Gauleiter

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Le Gauleiter est à la fois responsable régional politique du NSDAP et responsable administratif d'un Gau, subdivision territoriale de l'Allemagne nazie. Créée en 1925 par Gregor Strasser, lors de la réorganisation du NSDAP consécutive à l'échec du Putsch de la Brasserie, la fonction de Gauleiter permet la mise en place d'un maillage territorial à l'échelle du Reich tout entier. Recrutés parmi des membres de longue date du NSDAP, proches de Hitler qu'ils connaissent tous depuis longtemps, ces fonctionnaires du parti dépendent directement de Hitler et de la chancellerie du parti nazi.

À partir de 1933, les Gauleiter héritent, en tant que gouverneurs, de certaines attributions du pouvoir central. Leurs pouvoirs augmentent au fil des années, jusqu'à disposer, dans la dernière année du conflit, de compétences militaires et judiciaires importantes. Ces responsables régionaux, après avoir soutenu la lutte à outrance contre les Alliés, disparaissent dans la tourmente des dernières semaines du Troisième Reich : certains se sont simplement enfuis, d'autres sont morts en tentant de résister à l'avance des armées alliées, d'autres se sont suicidés ; les survivants ont été condamnés à diverses peines de prison à l'issue des procès de dénazification.

Les Gauleiter avant la prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

La fonction de Gauleiter est créée en 1925, lorsque le parti nazi est réorganisé après le Putsch de Munich. En 1928, à l'occasion de la réorganisation voulue par Strasser, cette fonction devient un grade dans l'organisation paramilitaire nazie. À cette occasion, la carte des Gaue est redessinée sans pour autant correspondre à l'organisation de la République de Weimar[1].

Rapidement, pour tenter de mettre un frein aux tendances centrifuges qui se développent dès les années 1920, un corps d'inspecteurs est mis en place, sous la houlette de Paul Schutz, un activiste d'extrême-droite, puis de Robert Ley, alors Gauleiter dans la région rhénane[2]. Ces inspecteurs sont souvent choisis parmi les Gauleiter les plus méritants. Ils ne disposent pas du pouvoir de sanction (ils ne peuvent pas, par exemple, révoquer de leur propre autorité un Gauleiter) et sont regardés avec suspicion par leurs collègues[2]. Le manque de moyens des structures de contrôle conduit à une forte autonomie au niveau régional, tout en renforçant les liens directs entre Hitler et les responsables de vastes circonscriptions territoriales que sont les Gauleiter[2].

Cependant, s'ils peuvent résister aux contrôles exercés sur leurs actions, ils doivent céder aux prétentions du trésorier du NSDAP, qui organise efficacement les modalités du contrôle de leurs comptes. Franz Xaver Schwartz, le trésorier du parti, se plaint régulièrement des détournements de fonds, de l'usage de fonds du NSDAP à des fins privées par les Gauleiter ou encore du retard dans le versement de la part des cotisations des militants qui revient à l'organisation nationale[3]. Cependant, cette limitation des prérogatives des Gauleiter doit être tempérée par leur rôle dans la transmission des consignes émanant des organes centraux du NSDAP. En effet, toute consigne à destination des personnels du Gau (comme le trésorier…) doit obligatoirement être transmise par leurs soins, transformant les institutions centrales du NSDAP en structures de commandement sans moyens réels de s'assurer que les recommandations et consignes qu'ils rédigent sont effectivement suivies d'effet au niveau des Gaue et au-dessous[4]. À partir du départ des frères Strasser, en décembre 1932, toute tentative de mise au pas de ces satrapes régionaux, comme toute tentative de rationaliser le NSDAP est définitivement voué à l'échec[2].

Une relation particulière avec Hitler[modifier | modifier le code]

La raison de l'échec final des Frères Strasser réside dans les liens personnels que Hitler a su tisser, au fil des années, avec les responsables territoriaux. En effet, la crise de décembre 1932, qui se termine victorieusement pour Hitler, lui fournit l'occasion de resserrer les liens directs qui l'unissent aux Gauleiter[5], dans le cadre de relations de type néo-féodal entre Hitler et ses subordonnés[6].

