Uluç Ali Paşa

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Uluç Ali

Uluç Ali Paşa (« Général Ali le Converti »), à l'origine Giovanni Dionigi Galeni, né en 1519 en Calabre et mort le 21 juin 1587, est un Italien « renégat », devenu sujet, puis officier corsaire de l'Empire ottoman, dans la hiérarchie duquel il atteint les sommets : placé à la tête de la Régence d'Alger de 1568 à 1571, il est nommé capitan pacha (« amiral de la flotte », kapudan paşa) à la suite de la bataille de Lépante et le reste jusqu'à sa mort.

Onomastique[modifier | modifier le code]

Uluç Ali est la graphie turque de son nom, mais, selon les sources, celui-ci apparaît sous des formes très diverses : Oulouch Ali[1], Uluj Ali[2], Uludsch Ali[3], Euldj Ali[4] et même Occhialiì[5].

Le mot turc Uluç (Uludj en arabe) signifie « nouveau More » donc « converti (à l'islam) », notion qui est rendue en français par « (chrétien) renégat ».

Uluç Ali est aussi connu sous les noms d'Ali Fartas (« Ali-le-Teigneux ») et de Kılıç Ali (« Ali-le-Sabre »), nom qu'il reçoit lors de sa nomination comme capitan pacha le 28 octobre 1571[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et conversion[modifier | modifier le code]

Giovanni Galeni naît en Calabre à Liscateli[réf. nécessaire] près du Cap des Colonnes[réf. nécessaire], de parents miséreux.

En 1535, se rendant à Naples pour faire des études de théologie, il est enlevé par Ali Ahmed, un renégat grec, amiral de la Régence d'Alger, qui l'enrôle dans sa chiourme. Rejeté par les chrétiens qui, le considérant comme un délateur, ne le laissent ni manger avec eux ni s'asseoir sur le même banc, il est surnommé par eux fartas (« teigneux » en turc/« chauve » en arabe) ; il se convertit à l'islam par arrivisme.

Ascension dans la marine et l'administration ottomane[modifier | modifier le code]

Son maître le nomme alors comite (officier de vaisseau). Sa nouvelle fonction lui permet d'accumuler des fonds, avec lesquels il arme une frégate pour la course, et devient l'un des plus importants raïs corsaires d'Alger. Il est aussi l'un des principaux esclavagistes musulmans de son époque.

Plus tard, il se joint au corsaire turc Dragut, l'un des fidèles compagnons de Hassan Pacha, qui réside alors à Djerba. En 1560, averti que le vice-roi de Sicile, Juan de la Cerda (en), duc de Médina-Celi, s'apprête à l'attaquer, Dragut envoie Uluç Ali à Constantinople chercher du secours auprès du sultan Soliman le Magnifique, qui consent à envoyer son grand amiral Piyale Pacha avec 86 galères et galiotes qui remportent en mai une victoire à Djerba.

En 1565, il participe avec ses renégats au siège de Malte, perdu par les Ottomans, au cours duquel Dragut trouve la mort ; à son retour, Piyale Pacha, en sa qualité de capitan pacha, le nomme gouverneur de Tripoli. Il commanda la place pendant deux ans et demi, durant lesquels il devient très riche, puis est nommé beylerbey d'Alger en mars 1568.

Le gouvernorat d'Alger[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Il joue un important rôle dans le soulèvement morisque de 1568 à 1570 en envoyant à plusieurs reprises devant Almería des hommes, des armes et des munitions, ainsi qu'une flotte de 40 navires qui est dispersée par les vents violents de l'hiver. En décembre 1569, il chasse la dynastie des Hafsides de Tunis, puis bat les Vénitiens en 1571 et s'empare de Dulcigno qu'il pille et dont il réduit les habitants en esclavage.

La bataille de Lépante et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Lors de la bataille de Lépante, le 7 octobre 1571, il dirige l'aile gauche de l'escadre ottomane face à l'aile droite chrétienne commandée par l'amiral génois Giovanni Andrea Doria. Grâce à une habile manoeuvre[6], il réussit d'abord à semer une panique chez ses adversaires, coulant douze galères parmi lesquelles la Capitane de l'Ordre de Malte. Il s'emparent du capitaine de ce vaisseau, le prieur Giustiniani, et du grand étendard. Grâce à l'intervention de sa réserve, Andrea Doria rétablit la situation[1],[4] puis à prendre l'avantage.

