Mouvement national algérien
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Le mouvement national algérien désigne le mouvement sociopolitique né au début du XXe siècle pendant la colonisation française de l’Algérie et qui mène au déclenchement de la guerre d’Algérie en 1954. Il englobait deux tendances : les réformistes et les indépendantistes[1].
Le réformisme politique est né au début du XXe siècle par les actions menées par les Jeunes Algériens : des notables et d’intellectuels qui représentaient l’opinion musulmane et qui sont à l’origine des premières associations culturelles et journaux algériens[1]. Son aile assimilationniste évolue en une organisation politique représentée par les élus[2] qui organisent le premier congrès en 1927 et fondent ensuite la fédération des élus[1]. Ce courant décline pendant la Seconde Guerre mondiale suite à l’absence des réformes politiques importantes[3] et la montée du nationalisme[4].
Le courant indépendantiste est mené par le mouvement ENA-PPA-MTLD, dirigé principalement par Messali Hadj jusqu'à 1954[5]. Il a posé dés sa création en 1926 un programme pour l'indépendance de l’Algérie[5]. L’Étoile nord-africaine est créée à Paris en 1926, après sa dissolution, le Parti du peuple algérien est constitué en 1937, puis le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques en 1946[5]. Cependant ce mouvement n’était pas le seul représenté sur la scène politique algérienne [6], d’autres fractions plus modérées évoluent dont le mouvement islahiste qui prône pour un réformisme religieux et culturel, il est mené par les Oulémas dés 1920 qui créent en 1931 l’Association des oulémas musulmans algériens[7] ainsi que le mouvement communiste dont le Parti communiste algérien existe depuis 1937 et l’UDMA de Ferhat Abbas en 1947[6].
Sommaire |
Contexte socio-économique [modifier]
Au début du XXe siècle, la population algérienne connait une poussée démographique, elle demeure fortement rurale, mais sa structure sociale traditionnelle est détruite[8]. Même si les grandes villes sont peuplées principalement par les Européens, le salariat se développe et la noblesse traditionnelle est marginalisée[9]. Affaiblie et bouleversée par la destruction de sa formation sociale traditionnelle notamment par la perte des terres de l’agriculture et de l’élevage, la population algérienne ne pourra pas s’opposer à l’ordre colonial établi[10].
Si quelques insurrections suscitées par le mécontentement social et le refus de la conscription tel que le soulèvement dans les monts des Beni-Chougrane en 1914 et le phénomène des « bandits d’honneurs »[9] qui se développe notamment dans la région des Aurès[11]. Les revendications se développent après la Première Guerre mondiale[12] et la contestation de la politique coloniale se déplace dans les villes où subsiste une bourgeoisie conservatrice fidèle au passé ottoman[9] et dans l’immigration algérienne en France qui atteint 100 000 personnes dés 1920[13]. Le mouvement national algérien se présentait alors en deux démarches, le mouvement traditionaliste des oulémas ; et moderniste des « évolués » ou les Jeunes Algériens[14].
La situation des algériens musulmans s’est aggravée par la crise économique qui a frappé le pays après la Première guerre mondiale[15] et qui a provoqué une famine sévère[16]. Sur le plan juridique, les musulmans étaient des « sujets français » qui ne bénéficient pas des droits et des libertés garantis aux citoyens dans la Constitution française[17]. Cette inégalité se manifestait dans différents domaines : Code de l'indigénat, service militaire, fiscalité ainsi que dans les accès aux emplois publics[17]. Elle se caractérisait également par des restrictions accordées aux libertés publiques : réunions, presse, enseignement et circulation[18]. En 1919, la plus importante réforme électorale jusqu’en 1947, a permis d’élargir le corps électoral musulman de 5 090 en 1914 à 103 000 pour désigner une cinquante de délégués financiers et de conseillers généraux. Elle permet également à environ quatre-cent-mille votants de choisir 1 250 membres d’assemblées locales (djemaa)[19].
