Musulmans (nationalité)

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Le terme « Musulmans » désigne, dans les pays de l'ex-Yougoslavie, une nationalité de Slaves du sud de tradition musulmane.

Avant 1974, en Yougoslavie, s'il existait officiellement les nationalités croate, macédonienne, serbe et slovène, la nationalité bosniaque n'avait pas de reconnaissance officielle car la Bosnie était peuplée de Serbes, de Croates et de Slaves islamisés considérés comme Croates ou Serbes mais ayant la particularité d'être de religion sunnite[1]. On ne leur reconnaissait donc pas le statut de peuple distinct mais d'adeptes d'une religion. Le régime communiste de Tito crée ainsi cette nationalité distincte en 1974. Il reçoit en échange les remerciements de la Ligue islamique mondiale (ainsi que de l'aide financière), par la bouche du roi d'Arabie en visite à Sarajevo : « merci au maréchal Tito pour les droits et libertés donnés aux musulmans en Yougoslavie »[2].

Le nom s'écrit donc avec une majuscule, contrairement à « un musulman » qui désigne un adepte de l'islam.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Avant la conquête de la Bosnie-Herzégovine par l'Empire ottoman, les Slaves de Bosnie sont catholiques ou orthodoxes. Une partie des orthodoxes sont d'anciens bogomiles serbes chassés de Serbie par Stefan Nemanja, ce sont d'ailleurs eux qui convertiront les slaves de la région à l'« hérésie » bogomile[3]. Après la conquête de la Bosnie-Herzégovine, une partie de ces Slaves se convertit à l'islam. Les conversions sont relativement passives et opportunistes pendant les cinq siècles d'occupation ottomane, dans la mesure où, selon le système des millets, le statut de musulman dans l'Empire ottoman leur apportait plusieurs avantages :

  • ne plus payer l'impôt religieux que payaient les chrétiens et les juifs (par contre en tant que musulmans ils devaient payer la Zakat) ;
  • éviter d'offrir au sultan son premier fils comme esclave selon la tradition des janissaires ; (Mehmed pacha Sokolović en est un exemple)
  • accéder à des postes dans l'armée et l'administration ;
  • se défaire du catholicisme ou de l'orthodoxie pour les anciens bogomiles.

De la création de la nationalité musulmane au choix du terme Bosniaque[modifier | modifier le code]

En 1974, Tito introduit la nationalité « Musulmans » (avec un M majuscule) à la demande des musulmans de Bosnie-Herzégovine ; les Musulmans deviennent alors un des peuples constitutifs de la Yougoslavie. Après les accords de Dayton en 1995, une fois la Bosnie-Herzégovine indépendante, les Bosniens musulmans demandent la reconnaissance de leur peuple en tant que nation par l'ONU, non sous sa dénomination première de « Musulmans » mais sous celle de « Bosniaques » (en bosnien, Bošnjaci, en anglais Bosniaks).

Le terme de bosniaque est l'autre adjectif qui est utilisé pour désigner les Slaves islamisés de Bosnie. Il est apparu en 1930, lorsque le gouvernement monarchiste cherche à détacher les Slaves islamisés de la désignation de "musulman", car même avant sa reconnaissance officielle par Tito en 1974, les Slaves islamisés de Bosnie étaient appelés par les Croates et les Serbes des "musulmans" non pas de façon péjorative mais tout simplement par souci de les distinguer des Croates catholiques et des Serbes orthodoxes, alors que les trois parlaient la même langue le BCMS[4]. Le terme de Bosniaque a été remis au goût du jour au début des années 1980 par des intellectuels musulmans, comme Adil Zulfikar Pasic ou Ferid Muhic[4]. Ils le revendiquent comme terme de désignation pour tous les musulmans de langue BCMS dans la Yougoslavie, mais aussi comme désignation du peuple de l'État musulman qu'ils désirent alors créer[4]. C'est pour cela qu'aujourd'hui, dans la fédération de Bosnie, on utilise généralement deux termes: Bosniens pour tous les habitants de la Bosnie, qu'ils soient croates, serbes, ou musulmans, et Bosniaques pour les habitants musulmans, à la place de l'ancienne terminologie choisie par Tito.

Utilisation contemporaine du terme Musulman[modifier | modifier le code]

La nationalité Musulman existe encore juridiquement en Serbie, en Slovénie, en République serbe de Bosnie, au Monténégro, en Macédoine et en Croatie pour désigner les Slaves de tradition musulmane. Elle est acceptée comme réponse pour la question de la nationalité lors des recensements.

En Bosnie-Herzégovine, en dehors de la République serbe de Bosnie, on utilise officiellement le terme de Bosniaques. Afin de garder l'intégrité et l'unité du pays, la Fédération de Bosnie-Herzégovine ne communique officiellement qu'en utilisant le terme de Bosniaques. Les Croates de Bosnie et surtout d'Herzégovine utilisent aussi le terme de Musulman de façon officieuse, notamment dans l'ancienne République d'Herceg-Bosna.

Population[modifier | modifier le code]

  • En Bosnie-Herzégovine : 1 902 956 personnes au recensement de 1991, avant la reconnaissance de la nationalité bosniaque.
  • Au Monténégro : 24 625 personnes se sont déclarés Musulmans dans le recensement de 2003.
  • En Croatie : 19 677 personnes (recensement de 2001)
  • En Serbie : (sans le Kosovo) 19 503 personnes (recensement de 2002)
  • En Slovénie : 10 467 personnes (recensement de 2002)
  • En Macédoine (ou ex-République yougoslave de Macédoine) 2 553 personnes (recensement de 2002)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Pomaks, Pauliciens-Arméniens islamisés vivant en Bulgarie.
  • Gorans, eux aussi Serbes islamisés (tardivement 19eme) mais historiquement distingués des autres.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexis Troude, Géopolitique de la Serbie, éditions Ellipses, 2006, p. 96 (ISBN 2729827498)
  2. Alexis Troude, Géopolitique de la Serbie, éditions Ellipses, 2006, p. 97 (ISBN 2729827498)
  3. Dennis P. Hupchick et Harold E. Cox, Les Balkans. Atlas historique, Economica, Paris, 2008, p. 24.
  4. a, b et c Alexis Troude, Géopolitique de la Serbie, éditions Ellipses (ISBN 2-7298-2749-8), page 269