Ismaélisme

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L'ismaélisme, ou ismâ`îlisme est un courant minoritaire de l'islam chiite. Ses membres sont appelés ismaéliens, ismâ`îliens (arabe اسماعيلي ismā`īlī). L’ismaélisme n'est pas spécifiquement persan, ni arabe, ni indien ; il a une longue histoire qui est complexe et, loin d'être unifié, l’ismaélisme se subdivise en plusieurs rameaux (Mubârakiyya, Khattâbiyya, Qarâmita, Druzes, Must`aliyya, Nizâriyya, Saba`iyya).

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chiisme.

L’origine de l’ismaélisme remonte à la mort du sixième imam chiite Ja`far as-Sâdiq en 765, successeur d'Ali ibn Abi Talib.

Les mu`tazilites ont fondé la première école de théologie rationaliste en Islam et très vite elle devient la principale école de pensée chez l’élite intellectuelle du deuxième siècle de l’Hégire. De nombreux chiites sont attirés par la théologie rationaliste des mu`tazilites. Ce foisonnement intellectuel et politique accélère et s'approfondit au cours du deuxième siècle de l’Hégire. La dynastie abbasside entreprend la traduction de la philosophie et des sciences grecques, de la littérature et de la sagesse persane, favorisant la diffusion et le développement des connaissances intellectuelles.

Le long imamat (34 ans) de Ja`far as-Sâdiq est une période d’effervescence des imams chiites. Comme ses prédécesseurs, l’imam Ja`far al-Sâdiq ne mène aucune action politique. Sur le plan doctrinal, cela sert probablement le chiisme qui traverse cette période difficile avec l’enseignement et la prudence de l’imam Ja`far al-Sâdiq.

Origine de l'ismaélisme[modifier | modifier le code]

La scission entre chiites duodécimains et chiites ismaéliens a lieu à la mort de Ja`far as-Sâdiq en l’an 765. Ismâ`il, l’aîné des fils d’al-Sâdiq, a été désigné par son père pour lui succéder. Selon Abû Muhammad Hasan al-Nawbakhtî (auteur de la Firaq al-shî`a) parmi eux se trouvent des Qarmates, des khattâbiyya, des mubârakiyya, des ismaéliens purs et des duodécimains.

  • Les Duodécimains pensent qu'Ismâ`îl est mort avant son père, et qu'à la mort de Ja`far al-Sâdiq, l'imamat fut transféré à Mûsâ al-Kâzim, frère cadet d'Ismâ`îl.
  • Les ismaéliens purs affirment que la nouvelle de la mort d'Ismâ`îl est une ruse de Ja`far al-Sâdiq pour protéger son aîné, mais qu'en réalité Ismâ`îl a survécu à son père et est bien devenu imam.
  • Les mubârakiyya prétendent qu'à la mort de Ja`far al-Sâdiq, l'imamat est transféré à Muhammad ibn Ismâ`îl, petit-fils d'al-Sâdiq et fils d'Ismâ`îl, mort du vivant de son père, car l'imamat devant se transmettre de père en fils, et l’imam Ja‘far al-Sâdiq ayant initialement désigné Ismâ‘îl, il est impossible que l'imamat ait pu être transféré à son frère cadet, Mûsâ al-Kâzim.

« L’imam est le continuateur de la prophétie et la transmission se fait par un mandat explicite de l’ancien au nouvel imam. Si Ismâ`îl a reçu ce double héritage temporel et spirituel de son père, c’est lui et lui seul qui peut le transmettre à sa progéniture. L’imam légitime est Muhammad fils d’Ismâ`îl et non Mûsâ al-Kâzim. » Zyed Krichen[1]

Muhammad ibn Ismâ`il fut dissimulé aux yeux du monde ainsi que ses quatre descendants. On les appelle les imams cachés.

Le concept d’imamat commença à s’articuler et les grands traits de cette institution encore embryonnaire prennent forme et deviendront le thème central amplifié par l’imam Ja`far al-Sâdiq[2]. Il est difficile de rendre compte de ce foisonnement des idées. On accordait autant d’importance à la politique, à la théologie qu’à la métaphysique.

