Khayr ad-Din Barberousse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barberousse.
Khayr ad-Din Barberousse
Gouverneur de la Régence d'Alger
Image illustrative de l'article Khayr ad-Din Barberousse
Portrait de Barberousse
Biographie
Nom de naissance Khizir Khayr ad-Dîn
Surnom Barberousse
Nom arabe خير الدين
Nom turc Barbaros Hızır Hayreddin Paşa
Date de naissance Vers 1478
Lieu de naissance Île de Lesbos (Mytilène)
Date de décès 4 juillet 1546
Fonctions
Titre Beylerbey de la Régence d'Alger
Règne 1518 - 1533
Prédécesseur Arudj Barberousse
Successeur Hassan Agha

Titre Capitan pacha
Règne 1533 - 1546

Khizir Khayr ad-Dîn (turc : Barbaros Hızır Hayreddin Paşa, arabe : خير الدين Khayr ad-dīn[1][2], bienfait de la religion) dit Barberousse, fut un grand marin de l'Empire ottoman, ayant occupé les postes de beylerbey (gouverneur-général) de la régence d'Alger et de kapudan pacha (grand amiral).

Né vers 1478 dans l'île de Lesbos, mort le 4 juillet 1546[3], il était le frère cadet d'un autre célèbre corsaire, Arudj Reïs.

Sommaire

Biographie [modifier]

Yacoub Reïs, potier de Mytilène, et son épouse Katalina, eurent quatre fils : Arudj (Oruç), Eliah, Isaak et Khizir. Eliah mourut précocement, les deux derniers étaient potiers comme leur père, et Arudj marin, corsaire sur des navires turcs. Les origines de la famille sont pour le père albanaises et la mère, ancienne veuve d'un prêtre grec, était d'origine catalane. À sa mort, ses fils Khizir et Isaak vont rejoindre leur frère Arudj en piraterie sous la bannière du croissant. Ils se feront désormais appeler Khayr ad-Din et Ishaq. Sous le commandement de leur aîné, ils vont convoyer des musulmans et des sépharades fuyant la pression de l'inquisition espagnole et les conversions de force décrétées par Isabelle la Catholique en 1492, de l'Andalousie vers l'Empire ottoman (fin de la Reconquista) où le sultan Bayezid II leur a donné refuge. Cela leur confèrera un grand prestige auprès des juifs et des musulmans, et ce fut à cette période qu'ils acquirent le surnom de « Barberousse ». Les trois frères vont sillonner la Méditerranée s'adonnant à la « Course » contre les navires chrétiens avec pour ports d'attache Tunis, Djerba, Jijel et Alger, où Arudj, usant de ruse et de cruauté, se fit bey de la cité.

Berlerbey (pacha) d'Alger [modifier]

Khayr ad-Din s'était vu confier l'autorité sur Alger durant la période où Arudj allait à la conquête de l'Ouest algérien. À la mort de son frère, il fut proclamé bey d'Alger par les corsaires et les soldats. Craignant une attaque des Espagnols, il fit allégeance à l'Empire ottoman, dont le sultan Sélim Ier lui envoya une troupe de 2 000 janissaires munie d'artillerie et 4 000 fantassins turcs.

Entre temps il dut juguler une révolte des Algériens et faire face à un nouvel assaut espagnol. Le 17 août 1518, Hugo de Moncade, Chevalier de Malte, mandaté par Charles Quint, se présenta devant Alger avec trente vaisseaux, huit galères et quelques brigantins, soit plus de 5 000 hommes. Moncade subit un orage terrible, fut défait sévèrement et ne dut son salut qu'à la fuite avec quelques rescapés.

Barberousse sera néanmoins vaincu, mais par une armée de Hafsides alliée à Sidi Ahmed ou el Kadhi, l'émir de Koukou. Il cédera Alger à son ennemi (berbère) et se repliera sur Jijel, plaque tournante de la piraterie barbaresque en Méditerranée. Il revint à sa carrière de moudjahid pour reconstituer ses finances (1520-1525).

Il reprit ses conquêtes dès qu'il le put. Il s'empara de Collo en 1520, de Constantine en 1521) puis d'Annaba (Bône) en 1522, tout en s'adonnant à la « Course » une à deux fois par an, accroissant sa flotte et ses richesses. Enfin il reprit Alger, où les tribus kabyles qui l'en avaient chassé s'étaient rendus impopulaires (1525). Il réprima brutalement toute tentative de soulèvement mais la forteresse espagnole du Peñon menaçait toujours la ville.

En 1529, Barberousse entreprit le siège du Peñon. Après deux semaines d'intensifs bombardements d'artillerie, les Ottomans prirent le fort d'assaut par mer et de nuit. Le commandant Martin de Vargas se rendit. 90 soldats espagnols, 25 femmes et enfants furent faits esclaves. Barberousse fit raser la forteresse et employa les pierres pour la construction d'un môle, de 200 m de long et 25 m de large, reliant les îlots à la cité, créant ainsi le port d'Alger. Acte de fondation de la Régence d'Alger. La flotte barbaresque en fit son refuge habituel dans cette partie de la Méditerranée.

En 1531 l'amiral gênois Andréa Doria, au service de l'Espagne, se fit fort de le vaincre à Cherchell mais subit une défaite au cours de laquelle 400 Espagnols furent tués. Barberousse poursuivit la flotte espagnole en déroute et ravagea au passage les côtes italiennes et la Provence.