Jeunes Algériens [modifier]
Les Jeunes Algériens ou le « Parti des jeunes » dont l’appellation fait références aux Jeunes-Turcs[14] est un mouvement né de l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie citadine intellectuelle ou liée au commerce moderne, composé des éléments appelés également les « évolués » qui ont fréquentés l’école française et exercent des métiers intellectuels, académiques ou administratifs[13]. Souvent laïcs, proches des mouvements Jeunes Turcs et Jeunes Tunisiens, ils basculaient les élites traditionnelles[20] et englobaient deux tendances : des partisans d’un « patriotisme musulman » et d’une Renaissance islamique (Nahda), et des assimilationnistes partisans des valeurs hérités des « Lumières » et de la Révolution française[13]. Toutefois, ils demeurent attachés à l’islam, la civilisation islamique et la langue arabe[21] et ils sont également rejetés par les Européens d'Algérie et critiqués par la presse coloniale, car soupçonnés de nationalisme et de panislamisme[22].
L’émir Khaled petit fils de l’émir Abdelkader, est l’une des figures du mouvement qui avait adressé en 1919 un message au président Wilson réclamant l’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour des pourparlers de paix[14]. Il triomphe aux élections municipales d’Alger[23], puis départementales en 1920. Il mène de 1920 à 1923 une lutte contre le système colonial notamment par le biais du journal l’Ikdam qui présente le combat pour la cause algérienne et la défense des intérêts des musulmans [24]. Il est présenté comme un nationaliste anti-français et critiqué par la presse européenne de son époque[25] et dénoncé par les élus administratifs[26].
L’émir Khaled est à l’origine du courant du khalédisme : un mélange du social et du politique[27]. Sur le plan politique, il représente une synthèse entre le communisme anticolonial et l’arabisme naissant, mais également un pont entre l’élite algérienne naissante et la masse musulmane auprès laquelle, il est populaire[27] et reconnu comme un leader nationaliste[28]. Cependant après sa démission et son exile en 1923, son mouvement connait un déclin suite aux échecs électoraux[28] et l’abandon des Élus assimilationnistes, la voie nationaliste initiée par le mouvement[29]. Parmi les autres personnalités du mouvement : Dr Benthami qui dirige une délégation en 1912 pour des réformes politiques[30] et Chérif Benhabilés, le signataire d’un manifeste proclamant la naissance du mouvement[31] ainsi que Mohammed Ben Rahel partisan d’un meilleur enseignement de langue arabe[21].
Le mouvement participe à la diffusion culturelle et scientifique et à la revendication des droits civiques et politiques[13] : fin du Code de l'indigénat, égalité devant l’emploi et le service militaire, libertés individuelles et collectives, instruction, et une meilleure représentation politique[1]. Il est à l’origine des premiers journaux algériens et de nombreuses associations « nadi »[1]. Il contribue ainsi à l’émergence du mouvement national algérien dans sa forme moderne[13].
Évolution du courant indépendantiste [modifier]
Premier parti nationaliste : l'ENA [modifier]
Le mouvement national émerge à partir des années 1920 avec la radicalisation du nationalisme par la création de l’Étoile nord-africaine (ENA) officiellement en 1926, au sein de l’émigration algérienne en France et au contact des organisations proches de la IIIe Internationale[7]. L’émir Khaled était le présidant d’honneur[7], alors que le fondateur était Hadj Ali Abdelkader, un membre du Parti communiste français[32]. Cependant, Messali Hadj s’impose comme le leader charismatique des mouvements indépendantistes[33].
L’organisation lutte pour répondre les idées anticolonialistes au sein des immigrés nord-africains et l’indépendance totale des pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie)[32]. La propagande indépendantiste est surtout mieux accueillie chez les ouvriers kabyles nombreux à cette époque[32]. Messali Hadj s’illustre au congrès anti-impérialiste de Bruxelles en 1927 et rencontre de nombreuses associations et organisations européennes ainsi que des futures personnalités du « tiers-monde »[32]. Le mouvement revendique une justice sociale à l’instar des autres courants du mouvement algérien, mais il s’illustre surtout pour être le premier parti politique à réclamer l’indépendance de l’Algérie, la constitution des institutions étatiques nationales, et la nationalisation à l’État algérien, des infrastructures économiques et des moyens de productions ainsi que l’officialisation de la langue arabe[34] et organise de nombreux meetings pour la nécessité de cette indépendance[35]. Pour Messlai Hadj, la France accomplit une œuvre de destruction à l’égard des musulmans, dans un meeting à Alger en 1933, il cite :« Les terres qui appartiennent aux Algériens ont été données aux colons… Le point capital de la colonisation française consiste à appauvrir les Algériens par tous les moyens… Les Algériens relèvent aujourd’hui la tête, ils veulent lutter contre l’impérialisme français, ils veulent leur indépendance »[35].