Alors que l'accès au Führer est sévèrement contrôlé par Bormann, les Gauleiter comptent parmi les rares responsables du Reich à jouir d'une possibilité d'approcher Hitler[7]. En effet, les Gauleiter disposent de nombreuses occasions d'échanges avec ce dernier : rencontres officielles, célébrations nazies ou réunions périodiques[8] comme celle qui célèbre, tous les 24 février, la publication du programme du NSDAP[9]. Hitler en profite pour revenir sur les évènements de l'année écoulée et dresser un tableau de la situation politique nationale et globale. En 1940, une partie importante du discours de Hitler est consacrée à des développements antisémites[10]. La dernière, en 1945, constitue l'ultime occasion pour les Gauleiter d'échanger directement avec Hitler. Lors des échanges formels et informels avec Hitler, ils font preuve d'un optimisme vraisemblablement de façade, selon Karl Wahl, Gauleiter de Souabe, et expriment leur ressentiment, notamment à l'égard de Bormann. D'autres, Rudolf Jordan, Gauleiter de Magdebourg-Anhalt, notamment, semblent revigorés par cette célébration[11].

La fonction de Gauleiter à partir de 1933[modifier | modifier le code]

Les Gaue du NSDAP 1926-1945

Avec le temps, la fonction de Gauleiter deviendra la plus importante dans l'organisation nazie, après celle de Reichsleiter. Jusqu'en 1938, le Gauleiter pouvait être secondé par un Stellvertretender-Gauleiter ou « Gauleiter adjoint ». Cette fonction sera abolie au début de la Seconde Guerre mondiale. En mars 1933, nommés Gouverneurs du Reich dans les Länder, ils apparaissent comme des éléments de centralisation aux mains d'un pouvoir central en train de mettre au pas toutes les formes de pouvoir à l'exception de la sienne[12].

Les Gauleiter et le pouvoir central[modifier | modifier le code]

Dès la mise en place du système, les Gauleiter, véritables potentats locaux, jouissent d'une très grande autonomie à l'égard des ministères, en dépit des efforts du ministère de l'Intérieur du Reich pour tenter de limiter cette autonomie[6].

Au fil du conflit, en charge de l'administration, les Gauleiter constituent des courroies de transmissions précieuses pour le pouvoir central de Berlin. En effet, ils ont à la fois pour rôle d'envoyer des rapports à la chancellerie du parti sur l'état de la population, mais aussi transformer en actes les directives du pouvoir central, que ce soit l'État ou le parti. Cependant, comme le note le Gauleiter de l'Oldenbourg, l'extension du Führerprinzip à tous les échelons ne crée pas les conditions d'un pouvoir central unifié et efficace à l'échelon du Gau, chaque Gauleiter exerçant son activité quotidienne de façon indépendante, à la fois de l'État central, mais aussi du Gauleiter voisin[13]. Mais, à partir de 1942, cette indépendance de fait est contrariée par Bormann, qui reçoit de Hitler la compétence sur toute la correspondance émanant des cadres du parti, Gauleiter compris[14].

Des fonctions cumulées aux limites mal définies[modifier | modifier le code]

En théorie, le Gauleiter coordonnait les activités du parti nazi, à l'échelon régional. Il devait faire en outre fonction de conseiller auprès des autorités locales. En pratique, il était le seul chef du Gau dont il avait la responsabilité. Le gouvernement local était le plus souvent un gouvernement fantoche. Dans de nombreux cas, le Gauleiter cumulait sa fonction avec celle de Reichsstatthalter (Gouverneur du Reich) ou d’Oberpräsident. Ce cumul de fonctions sur différentes entités administratives a souvent conduit à des conflits juridictionnels, caractéristiques de l’Allemagne nazie.

