Massinissa

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Massinissa
Image illustrative de l'article Massinissa
Titre
Roi de Numidie
202 av. J.-C. – 148 av. J.-C. (~ 54 ans)
Prédécesseur Gaïa
Successeur Micipsa, Gulussa et Mastanabal
Biographie
Nom de naissance Masinissa (ⵎⴰⵙⵏⵙⴰ)
Date de naissance v. 238 av. J.-C.
Lieu de naissance Mascula (Khenchela)
Date de décès 148 av. J.-C.
Lieu de décès Cirta (constantine)
Père Gaïa
Conjoint Sophonisbe
Enfant(s) Micipsa, Gulussa, Mastanabal, Mikusan, Masucan
Portrait du roi Massinissa. Son nom berbère est écrit dessous en tifinagh et en latin. (MASNSEN)

Massinissa, en tifinagh ⵎⴰⵙⵏⵙⴰ, né vers 238 av. J.-C. et mort en janvier 148 av. J.-C., fils du roi Gaïa, petit-fils de Zelalsan et arrière-petit-fils d'Ilès, est le premier roi de la Numidie unifiée.

Massinissa, passant dans le camp de Rome après la mort de Gaïa, contribue en 204 av. J.-C. à la victoire sur Syphax roi des Massaesyles et à sa capture par le commandant romain Gaius Laelius. Syphax, envoyé à Rome comme prisonnier, y meurt en 203 ou 202 av. J.-C. En remerciement de son aide, les Romains accordent le royaume de Syphax à Massinissa.

À la tête de sa fameuse cavalerie numide, celui-ci contribue largement à la victoire de Rome sur Carthage lors de la bataille de Zama [1].

Son nom a été retrouvé dans son tombeau à Cirta, l'actuelle Constantine, sous la forme consonnantique MSNSN (en amazigh, Masensan veut dire « Leur Seigneur » : mas, « seigneur », nsan', « leur »).

Biographie[modifier | modifier le code]

Période de la Deuxième Guerre punique[modifier | modifier le code]

Carte de la Numidie en rose sous l'occupation romaine
La Numidie des Massyles et des Massaesyles avant l'unification par le roi Massinissa

Durant la Deuxième Guerre punique, Rome cherche à se faire des alliés en Afrique du Nord tandis que Syphax, roi des Massaessyles en Numidie occidentale, cherche à annexer les territoires de la Numidie orientale, dirigée par Gaïa, roi des Massyles.

Syphax accepte trois centuries romaines et se tourne contre Carthage qui prend le parti de Gaïa, en échange de cinq mille cavaliers numides. Ceux-ci sont placés sous le commandement du jeune Massinissa, âgé de vingt-cinq ans, à partir de 212 ou 211 av. J.-C. ; avec son ami Laminius, Massinissa rejoint les troupes carthaginoises en Espagne jusqu'à l'automne 206 av. J.-C.. Il remporte une victoire décisive contre Syphax, et mène avec succès une campagne de guérilla contre les Romains en Ibérie.

Les Carthaginois, battus à Ilipa, finissent par perdre leurs possessions en Méditerranée. Scipion l'Africain, commandant l'armée romaine en Espagne, songeant à porter la guerre en Afrique et à s'assurer le soutien des royaumes numides, gagne l'amitié de Massinissa à partir de 206 av. J.-C., avec lequel il passe un accord secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de rester dans l'alliance romaine. Mais celui-ci, ayant eu connaissance de l'accord avec Massinissa, préfère se rapprocher de Carthage.

Accession au trône[modifier | modifier le code]

À la mort de Gaïa en 206 av. J.-C., son frère Oezalces (Oulzacen) lui succède. Marié à une Carthaginoise, nièce d'Hannibal, il bénéficie de l'appui des Carthaginois contre ses voisins et ses vassaux turbulents. Mais Oezalces meurt et Capussa monte sur le trône.

Capussa est immédiatement contesté par Meztul son cousin, issu de la fraction rivale de la branche régnante. Meztul obtient des armes et des renforts de Syphax et s'attaque aux forces de Capussa. Le combat entre les deux clans donne la victoire à Meztul. Capussa étant mort en pleine bataille, Meztul s'empare du pouvoir pour placer sur le trône Lacumazes, alors que, selon la tradition, le trône revenait à Massinissa.

Carthage, approuvant cette usurpation, scelle son alliance avec Meztul et lui donne pour épouse la veuve d'Oezalces.

