (constructions navales, métallurgie), ainsi que l'agriculture et la pêche, en déclin, tandis que dans les îles et sur la côte, le tourisme prend au contraire une très grande ampleur, avec un rythme de construction très rapide et des prix qui ne cessent de grimper.

Culture et patrimoine[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle, les échanges culturels avec l'Italie étaient important et le nom de Schiavone, le Slavon, était donné en Italie, aux personnes originaires de Dalmatie. C'est ainsi que Juraj Culinovic né en 1436/7 et mort en 1504, est connu en Italie sous le nom de Giorgio Schiavone. Il a été apprenti de Squarcione à Padoue de 1456 à 1459, puis est retourné en Dalmatie. En 1462 il se trouvait à Zadar et il épousa Jelena, fille du sculpteur Giorgio di Matteo. A partir de 1463 il habite Sebenico, tout en se rendant de temps en temps à Padoue[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Luigi Tomaz, Il confine d'Italia in Istria e Dalmazia. Duemila anni di storia, Presentazione di Arnaldo Mauri, Think ADV, Conselve 2008.
  • (it) Luigi Tomaz, In Adriatico nel secondo millennio, Presentazione di Arnaldo Mauri, Think ADV, Conselve, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le dalmate comprenait plusieurs dialectes. Le dialecte ragusain de la région de Dubrovnik (anciennement Raguse, qui après avoir été vassale de Byzance, de Venise et du Royaume de Hongrie, devint indépendante au XVe siècle), a cessé d'être parlé au XVe siècle, la ville passant à l'italien vénitien, et la région au croate ; le dialecte végliote est celui qui a survécu le plus longtemps : il était encore parlé dans l'île de Veglia, aujourd'hui Krk (qui n'est géographiquement pas en Dalmatie) au XIXe siècle et a disparu le 10 juin 1898, à la mort de Tuone Udaina ([[|]] (en)), dernier locuteur du dalmate : un berger auprès duquel le linguiste italien Mateo Bartoli avait relevé et étudié le vegliote.
  2. Dictionnaire Encyclopédique Italien (Vol. III, page 729), Rome, Édition de l'Institut de l'Encyclopédie Italienne, fondé par Giovanni Treccani, 1970
  3. (en anglais)
  4. Hans-Erich Stier, Westermann grosser Atlas zur Weltgeschichte, p. 126, 130, 131
  5. [1]
  6. Site de la National Gallery