Évolution de la fonction et des prérogatives durant le conflit[modifier | modifier le code]

Tenant à mettre en application les projets nazis du vivant même de Hitler, ils participent à la radicalisation constante du régime au fil du conflit[7]. En effet, dans les régions orientales annexées au Reich, les Gauleiter, ceux des nouveaux Gaue comme ceux des Gaue de l'Altreich agrandis, Erich Koch en Prusse orientale, Albert Forster en Prusse Occidentale-Dantzig, Arthur Greiser dans le Wartheland et Karl Hanke en Silésie reçoivent de Hitler les pleins pouvoirs pour pratiquer sur ces régions une épuration ethnique radicale, devant aboutir à une germanisation totale dans les dix années, Hitler leur ayant donné la liberté totale des moyens, y compris l'arbitraire le plus absolu, les codes et lois du Reich ne s'appliquant pas sur ces territoires[15].

Erich Koch, Gauleiter de Prusse Orientale, et Hinrich Lohse, Gauleiter du Scheswig-Holstein, sont nommés à la tête des Reichskommissariat mis en place en Union Soviétique, le premier en Ukraine, le second en Ostland.

Les Gauleiter dans la politique raciale nazie[modifier | modifier le code]

Le 18 septembre 1941, Himmler, dans une lettre à Arthur Greiser, Gauleiter du Wartheland, fixe les objectifs de la politique antisémite du Reich dans les mois suivants : il s'agit de "nettoyer et de libérer" (c'est-à-dire de déporter les Juifs de ces régions) l'Altreich et le Protectorat de Bohème-Moravie des Juifs qui y vivent encore[16].

Dès la réorganisation des territoires polonais conquis en 1939 (création du Gouvernement Général, annexion de vastes territoires intégrés dans des Gaue existants ou non), la recomposition raciale de l'Europe de l'Est suivant les objectifs nazis se fait sous le contrôle direct de Himmler[17]. En effet, dès novembre 1939, les Gauleiter de Vienne, des Sudètes et de haute-Silésie demandent à Hitler l'autorisation, bien évidemment accordée, de procéder à l'expulsion de leur Gau des populations juifs[18], tandis qu'Arthur Greiser, dans le Wartheland procède à l'expulsion brutale, rapide et désorganisée des Juifs de son Gau[19]. En décembre 1940, dans l'indifférence générale les Gauleiter du Gau Pays de Bade - Alsace et du Gau Sarre-Palatinat, Josef Bürckel et Robert Wagner font déporter les Juifs de leur Gau par le RSHA, qui les envoie en France[20].

D'autres Gauleiter font déporter les Juifs de leurs Gau dans le Gouvernement Général, malgré l'opposition de Hans Frank, le Gouverneur Général, et utilisent ces déplacements de populations, pour exproprier légalement les biens juifs, comme Baldur Von Schirach, le Gauleiter de Vienne[21]. Paul Giesler, le Gauleiter de Munich, quant à lui, fait construire, aux frais des Juifs expropriés, un village de baraquements dans la banlieue de Munich[21]. Dans le Warthgau, domaine d'Arthur Greiser, la constitution, puis la gestion du ghetto le Łódź, fournissent l'occasion d'expérimenter une nouvelle forme de vexations des populations juives concentrées dans des ghettos surpeuplés dans ce nouveau Gau : un prélèvement de 65% sur les salaires perçus par les populations juives, ces dernières travaillant pour des entreprises du Reich[21]. durant l'automne 1941, pour faire face à la pénurie de logements liée aux bombardements dont les effets commencent à se faire sentir, les Gauleiter des Gaue occidentaux mènent une campagne auprès de Hitler pour demander la déportation des Juifs de l'Altreich, de façon à libérer les logemnts occupés par les Juifs pour les citoyens du Reich : le 16 septembre 1941, le lendemain du bombardement de Hambourg, le Gauleiter Karl Kaufmann, appuyé par Goebbels, Gauleiter de Berlin, avait adressé une remarque en ce sens à Hitler[22].

