Hominidae

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Les hominidés (dont le nom de taxon en latin est Hominidae) sont une famille de primates regroupant les espèces animales telles que les bonobos, chimpanzés, gorilles (de l'est et de l'ouest), humains et orang-outans[1],[2],[3]. S'y trouve également un certain nombre d'espèces éteintes, ancêtres ou non de la lignée humaine.

Cette famille admet pour groupe frère les hylobatidés, des singes sans queue, pouvant être appelés gibbons. Ensemble, tous ces primates forment la superfamille des hominoïdés. À l'exclusion de l'Homme, ces primates, qui, de nos jours, sont appelés hominoïdés, étaient autrefois appelés grands singes, mais le terme est de nos jours désuet car paraphylétique (l'Homme en étant exclu).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « hominidés » est plutôt issu des disciplines liée à l'histoire, plus précisément l'étude de la préhistoire et la paléontologie, où l'on tente de reconstruire l'origine et l'arbre évolutif de l'Homo sapiens : on recherche, à partir de l'étude des fossiles, les ancêtres et les espèces cousines disparues de l'homme actuel.

L'expression « grands singes » vient plutôt des disciplines telles que la primatologie et l'éthologie, qui étudient le comportement des animaux dans la nature. C'est, au départ, un concept formé pour isoler certaines espèces au sein du groupe des singes, qui est polyphylétique, car il opère une séparation arbitraire en considérant certains simiens et en rejetant d'autres tels que l'homme, ce dernier étant retiré artificiellement pour des raisons philosophiques clairement anthropocentriques. On a donc défini le concept de « grand singe » à partir du concept de singe, toujours sans y inclure l'homme. Il s'agissait donc, à l'origine, de ne considérer que les gorilles, les orangs-outans, les chimpanzés (le bonobo n'étant pas identifié en tant qu'espèce, à l'époque), ainsi que leur ancêtres.

Plus tard, il a bien fallu se rendre à l'évidence du caractère paraphylétique de cette définition dans la classification phylogénétique, c'est-à-dire du caractère arbitraire de l'absence de l'homme, notamment à cause des problèmes de l'évidence d'un ancêtre commun et de la classification des lignées intermédiaires ou éteintes. De même, la découverte des fossiles d'Orrorin, de Toumaï et d'Ardi, ayant des caractéristiques proches de l'ancêtre commun (au point que Toumaï a pu être considéré par Yves Coppens comme un ancêtre possible des gorilles), ont amené les préhistoriens et paléontologues à s'intéresser aux espèces actuelles de grands singes.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Anatomie[modifier | modifier le code]

Squelettes d'homme et de gorille

La masse des adultes est généralement comprise entre 50 et 250 kg ; la taille est grande, la musculature robuste avec des membres supérieurs puissants, ce dernier point trouvant son origine évolutive dans le déplacement par brachiation et la suspension arboricole. Toutefois, le gorille et l'être humain n'utilisent plus ce mode de déplacement.

La marche est bipède, quoique non permanente, sauf pour les espèces du genre Homo ; les grands singes africains l'utilisent peu (sur quelques mètres seulement), et pratiquent généralement une forme de quadrupédie spéciale, dite « marche sur les phalanges » (soit la locomotion sur les articulations : le knuckle-walking en anglais). Celle-ci n'est pas un caractère ancestral, mais un caractère dérivé, plus récent que le caractère ancestral, qui est la bipédie. D'ailleurs le knuckle-walking n'a rien à voir avec une quadrupédie classique, puisque les deux mains avant sont refermées, le contact avec le sol se faisant par le côté externe des mains (au niveau des phalanges), et non par la paume comme les plantigrades.

La face est prognathe et le cerveau particulièrement développé, comparé aux autres primates.

Capacités cognitives[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Test du miroir.

Du fait de leur capacités cognitives importantes et de leur proximité avec l'homme, les grands singes actuels sont étudiés avec intérêt en primatologie et en éthologie cognitive.

