Histoire de l'Algérie

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L'histoire de l'Algérie, qui fait partie de la civilisation humaine au Maghreb, remonte à des millénaires. Dans l'Antiquité, le territoire algérien connait la formation des royaumes numides avant de passer sous la domination des Romains, des Vandales et des Byzantins et les principautés berbères indépendantes.

Le VIIe siècle marque le début de l'islamisation puis l'arabisation partielle de la population. Le Maghreb central connait alors plusieurs dynasties locales (Rostémides, Hammadides, Zianides) ou des périodes d'intégration dans des groupements impériaux plus large (Omeyyades, Fatimides, Almoravides, Almohades)[1].

L'Algérie contemporaine commence à se constituer territorialement au début de la régence d'Alger, soit au XVIe siècle. La colonisation française va lui permettre de s'étendre aux confins du Sahara et va bouleverser la formation sociale existante. L'émergence au début du XXe siècle d'un mouvement national mène au déclenchement de la guerre d'Algérie en 1954, une insurrection armée qui s'achève par l'indépendance du pays en 1962, et la constitution de l'État-nation actuel[1].

Sommaire

Préhistoire (- 1,8 Ma à -7 500 ans)[modifier | modifier le code]

Peinture rupestre du Tassili datant d'environ 10 000 ans.

Paléolithique[modifier | modifier le code]

Site d'Aïn El Ahnech (- 1,8 Ma)[modifier | modifier le code]

Les plus anciens restes attestés d'hominidés en Afrique du Nord ont été mis au jour dans le site d'Aïn El Ahnech près de Sétif. Le site est considéré comme le plus ancien gisement archéologique d'Afrique du Nord. L'âge des vestiges est évalué par archéomagnétisme à 1,8 million d'années, coïncidant avec la période présumée de l'apparition de l'Homo habilis[2],[3].

Site de Tighennif (- 800 000 à - 400 000 )[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Tighennif et Atlanthropus.

Le site acheuléen de Tighennif (anciennement Ternifine ou Palikao), dans la wilaya de Mascara, a livré des vestiges dont l'âge est évalué entre 800 000 et 400 000 BP. Parmi ces vestiges, composés essentiellement d'ossements d'animaux et d'objets de pierre taillée, les archéologues ont découvert les ossements d'un Hominidé qui ont conduit à la définition de l'Atlanthrope, aujourd'hui considéré comme un Homo erectus[4],[5],[6]. L'homme de Tighennif est considéré comme le plus ancien représentant connu du peuplement de l'Afrique du Nord[7].

L'Atlanthrope avait un cerveau plus petit que celui de l'homme moderne et une mâchoire plus puissante. Il était contemporain d'autres variantes d'Homo erectus telles que le Pithécanthrope de l'île de Java. L'Atlanthrope vivait de la cueillette et de la chasse et se déplaçait fréquemment dans sa quête de nourriture. Il a occupé le Maghreb central durant plusieurs millénaires et fabriquait des bifaces et des hachereaux ainsi que plusieurs autres types d'outils[8].

Homo erectus disparaît vers 250 000 av. J.-C., après près de 2 millions d'années de présence (probablement en évoluant vers Homo heidelbergensis en Europe). L'Algérie est alors exclusivement peuplée d'Homo sapiens, originaires de la corne de l'Afrique, qui occupent le Maghreb central pendant 150 siècles, de 250 000 à 50 000 av. J.-C., soit jusqu'à la fin du Paléolithique moyen. À partir de - 50 000 et jusqu'à - 20 000 av. J.-C., l'Acheuléen cède la place à l'Atérien[9],[10].

L'Atérien (- 50 000 à – 7 500 )[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Atérien et Ibéromaurusien.

Correspondant globalement au Paléolithique moyen et supérieur, l'Atérien a été défini à partir de vestiges mis au jour dans le site éponyme de Bir el-Ater, dans la wilaya de Tébessa. Il s'étend jusqu'à la révolution néolithique vers 7 500 av. J.-C. Durant cette période, vers 20 000 av. J.-C., de fortes pluies tombent au Sahara et au Nord de l'Algérie, qui connaissent alors un climat très humide favorisant le développement des populations d'éléphants, de girafes, de rhinocéros et autres, que les Atériens chassent en grand nombre[11].

Les fouilles archéologiques ont mis en évidence des armes très raffinées, servant probablement à la chasse, faites de pierre, de bois et même de cordage. Les premières pointes de lances du Maghreb sont introduites par les Atériens et sont appelées Oraniennes (également Ibéromaurusienne). Ces industries semblent être apparues vers 15 000 ans av. J.-C. aux alentours d'Oran, dans l'Ouest algérien, avant de se propager sur toute la côte maghrébine durant les cinq millénaires qui ont suivi[12].

Néolithique[modifier | modifier le code]

L'Atérien disparaît vers 7 500 av. J.-C., lors de la révolution néolithique. L'Homme de Néandertal a longtemps été considéré comme l'auteur de l'Atérien mais cette espèce est désormais perçue comme exclusivement eurasiatique. Il est probable que des Homo sapiens archaïques aient produit les outils atériens[13].

Avec la révolution néolithique apparaissent des sociétés sédentaires qui produisent leur nourriture grâce à l'agriculture et à la domestication. En Algérie, cette révolution débouche sur la civilisation capsienne[14],[15].

Protohistoire (-7500 à -2000 ans)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Atérien et Protohistoire de l'Algérie.

La civilisation capsienne : (-7500 à –2000)[modifier | modifier le code]

Peintures rupestres au Tassili n'Ajjer

La civilisation capsienne, ancêtre des Berbères[16], apparaît avec la révolution du Néolithique entre 9 000 et 7 500 av. J.-C. et dure jusqu'à l'apparition de l'âge du fer vers 2000 av. J.-C. Les Capsiens, ancêtres directs des Numides Berbères, apparaissent dans le sud constantinois d'abord, avant de se répandre dans l'ensemble du Maghreb. Les Capsiens qui habitaient des campements faits de huttes et de branchages[17] s'installaient généralement sur des sites à proximité d'un oued ou d'un col montagneux. À cette époque la plupart du Maghreb ressemblait à une savane, comme en Afrique de l'Est aujourd'hui, avec des forêts méditerranéennes uniquement en haute altitude[18].

Les Capsiens furent les premiers au Maghreb à domestiquer les ovicapridés et les bovidés[19]. Ils étaient considérés comme les premiers artistes du Maghreb ; ils fabriquèrent divers objets, y compris des objets d'art décoratifs et des bijoux, tels que des colliers faits de coquillages marins, et produisirent diverses peintures abstraites et figuratives[17]. Les Capsiens se nourrissaient d'ovins et de bovins, ainsi que de produits agricoles, mais également d'escargots : en effet de vastes dépôts de coquilles vides d'escargots datant de l'époque capsienne furent retrouvés, notamment à Mechta Sidi El Arbi dans la wilaya de Constantine. Du point de vue anatomique les Capsiens regroupaient 2 types ethniques : les Mechta Afala (Mechtoïdes) et les Proto méditerranéens, dont certains pensent qu'ils auraient émigré de l'est ; ces derniers assimileront les populations plus anciennes (les Mechtoïdes)[20].

Mechta el Arbi a été trouvé près de Constantine

La langue Capsienne est reconnue par les historiens linguistes comme étant l'ancêtre des langues berbères en Afrique du Nord ; par ailleurs la décoration des poteries capsiennes présente de grandes similarités avec celle des poteries berbères plus récentes. Peu de choses sont connues de la religion des Capsiens. Toutefois, leurs pratiques funéraires (monticules de pierres et peintures figuratives) suggèrent que ces derniers croyaient en une vie après la mort[21].

Vers 3000 avant JC les Capsiens commencèrent à migrer au sud de l'Atlas tellien et s'installèrent au-delà de l'actuel Batna puis progressivement jusqu'aux confins du Sahara qui se situait à l'époque plus au Sud, vers l'actuel Tamanrasset. Durant cette même période, le Sahara s'est rapidement asséché, devenant un désert extrêmement aride, comme on le connaît de nos jours. Le Maghreb n'ayant pas connu l'âge du bronze, à l'instar de toute l'Afrique, la civilisation capsienne survécut jusqu'au début de l'âge du fer, daté avec l'apparition des fournaises vers 1500 avant JC. Cela dit, cette ancienne thèse du passage direct à l'âge du fer a été abandonnée, avec la découverte de représentations d'armes métalliques sur les gravures rupestres du Haut Atlas marocain[22].

Les Capsiens ayant migré au Sahara laissèrent derrière eux des peintures rupestres magnifiques comme celles du Tassili N'adjjer datant de la période -5000 à –1500 ou celles de la région d'El-Bayadh, qui toutes deux témoignent du mode de vie, des pratiques de chasse, d'agriculture et des rites capsiens, ainsi que de l'assèchement progressif du Sahara qui commença à partir de 2600 avant JC[23]. L'aridité du désert qui a suivi cette civilisation a permis de conserver naturellement ces œuvres dans des musées à ciel ouvert et cela à travers plusieurs millénaires. Aujourd'hui, le contraste entre la luxuriance de la faune peinte sur ces peintures et l'aridité actuelle du désert du Sahara renforce encore leur attrait historique et artistique. Malheureusement, ces sites rupestres du Sahara sont de nos jours menacées par la fréquentation touristique et les dégradations qui en découlent.

Antiquité[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'Algérie dans l'Antiquité est marquée par l'émergence des royaumes de l'Âge de Fer qui s'étalent sur une période d'environ 1500 ans. Ces royaumes sont d'abord les Gétules au sud du pays, et la fondation des comptoirs Phéniciens au Nord, ensuite les Garamantes et finalement les Numides. Le territoire de l'actuel Algérie fut ensuite progressivement conquis par Rome et transformé en province romaine. Il s'étendait sur les provinces d'Afrique proconsulaire, de Numidie et des Maurétanies. Ces provinces africaines sont marquées par une grande prospérité jusque dans l'antiquité tardive.

Les Berbères, christianisés par Rome[24], résistèrent de façon différenciée à la chute de Rome, puis des Vandales, et l'instabilité durant la période byzantine. Certains s'enfuirent[25] en Sicile[26].

L'islamisation et l'ère des dynasties arabo-berbères[modifier | modifier le code]

Cette ère correspond à la période du Moyen Âge occidental.

Islamisation du pays[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête musulmane du Maghreb.
Étendue maximale du califat omeyyade, allié des Zénètes

La conquête militaire arabe du Maghreb qui a duré entre 641 et 711, est lente et difficile[27]. La résistance était plus marquée dans les Aurès et la région de Tlemcen, où les Berbères s'organisent en structure étatique[27]. Les Arabes sont également repoussés par les troupes du royaume des Djédars et les dernières garnisons byzantines[28]. Les figures les plus connues de ce conflit sont le roi chrétien Koceila, qui vainc Oqba Ibn Nafaa en 689, près de Biskra[29], puis la reine guerrière Kahena, qui est à la tête des Berbères des Aurès[29]. En 693, elle inflige prés de Meskiana, une sévère défaite au corps expéditionnaire arabe de Hassan Ibn Numan, qu'elle repousse jusqu'en Tripolitaine[30]. Mais elle est vaincue par la suite.

Dans le Maghreb central, les kharidjites œuvrent efficacement à l'islamisation des territoires[31]. Au VIIIe siècle, les insurrections se multiplient contre les Omeyyades, en raison des impôts imposés aux Berbères et qui sont, en principe, réservé aux non-musulmans[27]. L'Islam se diffuse ensuite depuis les mosquées, les centres de savoir religieux tel que Tahert et Kairouan, les ribats et les zaouïas[32]. La conversion définitive des Berbères s'achève au IXe siècle, mais des ilots de christianisme subsistent jusqu'au XIIe siècle[33].

Le processus de l'arabisation est plus long. La diffusion de la langue arabe est d'abord l'œuvre des miliciens arabes qui s'installent notamment dans les forteresses byzantines du Constantinois puis à partir des cités telles que Tahert et Tlemcen[34]. L'usage de cette langue devient plus répandu avec l'arrivée des tribus des Arabes hilaliens dans les plaines, les hauts plateaux et le désert. Plus tard, les immigrés andalous et les confréries religieuses contribuent à d'autres avancées de l'arabisation[34]. Le berbère subsiste dans les massifs montagneux notamment en Kabylie, les Aurès, le Dahra et l'Ouarsenis[34].

L'apogée du kharidjisme[modifier | modifier le code]

La ville de Tlemcen dont la fondation est attribuée aux Banou Ifren au VIIIe siècle

Après la conquête musulmane du Maghreb, les berbères se révoltent contre le régime omeyyade, ses révoltes s'associent au milieu du VIIIe siècle au dogme kharidjite qui les séduit par son puritanisme et son message égalitaire et gagnent une bonne partie du Maghreb[35]. À partir du 741, le Maghreb central gagne son autonomie, sous l'emblème du kharidjisme[36]. Abou Qurra, chef de la tribu des Ifren,fonde le royaume sufrite de Tlemcen[37]. Mais l'entité kharidjite la plus importante en Algérie est celle de la dynastie des Rostémides[36]. Dans le reste du Maghreb deux autres dynasties s'installent: les Aghlabides sunnites de Kairouan et les Idrissides chiites de Fès[38].

En 760, Ibn Rustom, kharidjite d'origine perse installé en Ifriqiya, est attaqué et vaincu par le gouverneur arabe d'Égypte. Il abandonne l'Ifriqiya aux armées arabes et se réfugie dans l'Ouest algérien où il fonde Tahert en 761 qui devient la capitale du royaume rostémide[39]. Un État théocratique réputé pour le puritanisme de ses dirigeants, le commerce florissant[40], son rayonnement culturel ainsi que sa tolérance religieuse[41],[42]. Celui-ci, comme l'émirat de Cordoue depuis sa création en 756[43], conserve son indépendance du califat des Abbassides, malgré les pressions diplomatiques et militaires ainsi que les pertes de territoires[39].

