Hocine Aït Ahmed

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Hocine Aït Ahmed
Hocine Aït Ahmed en 1958
Hocine Aït Ahmed en 1958
Biographie
Date de naissance 20 août 1926 (88 ans)
Lieu de naissance Aït Yahia, Ain El Hammam (Algérie)
Nationalité Algérien
Parti politique Front de libération nationale,
Front des forces socialistes

Hocine Aït Ahmed (en kabyle : Ḥusin At Ḥmed), né le 20 août 1926 à Aït Yahia (Ain El Hammam), dans la wilaya de Tizi-Ouzou en Algérie, est un homme politique révolutionnaire algérien.

Après avoir été pendant la guerre d'indépendance algérienne l'un des principaux chefs du Front de libération nationale (FLN), Aït Ahmed démissionne du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et de tous les organes du nouveau pouvoir lors de la crise de l'été 1962. En septembre 1963, il fonde le Front des forces socialistes (FFS), qui réclame le pluralisme politique face au verrouillage de la vie politique imposé par le système du Parti unique.

Arrêté et condamné à mort en 1964, il s'évade de la prison d'El Harrach le 1er mai 1966. Exilé en Suisse, il devient docteur honoris causa. Il rentre en Algérie après les émeutes de 1988 mais quitte de nouveau son pays après l'assassinat du président en exercice, Mohamed Boudiaf, en 1992. Il reviendra à plusieurs reprises en Algérie, notamment à l'occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération (1er novembre 1954).

Biographie[modifier | modifier le code]

Premier engagement politique et début de la lutte armée[modifier | modifier le code]

À 16 ans, encore lycéen, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA). Il devient, rapidement, le plus jeune membre du Comité central auquel il présente, en 1948, un rapport décisif sur les formes et la stratégie de la lutte armée pour l’indépendance.

Lors du congrès clandestin du PPA tenu à Belcourt (un quartier d'Alger) en 1947, il avait déjà préconisé la création d'une Organisation spéciale (OS) chargée de la formation des cadres militaires et de la mise en place d’un dispositif clandestin pour amorcer et développer la lutte armée.

Désigné par le comité central du PPA au Bureau politique, il se voit confier la direction de l'OS, en remplacement de Mohamed Belouizad, atteint de tuberculose. Durant deux ans, il a mis en place – à l’échelle nationale – les structures pour la formation politique et militaire pour mener à bien la guerre de libération. C’est dans ce contexte qu’il organise le braquage de la poste d’Oran, qui permit, en mars 1949, de s’emparer d’une importante somme d’argent, sans effusion de sang.

Des rumeurs disent que l’aile « légaliste » des instances dirigeantes du PPA-MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), exclut pour « berbérisme » Aït Ahmed et porte Ahmed Ben Bella à la tête de l’OS, dont il était le responsable en Oranie. La découverte de l'OS par les services de renseignement français précipite la dissolution de l'OS.

Tournée diplomatique pour une reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Le 1er mai 1952 Aït Ahmed s'installe au Caire en Égypte. Recherché par les autorités françaises, il est désigné membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil au Caire. Aït Ahmed insiste sur l'importance de la diplomatie pour donner une visibilité politique au niveau international du « mouvement de libération ».

Il assiste à la première Conférence des partis socialistes asiatiques, réunie en janvier 1953 à Rangoon en Birmanie. L’une des premières résolutions adoptée par cette organisation d'inspiration marxiste consiste à soutenir la lutte de libération du Maghreb. La Conférence met en place un bureau anti-colonial dont le rôle, notamment, est de suivre les luttes anti-coloniales auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU). Aït Ahmed se rend au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à la cause de l'indépendance algérienne.

En avril 1955, il dirige la délégation algérienne à la conférence de Bandung. Les résolutions prises par cette conférence en faveur du droit à l’autodétermination et à l’indépendance des trois pays du Maghreb ont été préparées par les trois partis nationalistes (Tunisie, Maroc, Algérie) qui ont su mener une action commune sur la base d’un « Mémorandum maghrébin ».

Délégation des principaux dirigeants du FLN (de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte).
Le colonel Boumédiène passent en revue ses troupes de l'Armée de libération nationale (ALN), en arrière plan les hommes en civile, (de gauche à droite) : Hocine Aït Ahmed Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Rabah Bitat, quelque part dans l'Ouest algérien, quelques semaines avant la crise de l'été 1962.

En avril 1956, il ouvre et dirige le bureau de la délégation du FLN à New York. En septembre 1956, le problème algérien est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l'ONU. Ce qui provoque le retrait retentissant de la délégation française, présidée par le Premier ministre Antoine Pinay.

En octobre 1956, Aït Ahmed est arrêté par les autorités françaises, en compagnie de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Mostefa Lacheraf, dans l’avion qui les conduisait du Maroc à Tunis où devait se tenir une conférence maghrébine de la Paix.