Des courroies de transmissions[modifier | modifier le code]

Durant le conflit, les Gauleiter constituent des acteurs importants de la diffusion des consignes de l'État central dans les régions du Reich. Cependant, au cours du conflit, certains de ces Gauleiter s'opposent aux actions centralisatrices menées depuis Berlin par Bormann ou les membres du cabinet[23]. Ainsi, nommé commissaire à la défense du Reich, ils disposent, à l'image d'Erich Koch, en Prusse Orientale, de pouvoirs étendus, notamment compétents en ce qui concernent les déplacements de populations et la mise en place de structures de défense[23].

S'ils sont compétents dans la mise en application des consignes de l'État central, les Gauleiter fournissent, par les rapports émanant de leurs services et parvenant à la chancellerie du partie, une vue d'ensemble de la situation du moral et des sentiments de la population allemande : en octobre 1944, le Gauleiter de Düsseldorf, Friedrich Karl Florian, rend compte de la situation catastrophique des victimes des bombardements alliés et défend la nécessité de mettre en place une aide d'urgence, sous peine de perdre définitivement le contrôle de la situation dans les villes bombardées du Reich[24]. Les réfugiés de l'Est propageant la nouvelles des succès soviétiques de janvier 1945, les Gauleiter rendent compte de la baisse générale du morale qui frappe l'ensemble de la population à partir de février 1945[25]. À partir du moment où le territoire du Reich est envahi, les Gauleiter jouent aussi un rôle dans l'information directe de Hitler, à qui des officiers généraux masquent de plus en plus certaines manœuvres : ainsi, entre le 12 et 17 janvier 1945, Georg-Hans Reinhardt, commandant du groupe d'armées Centre, engagé en Prusse Orientale, ne dit mot à Koch (ce dernier, fanfaron, en aurait immédiatement informé Hitler) des décrochages successifs de ses unités devant l'offensive soviétique en développement[26].

Une exemple d'intervention des Gauleiter pour modifier l'application d'une décision : l'interdiction des courses de chevaux dans le Reich[modifier | modifier le code]

Acteurs importants de la diffusion et de l'application des consignes émanant des autorités centrales du Reich, Les Gauleiter disposent néanmoins de larges capacités d'intervention dans tous les domaines de la vie publique. Le débat autour de l'interdiction des courses de chevaux est un exemple à la fois de leurs capacités d'intervention, mais aussi des limites de leurs pouvoirs.

Peu de temps après la défaite de Stalingrad, Goebbels, plénipotentiaire pour la guerre totale, prend position en faveur de l'interdiction des courses de chevaux, pour aider au maintien du moral de la population[27]. Goebbels obtient de Hitler l'autorisation d'interdire ce divertissement, interdiction que commencent à mettre en application les Gauleiter, qui s'opposent néanmoins à une interdiction générale dans leur Gau[27]. Paul Giesler, Gauleiter de Munich, fait appliquer cette décision, qui suscite l'opposition d'un ami personnel de Hitler, responsables des sports équestres dans le Reich : les deux parties allant se plaindre à Hitler, ce dernier, par l'entremise de Bormann et Lammers, dépositaires de l'expression de la volonté du Führer, autorise à nouveau les courses de chevaux à Munich, puis, par extension, dans l'ensemble du Reich, laissant in fine aux Gauleiter, commissaires à la défense, la responsabilité du choix de les maintenir ou non[28].

À La fin de la guerre, une évolution spécifique de la fonction et des prérogatives[modifier | modifier le code]

À partir de l'été 1944, et plus encore après l'échec de l'attentat du 20 juillet, les Gauleiter voient leurs fonctions évoluer dans le sens du renforcement de leur prérogatives, en partie en raison de l'action de Bormann. En effet, au fil des mois, ils disposent de plus en plus d'attributions, dont ils se servent pour exercer un pouvoir de plus arbitraire, mais ils doivent aussi faire face au discrédit qui frappe l'ensemble des responsables du NSDAP.