En 767, Abou Qurra, uni aux kharidjites de Tahert et du djebel Nefoussa, lance une expédition vers l'est. Ils cernent le gouverneur abbasside dans la forteresse de Tobna dans le Hodna et gagne Kairouan[44]. Cependant, le calife envoie de l'Orient une forte armée sous le nouveau gouverneur Yazid ibn Hatim qui défiaient les kharidjites en Ifriqiya, mais le reste du Maghreb échappent à l'autorité de Bagdad[45]. De retour à Tlemcen, son pouvoir est battu en brèche par les tribu des Maghraoua[36]. Idris Ier négocie avec les Maghraouas la remise de la ville de Tlemcen, et un de ses descendants, Muhammed b. Sulayman, crée dans la région le « royaume sulaymanid », un État qui ne semble contrôler que les villes et qui prend fin sous les Fatimides en 931[46].

En 800, un gouverneur arabe du Zab, Ibrahim ibn al-Aghlab obtient le titre d'émir et fonde la dynastie des Aghlabides, une dynastie qui, sans rompre avec les califes abbassides, demeure indépendante[47]. Cette dynastie a occupé la partie orientale du pays, cependant les Aurès et la petite Kabylie leur échappent[48].

El Atteuf, la plus ancienne ville du Mzab.

Tahert devient une riche cité commerçante[40] et un foyer culturel, ses bibliothèques renfermaient des textes d'exégèse coranique et des manuscrits de médecine et d'astronomie[41]. Cette période connait également l'émergence du commerce transsaharien favorisé par la stabilité des pouvoirs politiques. Les Andalous réaniment le commerce méditerranéen et établissent des colonies sur le littoral : Ténès en 872 et Oran en 902[49]. Tlemcen devient une cité dont les liens avec la culture arabe d'Al-Andalous vont croisant[46].

En 909, en proie à des crises intérieures, l'état rostémide succombe aux premières attaques fatimides[36]. Sa capitale est ruinée par l'attaque des berbères montagnards Kutama conduits par le « dâ`i » Abu Abd Allah ach-Chi'i. Ses habitants sont massacrés ou exilés[50]. Les réfugiés fuient dans le désert. Ils s'établissent à Sedrata, près d'Ouargla. Puis, ils atteignent le Mzab. Au xie siècle, ils battissent plusieurs villes dans la région : Ghardaïa, Melika, Beni Isguen, Bounoura et El Atteuf[51]. Le kharidjisme demeure un temps, mais, après la révolte d'Abu Yazid, il n'y a plus de protestations affilées aux kharidjisme. Il est substitué par le malikisme, mieux installé à Al-Andalous et à Kairouan. Les dynasties issues du substrat berbère local : Zirides et Hammadides étaient malikites[52].

Dynastie fatimide[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Fatimides et Kutamas.

Au début du Xe siècle, une nouvelle dynastie supplante les Aghlabides et les Rostémides en Ifriqiya et dans le Maghreb central, les Fatimides. De doctrine chiite, et pensant que le khalifat doit revenir à la descendance d'Ali et de Fatima, fille du prophète Mahomet, ils considèrent les khalifes Abbassides comme des usurpateurs. Aussi, dès sa prise de pouvoir en 909 à Raqqada, le premier représentant de cette dynastie, Ubayd Allah, revêt le titre de Mahdi et celui de commandeur des croyants[53].

Son accession au pouvoir a été préparée par un prédicateur ismaélien, le Yéménite Abu Abdallah, venu en Ifriqiya, après sa rencontre à la Mecque de pèlerins berbères de la Petite Kabylie, des Kutamas. Installé à Ikjan, près de Sétif, où il développe son prosélytisme, il constitue une armée parmi les Kutamas, et s'attaque aux Aghlabites dont il conquiert l'émirat en une quinzaine d'années (893-909)[53]. Abu Abdallah entreprend alors d'aller chercher Ubayd Allah, le Mahdi, tenu en captivité à Sijilmassa, et ce dernier fait son entrée triomphale à Raqqada en 909. Le souverain est autoritaire et intolérant, pratiquant une politique fiscale rigoureuse. Il se heurte dès 911 à un complot des chefs Kutamas où Abu Abdallah avait trempé, il les fait exécuter. Pour marquer ses ambitions tournées vers l'Orient, il établit sa nouvelle capitale à Mahdia[53].

Ubayd Allah se proclame mahdi et fait assassiner Abu Abdallah. Ce meurtre déclenche des révoltes berbères chez les Kotamas et les Zénètes[54]. Plusieurs tribus érigent des principauté dans les régions montagneuses : les Kotamas de Petite Kabylie, les Sufrites de Tlemcen et les Kharidjites des Aurès[55]. La plus importante des révoltes est celle que dirige d'Abu Yazid, un kharidjite zénète des Banou Ifren surnommé « l'homme à l'âne » dans les Aurès en 943. La révolte gagne l'ensemble du Maghreb[56]. Il parvient, en 944, à défaire l'armée fatimide et à s'emparer de Kairouan[57]. Mais, vers 947, il est tué. Cela marque la fin du kharidjisme insurrectionnel[58].

Des parties des tribus Zénètes Maghraouas et Ifrenides participent à la grande révolte anti-fatimide d'Abu Yazid. Une branche des Banou Ifrens devient vassal des Omeyyades de Cordoue et contrôle l'Oranie[46]. Leur chef Yala Ibn Mohamed choisit Ifgan comme capitale (Aïn Fekan, prés du Mascara) en 938 et détruit Oran en 955. En 958, la nouvelle capitale des Banou Ifren est saccagée par le générale Jawhar al-Siqilli qui élimine Yala Ibn Mohamed[46].

Les Fatimides avec l'aide de leurs alliés Sanhadjas menés par le chef berbère Ziri ibn Manad répriment les révoltes Zénètes et kharidjites. Ils contrôlent désormais le Maghreb et la Sicile[59]. En 969, l'armé fatimide dont les Kutama forment le noyau conquiert l'Égypte[60]. Par la suite, les mahdis fatimides deviennent méfiants à l'égard des Berbères et s'entourent d'étrangers, notamment Slaves[59]. Avant son départ, le calife fatimide désigne le chef des Sanhadjas Bologhine ibn Ziri, gouverneur du Maghreb[56].

Dynasties sanhadjiennes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Zirides, Hammadides et Hilaliens.
Ruines d'Achir, fondée par Ziri ibn Menad, dont descend la Dynastie ziride.

Ziri ibn Menad est le chef des tribus berbères Sanhadjas[59] qui habitaient entre Alger et M'Sila[56]. Client des Fatimides, il commence la construction d'Achir en 935[60], qui devient sa capitale[59]. Les Zirides commencent à bâtir une souveraineté dans le Maghreb central[61]. Ziri charge son fils Bologhine ibn Ziri de construire trois villes : Miliana, Médéa et Alger[56]. En 972, Bologhine est nommé émir du Maghreb par les Fatimides. Il vise à étendre son autorité à l'ouest[61] et s'empare de Tahert et de Tlemcen, dont il déporte une partie de la population à Achir[62].

Par la suite les Zirides s'installent en Tunisie et laissent la police du Maghreb central à leurs cousins Hammadides[56]. Le fondateur de la dynastie, Hammad Ibn Bologhine est le fils de Bologhine ibn Ziri, nommé gouverneur dans le Maghreb central[62]. Les Hammadides se détachent de l'autorité ziride et construisent une nouvelle capitale Al-Qalaa en 1007[56].

La Kalâa des Béni Hammad(minaret, face sud).

En 1005, Hammad impose à son neveu Badis ben Mansur un accord de partage du pouvoir, dès lors le Maghreb central et l'Ifriqiya sont gouvernés par deux autorités distinctes[63]. À l'ouest, les Hammadides manœuvrent pour renforcer leur pouvoir sur les tribus Zénètes[64], mais les émirs Maghraouas s'appuient sur les Omeyyades de Cordoue pour contrarier leur extension[56]. Les Hammadides rejettent la suzeraineté fatimide pour signifier leur indépendance[64].

Les Hammadides adoptent le sunnisme en 1015 et les Zirides en 1048[63]. Pour les punir, les Fatimides envoient contre eux les tribus arabes des Hilaliens installés en Haute-Égypte en 1051 et 1052[65]. Les Hilaliens déferlent d'abord en Ifriqiya[66], les Zirides se réfugient dans le littoral et sont chassés définitivement par les Normands en 1148[65]. Le royaume hammadide est moins touché par les incursions des Hilaliens[65] et profite des troubles qui secouent l'Ifriqiya pour prendre l'avantage sur les Zirides[67].

Toutefois, pour éviter l'affrontement avec les tribus arabes[65] et pour mieux s'intégrer au commerce méditerranéen[63], les Hammadides transfèrent leur capitale à Béjaïa[65] qu'il fondent en 1064[68] et s'y installent définitivement en 1090[69] avant d'être vaincus par l'Almohade Zénéte Abd al-Mumin en 1151[70].

Cette migration connue en Français sous le nom d'« invasion hilalienne »[71], est un long processus de migration qui s'étale sur trois siècles. Elle ne concerne pas que des guerriers mais des tribus[72]. Elle constitue un événement majeur pour tout le Maghreb[73]. Cependant, il existe une interprétation d'une « catastrophe hilalienne», citée par Ibn Khaldoun et reprise par les historiens coloniaux[Laquelle ?][73],[74]. En effet, même si le bilan de cette migration est contrasté[75], Ibn Khaldoun était un grand citadin qui exprimait les vues des hommes d'ordre de son époque[76]. Des tensions ont existé entre Arabes nomades et sédentaires. Mais ce type de tensions existent de longue date entre les sédentaires et les nomades berbères[77]. Les Arabes nomades sont progressivement intégrés dans la société d'accueil qui pratiquait déjà la transhumance pastorale[78]. Ils entrainent l'arabisation plus poussée dans le pays surtout chez les Zénètes nomades[78] et élargissent les espaces des migrations pastorales[77]. Cela a provoqué la régression urbaine et de l'agriculture, le déplacement de la vie urbaine vers le littoral et l'abandon des villes des plaines intérieurs et des Hauts Plateaux[73].

Vue sur la casbah de Béjaïa
Citadelle (casbah) au-dessus du port de Béjaïa, d'époque hammadide.

Au temps des Zirides, Achir située dans le Titteri devient rapidement un centre commercial actif[61]. Son architecture est soignée et d'inspiration machrekienne. Les Hammadides vont édifier une nouvelle capitale, la Kalâa des Béni Hammad dans le Hodna, chaque nouveau dynaste tient à avoir sa capitale, mais Achir n'est pas abandonnée[79]. La nouvelle capitale sera rapidement peuplé par les citadins, commerçants, savants et lettrés qui ont fui l'Ifriqiya notamment Kairouan, mais également les habitants des villes détruites par Hammad comme M’sila. La région connait alors une vrai prospérité[64]. La cité abritait de nombreux palais et lieux de cultes[80]. Le souverain hammadide Al Nacir construit une nouvelle ville Béjaïa qui devient la capitale du royaume[69] et l'un des ports les plus actif du Maghreb[65]. Dès lors, la cité devient un centre d'enseignement et un pôle intellectuelle renommé pour la science qui attire les étudiants et les savants[81]. La Kalâa reste un centre commercial et intellectuel actif, mais décline progressivement[75].

Almoravides et Almohades[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Almoravides et Almohades.

Du XIe siècle au XIIIe siècle, les Almoravides puis les Almohades ont tenté de construire deux empires qui regroupaient le Maghreb et Al-Andalus[82]. Au début du XIe siècle, les nomades Sanhadjas du Sahara occidental se regroupent au sein d'une communauté et se proclament des Almoravides[83] (al-Murābitūn, « ceux du ribat »[83] ou les gardes frontières du jihad[84]). La guerre sainte vise l'Afrique noire qu'ils veulent convertir[84]. Des campagnes sont lancées dans le Sahel et dans les oasis Drâa et à Sijilmassa[84]. Au début du XIIe siècle, cet empire berbère s'étend du Sénégal à l'Èbre et au Tage en Espagne[85].

L'état almoravide était à la fois religieux et militaire, son armée est composée de Sanhadjas (Lamta et Goudla)[73] auxquelles se sont joints des mercenaires noirs et européens[85]. L'autorité religieuse est présentée par les légalistes malékites[73].

Au Maghreb central, les Almoravides prennent Tlemcen en 1075[85], Oran et s'arrêtent à Alger[73], qu'ils enlèvent après un siège en 1082[86]. En 1102, les Hammadides contre-attaquent[70], et les font reculer jusqu'à Tlemcen, mais les Almoravides ripostent, dès lors leur aire de souveraineté va jouxter le domaine hammadide[87]. Les villes telles qu'Alger et Tlemcen ont connu un épanouissement pendant leur règne, mais sans dépasser Béjaïa la hammadide qui était le centre économique et culturel du Maghreb central[88]. Les Almoravides édifient les grandes mosquées de Tlemcen et d'Alger et laissent d'autres vestiges mineurs à Oran, Ténès et Cherchell[89]. Le déclenchement du mouvement Almohade marque la fin de l'empire des Almoravides[88].

Drapeau des armées almohades

Le mouvement almohade est fondé par Ibn Toumert qui commence à prêcher sa doctrine en 1117[90]. Il s'installe dans les années 1120 chez les Masmoudas, à Tinmel dans le Haut Atlas marocain[91]. Les Almohades (al-Muwahhidoun, les unitaristes) prêchent pour une doctrine qui réclame l'unicité absolue du Dieu et pensent que les Almoravides sont coupables d'anthropomorphisme[92]. Ibn Toumert prêche dans une mosquée à Béjaïa, il critique les mœurs des citadins, mais il en est chassé[92]. À sa mort, les Almohades désigne son successeur : Abd al-Mumin, disciple Zénète originaire de la région de Nedroma[92].

