Miliana

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Miliana
Le centre ville; l'horloge et le musée
Le centre ville; l'horloge et le musée
Noms
Nom algérien مليانة
Nom amazigh ⵎⴻⵍⵢⴰⵏⴰ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Aïn Defla
Daïra Miliana
Code ONS 4402
Démographie
Gentilé Milianais
Population 44 201 hab. (2008[1])
Densité 804 hab./km2
Géographie
Coordonnées 36° 17′ N 2° 13′ E / 36.29, 2.21 ()36° 17′ Nord 2° 13′ Est / 36.29, 2.21 ()  
Altitude Min. 400 m – Max. 1 000 m
Superficie 55 km2
Divers
Saint patron Sidi Ahmed Ben Youcef
Localisation
Localisation de Miliana
Localisation de Miliana

Géolocalisation sur la carte : Algérie

Voir la carte administrative d'Algérie
City locator 14.svg
Miliana

Géolocalisation sur la carte : Algérie

Voir la carte topographique d'Algérie
City locator 14.svg
Miliana

Miliana (en arabe : مليانة) est une commune algérienne de la wilaya d'Aïn Defla, chef-lieu éponyme de daïra de Miliana, elle est située au sud du Dahra, sur les contreforts du mont Zaccar, dominant la vallée du Chelif.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

La commune de Miliana est située au nord de la wilaya d'Aïn Defla. La ville se situe à 113 km au sud-ouest d'Alger, à 111 km au nord-est de Tissemsilt, à 64 km à l'ouest de Médéa et à 92 km à l'est de Chlef.

Communes limitrophes de Miliana
Ben Allal Aïn Torki Aïn Torki
Ben Allal Miliana Aïn Torki
Khemis Miliana Khemis Miliana Aïn Soltane

Relief[modifier | modifier le code]

La ville est bâtie à 740 mètres d'altitude sur une plate-forme rocheuse aux contours abrupts en saillie sur le penchant méridional du mont Zaccar qui la couvre entièrement au nord. Elle domine, à l'est et au sud la vallée du Chélif et à l'ouest un grand plateau qui s’étend jusqu'à la chaîne de l'Ouarsenis[2].

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat est froid et neigeux en hiver et tempéré en été. Les précipitations atteignent ou dépassent 800 mm par an.

Données climatiques à Miliana
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 5,5 6,2 7,4 9 12,5 17 21 21,1 17,7 13,3 9,2 6,5
Température moyenne (°C) 8,6 9,6 11,3 13,2 17,3 22,2 26,6 26,6 22,9 17,7 12,8 9,3
Température maximale moyenne (°C) 11,7 12,9 15,2 17,4 22 27,4 32,1 32,2 28 21,9 16,4 12,3
Précipitations (mm) 120,5 124 112,3 71,3 47,9 16,8 5,8 7,1 29,6 68,9 103,3 119,8 827,3
Source : Hong Kong Observatory, statistiques de 1966 à 1990[3].
Diagramme climatique
J F M A M J J A S O N D
 
 
 
11,7
5,5
120,5
 
 
 
12,9
6,2
124
 
 
 
15,2
7,4
112,3
 
 
 
17,4
9
71,3
 
 
 
22
12,5
47,9
 
 
 
27,4
17
16,8
 
 
 
32,1
21
5,8
 
 
 
32,2
21,1
7,1
 
 
 
28
17,7
29,6
 
 
 
21,9
13,3
68,9
 
 
 
16,4
9,2
103,3
 
 
 
12,3
6,5
119,8
Moyennes : • Temp. maxi et mini °CPrécipitation mm

Lieux-dits, quartiers et hameaux[modifier | modifier le code]

Extension de la ville sur le piémont. En arrière-plan Khemis Miliana dans la plaine

Toponymie[modifier | modifier le code]

Les anciens historiens comme Pline l'Ancien, Ptolémée et Antonin ont eu des divergences quant à l'origine, du toponyme de cette localité. Plusieurs appellations ont été citées telles que Zucchabar ou Sugabar et Manliana ou Malliana[4].

Le toponyme Zucchabar ou Sugabar a été mentionné dans les monuments épigraphiques indiquant l'emplacement princeps de la cité[4]. Ce nom serait d'importation phénicienne ou libyco-berbère signifiant « marché du blé » .