En 1533, Barberousse fut convoqué à Constantinople par Soliman qui le nomma Grand Amiral de la flotte ottomane et l'investit des titres de Pacha et de Beylerbey. Alger, maintenant pachalık ottoman, restera sous la garde de son eunuque Hassan Ağa.

C'est investi du titre de beylerbey qu'il préparera la campagne contre Tunis ; Khayr ad-Din cherchant à punir le sultan hafside et à annexer des territoires pour le compte de la Sublime Porte. Il attaqua la Tunisie et profita des dissensions des Hafsides pour entrer dans Tunis (août 1534). Il proclama la déchéance des Hafsides et installa une garnison à Kairouan.

Les Espagnols, aidés par les Tunisiens inquiets de ces succès, furent appelés au secours par le sultan hafside détrôné, Abû `Abd Allâh Muhammad al-Hasan. Charles Quint prit lui-même la tête d'une expédition de 412 bâtiments et 27 000 hommes. Il reprit Halq al-Wadi (Halk el-Oued ou La Goulette), port de Tunis (14 juillet 1535), puis Tunis même avec l'aide des habitants. Les Espagnols massacrèrent le tiers de la population de la ville pendant trois jours, avec l'accord du roi hafside. Barberousse combattit jusqu'à la dernière minute les troupes espagnoles et se replia à Bône où il trouva un soutien. Revenant à son activité de corsaire, il prit Mahón (capitale de l'île de Minorque, dans l'archipel des Baléares), où il fit 6 000 prisonniers et un énorme butin (1536).

Après ce raid, il quitta définitivement Alger pour poursuivre sa carrière en Méditerranée au service de l'Empire ottoman. Il laissa son fils adoptif Hassan Agha diriger Alger avec le reste de la garnison ottomane. Plus tard Hassan Agha sera destitué et Hassan Pacha son demi-frère prendra sa place.

Pacha à Constantinople [modifier]

Khayr ad-Din Barberousse

À Constantinople, Barberousse va réorganiser la flotte ottomane ; les mémorialistes turcs le considèrent comme le père de la Marine ottomane. Kheyr ad-Din devait faire des descendants des nomades asiatiques une des premières puissances navales et placer le prestige maritime de l'empire sur un piédestal où nul ne l'attendrait au cours du règne de Soliman écrivit l'historien Jean-Louis Belachemi.

Amiral de la flotte ottomane, Kheyr ad-Din dirigea plusieurs campagnes contre les Occidentaux.

En 1534, il effectua plusieurs raids le long de la côte italienne. Un des épisodes les plus rocambolesques de cette campagne est certainement la tentative de rapt sur la personne de Giulia Gonzaga (1513-1566), une jeune noble dont la réputation d'être « la plus belle femme d'Italie » avait dépassé les frontières de son pays. Veuve très jeune du comte Vespasiano Colonna, Giulia avait refusé de se remarier et fait de son château de Fondi un lieu de culture prisé de ses contemporains. Le rapt de Giulia Gonzaga fut commandé à Kheyr ad-Din par le grand vizir Ibrahim qui voyait en elle le moyen d'évincer du cœur de Soliman sa favorite Roxelane, dont l'habileté politique en faisait une rivale exécrée. La ville de Fondi n'étant pas située sur la côte, Kheyr ad-Din débarqua de nuit plusieurs milliers de janissaires chargés de capturer la belle. Celle-ci échappa de justesse à ses ravisseurs, fuyant à cheval en pleine nuit avec l'aide de son écuyer. De dépit, Kheyr ad-Din fit massacrer la population de Fondi.

En 1537, il mena à nouveau une razzia sur la côte italienne, les îles Ioniennes et fut mis en échec en assiégeant Corfou (en).

L'année suivante, la guerre fut déclarée entre le Sultan et les Vénitiens alliés au pape Paul III et à Charles Quint. Les Alliés de la Sainte Ligue réunirent une armada sous le commandement d'Andréa Doria qui se porta au-devant de Barberousse à la bataille de Prévéza. Ce fut la plus grande victoire navale remportée par la flotte ottomane.

En 1539, il s'empara de Castelnuovo en Dalmatie, tuant 400 mercenaires espagnols en garnison. Cette expédition força les Vénitiens à demander la paix.

Sa dernière campagne eut lieu en 1543. François Ier créa la première ambassade européenne à Istanbul et demanda au sultan d'envoyer sa flotte contre l'empereur Charles Quint. Barberousse sortit pour la quatrième fois avec cent galères, pillant et saccageant la Calabre. François Ier s'allia par la suite avec Barberousse à plusieurs reprises. Puis le corsaire turc assiégea Nice qui préféra se rendre aux Français. De retour vers Constantinople il attaqua l'île d'Elbe.

Tombe de Barberousse

Au crépuscule de sa vie il fit bâtir une mosquée à Istanbul à côté de laquelle il édifia un mausolée funéraire[4] qui existe toujours dans le quartier de Beşiktaş. Il décéda le 4 juillet 1546.

Chronologie [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Trancription ALA-LC 1997
  2. ou Chair ad Din, diminutif : Chaireddin, voire Cheireddin
  3. Gallotta, A. " K̲h̲ayr al-Dīn (k̲h̲i̊ḍi̊r) Pas̲h̲a." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online , 2012. Reference. 25 April 2012 <http://referenceworks.brillonline.com.janus.biu.sorbonne.fr/entries/encyclopedie-de-l-islam/khayr-al-din-khidir-pasha-SIM_4258>
  4. Les militaires de la marine de guerre turque le saluent encore aujourd'hui lorsqu'ils passent devant lui.

Voir aussi [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie [modifier]