Abd al-Mumin transforme la structure politique en monarchie héréditaire et s'appuie sur sa tribu d'origine les Koumya de Nedroma et les Hilaliens qu'il les intègre dans l'armée régulière[88]. Il s'empare de la région de Tlemcen, il prend Oran en 1143, puis Tlemcen en 1145-1146 [93]. En 1151, il bat les Hammadides et occupe Béjaïa[94] et écrase les Hilaliens prés de Sétif en 1153[88]. Puis, il achève en Ifriqiya la conquête du Maghreb. Les Beni Ghania qui se sont maintenus aux Baléares, attaquent le Maghreb central et s'emparent de Béjaïa en 1184 puis Alger, al Qalaa et Miliana et assiège Constantine[95]. En 1185, les Almohades contre-attaquent, les Beni Ghania se replient alors en Ifriqiya[95].

L'empire décline et se décompose au cours de la première moitié du XIIIe siècle[96]. En 1212, lors de la bataille de Las Navas de Tolosa, ils subissent une importante défaite face aux armées chrétiennes en Espagne[94]. Au Maghreb, le gouverneur de l'Ifriqiya se proclame indépendant en 1229, puis le gouverneur de Tlemcen en 1236[97]. Dans le même temps, la Reconquista progresse[98]. Les Mérinides mettent fin à l'empire Almohade, en 1269, par la prise de Marrakech[99].Sous les Almohades, l'activité économique se concentre sur le littoral, où se pratique le commerce portuaire[88]. L'empire a connu de nombreux révoltes malékites[88], les Almohades vont procéder également à des conversions forcées de juifs et de chrétiens[100]. Cependant, les Almohades ont tenté de constitué un État institutionnalisé[101]. Pendant leur règne, l'arabisation progresse sans retour, l'arabe devient la langue de haute culture[102], le mysticisme et les chants soufis se développent[103] et le Maghreb connait un grand afflux d'immigrés andalous[96].

Hafsides et Zianides[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Hafsides et Zianides.
Pièces de monnaies hafsides de Béjaïa.

Après la fin de l'empire des Almohades, le Maghreb est partagé en trois entités politiques : les Hafsides à l'est, les Zianides au centre et les Mérinides à l'ouest[104]. Cependant, ces États étaient fluctuants et rivalisaient pour établir leur emprise sur tout le Maghreb[105] et s'appuyaient sur le fait tribal. Des trois, l'État Hafside qui se pose en héritier de l'empire almohade[106] était le plus structuré[107].

La dynastie zianide fondée par Yaghmoracen Ibn Zyan, ancien gouverneur Almohade de Tlemcen en 1235[104], étend son emprise sur la moitié occidentale du pays[105] et fait de Tlemcen sa capitale[104]. La dynastie hafside d'abord alliée et vassale des Almohades rompt avec eux dès 1229[108]. Elle domine sur l'Ifriqiya et la moitié orientale de l'Algérie actuelle[105] avec Tunis pour capitale; Béjaïa sert de capitale à la marche[Note 1] occidentale de cet État[108],[109]. Les deux dynasties subsistent pendant plus de trois siècles[104]. Les limites entre les aires zianide et hafside suivent une ligne courant de l'ouest du Béjaïa au Hodna et au Zab, même si à l'ouest de cette ligne, les tribus vivent en quasi autonomie[110]. À l'est, les Zianides tentent d'élargir leur influence et de nombreuses révoltes éclatent à Béjaïa et Constantine[104], marquées par un esprit autonomiste et indépendantiste[111]. Elles constituent une série de principautés instables[108]. Ainsi, le domaine hafside s'est divisé pendant des périodes entre deux États ayant pour capitales Béjaïa et Tunis[112].

Palais El Mechouar à Tlemcen construit par les Zianides.

En 1299, les Mérinides assiègent Tlemcen pendant 7 ans mais sans réussir à s'emparer de la ville[113]. Ils parviennent à occuper la ville à deux reprises : 1337-1348 et 1352-1359[30] et envahissent le domaine hafside en 1347 et en 1353, mais sans pouvoir y demeurer[108]. Le royaume zianide connait son apogée sous la règne d'Abou Hammou Moussa II (1359-1389)[114]. Au XVe siècle, la dynastie hafside, profitant du déclin des Mérinides et des Zianides connaît son deuxième apogée[115]. Les Zianides reconnaissent une suzeraineté nominale[116] et les Wattassides successeurs des Mérinides se reconnaissent leur vassaux[117]. Les deux dynasties hafside et zianide disparaissent après la prise de leur capitale Tunis et Tlemcen par les Ottomans respectivement en 1574[118] et 1555[119].

Les Zianides font de Tlemcen une cité importante dotée de riches édifices et peuplée de cent mille habitants[120]. Elle est également un centre de rayonnement des religieux malikites et des panégyristes[120] qui abrite plusieurs médersas[121] et un centre commercial vue par les Européens comme une des villes les plus considérable du Maghreb et réputée pour sa tolérance religieuse[122]. Dans le domaine hafcide, le malikisme gagne du terrain via Béjaïa, Constantine et Biskra. Les recherches scientifiques sont concentrées dans le foyer des savants andalous immigrés de Béjaïa et à Constantine[123]. Béjaïa était également une ville de plus de cent mille habitants avant l'occupation espagnole[109].

Crise générale dans l'Occident musulman[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : expulsion des Morisques et Al-Andalus.

À partir de la moitié du XIVe siècle, le Maghreb connait une décadence générale et une offensive ibérique[124]. Au niveau socio-économique, le commerce s'arrête par la marginalisation du Maghreb dans le commerce mondial, la citadinité recule et l'agriculture connait une régression avec les concessions terriennes accordées aux tribus nomades[124]. Sur le plan politique, le modèle étatique tribal est en crise, le paysage politique est marqué par les rivalités entre les dynasties, des guerres intestines et des révoltes sociales. Les États ne forment plus qu'une mosaïque de féodalités autonomes[124]. Le climat devient également plus sec à partir du XIe siècle, les famines et le repli démographique s'amorcent selon certains historiens à l'époque fatimide. De 1350 à 1450, la peste noire et les sécheresses prolongées engendrent une diminution de la population de 30 % à 50 %[125]. Cette crise dépeuple les campagnes et les villes[126] et renforcent le nomadisme[125] et engendre la généralisation du culte des saints et du maraboutisme[127].

Au Maghreb central, le royaume zianide se fragmente et s'affaiblit par les querelles familiales, les émirs installés à Oran et Ténès luttent contre les souverains de Tlemcen[128]. Dans le royaume hafside, les émirs hafsides de Béjaïa et de Constantine qui régnaient déjà en autonomie jusqu'à Collo et Annaba sont indépendants de toute autorité de Tunis[116]. Les ports forment de petites républiques[128] : Alger, Annaba, Jijel et Dellys, à Alger une aristocratie marchande d'origine andalouse, protégée par une tribu arabe dirigeait la ville[129]. Dans les Hauts plateaux, les Aurès[129] et le Sud, les confédérations tribales sont indépendantes de tout pouvoir central et en Kabylie des principautés indépendantes se sont constitués[128].

Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613, Vicente Mestre), Fundación Bancaja de Valencia

En 1492, les rois catholiques ont achevé la Reconquista, entre le XIIIe siècle et 1609, date de l'expulsion définitive des Musulmans et des Juifs de la péninsule Ibérique, le Maghreb connait un grand afflux d'immigrés andalous[130]. Dans le Maghreb central, ils s'installent en masse dans les villes du nord du pays, dont Oran, Tlemcen, Nedroma, Mostaganem, Cherchell, Blida, Alger, Koléa, Béjaïa, Dellys et Médéa[130],[131]. L'apport des ces immigrés est très important dans leur société d'accueil, notamment sur le plan économique et culturel[132].

La présence des Andalous est plus ancienne dans le territoire algérien. À l'époque des Omeyyades de Cordoue, ils établissent des colonies sur le littoral pour pratiquer le commerce méditerranéen : Ténès en 872 et Oran en 902[49]. Sous l'effet de la progression de la Reconquista dans la période almohade, la région connait un grand afflux d'immigrés andalous[96]. Dans le royaume zianide, Tlemcen a accueilli 50 000 Andalous de Cordoue, faisant bénéficier la ville du savoir et de l'art d'une civilisation raffinée[133]. L'afflux des administrateurs andalous contribue à la prospérité du royaume[113], mais également à l'émergence d'une orthodoxie malikite[33]. Les hafsides recrutent également des notables andalous[134].

Par la suite, l'expulsion de morisques vers la Régence d'Alger, a eu des effets positifs sur son essor : ils ont relevé Cherchell, Ténès et Dellys de leurs ruines, repeuplé Blida et fondé Koléa[135]. Alger accueillait 25 000 morisques au début du xviie siècle qui ont contribué à l'expansion urbaine de la ville[135]. Plusieurs familles juives d'Espagne ont trouvé refuge dans le Maghreb central, les rabbins espagnols vivifient les communautés citadines notamment à Tlemcen, Constantine, Oran et Miliana[136].

Fort au milieu de la ville
Le Borj Moussa à Béjaïa, ancien fort espagnol qui abrite maintenant le musée de la ville.

Durant le début du XVIe siècle, l'Espagne va entreprendre la conquête des ports algériens, Mers el-Kébir tombe en 1505 suivi par Oran en 1509[128]. La prise de la ville par le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros est suivie par le massacre des populations, la fuite des habitants, la razzia des tribus voisines[137] et la conversion de deux mosquées en églises[127].

En 1508, Pedro Navarro ravage Honaïne et Rachgoun[127] et prend Béjaia en 1510[138]. Les habitants de Béjaïa, fuient l'occupation espagnole pour échapper aux mêmes atrocités, commises par les Espagnols à Oran[139] et se réfugient dans l'arrière-pays, une partie d'entre eux s'installe dans la Kalâa des Beni Abbès[140].

Sous la menace espagnole d'autres villes vont payer un lourd tribut : Dellys, Cherchell et Mostaganem ; et Alger livre l'ilot qui contrôlait son port : le Peñón d'Alger[128]. Le roi de Tlemcen reconnait la suzeraineté de Ferdinand le Catholique[137], et les hafsides chargent les maîtres de la Kalaâ des Béni Abbès et de Koukou à défendre l'intérieur du pays[137]. Les habitants sont mécontents de leurs chefs incapables de les défendre ce qui engendre l'émergence des mouvements soufis dont les chefs prennent un poids politique et vont aider les frères Barberousse[141].

Cette période a vu l'émergence d'une littérature qui exhorte la résistance, dénonce les traitres et fait appel aux Turcs, vus comme la seule force capable de mener une résistance cohérente et unifiée[142]. Les chefs marabouts font appel aux corsaires ottomans pour écarter la menace espagnole[120]. Khayr ad-Din Barberousse chargé d'unifier et d'organiser la résistance, mobilise les tribus et parcourt le pays notamment en Kabylie où il recrute la légendaire Lalla Khadidja[142]. Parmi les autres figures de la résistance sont Sidi Ahmed Benyoucef, le saint patron de Miliana[142] et Lalla Gouraya, la sainte patronne de Béjaïa[143].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Époque moderne de l'Algérie.

Période ottomane (1515 à 1830)[modifier | modifier le code]

La régence d'Alger forme avec celles de Tunis et de Tripoli le trio des « régences barbaresques », provinces de l'Empire ottoman (en rouge).
Soldats de la régence d'Alger

Régence d'Alger (1515 à 1830)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régence d'Alger.
Selim le Terrible
Carte maritime ottomane du XVIe siècle représentant la côte entre Alger et Bejaia

Selim Ier installe la période de la Régence en 1515.

Galion ottoman du XVIe siècle

1re version

Selim Ier installe la Période de la Régence en 1515.

À cette époque le territoire de l'actuelle Algérie était considérablement divisé. Au sud le sultanat de Touggourt était indépendant depuis 1414, tandis qu'au nord-ouest la région était gouvernée par les zianides, à l'exception de la ville d'Oran qui était gouvernée par les Espagnols depuis 1509. La conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830.

La région de Constantine, conquise en 1525, prit une relative autonomie administrative par rapport à Alger en 1567 et fut administrée par des beys jusqu'à la conquête française le 13 octobre 1837. Du côté d'Oran, la province fut annexée à l'empire ottoman de 1708 à 1732, puis à partir de 1792. Enfin, une confédération targuie, les Kel Ahaggar, fut formée dans le Sahara algérien vers 1750, tomba sous suzeraineté française en 1903 et fut éliminée par l'Algérie en 1977.

2e version La conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et elle fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830.

En principe, l'autorité des Ottomans s'étendait sur l'ensemble de la Régence d'Alger, c'est-à-dire le nord de l'Algérie actuelle. Mais en réalité celle-ci variait selon l'époque et les régions concernées. Ainsi des régions montagneuses comme la Kabylie et ou les Aurès entraient à nombreuses reprises en révolte contre l'Autorité ottomane. À l'est de l'Algérie dans les Aurès, plusieurs tribus s'unissent et déclenchent des luttes contre les Ottomans. Cependant plusieurs luttes internes entre fractions chaouis s'enflamment dans les zones montagneuses des Aurès. Les Ouled Daoud ainsi que plusieurs tribus empêcheront les Ottomans de pénétrer dans leurs territoires[144]. Saleh Bey tenta sans y parvenir de les soumettre en dirigeant contre eux une expédition [144]. En somme, la grande union des Chabias se divise, cela provoque l'indépendance de plusieurs tribus à l'égard des Ottomans entre le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle[145].

Le royaume de Koukou[146] a duré pendant deux siècles[147]. Il a été fondé au XVIe siècle par Ahmed Belkadi, un des chefs kabyles qui a contribué à chasser les Espagnols de Bejaia avec l'aide des Turcs en mer. Sa capitale est Ait Ghabri. En 1520, Khayr ad-Din Barberousse décide de mener une expédition contre Ahmed Belkadi. La bataille aura lieu dans la plaine des Issers. La victoire des Kabyles sera sans équivoque, et c'est avec beaucoup de chance que Khayr ad-Din Barberousse aura la vie sauve en ayant pris la fuite au bon moment. Victorieux, Ahmed Belkadi s'empare d'Alger et régnera sans difficulté jusqu'en 1527, date à laquelle Khayr ad-Din Barberousse le défait et rétablit son autorité à Alger avec l'aide Abd-el-Aziz, chef kabyle des Beni Abbas et rival de Belkadi En 1823 les Beni Abbas de Basse Kabylie entrèrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupèrent les voix de communications entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia put négocier la soumission des tribus révoltées[148].