Tout au long de sa détention, Aït Ahmed communique avec les dirigeants du FLN-ALN[1]. Dans la plus importante de ces communications, Aït Ahmed en appelle avec urgence à la création d’un gouvernement provisoire en exil. Il considère que cette initiative peut contribuer à résorber la crise interne suscitée par des responsables qui s’opposent au congrès de la Soummam (tenu en août 1956), et préparent un congrès antagoniste.

L’indépendance, lutte pour un État démocratique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise de l’été 1962.

Membre du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) et du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Hocine Aït Ahmed, dès sa libération, en 1962, prend une position ferme contre la violence de l’état-major des frontières. Il met en garde les notables politiques contre un processus de crise qui risque de dégénérer en guerre civile.

Il dénonce le groupe de Tlemcen et le groupe Tizi Ouzou. Il appelle les forces d’avant-gardes – femmes, syndicats, étudiants etc. – pour faire barrage aux affrontements autodestructeurs. Les grandes manifestations populaires au cri de « Sabaʿa snin barakat ! » (« Sept ans, ça suffit ! ») avaient pu interrompre momentanément ces violences.

Élu membre de l’Assemblée nationale constituante (ANC) – sur une liste unique de candidats dont il dénonce le principe –, il accepte néanmoins d’y siéger pour un double objectif. Premièrement s’efforcer de promouvoir à partir de cette institution une vie politique avec des débats publics en y associant la société. Deuxièmement veiller à ce que la commission chargée d’élaborer la constitution au sein de l’ANC termine son projet de constitution et le soumette aux débats libres et démocratiques des « élus » de la nation. Il fallait que l’ANC adopte le projet de constitution dans les délais légaux afin de le soumettre au corps électoral par voie référendaire.

Création du FFS, résistance dans les maquis de Kabylie[modifier | modifier le code]

La préfabrication d’une Constitution dans un cinéma à Alger a dessaisi l’Assemblée nationale constituante de sa prérogative essentielle qui est de fonder les bases d’un État de droit. Hocine Aït Ahmed ne s’est pas contenté de démissionner avec quelques députés dont le président de l’Assemblée Ferhat Abbas. Il profite de la campagne publique qu’il mène contre le « coup de force constitutionnel » pour créer le Front des forces socialistes (FFS) en septembre 1963.

Les « Blitz Operationen », les opérations éclair, déclenchées par l’Armée et la police politique visent à prévenir l’enracinement d’une opposition démocratique au sein de la population. L'objectif des troubles créés par ces opérations était de permettre le développement de l'appareil d’oppression. La répression qui s’abat sur la Kabylie n’épargne pas les militants politiques actifs sur l’ensemble du pays avec pour but de présenter le FFS comme un mouvement séparatiste. Le FFS choisit alors de créer des maquis de résistance qui se dressèrent contre la terreur des troupes militaro policières. L'épisode de cette révolte, dit révolte du FFS ou ce que fut communément appelé insurrection de Kabylie durera plusieurs mois et sera conduit par Hocine Aït Ahmed et le colonel Mohand Oulhadj[2]. Le bilan de la répression féroce des troupes du colonel Boumédienne s'élève à plus de 400 morts dans les rangs Kabyles[3].
L’influence modératrice du FFS empêcha l'affrontement de dériver jusqu'à une guerre civile totale et le capital politique du parti au sein de la population se renforça. Arrêté en octobre 1964, Hocine Aït Ahmed est condamné à mort, puis gracié. Il est ensuite déporté à la prison de Lambèse.

Malgré ce revers pour le FFS, le président Ahmed Ben Bella constate l'échec de la stratégie du chef d’état-major Houari Boumédiène et de sa police politique à porter un coup d'arrêt à ce mouvement de résistance, il décide donc d'entrer dans un processus de négociation. À la suite de négociations menées à l’étranger, le FLN (Parti unique) et le FFS parviennent à un accord, qui sera rendu public par la presse nationale le 16 juin 1965. Trois jours plus tard (le 19 juin 1965), le coup d’État, perpétré par Houari Boumédiène met fin à toute possibilité de pluralisme politique pour sauvegarder l’orthodoxie de la pensée unique.

Exil, combat pour les droits de l’homme, assassinat à Paris d'Ali Mécili[modifier | modifier le code]

Le 1er mai 1966, Aït Ahmed s’évade de la prison d’El Harrach, et se réfugie en Suisse. Il n'a de cesse de militer pour la promotion et la défense des droits de l’homme et pour l’unité du Maghreb. Il obtient sa licence en droit à Lausanne en Suisse. Puis, il soutient une thèse de doctorat, à Nancy, en 1975, sur Les Droits de l’homme dans la Charte et la pratique de l’OUA.