Le nom de Manliana ou Malliana est cité dans l'antiquité pour une agglomération située à l'emplacement actuel de la ville ou dans ses environs et Saint Augustin évoque un évêque de cette cité[4]. Ce nom d'origine latine est attribué à une fille de famille patricienne romaine (Manlia) propriétaire de grands domaines dans cette région agricole de la vallée du Chélif[4]. Mais selon d'autres auteurs, ce nom est berbère[4]. Pline a, quant à lui, qualifié cette cité de Colonia Augusta.

À la conquête arabe Manliana fut arabisée pour devenir Mel-Ana, qui signifie "emplie de richesses"[5], puis Milyana.

Histoire[modifier | modifier le code]

Époque antique[modifier | modifier le code]

Miliana fut longtemps une capitale-refuge des rois Numides. En 105 av. J.-C. Jugurtha aurait été capturé non loin de la région[6].

Une garnison romaine est fondée à Zucchabar par l’empereur Octave entre 27 et 25 av. J.-C.. La ville est citée lors de l'insurrection du chef berbère Firmus, en 375 ; le général romain Théodose a évacué Césarée (Cherchell) pour occuper Sugabar[4].

Elle a été l'une des grandes cités de la province de Maurétanie Césarienne et siège d'un évêché. Au Ve siècle, avec le déferlement des Vandales, la ville romaine s'effaça avec la plupart de ses monuments antiques.

Époque arabo-musulmane[modifier | modifier le code]

L’ancienne demeure de l'Emir Abdelkader aujourd'hui musée municipal

La ville fait partie du territoire des Maghraouas[7].

Entre 972 et 980, le prince ziride Bologhine ibn Ziri fondateur d'Alger et de Médéa, construit une médina sur les ruines de la ville romaine[8]. Durant cette période, la ville renait et connait une grande prospérité. Elle est citée par plusieurs géographes musulmans. Au Xe siècle, Ibn Hawqal est le premier à citer la ville dans ses écrits[9]. Il la qualifie de « Cité antique, pourvue de moulins que fait tourner son cours d'eau et possédant un grand nombre de canaux d'irrigation. »[9]. Au XIe siècle, Al Bakri écrit que Miliana fait partie, avec Alger et Médéa, des villes construites par Bologhine[9]. Au XIVe siècle Ibn Khaldoun décrit la ville : « C'est une cité faisant partie du domaine Maghrawa Beni Warsifen dans la plaine de Chélif… Et que Boluggine a tracé le plan d'El Djezaïr, de Melyana et de Lemdiya. ». Au cours de cette période, Miliana était un foyer de culture. Elle abrite un grand nombre d'érudits dans différentes disciplines et notamment des hommes de sciences, tels que : Ahmed Ben Otmane El Meliani, poète et écrivain du XIIIe siècle et Ali Ben Omrane Ben Moussa El Miliani, théologien ou Ali Ben Meki El Miliani, théologien et juriste du XIVe siècle.

À l'instar des autres villes du Maghreb, Miliana a connu plusieurs conquêtes ainsi que des troubles politiques. En 1081, Youssef Ibn Tachfin, chef des Almoravides occupe Alger, Médéa et Miliana. Par la suite, la ville est intégrée à l'empire Almohade en 1149[6]. En 1184, les Beni Ghania s'emparent de la ville à l'instar d'autres villes du Maghreb central. L'année suivante (1185), les Almohades contre-attaquent, les Beni Ghania se replient alors en Ifriqiya[10].

En 1238, les Hafsides de Tunis soutiennent leurs alliés les Beni Tudjin en possession de la ville et en 1261, ils assiègent la cité. En 1268, le souverain Zianide Yaghmoracen Ibn Zyan tente d’occuper la région de Miliana. La ville ne sera occupée par les rois de Tlemcen qu'en 1308 ; les Abdelwadides imposant leur autorité sur Miliana et sur presque toutes les villes du Maghreb central. Lors de la décadence du royaume Zianide, un prince de cette dynastie s'empare de Miliana, Médéa et Ténès en 1438, mais il est assassiné par son fils, El Mostancer qui devient roi de Ténès[11].

En 1517 Arudj Barberousse s'empare de la ville et de la vallée du Chélif. Miliana devient caïdat turc. Cependant la région connait de nombreux soulèvements contre l'autorité ottomane durant cette période, notamment la révolte de Bouterik, cheikh des tribus Soumata en 1544[12].

Époque coloniale[modifier | modifier le code]

Statue de Ali la Pointe sur la place éponyme.