Époque des Beylerbeys : (1515 à 1587)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Siège d'Alger (1541) et Époque des beylerbeys.
Khayr ad-Din Barberousse, bey d'Algérie au XVIe siècle

Cette période est surtout marquée par la lutte de Charles Quint contre Soliman et son vassal Barberousse. Charles Quint réussit à prendre Tunis mais échoua à Alger à plusieurs reprises, dont l'attaque d'Alger en 1541. Pendant cette période, les trois règnes de Hassan Pacha ou « Hassan Barberousse », fils du fondateur de la régence, furent marqués par des interventions armées au Maroc et des tentatives de reprises d'Oran, avec comme épisode célèbre, la victoire sur le comte d'Alcaudete devant Mostaganem ainsi que l'aide décisive de l'artillerie de l'État d'Alger aux Saadiens lors de la bataille de Oued El Makhazine. Quant à Euldj Ali (dit Ali el-Fartas, c'est-à-dire Ali le Teigneux), il reprit Tunis aux Espagnols en 1574, après avoir participé au siège de Malte en 1565 et avoir sauvé l'honneur de la flotte ottomane en 1571 à la Bataille de Lépante, où il commandait l'aile gauche constituée autour de la flotte d'Alger ; en outre, dans son intérêt pour l'argent, autant que par ferveur religieuse, il fournit une aide humaine et matérielle aux Morisques d'Espagne, au moment de leur insurrection en Andalousie[149]. Ces deux Beylerbeys finirent grands amiraux de la flotte ottomane.

Époque des Pachas: (1587 à 1659)[modifier | modifier le code]

Le sultan ottoman a choisi la durée du règne d'un pacha de 3 ans. Le premier était Dali Ahmed Pasha (1589-1582). Pendant ce règne les relations entre la France et l'Algérie ont connu une détérioration à la suite de son soutien aux Espagnols contre l'Algérie.

Époque des Aghas : (1659 à 1671 )[modifier | modifier le code]

Les Aghas sont les officiers des forces terrestres, l'agha était nommé par le conseil. Cette période a connu une grande attaque de la France sur El Kala en 1663 et une autre sur Djidjel en 1664 mais toutes ont échoué.

Époque des Deys : (1671 à 1830)[modifier | modifier le code]

Drapeau régimentaire utilisé sous la Régence d'Alger[150],[151],[Note 2]

Vers 1600, la milice turque de janissaires qui résidait à Alger, et qui avait été jusque là sous l'autorité d'un pacha envoyé de Constantinople, obtint du sultan la permission de se donner un dey, pour lui servir d'appui dans ses revendications contre les pachas gouverneurs.

C'est lors de cette période que se stabiliseront définitivement les frontières orientales et occidentales de la Régence, à la suite des victoires sur le sultan marocain Moulay Ismail de 1694. Moulay Ismail, qui venait parfois ravager l'ouest du territoire algérien, incita le Dey Chaâbane à déclarer la guerre à son voisin. Les Algériens se portèrent à cet effet sur la frontière où ils rencontrèrent l'armée ennemie, et malgré l'infériorité de leur nombre, ils repoussèrent Moulay Ismail jusqu'à Fès[152]; après cette expédition, Chaâban dirigea cette même année ses forces contre Tunis, dont il finit par s'emparer après plusieurs assauts. Il imposa aux habitants une forte rançon, leur laissa pour gouverneur Hamed-ben-Chouquer, un de ses favoris, et revint à Alger avec de riches dépouilles[152]. Mais à peine eut-il quitté Tunis, que les habitants chassèrent Hamed-ben-Chouquer. En 1702, le bey de Tunis et le sultan marocain ne pouvant payer le tribut qui leur avait été imposé, s'entendirent pour envahir simultanément la Régence[152] ; le bey de Tunis fut d'abord vaincu puis le chérif marocain mis en déroute dans l'ouest algérien par le Dey Hadj Mustapha qui se fit le trophée du cheval de Moulay Ismail richement harnaché ; celui-ci fut par la suite offert au roi de France Louis XIV, par l'ambassadeur d'Alger[152].

Le pouvoir de ces chefs s'accrut rapidement ; enfin Baba-Ali, élu en 1710, déposa le pacha, et obtint du sultan Ahmet III l'investiture de la régence. Comme leur pouvoir était électif, les deys restèrent toujours à la merci des janissaires, qui les élevaient ou les déposaient à leur gré : on en vit six installés et assassinés le même jour (1732). Baba-Mohammed eut seul le privilège de régner 25 ans (1760-1791). Le dernier dey d'Alger, Husseïn, régnait depuis 12 ans au moment de la conquête française, en 1830.

Pendant ce temps, les puissances occidentales cherchent tous les moyens de se débarrasser de la prédation maritime et des réductions en esclavage de leurs ressortissants, problème toujours d'actualité au début du XIXe siècle. Les expéditions contre Alger se succèdent : expédition américaine de 1815 (en), expédition britano-hollandaise de Lord Exmouth en 1816. Ces opérations ponctuelles ont quelque effet (en particulier l'expédition anglaise permet de délivrer de nombreux esclaves), mais le corso (la piraterie maritime) reprend une fois les Occidentaux repartis. La conquête française de l'Algérie prend la suite de ces expéditions avec, en partie du moins, les mêmes motifs (faire cesser le corso), auxquels s'ajoute une volonté de conquête.

Zones géographiques non dominées par les Ottomans d'Alger de 1515 à 1830[modifier | modifier le code]

Les Ottomans étaient incapables d'étendre leur autorité aux régions sahariennes. Le Sahara était l'axe principal des échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le nord.

La relation entre les Saadiens et les Ottomans se dégrade, cela amène Ahmad al Mansour à contrôler Gourara et Touat (région)[153]. Ensuite, Mulay M'hammed sultan saadien prend le pays de la Gourara avec l'aide des tribus locales. À l'arrivée du pouvoir des Alaouites, ces derniers abandonnent les régions du Sahara Gourara, Touat, etc. Alors les émirs locaux prennent en charge la gouvernance de leurs territoires. L'impôt était prélevé par les Caïds envoyés par les Alaouites, et celui qui ne voulait pas payer était emmené comme esclave[153].

À Ouargla, les habitants étaient gouvernés par l'autorité des Zaouïas[153]. Les mouvements des Marabouts étaient fort implantés dans toutes les régions du sud et dans une partie des Aurès.

Au sud, le Sultanat de Touggourt prit son indépendance en 1414. À la constitution du Beylic de Constantine, Touggourt devient rapidement tributaire de celui-ci. Les refus récurrents des Sultans de Touggourt de s'acquitter du tribut imposé par les Turcs provoqua de nombreuses expéditions des autorités de la Régence à leur encontre (Salah Raïs en 1552, Salah-Bey 1788, Ahmed el Mamlouk en 1821)[154].

Enfin dans l'extrême sud, une confédération targuie, les Kel Ahaggar, fut formée dans le Sahara algérien vers l'année 1750.

Colonisation française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Algérie française.

Conquête de l'Algérie : 1830 à 1871[modifier | modifier le code]

Carte chronologique de la conquête et de la formation territoriale de l'Algérie.

Cette période marque la fin de la domination ottomane et début de la domination française. D'abord nommés Possessions françaises dans le Nord de l'Afrique, que le maréchal Soult appelle Algérie en 1839[155], ces territoires prendront officiellement le nom d'Algérie, le 14 octobre 1839[156].

La population algérienne est estimée entre 1 et 3 millions d'habitants par les observateurs européens à la veille de la conquête française de 1830[157]. Selon l'ouvrage Coloniser, exterminer de l'historien Olivier Le Cour Grandmaison :

« Le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre 1830 et 1872, souligne son extrême violence ; il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l'armée d'Afrique. En l'espace de quarante-deux ans, la population globale de l'Algérie est en effet passée de 3 millions d'habitants environ à 2.125.000 selon certaines estimations, soit une perte de 875.000 personnes, civiles pour l'essentiel [...] Le déclin démographique de l'« élément arabe » était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les « indigènes » et les colons[158]. »

Plusieurs observateurs s'accordent à dire que la conquête de l'Algérie a causé la disparition de presque un tiers de la population algérienne[159], puis son augmentation <refnec>, grâce à la médecine occidentale amenée par les Français[160]. Des méthodes singulières ont été utilisées, telles que les enfumades, les massacres de prisonniers et de civils, les razzias, les destructions de cultures et de villages - couramment employées par les militaires français[161]. Un nombre très important de bâtiments ont été détruits, cela dans l'objectif d'effacer l'identité culturelle et religieuse ainsi que dans le cadre d'« aménagements ». Dans un rapport adressé à Napoléon III, un des généraux français a résumé la détermination de l'administration française à combattre les institutions culturelles algériennes en disant : « Nous sommes tenus de créer des entraves aux écoles musulmanes… chaque fois que nous le pouvons… En d'autres termes, notre objectif doit être de détruire le peuple algérien matériellement et moralement »[162]. On peut citer les 349 zaouias détruites[163].

Daniel Lefeuvre, dans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale[164], conteste les chiffres des victimes de la conquête en avançant notamment que la différence de population entre 1830 et 1872, qui est d'environ 875 000 personnes, serait en partie due au fait que, de 1861 à 1872, il y eut plusieurs crises sanitaires : invasions de sauterelles en 1866 et 1868 et un hiver très rigoureux (1867-1868), occasionnant une grave famine suivie d'épidémies (de choléra notamment). Mais selon Olivier Le Cour Grandmaison[165], la colonisation de l'Algérie s'est bien traduite par l'extermination du tiers de la population, dont les causes sont multiples, massacres, déportations, famines ou encore épidémies, mais étroitement liées entre elles.

Guy de Maupassant écrivait dans Au soleil (1884), récit de ses pérégrinations en terre algérienne notamment, parlant de la population autochtone: « Il est certain aussi que la population primitive disparaîtra peu à peu; il est indubitable que cette disparition sera fort utile à l'Algérie, mais il est révoltant qu'elle ait lieu dans les conditions où elle s'accomplit ».

L'installation des colons européens[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Algérie française et Pieds-Noirs.
Les premiers colons sont les militaires français débarqués en 1830 et leurs familles. L'armée d'invasion devient armée d'occupation.

La chute de Napoléon III en 1870 est accueillie avec soulagement[Qui ?]; les colons vont pouvoir s'administrer eux-mêmes[réf. nécessaire]. L'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne après la guerre de 1870 entraîne un exode de population qui viendra s'établir en Algérie : plus de 500 000 hectares furent confisqués après la révolte de 1871 et attribués aux réfugiés. Le nombre des colons passe de 245 000 en 1872 à plus de 750 000 en 1914. De son côté les indigènes voient leur nombre passer de 2 000 000 à 5 000 000 grâce, en partie, à l'action sanitaire de la colonisation[166]. La communauté européenne et la communauté musulmane vivent ensemble mais sans se mélanger ; les lois de la Troisième République ne font qu'accroître la division en séparant de plus en plus les Français d'Algérie et d'autre part les sujets français régis par un code spécifique. Le décret Crémieux en accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d'Algérie divise les autochtones car les musulmans ne tenaient pas, dans un premier temps, à ce statut de citoyen français, surtout en raison de leur culture et religion. Plus tard, on accordera la citoyenneté française aux musulmans qui le demanderont expressément.

Sur 7 millions d'hectares de terres cultivables, la colonisation s'empara en un siècle de 2,9 millions d'hectares, lesquels étaient aussi les terres de meilleure qualité. Cette colonisation chassa des centaines de milliers de paysans, dépossédés, et devenus une armée errante de ruraux clochardisés.

Sous Charles X (1830)[modifier | modifier le code]

Le gouvernement français avait attendu trois ans après le « coup d'éventail » de 1827 (raison affichée de la conquête) pour la conquête d'Alger[167]. En fait, le gouvernement ultra du prince de Polignac, espérait renouer avec les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l'influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée[167]. Mais également motivé par la volonté de juguler l'opposition intérieure pour renouer avec le prestige monarchique dont rêvait Charles X[167].

L'affaire de l'éventail (1827)[modifier | modifier le code]
La Provence devant Alger, le 3 août 1829. Le bombardement du navire royal par les Ottomans durant le blocus naval est le casus belli de la prise d'Alger.[réf. nécessaire]

L'origine de la dernière querelle entre la France et la régence d'Alger remonte au Directoire. Des commerçants juifs de Livourne, installés à Alger au milieu du XVIIIe siècle, les Bacri et les Busnach, ont alors livré d'importantes quantités de grains pour nourrir les soldats participant avec Bonaparte (futur Napoléon Ier) à la campagne d'Italie. Bonaparte refuse de régler la facture qu'il juge excessive. En 1820, Louis XVIII éponge la moitié des dettes du Directoire. Le dey, créancier des Bacri pour 250 000 francs, exige de la France le versement de la somme destinée aux commerçants livournais. Comme il pense que la France n'a pas l'intention de rembourser le prêt, il se trouve déjà en froid avec le consul. Mais une affaire bien plus grave met le dey hors de lui : la France avait la concession d'un entrepôt commercial à La Calle, et par l'intermédiaire de son représentant Deval, s'était engagée à ne pas le fortifier. Or, elle a fortifié l'entrepôt ; lorsque le dey s'en rendit compte et qu'il demanda par écrit des explications au gouvernement français sans obtenir de réponse, il se contenta de demander des explications verbalement au consul de France qui choisit le parti de le prendre de haut. C'est alors que le dey s'emporta et eut un geste méprisant contre le consul de France au moyen de son chasse-mouche. Le 30 avril 1827, à Alger, le dey soufflette avec son éventail le consul de France, Deval. L'épisode entraîne la rupture diplomatique avec la France.

