Printemps berbère

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Printemps berbère

Localisation Kabylie, Alger (Drapeau de l'Algérie Algérie)
Date Du 10 mars au
Type Manifestations et revendication identitaire
Mort(s) 126
Blessé(s) 5000

Le Printemps berbère, (en berbère Tafsut Imazighen) désigne l'ensemble des manifestations réclamant l'officialisation de la langue tamazight et la reconnaissance de l'identité et de la langue berbère en Algérie à partir de mars 1980 en Kabylie et à Alger. Il s'agit du premier mouvement populaire d'opposition aux autorités depuis l'indépendance du pays en 1962. Le nombre de morts parmi les manifestants s'élève à 126[1] et le nombre de blessés à plus de 5000.

Les causes[modifier | modifier le code]

Les berbérophones représentent 25 %[réf. souhaitée] de la population algérienne. Depuis l'indépendance de ce pays, l'arabe succède au français comme langue officielle. La politique linguistique algérienne se traduit par une arabisation massive de l'administration et de l'enseignement.

La réflexion sur la situation linguistique est d'abord le fait d'intellectuels expatriés (Taos Amrouche, Mouloud Mammeri et des membres de l'Académie berbère).

À l'intérieur du pays, c'est en Kabylie que se trouve la plus importante concentration de berbérophones. L'université de Tizi Ouzou, créée dans cette région en 1977, est un lieu d'échange, y compris sur le plan culturel. Comme ailleurs, l'organisation de débats et de concerts, ainsi que la représentation de pièces en langue berbère y sont soumises à autorisation — par ailleurs souvent refusées.

Les événements[modifier | modifier le code]

  •  : les hauts fonctionnaires de l'Etat algérien de la Wilaya de Tizi Ouzou annulent une conférence de l'écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne. Les personnes à l'origine de cette décision refusent de s'expliquer — il s'agirait « d'un ordre émanant d'Alger ».
  • 7 avril : imposante manifestation à Alger. La répression est féroce et la journée se solde par une centaine d'arrestations, de nombreux blessés et peut-être un mort. D'autres rassemblements ont lieu dans plusieurs villes en Kabylie.
  • 7 avril : début de la grève à l'université de Tizi Ouzou.
  • 8 avril : une autre manifestation converge vers Alger, mais sans réactions violentes des forces de police.
  • 10 avril : grève générale en Kabylie. Le syndicat étudiant (UNJA) proche du gouvernement, dénonce des manifestants « téléguidés de l'extérieur ».
  • 17 avril : dans un discours, le président algérien Chadli Bendjedid déclare que l'Algérie est un pays « arabe, musulman, algérien », et que « la démocratie ne signifie pas l'anarchie ». Le même jour, les grévistes sont expulsés de l'hôpital de Tizi Ouzou et des locaux de la SONELEC.
  • La nuit du 19 au 20 Avril : l'université de Tizi Ouzou est prise d'assaut par les forces de l'ordre au cours de l'opération Mizrana.
  • 20 avril : suite à une répression sur tous les lieux occupés (université, hôpital, usines) de Tizi-Ouzou, une grève générale spontanée est déclenchée par la population de la ville : plus aucune enseigne en arabe ne subsiste, ni plaque de rues. La Kabylie est désormais coupée du monde.

Le mouvement se poursuit[Quand ?] en faveur des 24 détenus[2] :

  • Arezki Abboute
  • Mokrane Chemim
  • Saïd Saadi
  • Mouloud Lounaouci
  • Ali Brahimi
  • Said Khellil
  • Djamal Zenati
  • Arezki Ait Larbi
  • Ourabah ali Chikh
  • Aziz Tari
  • Gerard Idriss Lamari
  • Idir Ahmed Zaid
  • Rachid Halet
  • Mohand Stiet
  • Rachid Ait Ouakli
  • Ahmed Aggoune
  • Mohand Nait Abdellah
  • Salah Boukrif
  • Mâamar Berdous
  • Achour Belghezli
  • M'hamed Rachedi
  • Mustapha Bacha
  • Mouloud Saadi
  • Kamal Benanoune
  • Belhabib djamel
  • Bouchenna Rachid.