De nouvelles prérogatives[modifier | modifier le code]

Dans le contexte du mois de juillet 1944, les pouvoirs de ces responsables territoriaux sont renforcés avec la nomination de Goebbels comme responsable de la mobilisation de la société pour la guerre[29]. Appuyés par Bormann et Goebbels, ils défendent victorieusement leurs prérogatives contre toute incursion des ministres techniciens, comme Speer[30]. Durant la même période, le 12 juillet, les Gauleiter, commissaires à la défense du Reich, héritent de prérogatives de nature à interférer avec les compétences de la Wehrmacht en cas d'intrusion alliée sur le territoires du Reich : ils décident en dernier ressort des évacuations de civils ou des sabotages des industries des régions menacées[29]. Mais le principal moment de l'attribution de compétences dans le domaine militaire pour ces cadres du NSDAP, la fin de l'été et l'automne 1944, se décompose en réalité en deux moments : la formation du Volkssturm[31] et l'érection de fortifications aux frontières du Reich[32]. Le décret, préparé à la fin de l'été, signé par Hitler le 25 septembre et rendu public le 16 octobre 1944, institue une milice, le Volkssturm, dont la levée, l'organisation et l'entraînement dépendent de la compétence des Gauleiter[31]. La mobilisation totale de la population incluant aussi la construction de fortifications sur les frontières menacées du Reich, Erich Koch, Gauleiter de Prusse Orientale, région directement menacée par l'Armée Rouge, suggère en juillet 1944 à Hitler la construction d'un Ostwall, sur le modèle de la Ligne Siegfried[33]; au mois d'août, cette mesure est étendue au Gaue occidentaux, les Gauleiter des régions concernées devant coordonner les travaux, et pour les Gaue moins directement menacés, fournir la main d’œuvre, le tout sous le contrôle direct de Bormann, qui presse les Gauleiter d'activer les travaux, en vue d'un achèvement avant l'hiver[34].

Dans la cadre de la mise en place des mesures mises en place par Goebbels dans le cadre de la guerre totale, les Gauleiter sont les acteurs régionaux de la politique de ratissage voulue par le ministre de la propagande, destinée à fournir les effectifs de nouvelles divisions à envoyer sur les fronts[35], tout en prenant parti pour Goebbels contre Speer dans le conflit qui oppose les deux ministres[35].

Dans ce conflit, les responsables territoriaux constituent aussi un enjeu entre ministres, Speer souhaitant qu'ils lui soient subordonnés dans les domaines relevant de sa sphère de compétences, ce qui entraîne un désaveu de la part de Hitler[35]. Il adresse d'ailleurs aux Gauleiter un certain nombre de consignes relatives à la production ou au sabotage des installations industrielles et des infrastructures, dans le courant du mois de septembre 1944[36].

Enfin, les cadres du parti que constituent les Gauleiter, représentants personnels du Führer dans leur circonscription, héritent dans les faits de prérogatives dans le domaine de la représentation et dans la mise en scène du pouvoir nazi. Ainsi, devant la répugnance, de plus en plus affirmée au fil du conflit, de Hitler à être photographié, filmé ou mis en présence d'inconnus[37], les Gauleiter peuvent constituer une image visible du régime, lors de manifestations de propagande[38], ou encore lors d'inspections de dispositifs inspirés par le parti[39]. En mars 1945, ils deviennent responsables de l'action orateurs, mise en œuvre conjointement par la chancellerie du parti et par le ministère de la propagande, devant choisir les orateurs et les acheminer vers les troupes engagées dans les combats[40] : Ainsi, dans le Gau de Hesse-Nassau, les orateurs sont acheminés par camions, sous la responsabilité du Gauleiter, pour développer les thèmes de propagande choisis par Goebbels[41].