Le gouvernement de la restauration décide alors d'envahir l'Algérie et de châtier le dey pour son « insolence ». Le consul et les résidents français s'embarquent pour la France. Le ministre de la Guerre, Clermont-Tonnerre, propose une expédition militaire. Le président du Conseil, Villèle, et le dauphin s'y opposent. Un blocus d'Alger, peu efficace, est décidé : le tirant d'eau des bâtiments français les oblige à se tenir loin des côtes que peuvent serrer au plus près les pilotes barbaresques.

Le Conseil des ministres décide d'organiser une expédition en Algérie le 31 janvier 1830.

Conquête d'Alger (1830)[modifier | modifier le code]
L'attaque de l'amiral Dupperé lors de la prise d'Alger en 1830

À Toulon, l'amiral Duperré prend le commandement d'une armada de 103 navires de guerre et de 572 bateaux de commerce et se dirige vers Alger[168].

Le 14 juin au matin le maréchal de Bourmont débarque à Sidi Ferruch avec 37 500 hommes[168].

Le 19 juin, lors de la bataille de Staoueli, les troupes françaises prennent l'avantage sur l'armée ottomane.

Le 5 juillet, les Français occupent Alger[169] et, le jour même, le dey Hussein signe l'acte de capitulation[170]. Les articles 2 et 3 de cette convention autorisent Hussein à conserver ses biens personnels et ordonnent son exil vers le lieu de son choix[171]. Les caisses de l'État seront pillées[168]. Il quitte définitivement le pays avec sa famille à bord d'un navire français à destination d'un port italien.

Le 11 juillet, 2 500 janissaires d'Alger sont expulsés pour l'Asie Mineure. Après 313 années, les Ottomans abandonnent la régence et donc l'administration du pays qu'ils ont gouverné depuis 1517.

En octobre, les premiers bataillons de zouaves sont mis sur pied. La France accapare toutes les terres du Beyliks (propriétés publiques)[172], et sont créées les premières unités de spahis.

Sous Louis-Philippe Ier (1830 à 1848)[modifier | modifier le code]

Premières expéditions[modifier | modifier le code]

Le 1er décembre, Louis-Philippe nomme le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie. Celui-ci réussit à s'emparer de Bône et met en œuvre activement la colonisation. La violence de ses actions choque tant qu'il est rappelé en 1833. Il meurt le 2 juin de la même année. (…)

Une conquête limitée[modifier | modifier le code]
La première expédition de Constantine en 1836 est un échec pour les conquérants. Une seconde tentative, l'année suivante, débouche sur la prise de la capitale de l'Est algérien (Constantinois).

26 février : cessez-le-feu entre le général Desmichels et l'émir Abd El-Kader (Traité Desmichels). Mostafa ben Smaïl refuse de reconnaître l'autorité d'Abd El-Kader. Ce dernier, avec l'aide de ses alliés français, est victorieux de Mostafa ben Smaïl le 13 juillet[Quand ?]. Le 22 juillet, l'ex-Régence d'Alger devient « Possession française d'Afrique du Nord ».

La « convention du figuier » est signée, en juin 1835, entre la France et les tribus des Douaïr et des Zmela qui deviennent alors « des sujets français ».

Abd El Kader attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara, dans l'Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d'Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader.

En novembre 1836, le maréchal Bertrand Clauzel ordonne l'assaut sur Constantine qui tourne au désastre ; les cavaliers berbères refluent en masse. Le commandant Nicolas Changarnier arrive cependant à protéger le retrait des troupes françaises. Constantine prolonge la résistance.

L'expédition des Portes de Fer menée par les troupes françaises en 1839 relance la guerre contre Abdelkader.

Le traité de Tafna est signé, le 30 mai 1837, entre le général Bugeaud et Abd El-Kader qui reconnaît la souveraineté de la France en échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen où il peut conserver 59 000 hommes en armes.

L'armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans, territoire que l'émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu'il s'agit d'une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839, la guerre contre la France.

Reddition d'Abd El-Kader (1847)[modifier | modifier le code]
Portrait de l'émir Abdelkader « prince des croyants ».
La prise de la Smala d'Abdelkader, capitale itinérante de l'émirat, en 1843.

Le 22 février Bugeaud est le nouveau Gouverneur général d'Algérie. Le 23 août 1841, le Cheik el Kadiri, lors d'une réunion au Caire, publie une fatwa (décision conforme aux principes de la Sunna et du Coran) qui précise que les tribus sont autorisées à ne pas obéir à Abd El-Kader et qu'il est insensé de faire la guerre aux chrétiens, du moment que ceux-ci laissent les musulmans exercer librement leur culte.

Le 16 mai 1843 le duc d'Aumale attaque la smala d'Abd El Kader, faisant de nombreux prisonniers, qui sont exilés.

Article détaillé : Bataille de la Smala.

Le 1er février 1844, la France crée les bureaux arabes pour d'établir un contact avec la population indigène.

Le 14 août 1844, le général Bugeaud écrase l'armée du sultan marocain à la bataille d'Isly. L'armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s'engage alors à interdire son territoire à Adb El-Kader en traitant avec la France.

Le 23 septembrem les troupes d'Abd El Kader sortent victorieuses lors de la bataille de Sidi-Brahim engagée par le colonel Montagnac. Les survivants français résistent trois jours dans le marabout de Sidi Brahim. Cette bataille est la bataille de référence pour les chasseurs à pied.

En décembre 1847m Abd El Kader se rend aux spahis (nomades des régions steppiques de l'Algérie) colonel Yusuf. Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l'émir fut libéré par Napoléon III, visita plusieurs villes de la métropole avant de rejoindre Damas et résida le restant de sa vie en Syrie.

Le 11 décembre 1848m la Constitution de 1848 proclame l'Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, Oran et d'Alger deviennent les préfectures de trois départements français (Alger, Oran et Constantine). Les musulmans et juifs d'Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l'indigénat.

Sous Napoléon III (1848 à 1870)[modifier | modifier le code]

L'Empereur Napoléon III salue les « colons français et les Algériens » depuis le balcon de la sous-préfecture de Mostaganem (département d'Oran) lors de sa visite officielle en Algérie le 20 mai 1865. Croquis de M. Moulin paru dans Le Monde Illustré, 1865
Conquête de la Kabylie (1857)[modifier | modifier le code]
Lalla Fatma N'Soumer, figure de la résistance contre l'armée coloniale française

Le territoire de l'ex-Régence d'Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l'autorité de l'émir Abdelkader, et donc sa soumission à la France en 1847, résiste encore. L'armée française d'Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l'Algérie. Les succès remportés par l'armée française sur la résistance d'Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l'issue de la guerre de Crimée (1853 -1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. Napoléon III souhaite disposer d'une force suffisante pour permettre une conquête durable de la Kabylie.

Entre 1849 et 1852, la domination française s'étend à la Petite Kabylie. En juillet 1857, au terme d'une rapide campagne, toutes les tribus de Grande Kabylie se rendent, la capture de la maraboute Lalla Fatma N'Soumer met un terme à la résistance.

En mars 1871, profitant de l'affaiblissement du pouvoir colonial à la suite de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871), une partie de la Kabylie se soulève. L'armée française met un terme à la Révolte des Mokrani par une opération de « pacification », des insurgés sont déportés : les Kabyles du Pacifique.

Le « Royaume Arabe »[modifier | modifier le code]

Napoléon III essaye de transformer la conquête en un « royaume arabe » associé à la France et dont il serait lui-même le souverain : les colons[Qui ?] et les intérêts économiques de l'Algérie[Quoi ?] seront des opposants farouches de l'Empereur allant jusqu'à réclamer une consultation électorale[réf. nécessaire].

Dans une lettre du 6 février 1863, l'Empereur au maréchal duc de Malakoff, publiée dans le Moniteur universel, par laquelle il était prescrit de rendre les tribus ou fractions de tribus propriétaires incommutables des territoires qu'elles occupent à demeure fixe, et dont elles ont la jouissance traditionnelle, à quelque titre que ce soit. l'Algérie étant déclaré par le souverain, non une colonie proprement dite, mais un royaume arabe[173]. Napoléon III décide de visiter l'Algérie. Cette visite dure six semaines, il est reçu partout avec enthousiasme : Dans l'Algérie entière, les colons répétant cent fois par jour : « L'Empereur est venu, il a vu, nous sommes sauvés. » Les morts eux-mêmes, ceux qui ont succombé dans la lutte de l'homme civilisé contre une nature sauvage, contre les miasmes pestilentiels des marais ; les morts s'unissent aux vivants pour redire : « Sois le bienvenu, César, les morts te saluent. » C'est à la stupéfaction des colons qu'un sénatus-consulte, la propriété du sol qu'elles occupent a été dévolue aux tribus indigènes, et des commissions d'exécution.

En 1865, 225 000 colons, français ou européens possèdent environ 700 000 hectares[174]. Mais la colonisation […] se déclare satisfaite si […], on demande aux indigènes, soit par acquisition, soit par expropriation, un complément de 400 000 hectares[175].

Le sénatus-consulte (1865)[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1865, un sénatus-consulte (une loi) permet aux musulmans d'acquérir la citoyenneté française en échappant à titre individuel au statut coranique au profit du droit civil français ; mais cela reste théorique dans la mesure où la citoyenneté française était plus difficilement accordée à un autochtone algérien pourtant titulaire de la nationalité française qu'à un étranger.

Conseils municipaux mixtes (1866)[modifier | modifier le code]

Le 27 décembre 1866, un décret crée des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés français, musulman, juif et étrangers européens ; les Français disposent des deux tiers des sièges ; dans les « communes de plein exercice », les maires ont des adjoints indigènes.

Enrichissement économique de l'Algérie[modifier | modifier le code]

L'Algérie, sous occupation française, comme le reste de l'Afrique, s'est enrichie, son revenu passant de 2,2 milliards en 1870 à 6,4 en 1913[176].

Sous la Troisième République (1870 à 1940)[modifier | modifier le code]

L'avènement de la Troisième République provoque de grands troubles en Algérie, notamment entre civils et militaires. La Troisième République mène une politique d'assimilation : francisation des noms, suppression des coutumes musulmanes.

Décrets Crémieux (1870)[modifier | modifier le code]

Le 24 octobre 1870, par le décret Crémieux, les 37 000 juifs d'Algérie passent du statut de sujets français (indigènes) au statut de citoyens français. Ce décret a été promulgué à Tours par le gouvernement de la Défense nationale. Son auteur est le ministre de la Justice, Isaac Adolphe Crémieux, juriste juif. Ce décret est ressenti par les indigènes algériens[Qui ?] comme une injustice[réf. nécessaire] car eux-mêmes restent soumis au sénatus-consulte de juillet 1865 sur le statut des personnes. Encore faut-il préciser que beaucoup, ne voulant pas renoncer au statut juridique coranique, étaient moins enclins à devenir « citoyens français »[réf. nécessaire].

Voici le texte de ce décret « Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis. »

Il y a aussi d'autres décrets pris le même jour qui instituent en Algérie le régime civil mais qui ne suppriment pas les bureaux arabes, symbole de la politique qui avait été menée par l'empereur et haïe par les colons[Qui ?][réf. nécessaire]. Un de ces décrets établit un jury, qui livre désormais les indigènes traduits en cour d'assise à l'arbitraire des colons, violant ainsi le principe du jugement par ses pairs[réf. nécessaire].

Crémieux prend un dernier décret en décembre 1870 qui met définitivement fin aux bureaux, menaçant ainsi les indigènes de futures expropriations foncières[réf. nécessaire]. Ce décret crée une grande agitation parmi les indigènes[Qui ?][réf. nécessaire].

Révoltes de 1871[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Révolte des Mokrani.

À la suite des décrets, à la défaite de la France en Europe dans la guerre franco-prussienne, à la lutte que se livrent colons et militaires pour le pouvoir et à cause de la condition misérable des indigènes favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux, la dernière grande révolte d'Algérie a lieu en 1871. Elle débute au mois de janvier avec l'affaire des Spahis, s'aggrave en mars avec l'entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani, qui fait ensuite appel au Cheikh El Haddad, le grand maître de la confrérie des Rahmaniya. La révolte échoue et une répression est organisée par les Français pour « pacifier » la Kabylie.

À la suite d'un ordre qui a été donné par l'armée de les envoyer en France, les Spahis se soulèvent fin janvier 1871 à Moudjebeur et à Ain-Guettar, dans l'Est algérien à la frontière avec la Tunisie[réf. nécessaire]. Le mouvement est rapidement réprimé.

Mokrani était un des chefs algériens qui jouissait d'une puissance sûrement plus grande que celle des autres. Son père avait proposé ses services et aidé le maréchal Valée en 1838, ce qui lui avait valu le titre de khalifa de la Medjana, territoire très étendu, mais après lui avoir laissé de grands droits, l'armée avait chaque année rogné sur ses prérogatives et avait profité de sa mort en 1853 pour substituer à la fonction de khalifa celle de bachaga qui avait été confiée à son fils Mohammed. Celui-ci avait subi des mesures vexatoires, lui faisant craindre une confiscation de ses terres, tandis que l'avènement du régime civil lui fit rejeter la subordination à une autorité non militaire. C'est ce qu'il écrit dans une lettre au général Augerand (reproduite en page 768 du Rapport de la Commission d'enquête sur l'insurrection), où il lui annonce son intention d'entrer en rébellion. Il se révolte en mars mais son mouvement n'a pas encore une grande ampleur. Il fait alors appel au cheikh El Haddad de la confrérie des Ramahniya qui lance un appel à la guerre sainte sur le marché de Seddouk en avril 1871. Plus de 150000 Kabyles se soulèvent et le mouvement touche une grande partie de l'Algérie. La révolte est cependant rapidement et sévèrement réprimée.

