Culte de la personnalité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le culte de la personnalité est l'adulation excessive d'un chef d'État dans un régime totalitaire. Par extension, elle peut s'appliquer à toute personne en vue bénéficiant d'un fort battage médiatique. Le culte de la personnalité est entretenu par divers moyens de propagande, et suppose en particulier une large utilisation des médias et des évènements, les rassemblements et les manifestations étant spontanés ou non.

Naissance de l'expression[modifier | modifier le code]

L'expression provient du discours de Nikita Khrouchtchev au XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, en 1956. Elle traduit l'expression russe культ личности, qui signifie « culte de la personne [de Staline] ». Utilisée à l'origine pour dénoncer le stalinisme, et la propagande en faveur du « Petit père des peuples », Joseph Staline, l'expression s'est vite appliquée à toutes les dérives égocentriques dans les régimes totalitaires communistes (comme en Roumanie avec Nicolae Ceaușescu, en Chine avec Mao Zedong) ou anticommunistes avec le nazisme et sa mise en avant constante du Führer, le franquisme espagnol qui promeut le Caudillo « par la grâce de Dieu », le salazarisme portugais ou le fascisme italien avec le culte du Duce.

Un culte résolument moderne[modifier | modifier le code]

En dehors de la méritoire période athénienne du VIe au IVe siècle av. J.-C., où il n'était pas question qu'un homme seul, même en se prévalant du prestige résultant d'une victoire militaire (Miltiade, Thémistocle, Cimon), accapare la direction de la cité, le culte du chef n'a cessé de se poser en problème politique et social : les empereurs romains sont divinisés lors d'une apothéose, le roi est souvent considéré comme un « père de la nation » et son autorité est souvent alliée à un mandat divin. La figure du souverain est omniprésente et accompagne ses sujets du billet de banque aux timbres, de la piécette aux portraits accrochés dans les tribunaux et les administrations.

Ce qui est nouveau et ce que dénonce Khrouchtchev, c'est qu'une société qui se veut démocratique, qui se doit de l'être, copie ces habitudes féodales dans une dérive égocentrique. La nouveauté réside également dans la modernité des moyens mis en œuvre : le XXe siècle offre les outils techniques d'une médiatisation sans précédent à l'époque féodale. Via la radio, les journaux ou l'affichage, la personne du chef, qu'il soit Führer, Petit père des peuples, Grand Timonier, Caudillo, Duce, Président de la République ou candidat à cette présidence, pénètre dans l'intimité quotidienne des citoyens endoctrinés. George Orwell fera une satire de ce culte nouveau avec la figure de Big Brother (« Grand Frère ») dans son roman 1984.

Ailleurs dans le monde[modifier | modifier le code]

En Corée du Nord, dès le plus jeune âge, les citoyens se prosternent devant des statues géantes de Kim Il-sung, surnommé le président éternel, ou de son successeur dynastique, Kim Jong-il, son fils, appelé lui le cher dirigeant par la propagande. Le fils et successeur de Kim Jong-il, Kim Jong-eun, se voit quant à lui décerner le titre de brillant camarade[1].

Trois figures sculptées de Saddam Hussein coiffées d'un casque assyrien, qui décoraient autrefois ses palais présidentiels.

Au Moyen-Orient, on l'applique aussi en parlant des chefs d'État de pays non-démocratiques, qui imposent leur portrait à chaque coin de rue ou presque, ou dans le cas des dirigeants religieux, comme par exemple, de l'imam Khomeini en Iran. En Irak, après avoir exécuté physiquement toute opposition possible au sein du parti Baas qui l'avait porté au pouvoir, Saddam Hussein instaure un pouvoir centré autour de sa personnalité ; il modifie pour cela le contenu pédagogique dans les écoles primaires, fait preuve de népotisme en plaçant à la tête du pouvoir des personnes émanant de son clan ou de son village natal pour le seconder, et, signe du culte lié à sa mise en scène, se représenta sous diverses formes comme continuateur impérial des époques mésopotamiennes et assyriennes que le pays avait assimilé comme faisant partie de son Histoire.

Au Turkménistan, le régime du défunt Saparmyrat Nyýazow dit Türkmenbaşy (« Père des Turkmènes ») a instauré un culte de la personnalité. Si les Chinois sous Mao brandissaient le Petit Livre rouge, avec Nyýazow les Turknènes ont le Ruhnama (Livre de l'Âme), écrit du dirigeant qui fut selon lui inspiré du Coran.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Corée du Nord. La succession en marche », Le Télégramme, 28 septembre 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]