Parmi ceux de l'aile gauche, seuls les navires algériens, qui bénéficient de meilleures chiourmes et de raïs professionnels, échappent à l'étau qui se referme ; Uluç Ali réussit à rallier Istanbul le 18 décembre avec les débris de l'armada ottomane. C'est le seul commandant ottoman sorti vivant de la bataille, de plus la tête haute, aussi le sultan Selim II le nomme-t-il capitan pacha dès que la nouvelle du désastre lui arrive, puis lui offre le titre de kılıç (sabre) et lui confie la réorganisation de la flotte en coordination avec le grand vizir Sokullu Mehmed pacha[4].

Grand amiral de la flotte ottomane[modifier | modifier le code]

Ces honneurs lui attirent des jalousies et il doit quitter la demeure habituelle des beylerbeys pour aller vivre dans le fort Hadj Ali[réf. nécessaire] sous la protection de ses pairs[réf. nécessaire]. Sa puissance est telle que le pape Pie V intrigue avec Philippe II d'Espagne pour le gagner à leur cause. Uluç Ali, fidèle à l'islam, refuse.

En 1573, il débloque Modon assiégée, puis en 1574 reprend Tunis aux Espagnols qui l'avaient conquise après la Bataille de Lépante. En 1578, il est dépêché à Chypre pour châtier les miliciens qui avaient fait périr leur gouverneur Arab Ahmed qui ne leur payait pas régulièrement leur solde.

En 1579, il commença à édifier la forteresse de Kars près de Trébizonde dans le but de faciliter le passage des troupes du Grand Tartare, allié du grand seigneur dans sa lutte contre le sophi de Perse.

Portrait[modifier | modifier le code]

Uluç Ali était de haute taille, robuste, brun et avait la voix voilée à tel point qu'on ne pouvait l'entendre que de près. Sa tête était pelée par la teigne.

Il avait une habitude singulière. Les jours où il se trouvait mélancolique, il s'habillait de noir et nul ne pouvait lui parler affaires. Quand il était vêtu de couleurs claires cela signifiait qu'il était dans de bonnes dispositions et que chacun pouvait l'aborder et lui parler.

Uluç Ali était tenu en haute estime par ses contemporains musulmans et renégats mais craint par les esclaves chrétiens qu'il détenait en captivité par milliers. Maître absolu de tout ce qui concernait la mer et les places maritimes de l'Empire ottoman, il disposait d'un pouvoir que nul amiral turc n'avait eu avant lui. Il se fit construire un somptueux palais sur le Bosphore et éleva une mosquée très riche à côté de laquelle il édifia sa qubba funéraire.

Il n'eut pas d'enfant mais gardait dans sa maison plus de cinq cents renégats qu'il appelait ses fils et traitait comme tels car ils se montraient fidèles dans leurs opérations de piraterie.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'histoire, Marines Éditions, 2011.
  2. Dans la plupart des écrits anglais et espagnols.
  3. Dans certains écrits allemands, par exemple Joseph von Hammer-Purgstall, Histoire de l'empire ottoman depuis son origine jusqu'à nos jours, Parent-Desbarres, Paris, 1841.
  4. a, b, c et d Alessandro Barbero, La bataille des trois empires Lépante, 1571, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire », 2012.
  5. Utilisé par ses contemporains italiens, ce nom se prononce okiali, ce qui en italien signifie « lunettes », l'accent portant cependant sur la première syllabe au lieu de la seconde.
  6. Uluç Ali écarta ses vaisseaux du centre et se dirigea lentement vers le large. Doria estima que son adversaire voulait le déborder pour le prendre à revers et manœuvra en conséquence, se laissant glisser vers la haute mer. Brutalement, les vaisseaux d'Uluç Ali changèrent de direction et revinrent à force de rames vers le centre

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Diégo de Haëdo, traduction par H.D. de Grammont, Histoire des Rois d'Alger, Alger, Adolphe Jourdan, 1881 (réédition : Alger, éditions Grand-Alger-Livres, 2004)
  • Defontin-Maxange, Eudj'Ali, corsaire barbaresque, Beglier-Bey d'Afrique et Grand-Amiral, Pedone, 1930