« La colonne expéditionnaire destinée à réprimer la révolte de la Kabylie orientale, était réunie le 2 août auprès de la petite ville de Milia sous les ordres du général de Lacroix, commandant la division de Constantine. Le 5, nos troupes pénétraient sur le territoire ennemi et campaient successivement à Aïn Nakhela, sur l'Oued Endja, puis à Fedj-Baïnen, après avoir infligé de rudes châtiments aux contingents qui avaient tenté de s'opposer à leur marche. Les tribus de la confédération du Zouarà, étaient entièrement réduites à merci, et livraient otages et amendes.

[…] Rejetés, après l'incendie de leurs villages, dans les ravins boisés de l'Oued Itéra et acculés au pied du gigantesque rocher de Sidi-Mârouf, les insurgés éprouvaient des pertes très sérieuses. L'effet moral produit par ces sévères leçons, qu'il était grand temps de donner à ces populations turbulentes et incorrigibles, a été immense […]

À cette même date, toutes les tribus du cercle de Djidjelli et celles de la rive droite de l'Oued-el-Kébir (bas Roumel), terrifiées par les châtiments infligés au Zouar'a et à l'Oued Itera, s'empressaient d'aller implorer la pitié et demander grâce […] C'est ainsi qu'en peu de temps, du 2 au 22 août, […] toutes les tribus comprises dans le quadrilatère : Constantine, Collo, Didgelli et Mila, rentraient dans l'ordre et le devoir, qu'elles n'auront plus envie de quitter »

— Charles Féraud[177]

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Les biens des insurgés ayant échappé à la destruction sont confisqués selon les mesures préconisées par le général de Lacroix en décembre 1871 :

« Le seul moyen de prévenir les révoltes, c'est d'introduire une population européenne nombreuse ; de la grouper sur les routes et les lignes stratégiques de façon à morceler le territoire en zones qui ne pourront pas à un moment donné se rejoindre.

Les terres des domaines sont insuffisantes, mal situées et éparpillées. Celles que l'on pourrait obtenir par le séquestre réunissent seules les conditions voulues, mais il faudrait qu'elles fussent immédiatement disponibles. »

La loi du 21 juin 1871 (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d'Alsace-Lorraine.

Le 26 juillet 1873, est promulguée la loi Warnier (d'après le nom du président de la commission parlementaire Auguste Warnier) visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890.

Code de l'indigénat (1881)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Indigénat.

Le Code de l'indigénat est adopté le 28 juin 1881 : ce code distinguait deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c'est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens, etc. Les sujets français soumis au Code de l'indigénat étaient privés de la majeure partie de leurs libertés et de leurs droits politiques ; ils ne conservaient au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière.

À partir de 1881, surtout en Kabylie, le Code de l'indigénat imposera une arabisation forcée des patronymes aux populations locales qui, jusqu'à cette époque, portaient encore pour certains des noms à consonance latine. Les noms patronymiques des Algériens actuels ne sont donc pas ceux de leurs ancêtres dans une proportion de plus de trois-quarts[178].

Le Code était assorti de toutes sortes d'interdictions dont les délits étaient passibles d'emprisonnement ou de déportation. Après la loi du 7 mai 1946 (loi Lamine Gueye) abolissant le Code de l'indigénat, les autochtones (Nouvelle-Calédonie, Madagascar, Algérie, etc.) purent à nouveau circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l'indigénat en Algérie jusqu'à l'indépendance (1962 en maintenant le statut musulman[179] et en appliquant par exemple le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l'infraction d'un seul de ses membres.

En 1889, une loi accorde la nationalité française aux Européens étrangers de 21 ans nés en Algérie. À partir de 1896, l'administration de l'Algérie dépend directement du ministère de l'intérieur. En 1898, ont lieu plusieurs manifestations européennes anti-juives. De 1871 à 1898 les colons acquièrent 1 000 000 d'hectares, alors que de 1830 à 1870, ils en avaient acquis 481.000[180]. L'Algérie possède un nouveau statut en 1900 : elle bénéficie d'un budget spécial, d'un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires[181]. Le système électoral assure aux Européens la prépondérance. En 1912, Manifeste Jeunes Algériens.

Conquête du Sahara (1902)[modifier | modifier le code]

Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M'zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l'Algérie jusqu'au grand désert, territoire autonome, non soumis aux Ottomans, et jusque-là contrôlé par une confédération de tribus nomades touarègues, les Kel Ahaggar. À la suite de la bataille de Tit, le lieutenant Guillo Lohan reçoit la soumission à la France des Kel Ahaggar Kel Ahaggar en novembre 1902, dans le Hoggar[182].

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilisa les habitants des départements français d'Algérie : Musulmans, Juifs et Européens. Selon Gilbert Meynier, ce recrutement fut relativement facile grâce au paternalisme des officiers et dans une indifférence générale malgré quelques révoltes en 1914 et 1917 : la seconde fut peut être inspirée par l'appel des Turcs[183].

Au cours de la Première Guerre mondiale, les tirailleurs et spahis musulmans ont combattu avec les zouaves (et parfois tirailleurs) européens et juifs d'Algérie. 249 000 Algériens furent mobilisés (73 000 mobilisés dans la population française, et 176 000 dans la population « indigène ») et ils ont laissé de 38 000 à 48 000 des leurs sur les champs de bataille d'Orient et d'Occident de la Première Guerre mondiale (dont 12 000 à 22 000 « Français de souche » et « néos », et 26 150 musulmans)[184]. Les dépouilles des morts au combat reposent à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette (pour ceux tombés aux champs de bataille de l'Hartmannswillerkopf) et à l'ossuaire de Douaumont. Les Algériens ont été de toutes les grandes batailles de l'armée française de la Première Guerre mondiale. Ils se sont distingués notamment à la Bataille de Verdun, sur la Somme en 1916, ou encore au chemin de Dames en 1917. Les tirailleurs et spahis algériens ont été, pendant ces quatre années de guerre, mêlés à toutes les batailles de l'armée française. La devise du 2e régiment de tirailleurs algériens résume bien, à elle seule, l'esprit des Algériens de 1914, soldats de la liberté «Dieu est avec nous, pour notre drapeau et pour la France »[185]. L'émir Khaled participera à la Première Guerre mondiale au côté des Français[186].

L'entre-deux-guerres (1919 à 1938)[modifier | modifier le code]

Charles Jonnart crée plusieurs réformes, en faveur des Algériens musulmans, qui sont adoptées sous la loi du 4 février 1919, aussi appelée « loi Jonnart ». En 1930, des manifestations du centenaire de la prise d'Alger sont ressenties comme une provocation par la population[Qui ?][réf. nécessaire].

En 1936, le projet de loi Blum-Viollette (Front populaire), pour l'octroi de droits politiques à certains musulmans, est présenté mais il sera refusé à l'unanimité lors du congrès d'Alger du 14 janvier 1937[réf. nécessaire].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En Algérie, la conscription engagea 123 000 musulmans Algériens et 93 000 Européens d'Algérie (Pieds-Noirs) dans l'armée française; 2 600 des premiers, et 2 700 des seconds furent tués dans les combats de 1940[187].

Carte des opérations

La bataille de Mers el-Kébir désigne l'attaque du 3 juillet 1940 de la marine britannique contre une escadre de la marine française mouillant dans le base navale de Mers el-Kébir (golfe d'Oran). Il y eut 1 380 morts. Le Royaume-Uni, alors seul face à l'Allemagne, craignait que l'armistice signé par le gouvernement français quelques jours auparavant ne fasse tomber cette flotte dans les mains d'Hitler. Le statut des Juifs est appliqué aux Juifs d'Algérie, le Décret Crémieux est aboli en 1940, puis finalement rétabli en 1944.

Après le coup d'État du 8 novembre 1942 à Alger, auquel prennent part des Juifs d'Algérie, et dans le cadre de l'opération Torch (débarquement des Anglo-Américains à Oran, Arzew, Alger et à Bône[188]), de nombreux Algériens furent engagés dans les forces alliées au sein de l'armée française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français (débarquement de Provence). Contrairement à Alger, les troupes vichystes d'Oran combattent les Alliés. Lors du débarquement de l'opération Reservist et des parachutages, de nombreux Anglo-Américains sont tués avant que les autorités d'Oran ne capitulent.

Affiche imprimée à Alger en 1943, La France vous parle, composée de manchettes de la presse clandestine de la résistance intérieure française sur fond tricolore.

Le 8 novembre 1942, au lendemain de l'invasion anglo-américaine de l'Algérie qui s'est faite sans le concours de la France Libre, depuis Brazzaville (Congo) le général de Gaulle lance un Appel aux Français d'Afrique du Nord sur les ondes de la BBC (émission Honneur & Patrie). Il s'adresse aux colons et leur demande de collaborer avec les Anglo-Américains pour que la France soit reconnue parmi les vainqueurs (et non les vaincus malgré l'armistice et la collaboration) à l'issue de la guerre[189] :

Chefs français, soldats, marins, aviateurs, fonctionnaires, colons français d'Afrique du Nord, levez-vous donc ! Aidez nos Alliés ! Joignez-vous à eux sans réserves. La France qui combat vous en adjure. Ne vous souciez pas des noms, ni des formules. Une seule chose compte : le salut de la patrie ! Tous ceux qui ont le courage de se remettre debout, malgré l'ennemi et la trahison, sont d'avance approuvés, accueillis, acclamés par tous les Français Combattants. Méprisez les cris des traîtres qui voudraient vous persuader que nos alliés veulent prendre pour eux notre Empire. Allons ! Voici le grand moment ! Voici l'heure du bon sens et du courage. Partout l'ennemi chancelle et fléchit. Français de l'Afrique du Nord ! que par vous nous rentrions en ligne, d'un bout à l'autre de la Méditerranée, et voilà la guerre gagnée grâce à la France !

[non pertinent]

Le chef du CCMA, commandant des Forces Françaises, général Giraud (à droite) et le commandant en chef des Armées Alliées en Afrique du Nord, général Eisenhower (à gauche), saluant les drapeaux des deux nations au quartier général des Alliés à Alger en 1943.

En 1942, le général Henri Giraud prend le commandement civil et militaire en Algérie. Les Algériens sont remobilisés pour poursuivre la guerre aux côtés des Alliés. L'hymne de l'Armée d'Afrique est la version 1943 du chant des Africains. Les effectifs mobilisés en Algérie s'élèvent sur la période à 304 000 Algériens (dont 134 000 « musulmans », et 170 000 « européens »[187]). Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d'août 1944 à juin 1945.

Côté musulmans, les futurs présidents de l'Algérie Ahmed Ben Bella[190] et Mohammed Boudiaf, engagés volontaires et décorés. Mostefa Ben Boulaïd, l'un des responsables des attentats de la Toussaint Rouge (1954), se distingua pendant la campagne d'Italie (1944) ce qui lui vaudra la médaille militaire et la croix de guerre. Krim Belkacem se retrouve mobilisé aussi en 1943 dans le 1er Régiment des Tirailleurs Algériens où il est promu caporal-chef. En revanche, durant l'Occupation allemande (1940-1944), plusieurs centaines de musulmans Nord-Africains installés en métropole s'engagèrent dans la Milice française (vichyste), constituant la Légion nord-africaine.

Tandis que, côté Européen, le futur général putschiste de l'OAS, Edmond Jouhaud fait prisonnier en 1940, s'évade et rejoint la Résistance sous les ordres du général Revers, chef de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA) et que le futur Maréchal de France, Alphonse Juin, également fait prisonnier en métropole, est interné à la forteresse de Königstein puis est libéré et reçoit le commandement des forces vichystes en Afrique du Nord. À la suite de l'invasion de la Zone Libre par les Allemands en novembre 1942, le général Juin rejoint les Alliés, il est nommé commandant en chef des forces françaises pour les campagnes de Tunisie (1942-1943) et d'Italie (1944). Le résistant Fernand Bonnier de La Chapelle membre des Corps Francs d'Afrique fait partie de la conspiration contre l'amiral vichyste François Darlan (commandant en chef en Algérie) à Alger et l'assassine, il est arrêté et exécuté la même année.

Le 8 mai 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe, en Algérie, des manifestations nationalistes algériennes suivies de lynchages d'Européens sont réprimées par l'armée française à Sétif et Guelma (Est algérien) ; on dénombre 103 Européens tués et entre 10000 et 45000 Algériens[réf. nécessaire].

Sous la Quatrième République (1946 à 1958)[modifier | modifier le code]

Les élections législatives de 1946 sont un succès pour l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, son parti remporte onze des treize sièges réservés à l'Algérie à l'Assemblée nationale[réf. nécessaire]. La loi sur le statut de l'Algérie est promulguée en septembre 1947 : l'Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Une Assemblée algérienne est créée, composée de deux collèges de 60 représentants chacun ; le premier sera élu par les Européens et une élite algérienne (diplômés, fonctionnaires…) (63 194 exactement) et le second par le reste de la population algérienne. Enfin l'article 2 précise « l'égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français ».

En octobre 1947, le MTLD de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales. Ce parti devient la cible de la répression des autorités françaises[réf. nécessaire]. En avril 1948, des fraudes massives ont lieu lors des élections[191] de l'Assemblée algérienne : par des intimidations, l'armée force les populations à voter, les urnes sont également remplies d'avance, et les populations les plus rebelles ne sont pas convoquées. Trente-six des 59 candidats du MTLD sont arrêtés. Hocine Aït Ahmed organise, en mars 1949, le cambriolage de la poste d'Oran qui leur rapporte 3 070 000 francs. Cet argent sera le début du trésor de guerre du FLN.

La guerre d'Indochine (1946-1954) absorbe les cadres militaires et fait combattre les volontaires et soldats de métiers, légionnaires et les troupes coloniales dont 35 000 Maghrébins[192] (Marocains & Algériens) qui comptent pour 1/4 de l'effectif du corps expéditionnaire[193]. Lors de la bataille de Dien Bien Phu (1954), sont présents le 1er régiment de tirailleurs algériens, 3e régiment de tirailleurs algériens et le 7e régiment de tirailleurs algériens[194]. Les troupes françaises en Algérie avant le déclenchement de la guerre d'Algérie sont faibles : 40 000 hommes en 1948, 48 300 au 1er juin 1954, 81 145 au 1er janvier 1955.