Les revendications indépendantistes sont présentées dans le journal du mouvement Ikdam, interdit en 1927 et remplacé par le journal El Ouma en 1930. L’ENA est dissoute en 1929, pour « avoir prêché la révolte des indigènes contre la domination française »[34], elle surgit sous le nom de la Glorieuse Étoile nord-africaine[7]. Toutefois, les militants et la presse continuent de parler de l’Étoile nord-africaine[36]. Elle sera définitivement dissoute en 1937 par un décret qui prononce la dissolution de groupements qui portent atteinte à l’intégrité territoriale en France[37]. L'ENA est un mouvement populiste qui hérite les méthodes d’organisation, d’encadrement et de propagande des communistes, mais demeure nationaliste, attaché à l’islam et à la pensée centraliste et jacobine[38] et également attiré par le nationalisme arabe de Chekib Arsalan[39]. La fondation de l’ENA est un fait capital dans l’histoire politique contemporaine de l’Algérie, l’indépendance algérienne était posée par une organisation politique de militants algériens[40]. Elle adopte également un drapeau qui symbolise l’Algérie indépendante et qui contient les trois couleurs du drapeau algérien[41].
La montée du PPA [modifier]
Après de nombreuses arrestations et interdictions, Messali Hadj crée le Parti du peuple algérien (PPA) en 1937[7]. Il rentre en Algérie pour assurer la direction de la nouvelle organisation. Cependant, il est arrêté à Alger avec d'autres dirigeants car l'administration est inquiète de la montée du mouvement dans le milieu rural algérien[42] et du nationalisme populaire[43]. Messali est condamné à deux ans de prisons pour « reconstitution d'une ligue dissoute, provocation des indigènes à des désordres et manifestations contre la souveraineté française »[42]. Ce qui entraine à un léger mouvement d'agitations de grèves. Les membres du PPA triomphent aux élections cantonales en 1937 et municipales en 1938 dont Alger[44]. Messali est élu conseiller générale d'Alger suite à une écrasante majorité, mais l'élection est invalidée par la préfecture[44].
Le mouvement connait alors une ascension surtout chez les jeunes : les écoliers chantent l'hymne national du PPA, des cellules et des mouvements de jeunesse se constituent[44]. Le PPA reste fidèle aux principes établis en 1926 par l'Étoile nord-africaine : abolition du Code de l'indigénat, libertés démocratiques, indépendance par le biais d'une constitution souveraine[45], rejet de l’attachement politique de l'Algérie à la France[46] et du projet Blum-Viollette[47]. Le mouvement recrute principalement chez les couches populaires dont les travailleurs[48]. Il est indépendant de tout parti français[48] et il utilise différents moyens pour faire la propagande du parti : tracts, journaux, réunions, fêtes et enterrement[49].
En 1939, le PPA est dissout par décret tandis que les journaux El Oumma et Le Parlement Algérien sont interdits[44]. Messali est à nouveau arrêté après d'être libéré dans la même année ainsi que plusieurs dirigeants du parti[44]. Cette répression renforça le parti, et mêmes les autres tendances du mouvement algérien la condamnent et appellent à l'Union contre la répression coloniale[50]. Cependant, des militants tentent de créer et de faire revivre clandestinement des cellules du parti[51] et mènent une campagne d’inscriptions murales de tendance nationaliste telle que : « Le PPA vaincra » ou « L’Algérie aux Algériens »[52].