Massinissa apprend ces évènements alors qu'il est en Espagne ; il décide de quitter Gadès pour la Maurétanie (-206), et craignant les représailles de Syphax, allié de son cousin, il demanda l'aide de Baga, roi des Maures. Celui-ci lui offre une escorte de 4 000 hommes qui l'accompagne jusqu'aux limites de ses terres. Après avoir rassemblé 500 cavaliers parmi les siens et les fidèles partisans de la famille, il s'attaque à ses adversaires.

Lacumazes, quittant Thapsus (actuelle Tunisie), siège de son gouvernement, pour se rendre à Cirta afin de présenter ses hommages à Syphax, est attaqué par Massinissa dans un défilé non loin de la ville. Vaincu dans cette embuscade, Lacumazes parvient à prendre la fuite et à rejoindre Cirta. Cette victoire vaut à Massinissa un afflux de partisans qui lui permettent de consolider sa position. Lacumazes et Maztul rassemblent des hommes de leur clan, obtiennent l'aide de Syphax et reviennent à la charge avec 15 000 fantassins et 10 000 cavaliers. Malgré un nombre d'hommes bien moindre, Massinissa est de nouveau victorieux et leur inflige une dure défaite. Battus et abandonnés par les leurs, Lacumazes et Meztul se réfugient à Carthage, chez leurs beaux-parents.

Massinissa occupe alors Thapsus, qui devient la capitale des Massyles. Afin de consolider son pouvoir, il mène une lutte efficace contre Carthage et prône l'union de tous les Numides. Il offrit à Lacumazes et Meztul de leur rendre leur bien et la considération due à leur rang s'ils reviennent dans leur patrie. Ceux-ci, rassurés quant à la sincérité de leur cousin, quittent Carthage et le rejoignent

Ce regroupement des forces numides inquiéte les suffètes qui dépêchèrent alors Hasdrubal Gisco auprès de Syphax pour le persuader du danger que représente désormais un tel voisin. Syphax prétexte alors une vieille querelle concernant des territoires qu'il avait autrefois disputés à Gaïa pour attaquer Massinissa et le contraindre à épuiser ses faibles moyens. Massinissa accepte le combat, son armée est mise en déroute et Syphax s'approprie alors une partie du royaume massyle.

Réfugié dans les montagnes avec une poignée de fidèles, Massinissa connaît une vie de proscrit. Il n'en continue pas moins de harceler ses ennemis par des raids organisés contre les campagnes carthaginoises et les hommes de Syphax ne réussssent pas à venir à bout de lui. L'insécurité qu'il fait peser sur les colons et sa popularité grandissante en Numidie inquiétent fortement les suffètes carthaginois. Des expéditions contre Massinissa sont envoyées, un moment on le croit mort. Mais, une fois ses plaies cicatrisées, Massinissa revient à la charge et marche une fois de plus contre Syphax. Peu à peu, ses compatriotes le reconnaissent, lui adressèrent leur allégeance et lui offrent les moyens dont il manque.

Son royaume récupéré, Massinissa s'attaque aux territoires voisins. Les colons carthaginois, pour se défendre, se lièrent avec les Massaesyles et rassemblèrent une grande armée contre les Massyles. Syphax était à la tête d'un vaste royaume et sa guerre contre Massinissa ne lui procura que plus de prestige encore. Satisfait de sa victoire, Syphax accorde en dot au mariage de la belle Sophonisbe, les territoires qu'il avait usurpés à Gaïa. Tout cela se déroula en 205 av. J.-C., moins d'un an après le retour d'Espagne de Massinissa.

Intervention romaine en Afrique[modifier | modifier le code]

Massinissa

Scipion, décidé à en finir avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle fois d'attirer Syphax qui rejeta de nouveau l'alliance proposée. Il se tourna alors vers Massinissa. Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés. Ces derniers, encouragés par leurs succès, s'attaquèrent à Utique, place forte carthaginoise, mais l'intervention de Syphax les obligea à se retirer. Ils prirent leurs quartiers d'hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de pouvoir le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l'Italie, où ils étaient en campagne, en échange de quoi les Romains quitteraient l'Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois, accepta l'offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta.

Massinissa et le général romain Scipion l'Africain reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d'hommes, se retira dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l'offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l'assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 av. J.-C.) qui s'acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion. Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s'engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l'emporter, quand l'armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l'enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa se rendit aussitôt au palais où il retrouva Sophonisbe, épouse de Syphax et fille d'Hasdrubal Gisco (qui d'après Appien lui avait été auparavant promise) et l'épousa sur le champ. Mais Scipion désapprouva ce mariage hâtif, et Massinissa se résolut à faire parvenir du poison à la reine afin de lui éviter le déshonneur de la captivité (il est cependant difficile d'établir la réalité historique de ces faits). Massinissa, après plusieurs années d'errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères. Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d'une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d'Italie, souleva les espoirs de la cité. Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit.