Le nationalisme algérien (1900 à 1954)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mouvement national algérien.

Naissance du mouvement national[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, plusieurs dirigeants algériens revendiquent le droit à l'égalité ou à l'indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre les droits des Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français.

La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, et d'autres seront exilées vers d'autres pays comme l'a été l'émir Khaled El-Hassani Ben El-Hachemi en Égypte puis en Syrie.

Messali Hadj[195], Malek Bennabi[196], Mohamed Hamouda Bensai, Saleh Bensai, Ben Badis[197], Mohamed Bachir El Ibrahimi, Fodil El Ouartilani, Larbi Tébessi, Ferhat Abbas, Omar Ouzeggane, etc., tous vont diverger entre eux sur la question algérienne, ce qui provoquera l'émergence de plusieurs associations et partis algériens: Parti de la réforme ou mouvement pour l'égalité, Association des oulémas musulmans algériens, association de l'Étoile nord-africaine, le parti Parti du peuple algérien, Amis du Manifeste des Libertés, Parti communiste algérien, etc.

Le massacre du 8 mai 1945[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacres de Sétif et Guelma.

Le 8 mai 1945 ont lieu des manifestations d;Algériens dans plusieurs villes de l;Est du pays (Sétif et le Constantinois), qui devaient permettre de rappeler leurs revendications nationalistes, de manière concomitante avec la liesse de la victoire. À Sétif, après des heurts entre policiers et nationalistes, la manifestation tourne à l'émeute et la colère des manifestants se retourne contre les « Français » : 27 Européens sont assassinés (103 trouveront la mort dans les jours suivants). La répression de l'armée française est brutale.

Officiellement, elle fait 1 500 morts parmi les autochtones, chiffre potentiellement sous-estimé et probablement plus proche des 20 000 à 30 000 selon l'historien Benjamin Stora. Le Parti du peuple algérien (PPA) estime qu'il y a eu 45 000 morts[198]. De par la radicalisation qu'ils ont engendrée dans les milieux nationalistes algériens, certains historiens considèrent ces massacres comme le véritable début de la guerre d'Algérie[199].

La révolte algérienne de 1945 à 1954[modifier | modifier le code]

À la suite de la mort de Abdelhamid Ben Badis en 1940 et à l'emprisonnement de Messali Hadj et l'interdiction du Parti du peuple algérien, le parti Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques revendique le statut de l'égalité ou de l'indépendance des Algériens en 1948. Aussi, l'Association des oulémas musulmans algériens fut interdite. Alors, l'Organisation spéciale (Algérie) apparait et elle a pour but de rassembler les armes pour le combat. Mohamed Belouizdad fut le premier chef de l'organisation clandestine. Ensuite, Hocine Aït Ahmed prend la tête de l'Organisation et continue à œuvrer pour l'achat des armes. La poste d'Oran est attaquée par les membres de l'OS.

Ahmed Ben Bella prend la place de Hocine Aït Ahmed en 1949. Le plan de l'organisation est dévoilé et les autorités françaises arrêtent plusieurs membres en 1950. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques niait toute relation avec l'Organisation spéciale pour faire obstacle aux arrestations.

Le CRUA est fondé en mars 1954. Il organisera la lutte armée. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes[200]. Le Front de libération nationale (Algérie) lui succède en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d'unité et d'action).

Le Front de libération nationale (Algérie) et le Mouvement national algérien seront rivaux pour le contrôle de la révolution. À l'indépendance, des centaines de combattants du Mouvement national algérien de Messali Hadj seront tués par leurs rivaux du FLN[201]. Messali Hadj sera libéré de la prison en 1958 et il sera assigné à une résidence surveillée en France.

La Révolution algérienne (1954 à 1962)[modifier | modifier le code]

Faits importants de la Guerre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Algérie.
Portrait du président Charles de Gaulle en 1961
Délégation des principaux dirigeants du FLN (de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte).

Le terme de « Révolution algérienne » est utilisé en Algérie pour désigner ce que la France appelle la « guerre d'Algérie » (et appelait officiellement évènements d'Algérie jusqu'en 1999). Un vaste mouvement de révoltes naît au fil des ans. L'Algérien sujet, sans droit politique, de la France devient citoyen Français par la loi du 20 septembre 1947[202] et peut désormais circuler librement entre l'Algérie et la métropole[203],[204]. L'action armée va venir du CRUA (Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, etc). Le déclenchement de la révolution algérienne a été décidé dans la Casbah d'Alger et à Batna sous la présidence du Batnéen Mostefa Ben Boulaïd dans la réunion des 22 cadres du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA)[205],[206]. Le CRUA se transformera en Front de libération nationale (FLN). Les six chefs du FLN qui décident la « révolution » le 1er novembre 1954 sont Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M'Hidi. La Déclaration du 1er novembre 1954 est émise par radio depuis Tunis. Dans la nuit du 1er novembre 1954, la caserne de la ville de Batna est attaquée par les moudjahidines. Cette nuit sera appelée par les historiens français (Toussaint rouge). Un caïd et deux enseignants français vont être abattus sur la route de Biskra et Arris, il y aura deux versions des faits différentes. Des attentats sont enregistrés dans trois districts (Batna, Biskra, Khenchela) et le reste du pays.

François Mitterrand va déclarer : « L'Algérie, c'est la France » . Il déclenche la répression dans les Aurès. Au départ, il y avait juste 500 hommes de l'ALN Armée de libération nationale. Après quelques mois, ils seront plus de 15 000 hommes à défier l'autorité française[201],[207]. 100 000 soldats français sont affectés dans les Aurès et plus tard ils seront plus de 400 000 en Algérie. Le général Cherrière donne l'ordre d'opérer le ratissage des Aurès. Il croit gagner, mais il va subir une grosse défaite[207].

Le massacre de Skikda (ex philippevillois ou Skikda), la mort d'une centaine de manifestants algériens, eut lieu du 20 au 26 du mois d'août 1955. La même année, à l'Assemblée générale de l'O.N.U, l'inscription de l'affaire algérienne est à l'ordre du jour. Mostefa Ben Boulaïd, Zighoud Youcef, sont tués. Plusieurs chefs sont emprisonnés[207].

Des intellectuels français vont aider le FLN[207]. Maurice Audin fut torturé et tué par les services français[208]. Frantz Fanon s'engage auprès de la résistance algérienne et a des contacts avec certains officiers de l'ALN (Armée de libération nationale) et avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il donne sa démission de médecin-chef de l'hôpital de Blida-Joinville en novembre 1956 au gouverneur Robert Lacoste, puis est expulsé d'Algérie en janvier 1957. Albert Camus, natif d'Algérie, fut un défenseur des droits des algériens[209], dans les années 1940, avant de refuser de prendre position pour l'indépendance avec cette phrase prononcée à Stockholm en 1957 : « En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère. »[210]. Dès 1956, Jean-Paul Sartre et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l'idée d'une Algérie française et soutiennent le désir d'indépendance du peuple algérien. Sartre s'élève contre la torture[211], revendique la liberté pour les peuples de décider de leur sort, analyse la violence comme une gangrène, produit du colonialisme[212]. En 1960, lors du procès des réseaux de soutien au FLN, il se déclare « porteur de valise »[213] du FLN[214]. Cette prise de position n'est pas sans danger, son appartement étant plastiqué deux fois par l'OAS et Les Temps modernes saisis cinq fois.

Après la condamnation de Larbi Ben M'Hidi et après le déroulement du Congrès de La Soummam, Le FLN intègre les dirigeants du mouvement national algérien (MNA). Plusieurs partis algériens adhèrent à la cause du FLN: le Front de libération nationale (FLN) et l'Armée française tiennent le même langage (« Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous »[207].

« Groupe des six », chefs du FLN. Photo prise juste avant le déclenchement de la guerre le 1er novembre 1954. Debout, de gauche à droite : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad et Mohamed Boudiaf. Assis : Krim Belkacem à gauche, et Larbi Ben M'hidi à droite.

La guerre éclate entre les chefs kabyles (Krim Belkacem, Ouamrane, etc) et les chefs chaouis et aussi entre les chefs chaouis des Aurès et les chefs chaouis de Nemencha[215]. Abdelhai et Abbès Laghrour seront condamnés à mort par les partisans du Congrès de la Soummam et le Comité de coordination et d'exécution (C.C.E). Il y a aura aussi un conflit entre les hommes du Sud algérien et les dirigeants kabyles[207]. La Tunisie va être le théâtre d'affrontement entre les différents chefs. Le président Bourguiba devait intervenir pour pacifier les choses. Les Aurès, le Constantinois, l'Ouest de l'Algérie, la Kabylie, etc. seront les zones les plus sensibles du point de vue stratégique et logistique. Les deux pays(le Maroc et la Tunisie) sont sous protectorat français. Ils hébergeront les deux armées de l'ALN aux frontières. Plusieurs chefs du FLN comme Ferhat Abbas contesteront leurs rôles.

L'armée française fait construire le « barrage de la mort », 320 km de long, 7 000 volts, un poste de contrôle chaque 15 km, des milliers de mine terrestre, etc., pour empêcher le passage des armes dans les Aurès et dans tout l'est de l'Algérie. Mais les éléments de l'ALN (Armée de libération nationale) vont déjouer toute la stratégie militaire française. La population algérienne des villes sera sous le contrôle de l'Armée de libération algérienne. La bataille d'Alger fera la une de la presse internationale et interne. Le conflit est porté jusqu'à L'ONU. Plusieurs grèves et manifestations sont organisées par le FLN.

Le colonel Amirouche Aït Hamouda fera un massacre dans les Aurès en voulant intervenir pour unifier des zones des Aurès et faire passer les armes en Kabylie[216]. L'Aurès fut le lieu de passage des armes vers l'intérieur du pays. Le colonel Amirouche Aït Hamouda réussira à faire passer les armes, en passant par la frontière de Tunisie et de l'Algérie. Il franchira les Aurès pour rejoindre la Kabylie. Une vingtaine de chaouis vont être du voyage, mais à la fin, ils abandonneront les troupes du colonel Amirouche pour revenir aux Aurès. Krim Belkacem voulait contrôler la région des Aurès pour établir l'union des forces. Et les hommes de Ben Bella et de Abdelhafid Boussouf, eux aussi désiraient avoir un pied dans les Aurès. Au même moment, la France connaîtra une crise interne jusqu'à l'arrivée au pouvoir du général Charles de Gaulle à cause de la situation en Algérie. Les ultras européens veulent garder l'Algérie française. L'Armée française décide de créer les zones interdites sous contrôle des S.A.S (sections administratives spécialisées) et entame une lutte contre les Djounoudes (maquisards) et la population locale, dans les villes, dans les villages, dans les douars et sur tous les territoires sensibles au FLN.

Les bombardements massifs, les tueries, les massacres, la torture, etc., tous les actes de crime (torture pendant la guerre d'Algérie) ont été employés dans cette guerre. Plusieurs attentats seront organisés par l'ALN dans les villes et les villages, dans les zones interdites et dans les zones montagneuses des Aurès. Le CCE (Comité de coordination et d'exécution) voit le nombre de ses membres s'agrandir et décide de garder le cap sur les objectifs militaires et ainsi que la primauté de l'intérieur par rapport à l'extérieur. Une grande crise se développe entre les membres du Comité de coordination et d'exécution.

Selon Yves Courrière, Abane Ramdane s'opposera sévèrement aux militaires. Il choisira de prendre le maquis, désignera un homme de l'Aurès, Hadj Ali, pour renverser le CCE à Tunis. Mais, Abane Ramdane sera condamné à la prison au Maroc par le CCE. Plus tard, il sera tué au Maroc, mais les sources du FLN diront qu'il aurait été tué lors d'un accrochage contre l'armée française. Le général Charles de Gaulle à la tête du pouvoir français engage une lutte contre les éléments de l'armée de libération nationale algérienne et il apporte les réformes tant attendues pour donner tous les droits aux Algériens. L'Armée française élimine presque tous les réseaux de l'Armée de libération nationale en Kabylie et dans quelques régions sensibles lors de l'Opération Jumelles. Les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si el haouès sont tués lors d'un accrochage avec les éléments de l'Armée française. Le FLN appelle les éléments de son armée à tenir jusqu'au bout.

La Délégation des principaux dirigeants du FLN (Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) est arrêtée, à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte)[217].

En 1959, Messali Hadj sort de prison, il est assigné à résidence surveillée en France[218]. Les Algériens en France organisent des attentats et des manifestations en France en faveur du FLN.

1960, la semaine des barricades à Alger fait 22 morts algériens et des centaines de prisonniers. Le général de Gaulle annonce la tenue du référendum pour l'indépendance de l'Algérie. Les Algériens sont tenus à se prononcer. Certains généraux français se rebellent contre l'autorité du général de Gaulle (le coup d'État du 13 mai 1958 et putsch des généraux en avril 1961). Le général de Gaulle reprend en main le destin de la France, il annonce la tenue d'un référendum et invite le FLN à faire la paix des braves. Au même moment, le Gouvernement provisoire de la République algérienne est proclamé. Ferhat Abbas décline l'invitation française. Le colonel Houari Boumédiène est alors le chef de Armée de libération nationale.

En 1960, l'ONU annonce le droit à l'autodétermination du peuple algérien. Le côté français organise des pourparlers avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne. Plusieurs réunions à l'extérieur du pays vont aboutir aux accords d'Évian. Le colonel Houari Boumédiène refuse que les pieds-noirs restent en Algérie.