Un rôle accru dans la répression dans les derniers mois[modifier | modifier le code]

Dans un contexte marqué par la disparition progressive du soutien de la population envers le régime mis en place en 1933, la répression prend une place accrue dans le maintien d'un Reich aux abois après l'attentat du 20 juillet. Les Gauleiter, satrapes dans leur circonscription, participent de façon active au déploiement de cette répression.

Ainsi, le décret du 15 février 1945, instituant les cours martiales d’exception, donne au Gauleiter des compétences en matière d'exercice de la justice, puisque le décret les rend responsables, en vertu de leur poste de commissaire à la défense du Reich, de la composition de ces cours : en effet ils contrôlent les nominations des juges, à savoir un responsable du parti ou de ses organisations satellites et un officier de la Wehrmacht, des SS ou de la police. La circulaire de Bormann aux Gauleiter, par laquelle ils informent les Gauleiter de ces nouvelles compétences, rappelle aux Gauleiter le rôle qu'ils ont à jouer dans la conduite de la guerre à l'intérieur du Reich dans les dernières semaines du conflit[42]. Dans cette même circulaire, Bormann insiste sur le rôle des Gauleiter dans la lutte contre le défaitisme et les oppositions au régime[42].

Une autonomie renforcée[modifier | modifier le code]

Formant un groupe hétérogène[43], ils disposent dans les derniers mois du conflit d'une capacité d'action autonome renforcée; cependant, aucun d'entre eux ne conteste Hitler, ses consignes et sa politique durant le conflit, même si ce dernier doit leur rappeler, au début février 1945, qu'ils doivent cesser d'essayer de mener une politique autonome[44].

Les derniers mois du régime, dans un contexte de désorganisation croissante, renforcent les tendances centrifuges au sein de l'administration territoriale du Reich. Ces tendances se manifestent d'abord par un refus d'appliquer les directives émises par le pouvoir central, comme l'atteste le cas du sort des courses de chevaux à Munich en 1943, ensuite par la disparition du pouvoir réel de Hitler sur ses représentants dans le Reich, dont les Gauleiter font partie[45]. Cependant, la tentation, pour certains Gauleiter, de mener une politique autonome n'est pas le propre des dernières semaines du conflit; Franz Hofer, Gauleiter du Tyrol, agrandi de fait après la chute du régime fasciste en Italie par le Trentin, encourage les formes visibles de folklore local, dans le cadre de sa politique de se constituer, dans la population, une sorte de milice qu'il pourrait utiliser contre les troupes alliées[38].

Des personnalités de plus en plus discréditées[modifier | modifier le code]

Comme l'ensemble des institutions du NSDAP, les Gauleiter, chefs régionaux, souffrent d'un large discrédit auprès de la population dont ils ont la charge. Cependant, ce discrédit traduit une certaine réalité, à savoir la propension de ces responsables à céder à la panique ou à abandonner leur Gau dans la précipitation lorsque la menace alliée se fait pressante à partir de l'automne 1944 : le Gauleiter de Saarbrücken cède à la panique et ses ordres d'évacuation de la population civile génèrent un chaos que ses services et lui sont bien incapables de gérer[46].

En effet, l'acharnement dont ils font preuve pour défendre leurs prérogatives les rend plus vulnérables aux critiques, comme le constate Speer, lors d'une de ses inspections sur le Front de l'Ouest à l'automne 1944[47] : dans son rapport à Hitler, il signale le fossé qui sépare civils et soldats, d'une part, et les cadres du parti de l'autre : les premiers fatigués, avec des tenues sales et déchirées, les seconds avec des uniformes neufs et propres[47].

