Association des oulémas musulmans algériens

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Association des oulémas musulmans algériens
Région Drapeau de l'Algérie Algérie
Création 5 Mai 1931
Siège Alger
Langue(s) Arabe
Président Abderrazak Guessoum
Personne(s) clé(s) Abdelhamid Ben Badis
Site web http://www.oulama-dz.org

L'Association des oulémas musulmans algériens est un mouvement historique active dans la vie politique et religieuse de l'Algérie. Sur le plan religieux, ils s'inspiraient de Mohammed Abdou, imam hanéfite égyptien et de son disciple Rachid Rida, qui recommandait le retour aux préceptes religieux des théologiens syriens du XIVe siècle. Ils se sont également appuyés sur les travaux et les nombreux ouvrages de ckeikh Abdelkader El Medjaoui qui est selon le penseur Algérien Malek Bennabi et l'historien américain Alan Christellow, l'un des premiers maillons de la chaîne de oulémas qui ont initié le mouvement islahiste en Algérie dès 1877. Sur le plan politique ils ont été influencés par l'émir Chekib Arslan, et le Néo-Destour tunisien. Le mot d'ordre du mouvement était « L'islam est notre religion, l'arabe est notre langue et l'Algérie est notre pays,  »

Albelhamid Ben Badis (à gauche) et Tayeb El Oqbi (à droite)

Création[modifier | modifier le code]

Elle est créée le 5 mai 1931 et regroupa tous les oulémas d'Algérie, même maraboutique, mais l'influence réelle vient de ceux formés dans les pays du Moyen-Orient et à Tunis. Le groupe devint influent avec l'apparition de son véritable chef, le cheikh Abdelhamid Ben Badis de Constantine, lui-même disciple de Hamdène Lounissi (qui finit par quitter l'Algérie pour Mekka) et de l'Imam malékite originaire de Tlemcène cheikh Abdelkader El Medjaoui (1848 - 1914). Ben Badis est accompagné d'autres cheikhs, le cheikh El-Okbi qui a passé vingt-cinq ans au Hedjaz, à Médine et à La Mecque et le cheikh Mohamed Bachir El Ibrahimi. Le cheikh Bachir passa plusieurs années en Égypte et en Syrie.

Programme[modifier | modifier le code]

Leur programme est à la fois religieux et culturel. Au point de vue religieux, ils ont voulu ramener l'islam algérien à sa pureté originelle telle qu'ils l'imaginaient, en rejetant les rites malékites en luttant contre les superstitions et le fétichisme. Au point de vue culturel, ils se sont consacrées à restaurer la communauté islamique, en rapprochant sunnites et chiites autour du point de vue sunnite, arabophones et berbérophones, pour créer un seul bloc de musulmans algériens.

Éducation[modifier | modifier le code]

Ils dispensaient une éducation aux enfants algériens, leur méthode pédagogique est conçue, d'après Charles-André Julien, selon le canon moyen-oriental et panarabe. Ils dispensaient des cours d'enseignement de la langue arabe, des cours de vulgarisation de l'histoire nationale algérienne, de religion, de grammaire, de mathématiques, etc. Ces écoles étaient mixtes en un temps où les "écoles de la République" ne l'étaient pas. Les étudiants devaient assimiler l'esprit critique de la science contemporaine afin qu'ils puissent selon Ben Badis « assimiler tout le modernisme et toute la culture de notre époque au moyen de la langue arabe. » La plus importante école religieuse créée, fut celle de Constantine. Sous les auspices de Ben Badis, elle reçut environ trois cents enfants. Dans les écoles des grandes villes, les oulémas donnaient des cours de théologie, de philosophie, de droit, de littérature et d'histoire. Le but suprême devait être de créer à Alger une grande université, sur le modèle de la Zitouna de Tunis, qui serait un centre de rayonnement de la culture arabe.

