Bosnie (région)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bosnie.
La Bosnie (vert clair) et l'Herzégovine (vert foncé) à l'échelle de l'Europe.

Historiquement et géographiquement, la région connue sous le nom de Bosnie (Bosna/Босна en serbo-croate) comprend la partie nord de l'actuel État de Bosnie-Herzégovine. Elle se situe dans les Alpes dinariques, jusqu'à la limite méridionale de la plaine de Pannonie, les rivières Save et Drina marquant ses frontières nord et est.

La superficie approximative de la Bosnie est d'environ 41 000 km², soit environ 80 % du territoire de l'actuel État de Bosnie-Herzégovine. Officiellement, il n'existe pas de frontière politique ou géographique avec la région méridionale de l'Herzégovine, bien que le sujet soit régulièrement débattu. Les deux régions ont formé depuis le Moyen Âge une entité géopolitique commune, et le terme « Bosnie » est souvent utilisé à tort pour désigner l'État complet (Bosnie et Herzégovine), et donc aussi la région de l'Herzégovine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Limite approximative entre la Bosnie (zone claire) et l'Herzégovine (zone foncée).

Dans l'Antiquité, la Bosnie a été peuplée de Maenzées, de Germains, des Uns, de Ditiens, de Désitiates et de Narenses, des tribus Illyres, qui furent romanisées à partir du Ier siècle. Les Dalmates ont donné leur nom à la Dalmatie, et les Narenses à la rivière Neretva. Le christianisme s'y implante à partir du IIIe siècle. En 454 les Ostrogoths y fondent un royaume (qui englobera aussi l'Italie en 493). En 535 le général romain, Bélisaire, chasse les Ostrogoths et rétablit le pouvoir romain (devenu chrétien). À partir de 640, les Crobates et les Sorabes, des peuples slaves, s'installent dans la région et passent au christianisme : la langue serbo-croate va dès lors devenir majoritaire.

En 870, le pays est divisé entre les royaumes de Croatie (à l'ouest) et de Bulgarie (à l'est) mais l'actuelle Herzégovine demeure romaine (byzantine). En 1137, les seigneurs de Rama (dans le centre du pays) s’associent au royaume de Hongrie (comme l'avaient fait les rois de Croatie en 1090). Dès lors le roi de Hongrie porte aussi le titre de « Rex Ramae ». Intervenant dans les querelles dynastiques de la couronne hongroise, l'empereur Manuel Ier Comnène, récupère en 1167 la Bosnie et la Dalmatie, mais sa mort marqua la fin de la présence byzantine dans les Balkans. Le roi Béla III de Hongrie (1172-1196) reçut l’allégeance du ban Kulin de Bosnie et du prince Miroslav de Chulmie (Herzégovine actuelle). Le souverain du royaume hongrois-croate soumit toute la Bosnie en 1237.

À la fin de la dynastie hongroise des Arpadiens, les princes croates de Bribir (dynastie des Šubić) se rendent quasiment indépendants en Bosnie vers 1300. Mais Charles Robert de Hongrie réussit à s'emparer en 1322 du chef de la maison des Bribir et affirme ainsi son autorité sur le nord et l'ouest de la Bosnie actuelle. Le ban catholique de Bosnie, Étienne Cotroman en profita pour annexer à la Bosnie les "Pays du Ponant" (ouest du pays). À partir de cette époque, le banat hongrois de Bosnie comprenait la majorité du territoire de l'actuel État de Bosnie-Herzégovine.

À ce moment, trois types de christianisme sont présents dans le pays: catholique (évêchés de Split au sud et de Kalocsa au nord, mais il y eut aussi un évêque de Sarajevo de 1246 à 1469), orthodoxe (Patriarcat d'Ipek ou Peć) et l'Église bosnienne (schismatique à Rome).

Par son mariage avec Élisabeth Kotromanić, fille du ban de Bosnie, Louis Ier de Hongrie acquit la Chulmie (l’Herzégovine occidentale actuelle). En 1366, il contraignit son vassal Tvrtko, ban de Bosnie qui s’était rebellé, à reconnaître à nouveau son autorité. Mais après la mort du dernier roi de Hongrie de la dynastie des Angevins de Naples, le banat de Bosnie s’émancipa définitivement de la tutelle hungaro-croate et devint un royaume indépendant englobant la majeure partie de la Dalmatie. Tvrtko Ier (1338-1391), de la famille catholique des Kotromanić, se fit couronner roi de Bosnie et de Dalmatie en 1377. Comme sa mère était de la dynastie orthodoxe des Nemanjić, il en profita pour se faire couronner en même temps roi de Serbie, dont il contrôlait aussi la partie occidentale (tandis que l'est de la Serbie tomba aux mains des turcs).