Le 17 octobre 1961, la nuit noire débute à Paris, appelée aussi la bataille de Paris (Massacre du 17 octobre 1961). Plusieurs Algériens sont tués en métropole lors d'une manifestation du FLN. Il y aura aussi des milliers d'arrestations au sein des Algériens pendant cette nuit. Ce fait survient à la suite de l'instauration du couvre-feu à Paris pour les Algériens à la suite de l'assassinat de 21 policiers français par le FLN. À Alger, le peuple algérien sort dans les rues pour manifester sa joie à l'indépendance. Il y aura plusieurs morts et blessés par la police française[207].

Une partie de la population d'Algérie s'oppose à la Révolution algérienne. Les figures majeures de ce mouvement anti-indépendantiste sont le bachaga Said Boualam (communauté musulmane) ainsi que le général Edmond Jouhaud et Jean-Jacques Susini (communauté européenne).

Le départ des colons européens[modifier | modifier le code]

L'arrivée au pouvoir du général de Gaulle après le 13 mai 1958 avait renforcé la croyance en un avenir possible pour l'Algérie française. Mais les annonces successives rapides de l'évolution de la politique algérienne du général de Gaulle[219] instillent le doute, puis la révolte et enfin une forme de désespoir chez les partisans de l'Algérie française[220]. Les temps forts de la période sont le Référendum sur l'autodétermination en Algérie (janvier 1961)[221], l'échec du putsch d'Alger (avril 1961), le cessez-le-feu (mars 1962), étapes conduisant l'Algérie dans une spirale de violences réciproques. L'OAS (Organisation armée secrète), organisation clandestine anti-indépendantiste composée de militaires et de civils (d'Algérie et de métropole), est refondée début mai 1961 à Alger, et se lance dans l'action « payante et spectaculaire » (Raoul Salan), c'est-à-dire des hold-up, vols d'armes, attaques de policiers, de barbouzes, de gendarmes mobiles[222]. Puis, après le 19 mars 1962, l'OAS utilise en Algérie des méthodes terroristes[223] en organisant aussi des attentats contre les algériens et européens qui étaient pour l'indépendance. Parallèlement, le FLN intensifie les attentats aveugles (pendant la trêve unilatérale de mai à août 1961) et décide de cibler davantage l'OAS à partir de novembre 1961[224]. Le début de 1962 voit une escalade sans précédent du terrorisme, le nombre des attentats de l'OAS dépassant à la mi-janvier ceux du FLN[224] dont les attentats s'arrêtent quelque temps autour du 19 mars 1962, pour reprendre sélectivement contre des membres de l'OAS, puis rapidement contre tout européen, quel qu'il soit, notamment sous la forme d'enlèvements[225].

Mais la violence prend aussi un aspect de guerre civile franco-française. Le quartier européen de Bab el Oued entre en insurrection le 23 mars 1962 et il s'ensuit une bataille entre colons européens anti-indépendantistes et métropolitains appelés du contingent. Afin de briser le blocus de Bab el Oued, des tracts de l'OAS appellent les civils à venir manifester sans armes et en arborant le drapeau français. Un barrage est forcé et le 4e régiment de tirailleurs mitraille le cortège tuant et blessant de nombreux manifestants.

À l'approche du référendum d'autodétermination, des commandos de l'OAS lancent l'« opération 1830 », avant de quitter l'Algérie, en juin ; cela consiste à redonner à l'Algérie son état pré-colonial en pratiquant la politique de la terre brûlée pour supprimer toutes traces de la présence française, à cet effet le port d'Oran est incendié et la bibliothèque de l'Université d'Alger est détruite par le feu[226].

C'est ce contexte qui conduit un million de Français (Pieds-Noirs, les Harkis, les Juifs, etc.) à quitter l'Algérie en quelques mois, principalement d'avril à juin 1962 . Un million de réfugiés algériens reviennent en Algérie.[réf. nécessaire]

L'indépendance de l'Algérie est proclamée après les résultats du référendum d'auto-détermination, mené cette fois, dans les départements d'Algérie[226].

Quant aux colons stricto-sensu (c'est-à-dire dans le sens d'usage courant en Algérie de l'époque, de propriétaires-exploitants agricoles), leur départ est plus échelonné que celui de la masse des Pieds-Noirs[227]. Il y aurait eu en septembre 1962 encore 15 000 colons exploitant leurs terres en Algérie, sur un total estimé de 22 000[228]. Toutes les terres propriétés des Européens étant nationalisées en octobre 1963, le départ définitif des colons et de leurs familles est terminé en 1964.

Massacre d'Européens et Harkis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacre du 5 juillet 1962.

Le texte des accords d'Evian précise : « Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d'en sortir »[229]. De nombreux Harkis[Combien ?] ne sont pas cependant autorisés à être rapatriés au même titre que les Européens ou les Juifs par le gouvernement français[réf. nécessaire], ou en sont empêchés par des Algériens sans que le FLN y fasse obstacle[réf. souhaitée]. Des réfugiés ayant clandestinement rejoint la métropole sont rembarqués à destination de l'Algérie, tandis que les officiers français les ayant aidés (en désobéissant aux directives officielles) sont sanctionnés. Les clauses des accords d'Evian portant sur l'amnistie générale des crimes commis pendant la guerre et les garanties concédées aux Européens ne sont pas respectées par les indépendantistes. De nombreux Harkis et leur famille [réf. nécessaire]sont torturés et massacrés par des Algériens dès la proclamation du cessez-le-feu, le 19 mars 1962, sans que le FLN y fasse obstacle, en dépit des accords signés.

Lors de la proclamation de l'indépendance le 5 juillet 1962, des exécutions sommaires[230], des lynchages (place d'Armes, boulevard de Sébastopol, place Karguentah, boulevard de l'Industrie, rue d'Arzew et ailleurs[231]), des actes de torture (pendaison[232], pendaison à des crocs de boucher[233]) sont commis contre la minorité européenne lors du massacre d'Oran. L'armée française présente sur place assiste à la scène sans possibilité légale d'intervenir, en raison des accords d'Evian.

République algérienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Algérie depuis 1962 .
Population en liesse après la proclamation officielle de l'indépendance (5 juillet 1962)

Période du parti unique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise de l'été 1962.

L'indépendance en 1962 laisse le pays dans une situation difficile à la suite de la guerre, les affrontements internes et le départ massif des Européens d'où provenait l'essentiel de l'encadrement en place durant la période coloniale, ainsi que des rapports difficiles avec la France et le Maroc voisin qui se traduit par le conflit de la guerre des sables en 1963 puis la crise entre les deux pays sur la question du Sahara occidental depuis les années 1970[234]. L'armée française évacue ses dernières bases en Algérie qui constituent autant d'enclaves autorisées par les accords d'Évian[précision nécessaire], Reggane et Colomb-Bechar (1967), Mers el-Kébir (1968), Bou Sfer (1970) et B2-Namous (1978).

Le Gouvernement provisoire de la République algérienne est mis en échec par l'Armée de libération nationale (ALN), qui place Ahmed Ben Bella à la tête du nouvel État, ce dernier va ériger le Front de libération nationale (FLN) en parti unique et mène une politique socialisante et populiste inspirée du modèle nassérien[234]. Le 19 juin 1965, un coup d'État militaire va placer Houari Boumédiène à la tête du pouvoir, il va continuer dans cette voie socialiste tout en renforcent la planification de l'économie et la bureaucratie de l'État[234]. Il entame une politique basée sur l'exploitation de la rente pétrolière pour la création d'une industrie lourde « Révolution industrielle » au profit de la marginalisation de l'agriculture malgré la « Révolution agraire » et une solarisation massive et une arabisation volontariste de l'enseignement : « Révolution culturelle »[235].

En 1979, Chadli Bendjedid devient le nouveau chef d'État, il entame des réformes économiques basées sur une libéralisation mal-gérée et alimentée par la corruption[235]. L'effondrement des prix des hydrocarbures en 1988, l'endettement de l'État et l'explosion démographique, vont accélérer la crise du « modèle de développement algérien » et le système mis en place par le FLN[235].

L'ouverture démocratique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile algérienne.
Carte de lAlgérie

Les émeutes d'octobre 1988, violemment réprimées, vont entrainer la promulgation d'une nouvelle constitution qui prône la démocratie et le multipartisme[235]. Le processus est toutefois brutalement interrompu, à la suite de la victoire électorale du Front islamique du salut en 1991, parti islamiste visant la création d'un État islamique et remettant en cause l'option démocratique[235] L'Algérie plonge alors dans un conflit militaire entre le pouvoir et les groupes armés issus du FIS[235]. La guerre civile dure plus d'une décennie et fait près de 50 000 morts en cinq ans[235]. Les groupes armés développent un terrorisme armé qui vise en premier lieu les civils notamment les femmes, les intellectuels, les étrangers ainsi que les villages isolés et la destruction des infrastructures publiques et économiques[235].

Le Groupe islamique armé (GIA) s'attaque à la France avec la vague d'attentats commis en 1995. Les non-musulmans sont désignés persona non grata en Algérie par les groupes islamiques armés, chose qui se manifeste par l'assassinat des moines de Tibhirine (1996) et le départ des derniers Juifs.

Le pouvoir va alterner entre phases de dialogue avec l'opposition et des périodes plus répressives. Mais il est frappé par les difficultés sociales à la suite de la crise économique et l'assassinat de Mohamed Boudiaf en 1992[236]. Le 16 novembre 1995, le général Liamine Zéroual devient le premier président, issu des élections présidentielles pluralistes. En 1997, la première Assemblée nationale du pays élue sur base du multipartisme entre en fonction, suivi par un Conseil de la nation « chambre haute » dans la même année[236].

La démission de Zéroual en 1999, sera suivie par l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République[236]. Il entame alors une politique de réconciliation nationale. Il est critiqué pour ses manières autocratiques, tandis que le chômage affecte encore plus d'un tiers de la population. En 2009, Abdelaziz Bouteflika est réélu pour un troisième mandat après avoir fait amender la Constitution algérienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mot désignant anciennement une province frontière d'un État (Source: Robert)
  2. Les couleurs du drapeau sont toujours utilisées par le club de football [[Nasr Athlétique d'Hussein Dey (football)|]]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Collectif coordonné par Hassan Ramaoun 2000, p. 39.
  2. Ginette Aumassip, L'Algérie des premiers hommes, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme,‎ 2001, 224 p. (ISBN 978-2-735-10932-6, lire en ligne), p. 37-44.
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  4. Balout, L., Biberson, P. et Tixier, J. (1970) « L'Acheuléen de Ternifine (Algérie), gisement de l'Atlanthrope », in: Actes du VIIe Congrès International des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques, Prague, UISPP, 21-27 août 1966, p. 254-261.
  5. Arambourg, C. (1957) « Récentes découvertes de paléontologie humaine réalisées en Afrique du Nord française (L'Atlanthropus de Ternifine - L'Hominien de Casablanca) », in: Third Panafrican Congress on Prehistory, Livingstone 1955, Clark, J.D. et Cole, S., Eds., London, Chatto &Windus, p. 186-194.
  6. Balout, L., Biberson, P. et Tixier, J. (1967) « L'Acheuléen de Ternifine (Algérie), gisement de l'Atlanthrope », L'Anthropologie, t. 71, n° 3-4, pp. 217-237.
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  219. 23/10/1958 « Paix des braves » ; 16/09/1959 Droit à l'autodétermination; 05/03/1960 « Algérie algérienne » ; 02/10/1961 « État algérien souverain et indépendant »
  220. Claude Martin - L'agonie d'Oran- p.23
  221. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004 Article en ligne « Le référendum du 8 janvier 1961 avait manifesté l'importance des “non”, exprimant tous la volonté de garder l'Algérie française : 781.989 « non », soit 18 % des inscrits. C'était un pourcentage voisin de celui des Européens dans le corps électoral, mais la majorité absolue des suffrages exprimés dans les départements et les arrondissements où ceux-ci étaient le plus concentrés (départements d'Alger et d'Oran, arrondissements de Bône et de Philippeville). ». Il s'agit des résultats en Algérie, et non du résultat global.
  222. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004 - article cité
  223. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004, article cité « (l'OAS) souffrit d'une contradiction majeure entre le refus moral 'accepter la victoire du terrorisme du FLN et la tentation d'imiter ses méthodes pour leur efficacité »
  224. a et b Guy Pervillé - Le terrorisme urbain dans la guerre d'Algérie - 2000 Lire en ligne
  225. Cf . lettre de démission de membres du FLN adressé au GPRA le 27 juin 1962 in Guy Pervillé - Les conditions du départ d'Algérie (1995) Lire en ligne
  226. a et b ALGÉRIE 1962: la grande dérive. Par M-Ali Haroun. Publié par L'Harmattan, 2005. [Page 53]
  227. On estime qu'au 31 juillet 1962, 740 000 personnes sur une population « pied-noire » d'environ un million avaient quitté l'Algérie (dont 540 000 depuis le 1° janvier), soit les 3/4
  228. En septembre 1962 « 7000 des 22000 agriculteurs n'étaient pas rentrés, bien qu'en accord avec le gouvernement français, j'avais indiqué dans mes discours que ceux qui abandonnaient leur terre ne seraient pas indemnisés. » (Mémoires de Ben Bella) Les domaines agricoles nationalisés en 1963 ne seront pas non plus indemnisés.
  229. http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/algerie-accords_d'Evian.htm
  230. Georges-marc Benamou, Un mensonge français, p. 256.
  231. Jean Monneret, La Tragédie…, p. 124.
  232. Gérard Israël, Le dernier jour de I'Algérie Française, p. 277.
  233. « À un croc de boucherie, près du cinéma Rex, on peut voir, pendue, une des victimes de ce massacre. » Benjamin Stora, Histoire de la guerre d'Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004, p. 85. « Près du cinéma Rex, une femme venait d'être pendue à un croc de boucher. » Georges-Marc Benamou, ibid.
  234. a, b et c Collectif coordonné par Hassan Ramaoun 2000, p. 56.
  235. a, b, c, d, e, f, g et h Collectif coordonné par Hassan Ramaoun 2000, p. 57.
  236. a, b et c Collectif coordonné par Hassan Ramaoun 2000, p. 58.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]