Entre action légale et action clandestine [modifier]
La première et réelle unité autour de la question nationale algérienne se réalise au cours de la Seconde Guerre mondiale [53]. Le Parti du peuple algérien (PPA) approuve le « Manifeste du peuple algérien » en 1943 et rejoint les autres courants du mouvement national : Oulémas et autonomistes pour le mouvement des Amis du manifeste des libertés (AML) en 1944[54]. Toutefois, Messali Hadj et des membres du PPA, estiment qu'il est temps de passer à l'acte et de profiter de la faiblesse de la France. Le leader nationaliste est placé sous résidence surveillée à Brazzaville ce qui provoque des manifestations réprimées à Alger et à Oran ; le bilan fait état de 3 morts[54]. À l'occasion de la célébration de la victoire du 8 mai 1945, des musulmans algériens manifestaient et abordaient des drapeaux des alliées, mais également des pancartes, sur laquelle est affichés « Libérez Messali » et « Algérie indépendante »[55]. Les manifestations se tournent aux massacres dans le Nord Constantinois[55], ce qui consiste un épisode déclencheur de la guerre d'Algérie[54]. Cette grande répression entraine la rupture des militants du PPA avec la démarche d'évolution législative tentée par les AML ainsi qu'avec les communistes[56].
Alors que Messali Hadj tente de participer aux législatives en 1946 et crée le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MLTD) comme parti légal, le PPA demeure clandestin et une aile paramilitaire est créée en 1947[57] pour la préparation à la lutte armée : l'Organisation spéciale (OS)[4]. En 1947, le MTLD triomphe aux élections municipales, cette victoire offre une opportunité aux militants du mouvement pour participer à des assemblés élues et marginalise les objectifs de l'OS et suscite l'inquiétude des autorités coloniales qui ont mis en place des plans de trucages pour les prochaines élections[57]. Le MTLD devient entre 1947 et 1950, un grand parti moderne et réussit à s'infiltrer dans plusieurs associations et à en créer de nouvelles : scouts, associations d'étudiants, médersas, mouvements de femmes[58] et se présente comme un parti qui revendique la souveraineté et la lutte pour l'indépendance d'un peuple colonisé[58]. Cependant, de 1949 à 1954, le mouvement PPA–MTLD traverse une série de crises internes[59]. En 1949, se déclenche la « crise berbériste » : des militants sont en désaccord avec la direction du parti sur la définition d'une Algérie arabe et musulmane et la place de l'élément berbère[57], la direction décide alors de dissoudre la fédération de France, l'écartement des principaux meneurs du mouvement berbériste[60] et l'expulsion de plusieurs dirigeants kabyles[61]. En 1950, à la suite, du démantèlement de l'OS, par la police française, les « clandestins » s'opposent à la direction centrale[61]. En 1953, à la suite, du IIe Congrès du MLTD, les partisans et les opposants d'un Congrès National Algérien s'affrontent ce qui provoque une sécession au sein du MTLD à l’été 1954[61].
Ce conflit ne portait pas seulement sur des questions de pouvoir, mais d'orientation ; trois courants s'opposaient sur l'idéologie des trois thèmes majeurs de Messali : prolétariat, Islam et action de masse[62]. Les partisans de Messali : les « messalistes »[61], une majorité d'hommes du comité centrale : les « centralistes »[61] qui avaient un vison moins ouvriériste et islamiste, et une troisième tendance ouvertement activiste[62] : les « activistes » qui regroupent les partisans de la lutte armée et se constituent dans le « groupe des 22 » puis le « Comité des neuf » qui sont à l'origine du déclenchement de la guerre d'Algérie le 1er novembre 1954[61].
Les Oulémas et le réformisme musulman [modifier]
L’avènement du mouvement islahiste [modifier]
Le mouvement islahiste (réformisme musulman) est né dans les années 1920 avec les actions menées par les Oulémas (personnalités religieuses)[7] dont la figure emblématique est Cheikh Abdelhamid Ben Badis, natif de Constantine en 1889[63]. Les réformistes sont formés dans les universités islamiques notamment la Zitouna de Tunis et al-Azhar du Caire et influencés par le courant de la Nahda (renaissance islamique)[7]. Ils ne réclamaient pas l’indépendance, mais défendaient une personnalité algérienne[7]. Selon Ben Badis, la nationalité politique pourrait rester française si la nationalité ethnique était reconnue musulmane[64], il écrit dans l’un de ses articles : « La nation algérienne musulmane s’est formée et existe, comme se sont formées toutes les nations de la terre… Elle a sont unité religieuse et linguistique ; elle a sa culture, ses traditions et ses caractéristiques »[65].