Guerre contre Hannibal[modifier | modifier le code]

Hannibal s'allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama et une grande bataille s'engagea (202 av. J.-C.). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l'avantage de Massinissa et de Scipion. Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s'opposer au traité mais, menacé d'être livré aux Romains, il s'enfuit en Syrie où il se suicidera en 183 av. J.-C..

Le personnage et l'œuvre[modifier | modifier le code]

Massinissa.

Appien dit de lui:

« qu'il était beau dans sa jeunesse et de taille élevée. Il garda, jusqu'à l'âge le plus avancé, une étonnante vigueur. Il pouvait rester une journée entière debout ou à cheval; octogénaire, il sautait sur sa monture sans aucune aide et, comme les autres Numides, il dédaignait l'usage de la selle. Il bravait tête nue le froid et la pluie. À 88 ans, il commanda son armée dans une grande bataille contre les Carthaginois; le lendemain, Scipion Emilien le trouva sur pied devant sa tente, tenant un morceau de galette sec qui constituait tout son repas. »

Massinissa eut plusieurs épouses et un nombre considérable d'enfants dont quarante-trois garçons ; parmi ses nombreuses filles, plusieurs furent mariées à des nobles carthaginois. La plupart des enfants de Massinissa disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine (Mikusan dit Micipsa, Gulussa, Mastanabal, Masucan...). Massinissa adorait les enfants et il garda durant plusieurs années auprès de lui certains de ses petits-enfants. À des marchands grecs, venus acheter des singes en Numidie, pour distraire des riches oisifs, il aurait dit: « Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles donc pas d'enfants ? »

Massinissa, qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. Ce fut un homme courageux et un roi généreux (pardon accordé à Lacumazes et Meztul, protection accordée à Sophonisbe).

Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l'amitié de Rome sans jamais être son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule restée célèbre : « l'Afrique appartient aux Africains ». Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes et régions sous l'autorité des Carthaginois ou de Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante-dix villes et forts.

Si Massinissa combattit les Carthaginois, il ne dédaigna pas pour autant la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut d'usage courant dans sa capitale où l'on parlait également, en plus du berbère, les langues grecque et latine. Il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d'or et d'argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce.

L'œuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son œuvre militaire. Il sédentarisa les Numides, édifia un État puissant et le dota d'institutions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit frapper une monnaie nationale et entretint une armée régulière et une flotte qu'il mit parfois au service de ses alliés romains. Ce fut un grand souverain qui s'efforça toute sa vie, de faire de la Numidie un pays unifié et indépendant.

La fin de Massinissa[modifier | modifier le code]

Tombeau de Massinissa à El Khroub (dit : Soumâa El Khroub) près de Constantine

Massinissa, fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l'île de Délos, en Grèce, lui éleva trois statues.

Vers la fin de sa vie, il voulut s'emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains, qui redoutaient qu'il n'acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu'il ne se retourne contre eux, s'opposèrent à ce projet. Caton l'Ancien, attirant l'attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: « Delenda est Carthago! » (« Carthage doit être détruite ! »).

Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d'âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (146 av. J.-C.). Massinissa, mort quelque temps plus tôt, n'avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l'aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, aujourd'hui Constantine (Algérie), sa capitale, et un temple à Thougga, l'actuelle Dougga, en Tunisie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cécile Colonna, L'Algérie au temps des royaumes numides, Somogy, Paris, 2003 (ISBN 2-85056-652-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roland Elissa-Rhais, Massinissa, le "Maître des cités" : épopée africaine, Alger, Entreprise algérienne de presse, 1988
  • Marie-France Briselance, Massinissa le berbère, Alger, Éd. Marinoor N. Benferhat ; et Paris, la Table ronde, 1990
  • Ahmed Slimani, Massinissa et Yughurtha et leur influence sur l'histoire, trad. de l'arabe par Madani Guesseri, Alger, Dahlab, 1994
  • (de) Elfriede Storm, Massinissa : Numidien im Aufbruch, Stuttgart, F. Steiner, 2001
  • Messaoud Nedjahi, Massinissa, le seigneur des coquelicots : en quête d'une identité, Paris, Publibook, 2005
  • Houaria Kadra-Hadjadji, Massinissa le grand Africain, Paris, éditions Karthala, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]