Il parvient à les faire libérer au mois de juin. Dès lors, le mouvement berbère tiens des assises au mois d'août lors du Séminaire de Yakouren. Il décide de capitaliser l'avancée de ses idées dans le corps social en multipliant les activités de terrain par la voie pacifique.

C'est ainsi que, dès la rentrée universitaire d'octobre 1980, chaque campus universitaire du centre du pays se dote d'un collectif culturel chargé de la promotion des activités culturelles berbères en milieu universitaire. Dès janvier 1981, de nombreux lycées suivent. Théâtre, chansons engagées foisonnent et expriment un bouillonnement inattendu chez les descendants de « l'Éternel Jugurtha ». Mais c'est le succès considérable des "cours sauvages de berbère" animés par Salem Chaker à la Faculté Centrale d'Alger et par Mustapha Benkhemou à l'Université de Bab Ezzouar et dans les Instituts de Boumerdès qui pousse les autorités algériennes à mettre le holà. Une grossière provocation policière est le prétexte à l'arrestation de 22 étudiants dont 3 récidivistes (Arezki Ait Larbi, Mustapha Bacha et Salah Boukrif), ainsi que Mustapha Benkhemou et Abderrezzak Hamouda (le fils du colonel Si El Haoues) de M'chounech dans les Aurès. À Béjaia un grand soulèvement commencera à partir du 19 mai 1981 autour de la revendication amazigh à laquelle s'est ajouté la dénonciation du détournement du projet d'université vers une autre wilaya. La répression a été féroce et des dizaines de jeunes essentiellement des lycéens ont été arrêtés. Figurent parmi les personnes arrêtées trois étudiants de Tizi-Ouzou et ancien détenus de Berrouaghia (parmi les 24) il s'agit de Tari Aziz, Idriss Lamari et Djamel Zenati.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Le nombre relativement élevé de victimes[3] dans les manifestations (126 morts et 5000 blessés) a été le déclencheur de la déstabilisation d'un pouvoir façonné à l'image des pays de l'est ou le parti unique n'était autre que le parti FLN (Front de Libération Nationale). Politiquement, le Printemps berbère est le premier mouvement populaire spontané. Il ouvre la voie à une remise en cause du régime algérien. Ces émeutes préfigurent celles de Constantine en 1986 et d'Alger en 1988.

Sur le plan social, le mouvement traduit l'émergence d'une génération d'intellectuels engagés dans le combat démocratique (Tahar Djaout, Ferhat Mehenni, ...).

Sur le plan culturel, le Printemps berbère brise le tabou linguistique et culturel : il est la traduction d'une remise en cause de l'arabisation intensive de l'administration au détriment du berbère. Cette prise de conscience identitaire a également touché le Maroc voisin, où ces événements sont commémorés chaque année par les étudiants berbérophones.

Naissance du Mouvement culturel berbère et naissance de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme

La reconnaissance de la langue Tamazight[modifier | modifier le code]

Apres ce combat intellectuel qui a duré plus de 20 ans, la langue berbère est maintenant reconnue comme langue nationale de l'Algérie. Le premier ministre algérien d'origine kabyle et quelques députés ont même prononcé une partie de leurs discours en tamazight. Depuis 1995, un haut commissariat à l'amazighité (HCA) existe, créé avec pour mission de soutenir académiquement et administrativement l'enseignement de tamazight. Un établissement critiqué pour son immobilisme par les leaders du mouvement berbère. La télévision publique diffuse, depuis 20 ans, un journal télévisé en langue amazighe à 19h, copie conforme de l'édition arabophone du JT protocolaire de 20h. Depuis ces deux dernières années, la langue tamazight est étudiée dans les établissements scolaires primaires et secondaires, et sera même en examen de BAC dans la Kabylie. Une chaîne de télévision a été lancée, dans la foulée de l'élection présidentielle d'avril 2009, débouchant sur la reconduction de Abdelaziz Bouteflika. Son audience est inconnue jusque là.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. : Journal Le Matin dz du 17/04/2010 commémoration des 30 ans.
  2. Revue Tafsut n° 80[réf. à confirmer]
  3. : Le Soir d'Algérie du 21/04/2010 Retour sur les faits.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]