Les réformistes œuvrent pour le retour aux sources de l’islam, la purification des scories maraboutiques[63], le combat contre le culte des saints et le mysticisme soufi[66], l’arabisation linguistique, et la promulgation d’un statut personnel qui s’inspire de l’islam pour les Algériens[7]. À l’origine, les Oulémas se déclaraient apolitiques, et voulant avant tout être une « association spirituelle destinée à relever le peuple musulman algérien de sa déchéance intellectuelle et morale »[67], mais les abus de l’administration coloniale sur l’enseignement de la langue arabe, la tutelle exercée sur le personnel du culte musulman, le soutien accordé au maraboutisme amènent ces derniers à s’engager davantage dans le domaine politique pour dénoncer la politique coloniale[67].
En 1913, Ben Badis ouvre la première médersa des centaines qui compta le pays plus tard, dans la mosquée de Sidi Lakhder à Constantine pour enseigner le Coran, l’histoire et les littératures arabes. Ainsi que la formation des enseignants qui vont être répartis dans le pays[63]. En 1919, il crée la première imprimerie en arabe et entame une carrière de journaliste. Il anime successivement quatre journaux favorables à la pensée réformiste de la religion et de la société[63]. Son premier journal est interdit en 1925 pour ses articles favorables à Abdelkrim al-Khattabi lors de la guerre du Rif[27]. L’administration coloniale s'inquiète du mouvement, car elle est habituée de traiter avec l’islam maraboutique, et craint un enseignement libre en dehors de médersas officielles et des principales mosquées où l’enseignement est encadré par des professeurs recrutés par les autorités[65]. En 1933, elle interdit aux Oulémas de prêcher dans les mosquées qui devraient rester aux mains des muftis et des imams agréés par l’administration[68].
L'Association des oulémas musulmans algériens [modifier]
Les Oulémas créent en 1931 l’Association des oulémas musulmans algériens[65], sa devise est : « L'islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie est ma patrie »[66]. Ben Badis devient rapidement l'homme fort du mouvement[65] les deux autres figures sont Tayeb el-Oqbi d’Alger et Mohamed Bachir El Ibrahimi qui développe son influence depuis Tlemcen sur toute l’Oranie[66]. La charte du conseil reprend les idées de Ben Badis : « Faire de la langue arabe, la langue nationale... purifier l’islam... combattre les marabouts et les ordres religieux et ramener ainsi le peuple algérien à la véritable culture islamique. »[65]. Les actions des oulémas portent un coup dur aux marabouts, réputés liés à la colonisation[66] et les confréries religieuses, certains marabouts finiront par se rallier aux Oulémas après la mort en 1931 du chef du maraboutisme « moderne » Ahmad al-Alawi de Mostaganem[65]. Le cheikh Ben Badis mourra à Constantine en 1940, 20 000 personnes assistent à ses obsèques[69]. Son remplaçant, El Ibrahimi est assiégé à résidence à Aflou et la médersa qu’il dirigeait à Tlemcen, fut fermée, il ne retrouvera sa liberté qu’en 1943. Par la suite, il approuve le « manifeste du peuple algérien »[70] et critique le projet Blum-Viollette qui consiste pour lui « un pas vers l’assimilation » et réclame la nécessité de la citoyenneté algérienne et rejoint les Amis du manifeste des libertés[71].