Politique[modifier | modifier le code]

Sur le plan politique, les oulémas représentent la tendance arabo-islamique dans le mouvement national algérien dont elle constitue l'une des principales composantes. Les oulémas sont partis en croisade contre les marabouts et les zaouïas. Cette croisade avait démarré en 1914 suite à la publication, par cheikh Abdelkader El Medjaoui de son ouvrage "Elloumm' fi nothom el bidè'", ouvrage inspiré d'une poésie du moufti malékite de Constantine Mouloud Ben El Mouhoub. À cette époque, deux clans se sont affrontés par le biais de la presse: d'une part, les détracteurs de cheikh El Medjaoui et d'autre part, ceux qui le soutenaient dans les réflexions développées dans cet ouvrage. Après la création de l'association, le mouvement pratiquait peu d'alliance avec les partis politiques algériens, et comme pour le Destour et l'Action marocaine, ils ne manquaient jamais de rappeler l'individualité de l'Algérie qu'on ne peut confondre avec la France. Les mesures d'assimilations sont rejetées par les oulémas, Ben Badis exprima sa vision de la nation algérienne en 1936, dans le quotidien Al-Chihâb (Le Météore) :

« Nous avons cherché dans l'histoire et dans le présent et nous avons constaté que la nation algérienne musulmane s'est formée et existe, comme se sont formées toutes les nations de la terre. Cette nation a son histoire illustrée par les plus hauts faits ; elle a son unité religieuse et linguistique ; elle a sa culture, ses traditions et ses caractéristiques, bonnes ou mauvaises comme c'est le cas de toute nation sur terre. Nous disons ensuite que cette nation algérienne n'est pas la France, ne peut être la France et ne veut pas être la France. Il est impossible qu'elle soit la France, même si elle veut l'assimilation. Elle a son territoire déterminé qui est l'Algérie avec ses limites actuelles[1]. »

Ibn Badis dans son texte dont le titre est: mon opinion au sujet de Mustafa Kemal Atatürk et de sa révolution kémaliste[2] soutient la laïcité et la révolution, contre le khalifisme. Ibn Badis et Messali Hadj étaient en désaccord politiquement, car Messali est plus proche de Kamal à cause de la lutte anti-impéréaliste et les relations avec la Russie. Messali devient conservateur sous prétexte de ne pas laisser aux Oulémas le monopole de la religion[3].

Relations avec la France[modifier | modifier le code]

Le Conseil d'administration de l'association (fin des années 1950), (de gauche à droite, assis): Naïmi Naïm, Cheikh Abbas Bencheikh el Hocine, Ahmed Taoufik El Madani, Larbi Tebessi, Mohamed Bachir El Ibrahimi, Mohamed Khireddine, Abdellatif Soultani, Ahmed Bouchmel. (debout): inconnu, inconnu, Baaziz Benomar, Ahmed Hammani, Aboubakr Laghouati, Djilali El Farissi, Abdelkader El Maghribi, Ahmed Sahnoune, Hamza Boukoucha, inconnu

Les oulémas prenaient une place de plus en plus importante dans la vie politique et religieuse algérienne, ce qui inquiétait au plus haut point les autorités françaises[4]. Leur enseignement sapait celui des madrasas et des principales mosquées dirigées par des professeurs recrutés par le ministère des Affaires indigènes. Leur enseignement religieux menaçait les moqaddems des confréries soufies, les cheikhs des zaouïas maraboutiques et plus généralement les fonctionnaires du culte et de la justice (imams, muftis et cadis).

Pour mettre fin à tout ça, le gouvernement décide en 1930 d'instituer dans chaque département, des comités consultatifs du culte. La circulaire Michel ordonne aux autorités locales de surveiller de très près les communistes et les oulémas. Par cette circulaire, les oulémas ne peuvent plus prêcher dans les mosquées, mais ceci ne diminuera pas le prestige des oulémas. Cette interdiction de prêche s'adressait surtout au cheikh El-Okbi qui bénéficiait d'un grand prestige.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Charles-André Julien, L'Afrique du Nord en marche, p.104
  2. (ar) texte d'Ibn Badis
  3. L'Algérie en crise: crise économique et changements politiques Par Abderrahim Lamchichi, p 74
  4. Littérature et histoire coloniale: actes du colloque de Nantes, 6 décembre 2003 Par Jacques Weber. Publié par Indes savantes, 2005. ISBN 2-84654-087-X. Page267


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Site du Jeune musulman journal francophone de l'Association des oulémas musulmans algériens.