Khayr ad-Din Barberousse

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Khayr ad-Din Barberousse
Gouverneur de la Régence d'Alger
Image illustrative de l'article Khayr ad-Din Barberousse
Portrait de Barberousse
Biographie
Nom de naissance Khizir Khayr ad-Dîn
Surnom Barberousse
Nom arabe خير الدين
Nom turc Barbaros Hızır Hayreddin Paşa
Date de naissance Vers 1478
Lieu de naissance Île de Lesbos (Mytilène)
Date de décès 4 juillet 1546
Fonctions
Titre Beylerbey de la Régence d'Alger
Règne 1518 - 1533
Prédécesseur Arudj Barberousse
Successeur Hassan Agha

Titre Capitan pacha
Règne 1533 - 1546

Khizir Khayr ad-Dîn (turc : Barbaros Hızır Hayreddin Paşa, arabe : خير الدين Khayr ad-dīn[1],[2], bienfait de la religion) dit Barberousse, fut un grand marin de l'Empire ottoman, ayant occupé les postes de beylerbey (gouverneur-général) de la régence d'Alger et de kapudan pacha (grand amiral).

Né vers 1478 dans l'île de Lesbos, mort le 4 juillet 1546[3], il était le frère cadet d'un autre célèbre corsaire, Arudj Reïs.

Biographie[modifier | modifier le code]

Yacoub Reïs, potier de Mytilène, et son épouse Katalina, eurent quatre fils : Arudj (Oruç), Eliah, Isaak et Khizir. Eliah mourut précocement, les deux derniers étaient potiers comme leur père, et Arudj marin, corsaire sur des navires turcs. Les origines de la famille sont pour le père albanaises et la mère, ancienne veuve d'un prêtre grec, était d'origine catalane. À sa mort, ses fils Khizir et Isaak vont rejoindre leur frère Arudj en piraterie sous la bannière du croissant. Ils se feront désormais appeler Khayr ad-Din et Ishaq. Sous le commandement de leur aîné, ils vont convoyer des musulmans et des sépharades fuyant la pression de l'inquisition espagnole et les conversions de force décrétées par Isabelle la Catholique en 1492, de l'Andalousie vers l'Empire ottoman (fin de la Reconquista) où le sultan Bayezid II leur a donné refuge. Cela leur confèrera un grand prestige auprès des juifs et des musulmans, et ce fut à cette période qu'ils acquirent le surnom de « Barberousse ». Les trois frères vont sillonner la Méditerranée s'adonnant à la « Course » contre les navires chrétiens avec pour ports d'attache Tunis, Djerba, Jijel et Alger, où Arudj, usant de ruse et de cruauté, se fit bey de la cité.

Berlerbey (pacha) d'Alger[modifier | modifier le code]

Khayr ad-Din s'était vu confier l'autorité sur Alger durant la période où Arudj allait à la conquête de l'Ouest algérien. À la mort de son frère, il fut proclamé bey d'Alger par les corsaires et les soldats. Craignant une attaque des Espagnols, il fit allégeance à l'Empire ottoman, dont le sultan Sélim Ier lui envoya une troupe de 2 000 janissaires munie d'artillerie et 4 000 fantassins turcs.

Entre-temps il dut juguler une révolte des Algériens et faire face à un nouvel assaut espagnol. Le 17 août 1518, Hugo de Moncade, Chevalier de Malte, mandaté par Charles Quint, se présenta devant Alger avec trente vaisseaux, huit galères et quelques brigantins, soit plus de 5 000 hommes. Moncade subit un orage terrible, fut défait sévèrement et ne dut son salut qu'à la fuite avec quelques rescapés.

Barberousse sera néanmoins vaincu, mais par une armée de Hafsides alliée à Sidi Ahmed ou el Kadhi, l'émir de Koukou. Il cédera Alger à son ennemi (berbère) et se repliera sur Jijel, plaque tournante de la piraterie barbaresque en Méditerranée. Il revint à sa carrière de moudjahid pour reconstituer ses finances (1520-1525).

Il reprit ses conquêtes dès qu'il le put. Il s'empara de Collo en 1520, de Constantine en 1521, puis d'Annaba (Bône) en 1522, tout en s'adonnant à la « Course » une à deux fois par an, accroissant sa flotte et ses richesses. Enfin il reprit Alger, où les tribus kabyles qui l'en avaient chassé s'étaient rendus impopulaires (1525). Il réprima brutalement toute tentative de soulèvement mais la forteresse espagnole du Peñon menaçait toujours la ville.