En 1463, les Ottomans s’emparèrent de la Bosnie pratiquement sans livrer bataille. Toutefois Matthias Ier de Hongrie réussit à arracher au sultan Mahomet II la forteresse de Jajce et organisa Bosnie septentrionale deux banats contre les incursions turques. Mais ils succombèrent sous les attaques turques en 1482. La Bosnie fut donc entièrement intégrée pour quatre siècles dans l'Empire ottoman (1463 - 1878). Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le sandjak de Bosnie comprenait aussi l'Herzégovine et un territoire couvrant le nord de l'actuel Monténégro et le sud-ouest de l'actuelle Serbie. Dans ces territoires, une partie de la population passa à l'islam pour ne plus avoir à payer le Haraç (double-impôt sur les non-musulmans). Comme entre-temps le Bogomilisme a disparu, les historiens musulmans de Bosnie pensent que ce sont principalement les Bogomiles qui sont devenus musulmans. La région prit le nom de « Bosnie et Herzégovine » en 1853 à la suite de remodelages politiques.

Le Parti du Droit d’Ante Starcević s'était créé en 1861 en l’Autriche-Hongrie. Son programme prône la réunification et l’indépendance à l'égard de Vienne ou de Budapest de tous les « territoires croates », Bosnie comprise. L’évêque croate de Đakovo, Josip Juraj Strossmayer, élabore le premier programme d’unification des Slaves du Sud (1866) de l'Autriche-Hongrie sous l’appellation, alors inédite, de « yougo-slave » (sud-slave). Le premier congrès « yougoslave » se tient à Ljubljana en 1870.

À la suite du congrès de Berlin de 1878, l'Autriche-Hongrie occupe la Bosnie-Herzégovine, et en 1908 elle en annexe la plus grande partie (seul le territoire du sud-est, autour de Novipazar, est rendu à l'Empire ottoman ; il sera partagé entre le Monténégro et la Serbie en 1912). Au sein de l'Empire des Habsbourg (qui développe voies ferrées et industries) la Bosnie-Herzégovine constitue une troisième entité, à côté de l'Autriche et de la Hongrie. Mais les orthodoxes, qui auraient préféré un rattachement à la Serbie, acceptent mal cette situation. L’attentat de Sarajevo, perpétré en 1914 contre le prince héritier François-Ferdinand d'Autriche par un jeune Serbe, Gavrilo Princip, déclenche la Première Guerre mondiale.

À l'issue de celle-ci, la doctrine du président américain Woodrow Wilson: le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, aboutit à la dislocation de l'Autriche-Hongrie et à la création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, renommé plus tard Royaume de Yougoslavie. Les Serbes, cette fois, y trouvent leur compte, mais les Bosniaques musulmans (qui ne sont pas reconnus comme un peuple constitutif du royaume) et une partie des Croates (les Oustachis) s'y estiment marginalisés. L'assassinat à Marseille du roi Alexandre Karageorgević par l'oustachi Vlado Chernozemski, montre la fragilité de la Yougoslavie.

Après l'invasion de la Yougoslavie par les nazis en 1941, la Bosnie-Herzégovine est rattachée à l'État indépendant de Croatie d'Ante Pavelić, satellite de l'Allemagne. Deux mouvement de résistance se forment en Yougoslavie, les Tchetniks majoritairement serbes, dirigés par le légitimiste serbe Draža Mihailović, et les Partisans, mouvement multi-ethnique communiste dirigé par le croate Josip Broz Tito. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les alliés préfèrent Tito à Mihajlović : en conséquence, Tito est seul vainqueur et la Yougoslavie se reconstitue, mais comme fédération de six Républiques socialistes : la Bosnie-Herzégovine est l'une d'elles. Au bout de quelques années, en 1973 les « Musulmans » y sont reconnus comme « nationalité », au même titre que les Croates et les Serbes.

En 1992 la Bosnie-Herzégovine, comme avant elle la Slovénie et la Croatie, proclame son indépendance par rapport à la fédération de Yougoslavie. Mais la majorité des Serbes, désormais appelés "Bosno-Serbes" n'acceptent pas cette indépendance, et une guerre civile se déclenche entre Bosniaques musulmans, Croates et Serbes. Par les Accords de Dayton, en 1996, la guerre cesse et deux Républiques fédérées deviennent les états constitutifs de la Bosnie-Herzégovine indépendante : la Fédération Croato-Musulmane, et la République serbe de Bosnie (ou « Republika Srpska »).

Article connexe[modifier | modifier le code]