Volksdeutsche

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Régions de langue allemande d'après le recensement officiel de 1910, sans les Germano-Baltes, les Allemands de la Volga ni les anciennes colonies d'outre-mer
Locuteurs allemands vers 1925


Le terme Volksdeutsche (littéralement « allemand par le peuple ») est un terme allemand, forgé au début du XXe siècle et ultérieurement investi de connotations raciales et nationalistes. Ce terme renvoie à des populations vivant hors des États à population majoritairement allemande dont elles n'ont pas la nationalité, mais qui se définissent (ou sont définies) ethniquement ou culturellement comme allemandes.

Extension du terme[modifier | modifier le code]

Ce mot allemand Volksdeutsche, apparu à la suite de la modification des frontières et à la création de nouveaux États à la suite du premier conflit mondial, a d'abord été utilisé dans les années qui ont suivi par, et pour désigner, des personnes dont la langue maternelle était l'allemand, et qui vivaient en Europe hors des États à population majoritairement allemande contrairement aux Reichsdeutsche, les Allemands du Reich, ou aux Allemands d'Autriche. Le terme Volksdeutsche est également distinct de Auslandsdeutsche, qui désigne des citoyens allemands vivant à l'étranger ou expatriés.

La plupart des personnes désignées comme Volksdeutsche possédait la nationalité de leur lieu de résidence. Cela concernait par exemple l'Alsace, une partie de la Lorraine, la minorité allemande d'Eupen-Malmedy en Belgique, les Allemands de Posnanie, de Prusse-Occidentale, de Prusse-Orientale, ainsi que de la Haute-Silésie, en Pologne, des Pays baltes, de Bessarabie et de la Volga.

Par la suite on a aussi désigné par le terme Volksdeutsche les minorités germanophones de l'ancien Empire d'Autriche, devenu plus tard l'Autriche-Hongrie, et des États qui ont suivi, hormis l'Autriche — Yougoslavie, Hongrie, Roumanie, Tchécoslovaquie (Allemands des Sudètes), Italie (Tyrol du Sud). Dans un sens plus général, et plus rare, on a parfois inclus les Autrichiens, Luxembourgeois, Suisses alémaniques et Liechtensteinois.

En Autriche, le terme Volksdeutsche n'a pas été utilisé avant 1938, mais était encore utilisé après 1945.

Histoire des Volksdeutsche[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Drang nach Osten.

Les Volksdeutsche durant les périodes médiévale et moderne[modifier | modifier le code]

Le phénomène Volksdeutsche trouve ses racines dans les déplacements de populations du bas Moyen Âge, lorsque des colons allemands s'installent sur des terres d'Europe centrale et de l'est [1], dans les actuels États de la Baltique et Pologne, et ce dès le XIIIe siècle.

À partir de la partition de 843, des populations germaniques s'installent à l'Est des royaumes germaniques successifs. Appelés par les souverains slaves[2], des populations allemandes s'installent dans toute l'Europe de l'Est entre le XIIe siècle et le XVIIIe siècle[2]. Jusqu'à la fin du XVe, les populations allemandes et slaves vivent côte à côte, occupant les espaces et façonnant les paysages de façon complémentaire : en Bohême, les villes sont peuplées par des populations germaniques, tandis que les campagnes sont occupées par les populations slaves[2]. D'autres régions sont ainsi totalement germanisées, à l'image de la Basse-Silésie[2].

À partir du XVIIIe siècle, sous l'influence des monarques autrichiens, prussiens et russes, des territoires de plus en plus éloignés des espaces germaniques accueillent des colons germaniques : Frédéric II mène une politique de colonisation allemande de la Prusse, tandis que Joseph II encourage des colons allemands à s'installer en Bukovine, en Galicie et Hongrie[2], à l'image des colons originaires du Palatinat, d'Alsace et de Lorraine appelés par Joseph II à Zamość à partir de 1784[3].

L'éveil au XIXe siècle des nationalismes modernes, la disparition de l'Autriche-Hongrie et la création d'États nations allaient fortement accentuer les revendications et les craintes des différentes minorités, dont les minorités de langue allemande, présentes dans ces États[4]. Dès le milieu du XIXe siècle, les idées pangermanistes mettent en avant l'unité de tous les germanophones d'Europe, trouvent leurs premières manifestations politiques dans les années 1890 et sont largement répandues tant en Allemagne et en Autriche que parmi les minorités parlant allemand.