Cependant, ce discrédit ne se limite pas à l'attitude, mais aussi à la politique menée par les Gauleiter, plus spécifiquement ceux des Gaue de l'Est du Reich, directement menacés par l'avance de l'Armée Rouge, à partir de janvier 1945. En effet, les Gauleiter concernés, Erich Koch en Prusse Orientale et Arthur Greiser dans le Wartheland, se signalent l'un comme l'autre par leur incompétence. Arthur Greiser allie fanfaronnades, en affirmant la capacité de résistance dans son Gau et fuite précipitée, en abandonnant son Gau, l'administration censée le seconder et des populations civiles affolées par l'avance soviétique, pour se replier dès le 17 janvier, avec l'accord de Hitler, dans un premier temps à Francfort sur l'Oder[48]. Cette fuite, si elle gène le NSDAP et Hitler (qui lui a donné l'autorisation de se replier), accentue la haine envers ces responsables du parti, incapables de protéger les populations dont ils ont la charge[49]. Erich Koch, Gauleiter de Prusse Orientale, est quant à lui la cible des récriminations des réfugiés de l'Est[49].

Dans les régions envahies[modifier | modifier le code]

À partir de l'automne 1944, des régions de plus en plus importantes du Reich sont conquises par les Alliés, aussi bien à l'Ouest, qu'à l'Est. Les Gauleiter, conformément aux directives de Bormann et de la Wehrmacht ont pour mission d'assurer l'évacuation des civils, l'organisation du Volkssturm et la coordination de la défense de la Gau.

Face à ces missions, les Gauleiter ont eu des attitudes différentes, cependant toutes marquées par une volonté d'insuffler une résistance fanatique à la population et aux unités combattantes. Ainsi, en septembre 1944, le Gauleiter de Cologne, Joseph Grohé, voit son autorité réduite à néant dans les régions les plus proches du front, en raison de l'attitude de ses subordonnés[50].

En Prusse Orientale, directement attaquée par l'offensive soviétique de janvier 1945, Erich Koch rappelle ces prérogatives au milieu de la débâcle en cours, tout en incitant ses proches et ses collaborateurs directs, à se mettre à l'abri[51] : il subordonne, dans une province dont la population paniquée fuit vers l'Ouest, toute évacuation à son accord personnel[51], tout en inondant son Gau en décomposition de slogans creux sur la défense de la Prusse orientale et de Koenigsberg[51].

La disparition des Gauleiter, un épiphénomène dans la débâcle finale[modifier | modifier le code]

Durant les dernières semaines de la guerre, à partir de janvier 1945, les Allemands assistent à la disparition de l'autorité de ces cadres territoriaux, dont les circonscription sont alors largement envahies par les troupes alliées, tant à l'Ouest qu'à l'Est. Ainsi, sur le front occidental, les Gauleiter, tout en donnant et des gages à Speer, engagé dans une action de sabotage des ordres de terre brûlée[52], et des consignes jusqu'au-boutistes, préparent leur fuite devant les troupes alliées qui se font de plus en plus menaçantes : Josef Grohé, Gauleiter d'Aix-La-Chapelle - Cologne, par exemple, traverse le Rhin avec son état-major, se replie à Bensberg, puis, le 8 avril, dissout l'administration dont il a la charge et se rapproche de Walther Model[52]. Albert Hoffmann, Gauleiter de Westphalie-Sud, agit de même, en prenant la fuite le 13 avril, après avoir dissout, de son propre chef, le NSDAP dans son Gau[52]. Dans les Gaue orientaux, en janvier 1945, le cas d'Arthur Greiser, Gauleiter du Wartheland, mobilise toutes les attentions : refusant de donner des ordres d'évacuation des civils, alors que, le 17 janvier 1945, l'offensive soviétique rencontre chaque jour davantage de succès, affirmant que Posen serait défendue il abandonne son Gau, le 20 janvier, se repliant, avec l'accord de Hitler, à Francfort-sur-l'Oder[48], abandonnant la population civile à son sort; certains responsables, notamment Goebbels, influencé par des rapports négatifs sur la question, exige la comparution de Greiser, ce que Hitler refuse[49].

Plus au Sud, en Silésie, Karl Hanke, Gauleiter de Basse-Silésie, exerce l'ensemble de ses prérogatives dans Breslau assiégée à partir de la mi-février[53].