En 1526, il subit un échec cuisant face à la flotte de Andrea Doria, alors chef de la flotte pontificale, qui attaque avec succès une partie de sa flotte aux abords de Piombino. Plusieurs centaines d'hommes de Barberousse sont alors faits prisonniers[4].

En 1529, Barberousse entreprit le siège du Peñon. Après deux semaines d'intensifs bombardements d'artillerie, les Ottomans prirent le fort d'assaut par mer et de nuit. Le commandant Martin de Vargas se rendit. 90 soldats espagnols, 25 femmes et enfants furent faits esclaves. Barberousse fit raser la forteresse et employa les pierres pour la construction d'un môle, de 200 m de long et 25 m de large, reliant les îlots à la cité, créant ainsi le port d'Alger. Acte de fondation de la Régence d'Alger. La flotte barbaresque en fit son refuge habituel dans cette partie de la Méditerranée.

En 1531, son grand rival l'amiral gênois Andréa Doria, au service de l'Espagne, se rend à Cherchell, surprenant Ali Caraman, lieutenant de Barberousse, il l'oblige à détruire la majeure part de ses navires pour éviter qu'ils soient pris et libère plusieurs centaines d'esclaves[5], mais subit par la suite une défaite au cours de laquelle 300 Espagnols furent tués ou faits prisonniers[6]. Barberousse poursuivit la flotte espagnole en déroute et ravagea au passage les côtes italiennes et la Provence.

En 1533, Barberousse fut convoqué à Constantinople par Soliman qui le nomma Grand Amiral de la flotte ottomane et l'investit des titres de Pacha et de Beylerbey. Alger, maintenant pachalık ottoman, restera sous la garde de son eunuque Hassan Ağa.

C'est investi du titre de beylerbey qu'il préparera la campagne contre Tunis ; Khayr ad-Din cherchant à punir le sultan hafside et à annexer des territoires pour le compte de la Sublime Porte. Il attaqua la Tunisie et profita des dissensions des Hafsides pour entrer dans Tunis (août 1534). Il proclama la déchéance des Hafsides et installa une garnison à Kairouan.

Les Espagnols, aidés par les Tunisiens inquiets de ces succès, furent appelés au secours par le sultan hafside détrôné, Abû `Abd Allâh Muhammad al-Hasan. Charles Quint prit lui-même la tête d'une expédition de 412 bâtiments et 27 000 hommes. Il reprit Halq al-Wadi (Halk el-Oued ou La Goulette), port de Tunis (14 juillet 1535), puis Tunis même avec l'aide des habitants. Les Espagnols massacrèrent le tiers de la population de la ville pendant trois jours, avec l'accord du roi hafside. Barberousse avait alors fui le champ de bataille pour échapper aux troupes impériales victorieuses et s'était réfugié à Bône[7]. Revenant à son activité de corsaire, il prit Mahón (capitale de l'île de Minorque, dans l'archipel des Baléares), où il fit 6 000 prisonniers et un énorme butin (1536).

Après ce raid, il quitta définitivement Alger pour poursuivre sa carrière en Méditerranée au service de l'Empire ottoman. Il laissa son fils adoptif Hassan Agha diriger Alger avec le reste de la garnison ottomane. Plus tard Hassan Agha sera destitué et Hassan Pacha son demi-frère prendra sa place.

Pacha à Constantinople[modifier | modifier le code]

Khayr ad-Din Barberousse

À Constantinople, Barberousse va réorganiser la flotte ottomane ; les mémorialistes turcs le considèrent comme le père de la Marine ottomane. Kheyr ad-Din devait faire des descendants des nomades asiatiques une des premières puissances navales et placer le prestige maritime de l'empire sur un piédestal où nul ne l'attendrait au cours du règne de Soliman écrivit l'historien Jean-Louis Belachemi.

Amiral de la flotte ottomane, Kheyr ad-Din dirigea plusieurs campagnes contre les Occidentaux.

En 1534, il effectua plusieurs raids le long de la côte italienne. Un des épisodes les plus rocambolesques de cette campagne est certainement la tentative de rapt sur la personne de Giulia Gonzaga (1513-1566), une jeune noble dont la réputation d'être « la plus belle femme d'Italie » avait dépassé les frontières de son pays. Veuve très jeune du comte Vespasiano Colonna, Giulia avait refusé de se remarier et fait de son château de Fondi un lieu de culture prisé de ses contemporains. Le rapt de Giulia Gonzaga fut commandé à Kheyr ad-Din par le grand vizir Ibrahim qui voyait en elle le moyen d'évincer du cœur de Soliman sa favorite Roxelane, dont l'habileté politique en faisait une rivale exécrée. La ville de Fondi n'étant pas située sur la côte, Kheyr ad-Din débarqua de nuit plusieurs milliers de janissaires chargés de capturer la belle. Celle-ci échappa de justesse à ses ravisseurs, fuyant à cheval en pleine nuit avec l'aide de son écuyer. De dépit, Kheyr ad-Din fit massacrer la population de Fondi.

