Je vous ai compris

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Alger, le 4 juin 1958. Il est 19h. Au balcon du siège du gouvernement général de l'Algérie, tendu de tricolore, le général de Gaulle vient de prononcer la fameuse phrase historique à la foule algéroise « Je vous ai compris… » Aux côtés du général se tiennent le général Salan à sa droite et Jacques Soustelle à gauche.

« Je vous ai compris » est la phrase-clé du discours du 4 juin 1958 de Charles de Gaulle à Alger, depuis le balcon du Gouvernement général, devant la foule réunie sur la place du Forum.

Contexte[modifier | modifier le code]

Les troubles d'Algérie étaient devenus guerre d'Algérie en 1957 et 1958, même si la France refusait de l'appeler ainsi à l'époque. La crise est suffisamment grave pour que non seulement Pierre Pflimlin démissionne pour remettre ses pouvoirs à Charles de Gaulle, dont le gouvernement entre en fonction le 1er juin 1958, mais aussi pour que de Gaulle obtienne les pleins pouvoirs dès le 2 juin. De Gaulle ayant été appelé au pouvoir par le comité de salut public d'Alger.

À ce moment-là, les différents groupes ne savent pas vraiment à quoi s'attendre de sa part.

Interprétation de la phrase[modifier | modifier le code]

Sur le coup, le discours donne un fort sentiment de soutien à tous ses auditeurs musulmans européens et juifs qui ont fraternisé. Il provoque une explosion de joie. Clairement, les Pieds-Noirs le prennent pour eux, et pensent avoir le soutien du nouveau Président du Conseil.

Plus tard, certains historiens soulignent que la phrase était si ambiguë que c'est clairement volontaire : il s'agit d'une phrase qui typiquement vise à rassurer tout le monde sans prendre position[1].

L'interprétation de soutien à l'Algérie française dominait dans les esprits à l'époque, en particulier à cause du « Vive l'Algérie française ! » du même de Gaulle deux jours plus tard à Mostaganem.

Ressentiment[modifier | modifier le code]

Le « Je vous ai compris » est resté un souvenir au moins aussi marquant que le « Vive l'Algérie française ! » pour les Pieds-Noirs. À cause de ces phrases, l'acceptation de l'autodétermination pour les habitants de l'Algérie par de Gaulle, donne un sentiment de trahison.

À cause de cette accusation de trahison, de Gaulle est après les accords de paix haï par les partisans de l'Algérie française. Leurs terroristes, l'OAS, organiseront par la suite l'attentat du Petit-Clamart contre lui.

La distance entre le sentiment des Pieds-Noirs sur la phrase à l'époque et les accords acceptés par de Gaulle fait dire à l'humoriste Pierre Desproges que le message réel aux Pieds-Noirs était « Je vous hais, compris ? »[2].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Baumel et François Delpla, « De Gaulle : "Je vous ai compris", le mythe de la duplicité du Général envers les Pieds-Noirs », dans Un tragique malentendu : De Gaulle et l'Algérie, Plon, 2006, 250 p. (ISBN 2-259-20412-0).
  2. Pierre Desproges, Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, Éditions du Seuil, février 1985.