Seuls deux Gauleiter (sur 43) se sont faits tuer dans les combats : Karl Guerland, Gauleiter du Gau Kuressen, et Karl Holz, à Nuremberg, après avoir fait preuve d'un fanatisme absolu (ce qui lui vaut la croix d'or de l'ordre allemand, décernée par Hitler le 19 avril 1945)[54], meurt avec un groupe de SS lors de l'attaque du siège de la police par l'armée américaine, le 20 avril[54].

Insignes[modifier | modifier le code]

L'insigne de la fonction de Gauleiter, porté sur le col de l'uniforme, présentait deux feuilles de chêne sur fond rouge. L'insigne du « Gauleiter adjoint » ne présentait qu'une seule feuille de chêne.

Liste de Gauleiter[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Braunschweig, éd. Westermann,‎ 1985
  • (fr) Martin Broszat, L'État hitlérien, Paris, Fayard,‎ 1985, 625 p. (ISBN 978-2-213-01402-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fabrice d'Almeida, L'œil du IIIe Reich. Walter Frenz, le Photographe de hitler, Paris, Perrin,‎ 2008, 256 p. (ISBN 978-2-262-02742-1)
  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination : L'Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil,‎ 2008, 1032 p. (ISBN 978-2-7578-2630-0)
  • Ian Kershaw, Hitler. Essai sur le Charisme en politique, Paris, Gallimard,‎ 1991, 416 p. (ISBN 978-2-070-419081)
  • (fr) Ian Kershaw, La Fin, Allemagne, 1944-1945, Paris, Éditions du Seuil,‎ 2012, 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Louis L. Snyder, Encyclopedia of the Third Reich, McGraw-Hill,‎ 1976 (ISBN 1-85326-684-1), p. 131-132

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'État hitlérien, p. 88
  2. a, b, c et d L'État hitlérien, p. 89
  3. L'État hitlérien, p. 90
  4. L'État hitlérien, p. 92
  5. Hitler, p. 95
  6. a et b Hitler, p. 195
  7. a et b Hitler, p. 226
  8. Hitler, p. 227
  9. Hitler, p. 320
  10. Friedländer, Les Années d'extermination, p. 52
  11. Hitler, p. 321
  12. Hitler, p. 131
  13. L'État hitlérien, p. 459
  14. L'État hitlérien, p. 460
  15. Hitler, p. 249
  16. Les Années d'extermination, p. 362
  17. Les Années d'extermination, p. 67
  18. Les Années d'extermination, p. 70
  19. Les Années d'extermination, p. 71
  20. Les Années d'extermination, p. 139
  21. a, b et c Les Années d'extermination, p. 193
  22. Les Années d'extermination, p. 340
  23. a et b La Fin, p. 47
  24. Hitler, p. 193
  25. La Fin, p. 249
  26. La Fin, p. 266
  27. a et b Hitler, p. 271
  28. Hitler, p. 273
  29. a et b La Fin, p. 71
  30. La Fin, p. 72
  31. a et b La Fin, p. 126
  32. La Fin, p. 127
  33. La Fin, p. 128
  34. La Fin, p. 129
  35. a, b et c La Fin, p. 115
  36. La Fin, p. 119
  37. F. d'Almeida, L'œil du IIIeReich, p. 105
  38. a et b F. d'Almeida, L'œil du IIIeReich, p. 205
  39. La Fin, p. 193, image 13
  40. La Fin, p. 334
  41. La Fin, p. 335
  42. a et b La Fin, p. 296
  43. La Fin, p. 218
  44. La Fin, p. 320
  45. La Fin, p. 382
  46. La Fin, p. 100
  47. a et b La Fin, p. 99
  48. a et b La Fin, p. 284
  49. a, b et c La Fin, p. 285
  50. La Fin, p. 98
  51. a, b et c La Fin, p. 235
  52. a, b et c La Fin, p. 410
  53. La Fin, p. 244
  54. a et b La Fin, p. 412