Cette période est marquée la reprise des actions culturelles pour la défense de l’islam et la langue arabe ; l’ouverture des écoles coraniques et l’animation des cercles culturelles. L’apprentissage de la langue arabe et du coran connait une progression importante dan plusieurs régions intérieures du pays [71]. En 1947, l’Association inaugure l’institut Ben Badis à Constantine qui dispense un enseignement de niveau secondaire englobant des disciplines modernes[72]. Son influence était grande dans la société algérienne, ses actions mènent à un dynamise sociale qui renfonce les revendications identitaires en lui donnant ses points de repère[72]. Ainsi en 1931, l’historien réformiste Ahmed Taoufik El Madani publie Le Livre de l’Algérie[66]. L’islam offrait au nationalisme un langage signifiant pour l’Algérien qui vivait la religion en tant qu’une foi et une loi, mais également comme un refuge contre la colonisation et consistait un patriotisme religieux[68].
Les autres courants [modifier]
Le rôle complexe des communistes [modifier]
Jusqu’en 1934, les communistes français d’Algérie n’étaient pas nombreux, et le Parti communiste français (PCF) ne comptait que 80 adhérents indigènes[73]. Au début, les communistes soutenaient le droit des Algériens à constituer une nation algérienne indépendante[3]. En 1926, à Alger, ils votaient une résolution en faveur de l’indépendance[53]. En 1935, le « circulaire Barthel » du faux nom du militant communiste Jean Chaintron fait scandale dans la presse européenne, il mentionne : « La nation française n’est pas la nation du peuple d’Algérie, c’est une nation étrangère au peuple d’Algérie, c’est la nation oppresseuse, c’est la nation de l’impérialisme qui … s’est annexé l’Algérie et qui courbe sous l’esclavage la nation algérienne »[74]. Mais à la veille du Front populaire dans les années 1930, la priorité devient la lutte contre le fascisme[73] et le PCF met fin aux revendications d’indépendance pour parler « d’émancipation des peuples colonisés »[75], pour causes des hésitations et oppositions des militants européens fondées sur le danger que représentait le nationalisme algérien et surtout la peur de la démographie[67].
Le Parti communiste algérien (PCA) est créé de la région communiste du PCF[74] et officialisé en 1936[76]. Il englobait deux fronts : un front européen antifasciste et un front algérien anti-impérialiste[74], son développement est bloqué par l’émergence du Messalisme, mais, il garde un certain prestige chez la jeunesse et les milieux musulmans cultivés, notamment par son journal Alger républicain et reste attaché à la formule des années 1930 de Maurice Thorez « l’Algérie, nation en formation »[77]. En 1944, le PCA ne rejoint pas les AML qui luttent en faveur de l’indépendance, mais il créé « Les Amis de la démocratie ». Il qualifie même les manifestations nationalistes de 1945, d’« un complot fasciste », mais par la suite, il reconnait en 1947 que « le parti s’était aperçus de son erreur et cherchait à la corriger », il cherche ainsi l’apaisement et il lance une campagne en faveurs de l’amnistie de tous les détenus des émeutes[60] et se prononce pour une République algérienne dans le cadre de l’Union française[4]. Il entame une politique de rapprochement avec les nationalistes algériens et l’ouverture aux militants algériens ainsi que l’implémentation dans les campagnes[78]. Cette évolution est marquée par une orientation vers les couches populaires qui suscite même une concurrence avec les formations nationalistes telles que le MTLD qui était en pleine crise, la défection des militants européens et des bonnes ventes des journaux Liberté et El-Djazaïr[78].
Le PCA représentait un lieu unique dans l’Algérie coloniale où militants européens et musulmans se côtoyaient[78], son action syndicale constitue une formation politique pour des milliers d’ouvriers algériens. En 1950, les dockers entrent en grève à Oran pour empêcher le chargement des bateaux en partance en Indochine, cette grève gagne d'autres secteurs de la ville ainsi que d’autres ports algériens[70]. Néanmoins, le glissement vers le nationalisme s’est pas fait sans heurtes entre les deux populations[70].