Après la prise d'Alger en 1830, les Français se heurtent à la résistance de la population qui fait allégeance à l'Emir Abdelkader[9] qui installe à Miliana un califat en 1835[13].

Le traité de paix de Desmichels garantit à l'Émir Abdelkader de prendre possession de Miliana à partir de 1835 où il fut accueilli chaleureusement par la population et les notables de la ville.

En raison de la position géostratégique de la région, Miliana devint un califat gouverné par le calife Mahieddine Seghir (1835-1837) puis par le calife Ben Allel (1837-1840) qui disposait de 10440 combattants. L'Émir y édifia plusieurs ouvrages dont le siège de son califat et une manufacture d'armes[6].

La ville est occupée en 1840 par les troupes du maréchal Valée, mais la garnison est assiégée à plusieurs reprises par Ben Allel et les tribus locales[13]. Des renforts furent alors dépêchés d'Alger par le maréchal Bugeaud pour approvisionner les assiégés. Ben Allel meurt en 1843 et les troupes françaises incendient la cité en 1844 pour déloger les partisans de l'émir[8].

L'empereur Napoléon III vient en visite à Miliana en 1865. En 1901, les tribus Righa d'Aïn Torki, sous la direction de Cheikh Yakoub, se révoltent[6].

Durant cette époque, la ville sera marginalisée au profit de Khemis Miliana de création coloniale [14].

En 1957 pendant la guerre de libération de l'Algérie eut lieu à Oued Guergour au sud de Miliana une bataille opposant les moudjahidines à l'armée française.

Démographie[modifier | modifier le code]

Population[modifier | modifier le code]

Miliana est une vieille cité, peuplée par des descendants d'Andalous, de Koulouglis et de Berbères du Zaccar[5].

Évolutions[modifier | modifier le code]

Miliana est la quatrième commune la plus peuplée de la wilaya de Aïn Defla après Khemis Miliana, Aïn Defla et El Attaf[15], selon le recensement général de la population et de l'habitat de 2008, la population de la commune de Miliana est évaluée à 44 201 habitants contre 22 528 en 1977 :

Évolution démographique
1977 1987 1998 2008
22 528 27 183 39 662 44 201
(Source : recensement [16])


Économie[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Maison de style mauresque.

Miliana dispose de plusieurs groupes musicaux spécialisés dans différents styles musicaux citadins algériens : musique andalouse, chaâbi et zorna[17]. Elle accueille une manifestation de la musique andalouse, ce festival réunisse des musiciens issus des trois écoles algériennes de la musique andalouse, la çan'a d'Alger, le gharnati de Tlemcen et le malouf de Constantine[18].

La célébration du Mawlid Ennabaoui (fête de la naissance du prophète Mahomet) à Miliana se distingue par la fabrication de m'narette, sortes de maquettes faites de bois et de roseaux en forme de mosquées, de tours et de bateaux[19]. À la veille du Mawlid, un défilé des m'narette illuminées de bougies et achalandées de friandises et de fruits prennent le chemin depuis la mosquée Sidi Ahmed Benyoucef[19]. La m'nara du quartier Chergua est considérée comme la meilleure, sa conception est inspirée de la flotte turque: un bateau à voiles mesurant deux mètres de long, décoré et orné de cinq canons en bronze et en bois[20].

Le Rekb de Miliana est une tradition de la tribu berbère des Beni Farh et de la région, c’est un pèlerinage annuel dans l'enceinte du mausolée de Sidi Ahmed Benyoucef. Des centaines de pèlerins venus de plusieurs régions du pays entament leur procession à partir de la ville de Messelmoun (wilaya de Tipaza) jusqu'à le mausolée du saint[21].

La fête des cerises de Miliana, est une manifestation socio-culturelle, qui se déroule durant la dernière semaine du mois de juin, elle a été célébrée pour la première fois aux lendemains de l'indépendance du pays, pour permettre aux visiteurs de découvrir les us et coutumes de la ville et de déguster les différentes confiseries faites à base de cerises. Elle a connu une rupture d'une décennie, puis à nouveau célébré dans le cadre d'un plan de réhabilitation des fêtes locales spécifiques à la wilaya d'Aïn Defla[22].