Le nazisme et les Volksdeutsche[modifier | modifier le code]

Les idéologues inspirant le Parti national-socialiste reprennent en grande partie les idées pangermanistes, idées augmentées de connotations raciales liées au supposé « sang » allemand et au concept de race. Pendant le régime national-socialiste, la loi sur l'Empire et de la nationalité (RuStAG) du 22 juillet 1913, qui était à l'origine du fondement juridique du droit du sang, formellement ne fut pas modifiée mais connue dans ses applications des modifications importantes avec les lois raciales de 1935[5]. Ce fut la politique d'expansion territoriale de l'Empire allemand à partir de 1938, qui allait placer au premier rang la question des populations « de souche allemande » (Volksdeutsche), de leur statut juridique et de leur intégration.

L'historienne canadienne Doris Bergen fait remonter cette définition nazie des Volksdeutschen à un mémorandum de 1938 adressé par Adolf Hitler à la chancellerie du Reich[6]. Elle note que l'élasticité de cette définition a permis des manipulations de la part de personnes aspirant à être reconnues comme faisant partie de ce groupe dans les territoires sous domination nazie[7]. Depuis 1936, un organisme sous contrôle SS est habilité à organiser les relations avec les « Allemands par le peuple » : il s'agit de la Volksdeutsche Mittelstelle (bureau de liaison des Allemands ethniques), sous la direction depuis 1937 du SS-Obergruppenführer Werner Lorenz[8].

Les Volksdeutsche dans le second conflit mondial[modifier | modifier le code]

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi a créé des partis nazis dans certaines de ces populations, partis qui ont eu plus ou moins de succès (surtout chez les Sudètes, plus proches du Reich).

Lors du Pacte germano-soviétique, les Volksdeutsche présents dans les territoires annexés par l'URSS (pays baltes, Pologne orientale, Bucovine, Bessarabie) sont rapatriés dans le Reich, pour servir de colons en Pologne occidentale (Wartheland), dans d'autres régions annexées, ou encore dans le Gouvernement général[9] : les populations de Volksdeutsche des pays baltes sont ainsi rapatriés dans le Reich en vertu d'accords bilatéraux entre le Reich et la Lettonie, puis l'Estonie signés en octobre 1939[9]. En octobre 1939, en juin 1940, puis en mars 1941, les Volksdeutsche des régions incorporées à l'URSS font l'objet de transferts vers le Reich[9]. Les 400 000 personnes accueillies durant cette période le sont dans une atmosphère de désorganisation, ce qui pose de très nombreux problèmes aux hommes du RuSHA[10]. Puis, une fois sous contrôle du Reich, les Volksdeutsche accueillis sont soumis à une sélection ethnique sévère. Les Volksdeutsche sont ainsi classés en quatre catégories : les catégories I et II peuvent être employées pour la colonisation à l'Est, la catégorie III doit être envoyée dans le Reich pour germanisation, tandis que la catégorie IV est dans un premier temps utilisée comme main d’œuvre dans le Reich[10].

En effet, à partir de 1940, non seulement des Volksdeutsche, mais aussi des ressortissants de pays nordiques, sont recrutés par la SS. Enrégimentés dans des légions, les volontaires n'appartiennent pas à la SS[11]. Mais les volontaires issus des populations germaniques ne sont pas les seuls à intégrer la SS.

Lors de l'attaque allemande contre l'URSS, les Allemands de la Mer Noire et ceux de la Volga sont déportés préventivement par les autorités soviétiques vers la Sibérie et le Kazakhstan. Durant la Seconde Guerre mondiale, certains groupes de Volksdeutsche apportent un soutien aux autorités nazies et collaborent avec elles, ou bien sont incorporées dans des bataillons de la Waffen-SS ou de la Wehrmacht.