En 1537, il mena à nouveau une razzia sur la côte italienne, les îles Ioniennes et fut mis en échec en assiégeant Corfou (en).

L'année suivante, la guerre fut déclarée entre le Sultan et les Vénitiens alliés au pape Paul III et à Charles Quint. Les Alliés de la Sainte Ligue réunirent une armada sous le commandement d'Andréa Doria qui se porta au-devant de Barberousse à la bataille de Prévéza. La rencontre se solde par un succès ottoman qui a eu des conséquences importantes, non pas en raison des pertes militaires du côté chrétien qui furent très minimes, puisque l'amiral Doria s'est contenté de battre en retraite sans engager le combat, mais en raison du fait qu'il élimine l'idée d'une alliance entre les puissances chrétiennes contre les turcs, Venise se retirant de la coalition des flottes occidentales[8]. En conséquence, cette bataille marque le début de la prédominance navale des turcs en méditerranée qui prendra fin à Lépante en 1571[9].

En 1539, il s'empara de Castelnuovo en Dalmatie, tuant 400 mercenaires espagnols en garnison. Cette expédition força les Vénitiens à demander la paix.

En 1543. François Ier créa la première ambassade européenne à Istanbul et demanda au sultan d'envoyer sa flotte contre l'empereur Charles Quint. Barberousse sortit pour la quatrième fois avec cent galères, pillant et saccageant la Calabre. François Ier s'allia par la suite avec Barberousse à plusieurs reprises. Puis le corsaire turc assiégea Nice qui préféra se rendre aux Français. Accompagné de la flotte française sous le commandement de Paulin, baron de la garde, il ravagea les côtés italiennes en 1544. Jérômes Maurand, prêtre d'Antibes, aumônier des galères de France, a laissé une longue narration des exactions commises par les turcs à cette occasion. Il raconte notamment comment, à la suite de la prise de Lipari au large de la Sicile, des janissaires trouvèrent un certain nombre de vieillards, d'hommes et de femmes réfugiés dans la cathédrale. Selon lui, "Ils les prirent, les dépouillèrent tout nus et les ouvrirent vivants ; et ils ne faisaient cela que pour prendre le fiel. Comme nous leur demandions pourquoi ils usaient de si grandes cruautés, ils nous répondirent que ce fiel avait une très grande vertu. Nous n'en obtînmes rien d'autre[10]." Mais selon l'historien Jacques Heers, le bilan politique et militaire de ces opérations pour les ottomans demeurait médiocre : "de riches prises mais ni victoire retentissante ni conquête territoriale. Tunis restait aux mains des Espagnols[11]."

Tombe de Barberousse

Au crépuscule de sa vie il fit bâtir une mosquée à Istanbul à côté de laquelle il édifia un mausolée funéraire[12] qui existe toujours dans le quartier de Beşiktaş. Il meurt le 4 juillet 1546.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Trancription ALA-LC 1997
  2. ou Chair ad Din, diminutif : Chaireddin, voire Cheireddin
  3. Gallotta, A. " K̲h̲ayr al-Dīn (k̲h̲i̊ḍi̊r) Pas̲h̲a." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online , 2012. Reference. 25 April 2012 <http://referenceworks.brillonline.com.janus.biu.sorbonne.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/khayr-al-din-khidir-pasha-SIM_4258>
  4. Antoine-Marie Graziani, Andrea Doria, Paris, Tallandier, 2008, p. 94.
  5. Jacques Heers, Les barbaresques, Paris, Perrin, 2001, p. 76.
  6. Antoine-Marie Graziani, Andrea Doria, Paris, Tallandier, 2008, p. 160-161.
  7. Jacques Heers, Les barbaresques, Paris, Perrin, 2001, p. 80.
  8. Antoine-Marie Graziani, Andrea Doria, Paris, Tallandier, 2008, pp. 184-187.
  9. Salvatore Bono, Les corsaires en Méditerranée, Paris, Paris-Méditerranée, 1998, p. 22.
  10. Jacques Heers, Les barbaresques, Paris, Perrin, 2001, p. 102.
  11. Jacques Heers, Les barbaresques, Paris, Perrin, 2001, p. 106.
  12. Les militaires de la marine de guerre turque le saluent encore aujourd'hui lorsqu'ils passent devant lui.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]