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Quelques monuments qui remontent du XVIIIe au XIXe siècles subsistent de nos jours[23]. L’ancienne demeure de l'Emir Abdelkader est un édifice de style mauresque situé en plein centre-ville, le bâtiment a été restauré et aménagée en musée de Miliana. Il comprend plusieurs salles d'expositions sur l’histoire de la région telle que des vestiges archéologiques d'époques romaine et musulmane, les résistances populaires pendant la conquête de l'Algérie par la France et également des objets ethnographiques du Sud algérien[24].

La Mosquée de Sidi Ahmed Benyoucef est attribuée au saint Abu El-Abbas Ahmed Benyoucef Errachidi, une figure mystique, né à Kalaa des Beni Rached prés de Mascara au milieu du XVe siècle, mort en 1526 et inhumé à Miliana en 1774 par Mohamed El-Kebir le bey d’Oran. Ce monument a fait l’objet des travaux d’aménagement[23]. Le minaret El-Batha faisait partie d’une ancienne mosquée dite djemaâ El-Turk ou djemaâ El-Batha, elle est détruite vers 1844 pour aménager une place publique et son minaret a été transformé en horloge[23].

La manufacture d’armes de l’émir Abdelkader, est située dans la banlieue Est de la ville, cette usine a été édifiée par l’émir vers 1839[23]. Les remparts, selon certaines sources, sont d’origine antique, mais ils ont subi de nombreuses transformations notamment en raison de l’extension de la ville coloniale[23]. La ville dispose d'un grand jardin public créé en 1890[8].

Personnalités liées à la cité[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources, notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Wilaya d'Aïn Defla : répartition de la population résidente des ménages ordinaires et collectifs, selon la commune de résidence et la dispersion ». Données du recensement général de la population et de l'habitat de 2008 sur le site de l'ONS.
  2. Une ville, une histoire, Sidi Ahmed Benyoucef (1re partie), Info Soir du 12/05/2004
  3. « Miliana, Algeria », sur www.hko.gov.hk (consulté le 07 septembre 2011).
  4. a, b, c, d, e et f Mon beau pays, Miliana (I), Info Soir du 14/02/2007
  5. a et b Miliana la bienheureuse…, le Quotidien d'Algérie du 26/04/2010
  6. a, b, c et d Notice historique de la ville au musée municipal Emir Abdelkader de Miliana
  7. Journal asiatique de la Société asiatique (Paris, France), Centre national de la recherche scientifique (France)
  8. a, b et c Daniel Babo, Algérie, Éditions le Sureau, coll. « Des hommes et des lieux » (ISBN 978-2-911328-25-1), p. 45
  9. a, b, c et d Mon beau pays, Miliana (II), Info Soir du 15/02/2007
  10. Gilbert Meynier, L’Algérie, coeur du Maghreb clas­si­que : De l’ouver­ture islamo-arabe au repli (698-1518), Paris, La Découverte,‎ 2010, 358 p. (ISBN 9782707152312), p. 104
  11. Algérie, le passé revisité, p61, Chems Eddine Chitour, Casbah Editions, 2004, ISBN 9961-64-496-4
  12. Notice historique de la ville de Miliana au musée municipal Émir Abdel Kader
  13. a et b Benjamin Stora, Histoire de l'Algérie coloniale (1830-1954) Collection Repères 2004, p-53 (ISBN 9782707144669)
  14. Marc Côte, Guide d'Algérie : paysages et patrimoine, Média-Plus,‎ 1996, 319 p. (ISBN 9961-922-00-X), p. 88
  15. (en) the People's Democratic Republic of Algeria - Aïn Defla (Geohive)
  16. (en) Population de Miliana (World Gazetteer)
  17. Miliana. Associations culturelles localesSous l'impulsion de Cheikh Mohamed Landjerit, El Watan du 06/03/2007
  18. Une manifestation qui manque de souffle: 3e édition de la musique andalouse de Miliana, le Midi libre du 20/04/2008
  19. a et b Miliana : M'narette pour El Mawlid sur El Watan du 23/04/2005.
  20. Miliana: La tradition des «m'narette», Info Soir du 09/04/2006
  21. Entre un passé glorieux et une amère réalité Miliana (Aïn Defla), El Watan du 25/05/2009
  22. Retour en juin de la Fête des cerises de Miliana, El Watan du 17/02/2009
  23. a, b, c, d et e Miliana: Histoires des monuments, Info Soir du 28/07/2003
  24. Le musée Emir Abdelkader de Miliana ,en attendant celui de Mascara, le Temps d'Algérie du 30/07/2011