De la citoyenneté française à la citoyenneté algérienne [modifier]
L'aile assimilationniste du mouvement des « Jeunes Algériens » évolue en une organisation politique représentée par la « Fédération des élus », créée en 1927[2]. Elle se subdivise en 1930, en trois fédérations départementales[79]. Les revendications des élus restent identiques aux « Jeunes Algériens »[1]. Ils revendiquent une égalité avec les Européens dans tous les domaines[80] et optent pour un attachement administratif à la France[3] ainsi que l’octroie de la citoyenneté française à des différentes catégories d’Algériens[2]. Les élus se recrutaient parmi les délégués, élus à des différents assemblés[2]. Les personnalités les plus marquantes sont Ferhat Abbas et le Dr. Bendjelloul. Leur audience reste faible, les oulémas et les communistes se dressent contre eux, ils sont traités de « renégat », mais également ignorés par l’administration française jusqu'à l’avènement du Front populaire[81]. Les nationalistes radicaux dénoncent leur perspective assimilationniste, cependant, les élus jouaient un rôle important dans la formation du nationalisme algérien, ils établissent une médiation entre les formes de la politique moderne et les populations algériennes ayant droit de voter[82].
Le réformisme politique connait son apogée dans les années 1936-1937, date de la création du Congrès musulman[67]. Les élus approuvent le projet Blum-Viollette[83]. Mais à la veille de la Seconde Guerre mondiale, le mouvement s'est déjà décliné, due à l'absence de réformes importantes, l’impossibilité de la gauche française d'amorcer la décolonisation et le refus d’accorder la citoyenneté aux algériens musulmans dans le cadre de leur statut musulman[3]. Seuls quelques cadres attachés à l’administration française et des assimilationnistes continuent dans cette voie du réformisme politique[3], tel que Chérif Sid Cara, qui rejoint les partisans de l'Algérie française[84]. À partir de 1937, le discours anti-colonial des élus ne diffère pas des messalistes ou des oulémas[85]. Les élus se rapprochent des nationalistes et des indépendantistes[53]. Plusieurs leaders de la fédération de Constantine affichent des positions autonomistes puis nationalistes[85].
Suite aux débarquements des alliés en 1942, Ferhat Abbas rédige le « Manifeste du peuple algérien » en 1943 et rejoint les AML[86]. Il abandonne ainsi les revendications assimilationnistes et fonde l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) en 1946, pour l’établissent d’un État associé à la France. Son nouveau slogan est « ni assimilation, ni nouveau maitre, ni séparatisme »[4]. Son programme reprenait le projet d’une République algérienne du « Manifeste du peuple algérien », l'adhésion à la citoyenneté et aux modalités démocratiques qui la fondent[87]. Abbas revendiquait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les militants sont déçus par l’administration coloniale incapable de rompre avec le conservatisme de la minorité dominante et les rapports ne sont jamais interrompus avec les autres nationalistes[87]. À la veille de novembre 1954, l'UDMA traversait une crise interne, les jeunes militants étaient impatients et ne reconnaissaient plus dans les positions de la direction[87].
Références [modifier]
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- Lacouture 2008, p. 100.
- Collectif 2012, p. 474.
- Kaddache 2004, p. 15.
- Stora 2010, p. 221.
- Collectif 2012, p. 475.
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- Collectif 2012, p. 333.
- Kaddache 2004, p. 11.
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- Collectif 2012, p. 399.
- Lacouture 2008, p. 94.
- Collectif 2012, p. 473.
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Collectif, Histoire de l'Algérie à la période coloniale, coédition La Découverte et Barzakh, 2012, 717 p. (ISBN 9782707173263)

- Benjamin Stora, Le nationalisme algérien avant 1954, CNRS, 2010, 346 p. (ISBN 978-2-271-06868-2)

- Pierre Darmon, Un siècle de passions algériennes - Une histoire de l'Algérie coloniale (1830-1940), Fayard, 2009, 934 p. (ISBN 978-2-213-64380-9)

- Jean Lacouture, L'Algérie algérienne - Fin d'un empire, naissance d'une nation, Gallimard (Editions), coll. « Témoins », 2008, 75-105 p. (ISBN 978-2-07-012003-1)

- Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien 1919-1951, Paris-Méditerranée, 2004, 982 p. (ISBN 2-84272-169-1)

- Collectif coordonné par Hassan Ramaoun, L'Algérie : histoire, société et culture, Casbah Editions, 2000, 44-53 p. (ISBN 9961-64-189-2)