À l’occasion du « printemps berbère » (1980), il joue avec le FFS un rôle modérateur d'encadrement politique des militants afin d’empêcher l’irruption de la violence et d'inscrire la revendication linguistique et culturelle dans l’exigence du pluralisme politique, à l'intérieur de la nation algérienne. Le 16 décembre 1985, il lance avec Ahmed Ben Bella, depuis Londres, un appel au peuple algérien pour l’instauration de la démocratie et le respect des droits de l’homme. Les deux anciens du FLN font de la restitution au peuple algérien de son droit à l’autodétermination la pierre angulaire d’une « alternative démocratique ».

Assassinat à Paris le 7 avril 1987, d'Ali Mécili, avocat au barreau de Paris, figure marquante de l'opposition démocratique au régime d'Alger, bras droit de Hocine Aït Ahmed. Deux mois plus tard, la police française arrête le tueur présumé, un petit truand algérien aux ordres de la Sécurité militaire, les services secrets de l'armée algérienne. Mais au lieu d'être remis à la justice, il est réexpédié à Alger.

Les événements sanglants d’octobre 1988 et ses répercussions internationales poussent la dictature algérienne à un semblant d'ouverture.

Retour en Algérie et reconnaissance du FFS[modifier | modifier le code]

Après 23 ans d'exil, Aït Ahmed rentre en Algérie en décembre 1989. Après moult péripéties, le FFS est finalement reconnu.

À l’occasion de l’annulation du premier tour des élections législatives de 1991, Hocine Aït-Ahmed met en garde contre le danger de voir les armes prendre le pas sur les urnes. Son parti organise, le 2 janvier 1992, la plus grande manifestation que la capitale ait connue depuis l’indépendance, avec pour credo « Ni État policier, ni République intégriste ».

En juin 1992, une semaine avant l’assassinat de Mohamed Boudiaf, Aït Ahmed propose une conférence nationale destinée à promouvoir une sortie de crise sur le modèle sud-africain. Après l’assassinat de Boudiaf, le climat de terreur et le verrouillage total de la vie publique s'aggravant, Aït Ahmed préfère s'exiler pour continuer à mener son combat.

En 1995, Aït Ahmed signe à Rome, avec les représentants de six autres formations et des personnalités politiques, la plate-forme de Sant'Egidio pour la sortie de crise et pour le retour à la paix.

Les signataires du « Contrat national » dit de Rome s'entendent sur un contrat politique constitué d'un ensemble d’engagements dont les plus importants sont l’alternance au pouvoir, la liberté de culte, la primauté de la loi légitime sur tout autre loi issue d’assemblées non élues légitimement, l’égalité des citoyens sans distinction d’aucune sorte, l’accession au pouvoir par des moyens pacifiques, le rejet de la violence pour se maintenir au pouvoir ou pour y parvenir.

L’après-« décennie noire », pour une nouvelle république[modifier | modifier le code]

Le 2 février 1999, il est de nouveau en Algérie. Sa candidature à l’élection présidentielle est annoncée trois jours plus tard. Après une campagne électorale, menée à travers tout le pays, il se retire, le 14 avril, veille du scrutin, en compagnie de tous les autres candidats, pour dénoncer la fraude qui a déjà commencé et qui intronisera un président mal élu. Abdelaziz Bouteflika sera élu avec une forte majorité.

Victime d’un infarctus, Aït Ahmed est transféré en Suisse à l’hôpital de Lausanne pour y être opéré. Après sa convalescence, il a repris toutes ses activités au sein du FFS.

Aït Ahmed poursuit son combat politique pour contribuer à sortir l’Algérie de l'« omerta internationale » dont est victime le peuple algérien. Il continue en effet à assumer ses responsabilités sur deux fronts :

– à travers ses contacts et ses voyages à l’étranger, il poursuit son travail diplomatique pour aider à sortir l’Algérie de l’ormerta internationale ;
– sur le plan intérieur, il continue son combat pour une solution politique. Il participe étroitement à la direction du FFS dans le cadre de ses prérogatives, il veille sur les traditions du débat démocratique pour que la base militante joue son rôle moteur aussi bien à l’intérieur qu’en direction de la société.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1964 : La Guerre et l'après-guerre (essai), Bouchene, réédition 2004 (ISBN 291294693X).
  • 1964 : L'Afro-fascisme (essai), L'Harmattan, réédition 2000 (ISBN 285802144-9).
  • 1983 : Mémoires d'un combattant, l'esprit d'indépendance, 1942-1952 (mémoires), Messinger, Paris, 1983 (ISBN 2865830349).
  • 1989 : L’Affaire Mécili (biographie), La Découverte, Paris, réédition 2007 (ISBN 2707151343).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Guerre et l’après-guerre, éditions de Minuit, 1963, Paris
  2. Journal Dépêche de Kabylie, édition du 25 novembre 2007
  3. Émeutes et mouvements sociaux au Maghreb, Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, édition Karthala 1999, (ISBN 9782865379989), page 146

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