Ainsi, au fil des victoires du Reich, de plus en plus de populations de Volksdeutsche sont intégrées dans la sphère de recrutement des unités allemandes : ainsi, en 1941, les Volksdeutsche de l'armée yougoslave prisonniers de guerre sont intégrés dans la division Das Reich. En Croatie, cette politique de recrutement suscite des réserve du ministère des Affaires étrangères allemand, qui obtient la constitution d'unités, au sein de l'armée croate, composées de Volksdeutsche, sous le contrôle théorique de l'État oustachi[12]. De plus, commissaire au renforcement de la race depuis 1939, Himmler se montre de plus en plus actif et intrusif sur la gestion des Volksdeutsche des territoires contrôlés directement ou indirectement par le Reich et ses alliés[12]. Dans les Balkans, les responsables locaux des communautés de Volksdeutsche de Serbie, de Croatie et de Slovaquie ouvrent rapidement des pourparlers en vue de créer des unités militaires composées de recrues originaires de ces pays, pour appuyer les troupes d'occupation allemandes[12]. Hitler ayant donné son accord, la Force allemande, regroupant des unités militaires composées de Volksdeutsche du Banat, est constituée, officiellement placée sous le contrôle du gouvernement de Belgrade[13]. Au départ constituée sur la base du volontariat, cette unité recrute à partir de septembre 1942 selon les règles en vigueur dans le Reich, tous les hommes de 17 à 50 ans[12].

Les Volksdeutsche de Hongrie connaissent le même sort, en dépit de l'alliance avec le Reich, Himmler ne se sentant pas lié par les accords qui pouvaient exister entre la Régence et le Reich[14].

Cependant, s’ils sont recrutés par les forces d'occupation allemande, les Volksdeutsche des Balkans constituent un enjeu entre les différents rouages militaires du IIIe Reich : Himmler, à l'issue d'une lutte d'une année, obtient la haute-main sur le recrutement de ces populations dans les unités allemandes, malgré l'hostilité du ministère des Affaires étrangères[15] et des représentants de l'État libre de Croatie[14]. En mai 1942, le recrutement et la formation militaire des Volksdeutsche de Croatie sont cependant confiés à Himmler et à ses représentants sur place, qui mènent une intense politique de recrutement pour la division SS prinz Eugen[15].

À la fin de la guerre, livrés à eux-mêmes (comme l'ensemble des populations allemandes de l'Est de l'Oder) par des autorités nazies en fuite vers l'Ouest, face à l'offensive de l'Armée rouge, les Volksdeutsche de Pologne (présents avant 1939 ou réinstallés durant les actions de colonisation) tentent de refluer vers l'ouest : la plupart échouent, beaucoup ne survivent pas[réf. nécessaire]. Les Saxons de Transylvanie y restèrent, mais tous ceux qui avaient collaboré avec l'Allemagne nazie furent déportés en URSS.

Les Volksdeutsche dans les projets coloniaux de la SS[modifier | modifier le code]

Dès les années 1930, les Volksdeutsche font l'objet de toutes les attentions de la part de SS et de son chef, Himmler. En 1937, un bureau est créé au sein de la SS pour encadrer les ces populations dispersés sur le continent européen[16] ; puis, nommé en juillet 1938 responsable de la politique ethnique, c'est-à-dire de la propagande à destination des Volksdeutsche, Himmler, par l'entremise de Werner Lorenz, prend le contrôle des organisations encadrant ces populations[17].

Mais c'est surtout comme colons, comme matériaux pour la création du Reich grand germanique[14], que les populations de Volksdeutsche sont utilisées par le Reich nazi. Himmler, parfaitement indifférent aux problèmes politiques générés par sa politique raciale, se propose ainsi de recruter 60000 Volksdeutsche originaires de Roumanie, de Hongrie et de Slovaquie, pourtant alliés du Reich, pour pallier les problèmes de recrutement de colons dans le Reich[18].

Les populations de Volksdeutsche sont ainsi déplacées selon les objectifs de la politique raciale du Reich : en juin 1942, 20 000 Volksdeutsche de Bosnie sont ainsi déplacés, non seulement sous la menace de la résistance mais aussi en vue de recruter des colons pour les entreprises coloniales alors en préparation en Pologne et en Ukraine[15]. Himmler projette ainsi le déplacement de la totalité des Volksdeutsche de Hongrie pour installer ces populations dans le Wartheland[18]. Les Volksdeutsche de Croatie sont aussi soumis aux aléas des choix opérés pour eux par Himmler et la SS : ce dernier, souhaitant ménager les Italiens, ordonne leur rapatriement dans le Reich; ces mesures ne sont cependant pas approuvées par l'ensemble des responsables de la politique étrangère allemande[19].