« Les Épîtres des Frères de la pureté (Ikhwân al-Safâ’) » du début du Xe siècle en sont un bel exemple. Ce texte imposant (quatre volumes en version moderne) était très consulté à cette époque et il servait d’encyclopédie de référence sur divers sujets. Des copies de cette encyclopédie furent brûlées par les docteurs sunnites. L’idée centrale de cette encyclopédie était que l’être humain était perdu dans l’ignorance et qu’il fallait l’instruire par la philosophie et par une connaissance graduelle pour retrouver le Guide spirituel afin de cheminer sur le droit chemin (sîrat al-mustaqîm.) C’était aussi un hymne à la tolérance préconisant une pluralité de voies pour accéder au salut. Persécutés, les ismaéliens continueront à vénérer secrètement leur imam tout en déployant un prosélytisme (da’wa) très actif d’abord au Moyen-Orient puis à travers tout le monde musulman.

Période des Fâtimides (882-1171)[modifier | modifier le code]

Imams ismaéliens

Le fondateur, l’Imâm `Ubayd Allah al-Mahdî, installé au début à Kairouan, parvint à se rallier de nombreux partisans chez les Berbères et à étendre son autorité sur une grande partie du Maghreb, du Maroc à la Libye. Suffisamment puissant pour contester l'autorité du Calife de Bagdad, il choisit une autre capitale en fondant la ville de Al-Mahdiyya sur une presqu’île du Sahel tunisien, il s’autoproclama Calife en 909. Les Qarmates aux idées révolutionnaires refusèrent son autorité et établirent un royaume, marqué par la violence, au Bahreïn, mais dès 939, leur puissance militaire faiblit. Les Fâtimides conquirent l'Égypte en 969, grâce au général Jawhar al-Siqilli, sur ordre du calife Al-Muizz li-Dîn Allah. Le général entra à Fustât le 7 juillet 969, dans un pays désorganisé et en proie à la famine. Ils fonderont, près de cette ville une nouvelle capitale Le Caire, « la Victorieuse ». À la différence des autorités sunnites, les Fâtimides acceptèrent dans leur administration toutes personnes choisies selon le mérite et la compétence. Ainsi les membres des autres obédiences de l'Islâm ainsi que les Juifs et les chrétiens étaient admis aux plus hautes fonctions. L'empire continua à prospérer ; le calife Al-Hakîm fit construire au Caire la grande mosquée d’al-Hâkim, commencée sous le règne de son prédécesseur, Al-Azîz. On lui doit aussi la fondation de la Maison de la sagesse, Dâr al-Hikma, dans laquelle sera favorisée l'étude des sciences hellénistiques. juristes, médecins, astronomes, mathématiciens fréquentent son importante bibliothèque. Si l’on considère toute la période fâtimide dans son ensemble, on doit souligner que musulmans, Juifs, et chrétiens semblent avoir vécu paisiblement et ont travaillé ensemble pour le bien-être de l'empire dans tout l'Ifrîqiya. Par contre Al-Hakîm restera dans l'Histoire comme un persécuteur de Juifs et de chrétiens et comme un personnage dérangé. Aussi violemment qu'il avait vécu, il aurait disparu le 13 février 1021, lors d'une promenade nocturne sur le mont Mukattan[3]. Cinq jours après on retrouva ses vêtements lacérés de coups de poignards. Il aurait été assassiné à l'instigation de sa sœur Sitti al-Muk ou par un inconnu. Les Druzes, qui de nos jours subsistent au Liban, en Syrie, en Jordanie, et en Israël, croient à l’occultation (ghayba) d’al-Hâkim et à son caractère divin. Pour eux, al-Hâkim est le Mahdî dont on attend le retour.

À partir de 1060, le territoire des Fâtimides se réduisit jusqu'à ne plus comprendre que l'Égypte. En 1077, le royaume Quarmate disparut après leur défaite face une coalition de chefs de tribus arabes.

À la mort du dernier Calife fâtimide Al-Adîd, le 13 septembre 1171, Salâh al-dîn annexera le califat à celui de Baghdâd, le rendant ainsi au sunnisme.

L'ismaélisme réformé d'Alamut[modifier | modifier le code]

Les ismaéliens connaîtront durant le califat fatimide une nouvelle rupture en 1094, à la mort du calife Al-Mustansir Billâh qui avait transféré l'investiture de l'imamat de son fils aîné Nizar à son puiné Mostali. À sa mort, les uns donnèrent leur allégeance à Mostali, ce sont eux qui continuèrent la dawat fatimide, les autres restèrent fidèles à l'imam Nizar. Ce schisme engendrera deux groupes rivaux : les nizâriyya et les musta`liyya.