La principale de leurs caractéristiques est leur comportement social très complexe, avec des interactions très importantes entre individus du même groupe et une grande expressivité faciale permettant de manifester leurs émotions. Tous sont capables de communiquer de façon efficace, et tous sont capables, avec une éducation appropriée, d'apprendre un langage rudimentaire et de manipuler des concepts abstraits[4]. Les hominidés font également partie des rares animaux à avoir conscience d'eux-mêmes (ils se reconnaissent dans un miroir, contrairement au chat, par exemple)[5].

Régime alimentaire[modifier | modifier le code]

Le régime alimentaire des hominidés varie d'une espèce à l'autre : il peut être omnivore constitué de fruits, graines herbacées et de viande provenant à la fois d'invertébrés (comme les termites que pêchent les chimpanzés) et de petits vertébrés (dont d'autres singes plus petits, comme les colobes chassés par les chimpanzés). Les gorilles et orang-outans sont, eux, exclusivement herbivores.

Classification[modifier | modifier le code]

Cladogramme[modifier | modifier le code]


Évolution de la classification[modifier | modifier le code]


Dans les classifications anciennes[6], la famille des Hominidae ne comprenait que le genre Homo, les grands singes étant regroupés dans la famille des Pongidae.
Hominoidea-2-fr.svg

La compréhension de la phylogénie a conduit à corriger cette classification[1] : tous les grands primates (dont les humains) ont été regroupés dans la famille des Hominidae, qui admet pour groupe frère les Hylobatidae ou gibbons.
Hominoidea-6-fr.svg

Classification phylogénétique[modifier | modifier le code]

La classification phylogénétique permet donc aujourd'hui de structurer, de façon précise, la famille des hominidés. Cette famille se décompose en deux sous-familles :

La sous-famille des Homininés se décompose en deux tribus :

La tribu des Hominini se décompose en deux sous-tribu :

Le regroupement des Hominidés et des Hylobatidés[7] forme la super-famille des Hominoïdés.

Au-delà, le regroupement de la super-famille des Hominoïdés avec celle des Cercopithécoïdés forme le groupe zoologique des Catarhiniens (« singes du Vieux-Monde »).

Le regroupement du groupe zoologique des Catarhiniens avec celui des Platyrhiniens (« singes du Nouveau-Monde ») forme l'infra-ordre des Simiiformes (Singes).

Liste des hominidés[modifier | modifier le code]

Bonobo ou Pan paniscus.
David de Michel-Ange, représentation artistique d'un Homo sapiens.

Certains auteurs plaident pour le regroupement de l'ensemble des Hominini sous le genre Homo[9].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Principaux sites de découverte d'hominidés fossiles.

(australopithèques, ...) :

Tchad (TD) :
•  TD-1 – Bahr el-Ghazal
•  TD-2 – Djourab
Éthiopie (ET) :
•  ET-1 – Hadar
•  ET-2 – Herto
•  ET-3 – Omo
Kenya (KE) :
•  KE-1 – Lac Turkana
Tanzanie(TZ) :
•  TZ-1 – Olduvai
•  TZ-2 – Laetoli
Afrique du Sud (ZA) :
•  ZA-1 – Sterkfontein
•  ZA-2 – Swartkrans
•  ZA-3 – Kromdraai
•  ZA-4 – Taung (de)

Même si l'être humain s'est répandu sur toute la surface du globe terrestre, les autres grands singes vivent dans des zones beaucoup plus circonscrites. Les chimpanzés se retrouvent uniquement en Afrique équatoriale, de même que les gorilles, d'où le nom donné à ces deux groupes de grands singes africains. Les orang-outans ne vivent qu'en Asie, dans les forêts de Malaisie et d'Indonésie, d'où leur appellation de grands singes asiatiques.

Selon les données actuelles, la famille des hominidés serait originaire d'Afrique[10]. La découverte en Catalogne d'un fossile hominidé Pierolapithecus catalaunicus daté de 13 millions d'années indique que leur dispersion pourrait avoir été plus grande ou très ancienne.