En effet, ces derniers pointent l'affaiblissement des communautés de Volksdeutsche restées sur place, les hommes recrutés par la SS perdant leur nationalité d'origine, dans un contexte marqué par le développement de la résistance yougoslave[18]. Certains diplomates s'opposent à la disparition de cette population forte de 2.5 millions d'habitants dans les Balkans ou encore à la politique de recrutement forcé dans la SS, entraînant de fortes tensions entre le Reich et ses alliés, tout en créant, au sein des communautés de Volksdeutsche restés sur place, un sentiment d'incertitude sur leur avenir, selon les diplomates allemands en poste dans les pays concernés[19].

La plus aboutie des entreprises de colonisation agraire menée par la SS, avec des Volksdeutsche, se déroule dans le district de Zamość, dans la région de Lublin. En effet, 24 300 Volksdeutsche originaires de toute l'Europe sont installés à partir d'octobre 1942 dans le district : Dans le village de Zawada ont été ainsi installés des Volksdeutsche de Serbie, de Bessarabie, de Russie et de Pologne[20]. Cette situation, qui consiste à créer une Volksgemeinschaft avec des populations qui ne se comprennent pas permettent aux autorités SS de ces colonies de peuplement non seulement d'éviter la fomration de solidarités organisées par origine géographique, mais aussi de contrôler plus facilement ces établissements[21].

Plus à l'Est, d'autres projets ont été esquissés et ont connu un début de réalisation, vite compromis par les revers allemands à partir de 1943 : à l'automne 1942, 10 000 Volksdeutsche sont établis dans le district de Jitomir : rassemblés, classés en catégories, ils font l'objet de toutes les attentions de la part de Himmler qui leur rend visite peu de temps après leur installation[22].

Cependant, rapidement menacés, les quelques établissements coloniaux réalisés sous la tutelle de la SS, à Jitomir, en Crimée puis à Zamość sont évacués et les populations sont envoyées dans le Warthegau[23].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Plus de 11 millions de Volksdeutsche sont expulsés vers l'Allemagne, principalement de Pologne et de Tchécoslovaquie, entre 1944 et 1949, ce qui constitue « probablement le mouvement de déportation ethnique le plus exhaustif et le plus vaste de tous au cours de la période[24] » selon l'historien anglais Keith Lowe (en).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Jean Simon, Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques, Pluriel Recherches no 8, Paris, L'Harmattan, 2001 (ISBN 2747512908), p. 8
  2. a, b, c, d et e Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 23
  3. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 270
  4. François Fejtő, Requiem pour un empire défunt. Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Lieu Commun, 1988
  5. (de) Zit. nach Dieter Gosewinkel, in: von Münch, Die deutsche Staatsangehörigkeit: Vergangenheit – Gegenwart – Zukunft, Walter de Gruyter, Berlin 2007, ISBN 978-3-89949-433-4, S. 66, 149 f.
  6. (en) Doris Bergen. « The Nazi Concept of 'Volksdeutsche' and the Exacerbation of Anti-Semitism in Eastern Europe, 1939-45 », Journal of Contemporary History, vol. 29, no 4 octobre 1994, p. 569-582
  7. (en) Doris Bergen, « The Volksdeutschen of Eastern Europe, World War II, and the Holocaust: Constructed Ethnicity, Real Genocide, » in Keith Bullivant (dir.), Germany and Eastern Europe: Cultural Identities and Cultural Differences, Amsterdam, Rodopi, 1999, (ISBN 9042006889) p. 70-93.
  8. (en) Christopher Hutton, Linguistics and the Third Reich: Mother-tongue Fascism, Race, and the Science of Language, New York, Routledge, 1999 (ISBN 0415189543), p. 147
  9. a, b et c Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 148
  10. a et b Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 149
  11. Peter Longerich, Himmler, p. 584
  12. a, b, c et d Peter Longerich, Himmler, p. 589
  13. Peter Longerich, Himmler, p. 590
  14. a, b et c Peter Longerich, Himmler, p. 592
  15. a, b et c Peter Longerich, Himmler, p. 591
  16. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 59
  17. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 60
  18. a, b et c Peter Longerich, Himmler, p. 593
  19. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 594
  20. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 304
  21. Conte et Essner, La Quête de la race, p. 305
  22. Peter Longerich, Himmler, p. 566
  23. Peter Longerich, Himmler, p. 567
  24. Keith Lowe, L'Europe Barbare : 1945-1950,‎ 2013, 488 p. (ISBN 978-2262037765) [EPUB] emplacements 5689 et 8434 sur 13628.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]