Istrie

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Istrie
Carte de CroatieIzola, Koper, Piran
Carte de Croatie
Izola, Koper, Piran
Localisation
Pays Drapeau de la Croatie Croatie
Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau de la Slovénie Slovénie
Coordonnées 45° 16′ 00″ N 13° 54′ 00″ E / 45.266667, 13.945° 16′ 00″ Nord 13° 54′ 00″ Est / 45.266667, 13.9  
Mer Adriatique
Géographie
Superficie 2 820 km2
Altitude 1 396 m

Géolocalisation sur la carte : Slovénie (relief)

(Voir situation sur carte : Slovénie (relief))
Istrie

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Istrie

Géolocalisation sur la carte : Croatie (relief)

(Voir situation sur carte : Croatie (relief))
Istrie

L'Istrie (en croate et en slovène Istra, en italien Istria, anciennement Histria en latin) est une région traditionnelle de Slovénie et une péninsule de l'Adriatique de forme triangulaire pointée vers le sud, attachée au continent par le nord-est. Sa superficie est de 2 820 km2. Son littoral commence au nord-ouest avec le golfe de Trieste, suit une ligne rectiligne nord-ouest/sud-est longue de 242,5 km jusqu'au cap Kamenjak où il s'infléchit et suit une ligne sud-ouest/nord-est longue de 212,4 km jusqu'à la baie de Kvarner. Son territoire est principalement compris en Croatie.

Géologie et géographie[modifier | modifier le code]

D’après sa situation géographique, l’Istrie est une région intermédiaire entre le massif alpin de l’Europe centrale et les Alpes dinariques et constitue de ce fait, le lien le plus direct entre la plaine de Pannonie et les régions méditerranéennes. La limite continentale se prolonge du golfe de Trieste, au nord-ouest jusqu’à Preluka dans le golfe de Rijeka (Fiume en Italie), au sud-est. Il existe trois régions différentes :

  • Au nord, la partie montagneuse de la Cicarija avec le mont Učka (1 396 m), qui est reliée à la chaîne calcaire de la Dinara, qui elle-même se prolonge dans la direction du sud. Cette chaîne calcaire est une région isolée, déserte et pauvre en végétation, ce qui lui vaut le nom d’« Istrie blanche » à cause de la couleur claire des roches.
  • L’Istrie, à proprement parler, donc la partie principale de la péninsule istrienne, s’étend entre la limite montagneuse Cicarija-Ucka et le bord de l’Adriatique au Sud-Ouest.
  • Le littoral d’Opatija est situé à l’est de l’Učka, dans les environs du golfe de Rijeka. Bien protégée de l’influence rude du climat et de la Bora qui y souffle moins fort qu’autre part, cette région est propice au développement du tourisme balnéaire et est un des lieux les plus réputés de la côte Adriatique orientale.

Climat et végétation[modifier | modifier le code]

La partie calcaire du littoral est plateau, qui décline graduellement vers l’ouest, est recouverte d’une couche de terre rougeâtre qui a donné le nom d'« Istrie rouge » à cette région. Cette terre rougeâtre est cultivée, surtout dans la région de Puljstina qui est la plus étendue mais, bien que l'on soit à l’extrême sud de l’Istrie, les hivers y sont assez rigoureux à cause de la Bora. Outre les cultures méditerranéennes traditionnelles on y cultive des céréales.

Sur le bord des côtes les hivers y sont moins rigoureux et les étés très chauds. On y trouve des vignobles, des champs cultivés, des oliviers et de belles forêts de chêne, de hêtres, de châtaigniers et de marronniers sur les versants de l’Učka.

Histoire[modifier | modifier le code]

Paléolithique et Néolithique[modifier | modifier le code]

Des trouvailles paléolithiques faites dans la grotte de Sandalja à proximité de Pula, attestent la présence de l’homme dans cette région il y a 1 million d’années environ, prouvant ainsi le chemin parcouru par les populations humaines les plus anciennes venant d’Afrique. Dans cette grotte, l’époque supérieure (20 000 – 10 000 av. J-C) est bien représentée par un grand nombre de trouvailles, en particulier des bijoux travaillés dans les os ou des dents d’animaux. Des découvertes remontant au milieu du Paléolithique, contemporaines de l’homme de Néandertal, ont été faites uniquement à Crni Kal près de Koper (Capodistria en italien).

Pendant l’époque néolithique (6 000 – 2 000 av. J.-C.), l’homme s’adonnait à l’agriculture, à l’apprivoisement des animaux et à la fabrication d’outils ainsi que le montrent les poteries en céramique découvertes près de Pula, Kavran et Medulin en Croatie, ou encore des poteries décorées de coquillages et divers objets usuels. Les fouilles ont permis de découvrir le type d’habitations de l’époque et le mode de vie, surtout basé en bord de mer, sur la pêche et la culture (archipel des Brijuni).