La cause de l'imam Nizar trouva alors un défenseur en la personne d'Hasan Sabbah qui organisa les fameuses commanderies ismaéliennes en Iran et en particulier la forteresse d'Alamut, dans les montagnes au sud-Ouest de la Mer Caspienne. Le 17 ramadan 559 (8 août 1164) l'imam Hasan, nouveau Grand Maître des ismaéliens nizarites proclama la Grande Résurrection (Qiyamat al-Qiyamat) devant tous les adeptes rassemblés sur la haute terrasse d'Alamut c'est-à-dire l'avènement d'un pur islam spirituel libéré de tout esprit légaliste.

Lorsque la forteresse d'Alamut fut détruite par les Mongols en 1256, l'ismaélisme réformé d'Alamut entra dans la clandestinité sous le manteau du soufisme.

Les adeptes de l'ismaélisme réformé d'Alamut, que dans l'Inde on appelle aujourd'hui Khojas reconnaissent pour chef l'Aga khan.

Articles connexes : Nizârites, Mustaliens, Bohras, Druzes et Qarmates.

Théologie[modifier | modifier le code]

Les ismaéliens professent une gnose complexe influencée par les néo-platoniciens et par diverses traditions des religions révélées. Très tôt, ils se sont distingués par leur façon très particulière de concevoir la religion. Pour eux, l’islam renferme deux principes complémentaires : l’un exotérique (zâhir) représenté par Mahomet et la sharî`a (loi religieuse), l’autre ésotérique (bâtin) transmis dans l’exégèse spirituelle de l’imam de l’époque (imam al-zamân). Seuls les imams sont dépositaires de ces connaissances (`ilm) qu’ils reçoivent directement (ta`yid) de Dieu et qui sont à l’instar de la sagesse prophétique. Les ismaéliens sont donc adeptes de l'interprétation allégorique des textes qui doit mener les croyants à la connaissance de la Vérité suprême, celle-ci se déploie graduellement par couches successives. Leur doctrine dérive du chiisme dans ses multiples facettes, mais s'en différencie par certains points.

La pierre angulaire de leur théosophie est la théorie chiite de l’imamat. Les sources ismaéliennes semblent s'accorder sur quatre imams cachés entre Ismâ`il ibn Ja`far as-Sâdiq et Ubayd Allah al-Mahdî, les noms varient quelque peu : par exemple celui qui est surnommé « al-Wafî » est tantôt le deuxième tantôt le troisième de ces imams. Les ismaéliens expliquent les discordances des sources par le fait même que ces imams devaient se cacher et employer des pseudonymes pour échapper aux poursuites des califes abbassides.

De même, aux difficultés pour préserver la sécurité ou l'intégrité des fidèles la technique de dissimulation taqiyya a été utilisée.

À Alamut, les nizârites réformeront l’ismaélisme, en abandonnant définitivement les prescriptions rituelles islamiques pour se focaliser uniquement sur le côté ésotérique de leur foi.

Les principaux penseurs ismaéliens fatimides et préfatimides[modifier | modifier le code]

Les principaux penseurs ismaéliens nizâriens[modifier | modifier le code]

L'ismaélisme aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Les ismaéliens modernes sont parfois désignés par le terme néo-ismaéliens; ils seraient plus de 15 millions vivant pour leur grande majorité en Inde, Pakistan, Syrie, Yémen. Ils se partagent en deux grandes communautés : les Bohras issus des Mustaliens et les nizârites dont le chef spirituel l’Aga Khan s’est établi en Inde. On trouve aussi en Syrie, en Jordanie, en Israel et au Liban les Druzes, membres d’une secte initiatique dérivée de l’ismaélisme fatimide.

Remarque[modifier | modifier le code]

Les disciples de l'ismaélisme sont appelés ismaéliens ou ismaīlis, à ne pas confondre avec les descendants d'Ismaël (prophète de l'islam et patriarche biblique) appelés ismaélites.


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Références[modifier | modifier le code]

  1. Zyed Krichen, La grande histoire des Chiites (Réalités, Septembre-Octobre 2006)
  2. voir le compte rendu du livre d’Arzina R. Lalani
  3. Mukattan : petit massif montagneux à quelques kilomètres l'est du Caire.

Liens externes[modifier | modifier le code]