Protection[modifier | modifier le code]

En 2006, la plupart des espèces actuelles de grands singes, sauf l'homme, sont menacées. Outre la chasse pour la viande et les trophées, la capture pour l'exportation, les grands singes sont surtout menacés par la destruction de leur habitat naturel (notamment les forêts tropicales). Le Programme des Nations unies pour l'environnement et l'UNESCO ont lancé en 2001, le Great Apes Survival Project afin de protéger ces espèces en impliquant les populations locales. Fondé en 1977, par le Dr. Goodall, l’Institut Jane Goodall protège les chimpanzés sauvages, gère des réserves naturelles et a créé des refuges en Afrique pour protéger nos plus proches cousins. Ces refuges accueillent majoritairement des orphelins dont les mères ont été victimes de la chasse. Sans les refuges de l'Institut, ils seraient condamnés.

Le débat sur les droits des grands singes a évolué sur la fin du XXe siècle. Deux chercheurs américains, Peter Singer et Paola Cavalieri, ont présenté une « déclaration sur les grands singes anthropoïdes » en 1993 qui revendique en leur nom le droit à la vie, la protection de la liberté individuelle et la prohibition de la torture. La Nouvelle-Zélande est le premier pays à l'avoir adopté en 1999 avec une loi leur reconnaissant ces trois droits fondamentaux. L'Espagne s'apprête à adopter une règlementation similaire[11]. Cette reconnaissance, du fait qu'elle implique de facto la création d'une échelle de valeur animale, est contestée par certains scientifiques[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Shoshani J, Groves CP, Simons EL & Gunnell GF., 1996. Primate phylogeny: morphological vs. molecular results. Mol Phyl. Evol., 5(1):102-54.
  2. Référence ITIS : Hominidea Gray, 1825 (fr) (+ version anglaise (en))
  3. Colin Groves (2005-11-16). in Wilson, D. E., Reeder, D. M. (eds): Mammal Species of the World, 3ème édition, Johns Hopkins University Press, 181-184. (ISBN 0-801-88221-4).
  4. Picq, P. et Coppens, Y. (dir.), 2001, Aux origines de l'humanité, vol. 2, Le propre de l'homme, Paris, Fayard (ISBN 2-213-60370-7)
  5. Gallup GG Jr, Chimpanzees: self-recognition, Science 1970;167:86–87.
  6. Simpson G.G., 1961. Principles of animal taxonomy. Columbia University Press, New-York.
  7. quatre genres : le genre Hylobates, à 44 chromosomes, qui comprend les espèces de gibbons, le genre Hoolock, à 38 chromosomes, le genre Nomascus, à 52 chromosomes, et le genre Symphalangus, à 50 chromosomes
  8. L'adoption de la station érigée a été mise en avant lors de la définition de l'espèce en 1894 sous le nom de Pithecanthropus erectus, mais des hominines bipèdes beaucoup plus anciens ont été découverts par la suite.
  9. Morris Goodman, Calvin A. Porter, John Czelusniak, Scott L. Page, Horacio Schneider, Jeheskel Shoshani, Gregg Gunnell et Colin P. Groves (1998) « Toward a Phylogenetic Classification of Primates Based on DNA Evidence Complemented by Fossil Evidence », Molecular Phylogenetics and Evolution, 9 (3), pp. 585–598
  10. Aux origines de l’Humanité, De l’apparition de la vie à l’Homme moderne, sous la direction d'Yves Coppens et Pascal Picq, éd. Fayard, 2001.
  11. Le Figaro Sciences, 18 mai 2007, « Les Droits de l'homme pour 2 chimpanzés »
  12. Le Temps, Société, « Le chimpanzé, un homme comme un autre ? »

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aux origines de l’Humanité, De l’apparition de la vie à l’Homme moderne, sous la direction d'Yves Coppens et Pascal Picq, éd. Fayard, 2001.
  • Aux origines de l’Humanité, Le propre de l’homme, sous la direction de Pascal Picq et Yves Coppens, éd. Fayard, 2001.