Plus de 2 000 tombes ont été mises au jour, prouvant que l’Istrie a été une région ouverte jusqu’au début du règne de Rome (177 av. J.-C.).

Âge du bronze[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants, issus des tribus indo-européennes, s'installent : ce sont les Illyriens (Histres, Dalmates, Liburnes). Les Histres ont donné leur nom à la région. Elle est soumise en 178 av. J.-C. par les Romains qui en font la Xe région romaine.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Après la disparition de l'Empire romain d'Occident, l'Istrie tombe sous la domination des Ostrogoths en 493. Elle devient possession de l'Empire byzantin en 539, tombe sous le joug des Lombards en 568, puis est conquise par les Francs de Charlemagne en 788.

À partir du VIIe siècle, les Carantanes, des Slaves ancêtres des Slovènes, les Horvates, Slaves ancêtres des Croates et les Istriens, Romans orientaux venus des Balkans, s'installent aussi en Istrie.

Au Xe siècle, la région fut à plusieurs reprises pillée par les Magyars.

En 1060, la péninsule est élevée au rang de margraviat autonome de l'Empire germanique. Au XVe siècle, la plupart des côtes et la moitié sud-est de l'Istrie font partie des possessions de la République de Venise (de 1420 à 1797) tandis que la moitié nord-ouest et l'intérieur des terres appartiennent aux Habsbourg.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

De 1798 à 1814 l'Istrie est successivement rattachée à l'Empire des Habsbourg, au royaume napoléonien d'Italie (avec la Dalmatie) puis aux Provinces illyriennes de l'Empire français napoléonien. Le maréchal Jean-Baptiste Bessières est fait duc d'Istrie par Napoléon Ier. En 1814, le congrès de Vienne l'attribue à l'Empire d'Autriche.

En 1866, l'Italie s'allie à la Prusse en guerre contre l'Autriche. L'Italie subit une cruelle défaite navale près de l'île de Lissa (aujourd'hui Vis). L'Autriche, vaincue par la Prusse en Bohême, doit néanmoins céder la Vénétie à l'Italie et la frontière se rapproche de Trieste et de l'Istrie.

Les deux composantes de l'Autriche-Hongrie (1867-1918) étaient séparées par une ligne douanière. Le Küstenland ou Pays Côtier relevait de l'Autriche et avait Trieste pour chef-lieu. Ce Kustenland regroupait le comté princier de Görz (Gorizia en italien, Gorica en slovène), Gradisca, et le margraviat d'Istrie ; les cartes de l'époque montrent que trois îles situées dans le golfe de Fiume (Veglia, Cherso et Lussino) appartenaient à l'Istrie. Il n'y avait pas continuité territoriale entre le Küstenland et la Dalmatie, laquelle relevait aussi de l'Autriche : la Hongrie possédait en effet un débouché maritime dont Fiume (les Hongrois utilisaient cette forme) était le port principal.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Après la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie est démantelée et l'Istrie passe à l'Italie lors du traité de Rapallo. Elle a aussi des prétentions sur Fiume (Rijeka). Cependant, elle ne l'obtient pas à la Conférence de Versailles. En réaction, le nationaliste italien Gabriele D'Annunzio occupe Fiume mais les pressions internationales obligent les italiens à expulser par la force le dissident. Fiume devient une ville libre sous mandat de la SDN. L'Italie annexe également les îles de Cherso (Cres) et Lussino (Lošinj) tandis que la Yougoslavie annexe l'île de Krk (Veglia en italien). Les Italiens annexent en outre l'enclave de Zara (Zadar) sur la côte dalmate ainsi que l'île de Lagosta (Lastovo).

Après la Seconde Guerre mondiale l'Istrie est disputée entre l'Italie, qui ne garde au bout du compte (en 1954) que Trieste (ainsi coupée de son arrière-pays), et la Yougoslavie, qui annexe le reste. La Slovénie et la Croatie, deux composantes (républiques) de la Yougoslavie fédérale (et communiste), deviennent indépendantes dans les années 1991-1992 en conservant les frontières yougoslaves internes de 1954 de l'Istrie (règlement de la question de Trieste). La Slovénie dispose désormais d'un débouché sur la mer comprenant Koper (Capodistria en italien) et Piran (Pirano en italien). L'Istrie appartient donc maintenant presque complètement à la Croatie.

Les foibes[modifier | modifier le code]

Les massacres des foibe connurent, dans l'immédiat après-guerre, deux périodes distinctes :

Les premières furent le résultat d'une insurrection populaire des minorités slaves (slovène et croate surtout), contre les Italiens et en particulier contre ceux qui avaient appartenu au régime fasciste désormais vaincu ou qui l'avaient soutenu, dans une sorte de « réparation » des avanies subies pendant les décennies précédentes. Ces foibe, que certains considèrent comme « explicables », furent l'expression de la colère des minorités et firent un nombre limité de victimes (quelques centaines). La thèse d'une vraie jacquerie est cependant redimensionnée par des historiens comme Gianni Oliva[1].

Les secondes, qui ne doivent absolument pas être confondues avec les premières, furent une opération délibérée de nettoyage politique (voire ethnique), voulue par le maréchal Tito pour assurer par la terreur sa domination sur la Vénétie julienne et l'Istrie (et donc sur la population italienne) mais aussi pour se débarrasser d'opposants politiques y compris yougoslaves. Privées de toute sorte de « justification » morale ou sociale, les foibe de Tito virent la mise en œuvre d'un probable nettoyage ethnique (pour lequel seuls des indices épars sont concordants) et selon toute vraisemblance politique : outre des Italiens, qu'il s'agisse d'innocents ou d'ex-fascistes, périrent aussi des partisans opposés à la Yougoslavie de Tito.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

La Slovénie intègre l'Union européenne en 2004. La frontière italo-slovène est ouverte le 21 décembre 2007 lors de l'adhésion de fait de la Slovénie au traité de Schengen. Trieste est donc « réunie » à son arrière-pays dont elle avait été séparée en 1947. L'adhésion, en 2013, de la Croatie à l'Union européenne devrait supprimer à terme les problèmes de frontières à l'intérieur de l'Istrie.

Population[modifier | modifier le code]

Les habitants de l'Istrie sont les Istriotes (appelés aussi les Istriens).

En 1910, 41,6 % des Istriotes parlaient croate, 36,5 % italien, 13,7 % slovène, 3,3 % allemand, 0,2 % roumain, et 0,5 % parlaient une autre langue. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la composition ethnique a radicalement changé en faveur des Croates puisque selon les données du recensement fait en 2001 en Croatie le comitat d'Istrie est peuplé de 206 344 habitants, dont 71,88 % de Croates, 6,92 % d'Italiens, 4,3 % d'Istriens, 3,2 % de Serbes et 1,49 % de Bosniaques.

On note dans huit villages, dont Šušnjevica au nord et Žejane au sud-est, la présence résiduelle d'une minorité parlant un dialecte apparenté au roumain et connu sous le nom d'istro-roumain.

Glas Istre, publié à Pula, est l'organe de presse principal.

Statut de l’Istrie croate[modifier | modifier le code]

Signalisation routière multilingue aux environs de Koper (Slovénie) : l'indication pour Pula (Croatie) est écrite en slovène, croate et italien, alors que les autres localités de l'Istrie ne sont affichées qu'en slovène et italien.

En avril 2001, le ministère de la Justice, de l’Administration et des Collectivités locales a décidé de suspendre 10 dispositions du nouveau statut du comitat d'Istrie (ou joupanie, c’est-à-dire région) :

  • celles qui consistent à ajouter des noms italiens aux noms croates des villes et des communes en Istrie ;
  • celles qui sont relatives à l’utilisation de la langue italienne ;
  • celles qui introduisent le terme « istriotisme » comme expression de l’appartenance régionale.

L'IDS-DDI (parti démocrate d'Istrie, en croate Istarski Demokratski Sabor, en italien Dieta democratica istriana) réclame la régionalisation de la joupanie ou au moins un statut spécial pour l'Istrie. Le débat concerne également la ville de Rijeka/Fiume et ses environs.

Économie[modifier | modifier le code]

La région possède des gisements de charbon et de bauxite. Elle tire également des revenus du tourisme, et des industries du bois et agro-alimentaire.

Villes istriennes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Benussi, Bernardo. L'Istria nei suoi due millenni di storia. Treves-Zanichelli. Trieste 1924.
  • (it) Tomaz, Luigi. Il confine d'Italia in Istria e Dalmazia. Duemila anni di storia, Presentazione di Arnaldo Mauri.Think ADV, Conselve 2008.
  • (it) Tomaz, Luigi. In Adriatico nel secondo millennio, Presentazione di Arnaldo Mauri, Think ADV, Conselve, 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Foibe, Oscar Mondadori, 2003
  2. La ville d'Opatija (Abbazia en italien), sur la côte à 31 km au nord-est de Pazin et à 32 km au nord-nord-est de Labin, demeure géographiquement à l'extrémité nord-est de l'Istrie, mais appartient administrativement au Comitat de Primorje-Gorski Kotar (en croate Primorsko-goranska županija)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]