Malek Bennabi

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Malek Bennabi

Nom de naissance Malek Bennabi
Activités Penseur.
Naissance 1905
Constantine, Algérie
Décès 31 octobre 1973
Alger (Algérie)
Langue d'écriture Arabe, Français

Œuvres principales

  • Les grands themes
la civilisation
la culture
l'ideologie
l'orientalisme
la democraie 

Le Phénomène coranique (1947)

  • L'Afro-Asiatisme (1956)
  • Vocation de l'islam (1954)
  • Idée d'un Commonwealth islamique (1960)

Malek Bennabi (en arabe مالك بن نبي) est un penseur algérien, né en 1905 à Constantine, dans une famille originaire de Tébessa[1], décédé le 31 octobre 1973 à Alger. Il a étudié les problèmes de civilisation en général et ceux du monde musulman en particulier. Il était fortement imprégné de la culture arabo-musulmane et occidentale. On lui doit un concept sur la « colonisabilité » concept concernant les sociétés en décadence. C'est-à-dire celles qui ont perdu leur dynamique sociale et sont ainsi en état de faiblesse structurelle qui agit comme un appel à la colonisation étrangère, terme qu'il utilisera dans son livre Les conditions de la renaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Malek Bennabi a fait sa première entrée à l'école coranique de Tébessa où vivaient ses parents. Ces études, il devait les payer alors que ses parents éprouvaient alors des difficultés à trouver l'argent nécessaire à la scolarisation de leur enfant. Ainsi et après quatre années passées au sein de ladite école, Malek a rejoint l'école française. Il y demeura jusqu'en 1918, année au cours de laquelle il termina les études préparatoires lui ouvrant l'accès au cycle secondaire. Ses brillants résultats lui font décrocher une bourse pour poursuivre ses études à Constantine où il résida chez son oncle qui lui dispensa quelques cours de musique. C'est ainsi qu'il a eu le privilège d'être formé par un homme auprès duquel il apprit beaucoup, le cheikh Abdelmadjid. Il étudia de ce fait la langue arabe à la Grande Mosquée.

De retour à Tébessa où il fréquentait un club mis sous la direction de cheikh Larbi Tébessi; Il a travaillé comme agent de bureau au Tribunal de la ville avant d'être muté à Aflou où il prit connaissance, pour la première fois, du journal Chihab dirigé par Abdelhamid Ben Badis qu'il connaîtra d'ailleurs pour la première fois en 1928 à Constantine. Ainsi, et sur la demande de celui‑ci, Malek est affecté à Chelghoum Laïd d'où il démissionna quelque temps après de son poste après ses démêlés avec le secrétaire greffier du tribunal.

C'est ainsi qu'en 1929, son père lui proposa de se rendre en France pour poursuivre ses études, qu'il rejoint en septembre 1930 et opta pour l'Institut des Langues Orientales. Sa présence à Paris lui permit d'entrer en contact avec l'Association des Jeunes Chrétiens de Paris. Il n'a pu accéder à l'Institut des Langues Orientales car, l'accès pour un musulman algérien ne dépend pas de critères scientifiques, mais des normes politiques en place. C'est pourquoi il opta pour les études en électricité.

En 1931, Malek Bennabi épousera une Française qui embrassa l'Islam et prit alors le prénom de Khedidja. En 1932, il anima une conférence organisée par l'Association des Jeunes Chrétiens de Paris après avoir été remarqué lors d'une autre conférence donnée fin 1931 aux étudiants nord-africains de Paris.

En 1936, accompagné de quelques amis, il rencontra la délégation algérienne qui s'était rendue à Paris pour revendiquer, auprès des autorités françaises, les réformes proposées par le Congrès Musulman. La délégation comprenait notamment cheikh Abdelhamid Ben Badis et cheikh Bachir El‑Ibrahimi. En 1938‑39, Bennabi fonda, à Marseille, une école pour les analphabètes adultes parmi les travailleurs algériens en France. Devant le succès de son entreprise, les autorités françaises le convoquèrent et lui interdirent de continuer à enseigner dans cet établissement sous le prétexte qu'il n'avait pas de diplôme d'enseignant.

Dans Dreux occupée, il fut convoqué par les Allemands. Il seconde le responsable technique municipal de la ville. Il est licencié quelques mois plus tard. Au chômage, il choisit d’aller travailler en Allemagne au début de l’été 1942. En 1944, le vent tourne en faveur des Alliés et Bennabi décide de rentrer en France.

A Dreux où il retrouve sa femme, il se met au service de l’administration capitularde de Vichy. Pas pour longtemps, car il doit faire cette fois avec l’armée américaine qui occupe la ville. Accusés de collaboration avec l’occupant allemand, Bennabi et son épouse sont arrêtés en août 1944 et internés au camp de Pithiviers. Ils seront libérés au printemps 1945. Le couple est arrêté pour la deuxième fois et incarcéré à la prison de Chartres en octobre 1945. L’accusation de collaboration avec l’ennemi nazi est de nouveau retenue contre Bennabi. Ce dernier est remis en liberté au printemps 1946. Le technicien eurélien aura passé en tout 15 mois dans les geôles de la France libre pour avoir collaboré [2]. Dans ses Mémoires publiés en 2006 à Alger, Bennabi relate en détail cette partie de sa vie. Depuis le fin de ses études d'ingénieur en 1935, Bennabi est implicitement interdit de travail dans sa branche par l'Administration coloniale et vit de petits boulots et de l'aide de son père. En 1940 dans Dreux occupée par l'armée allemande, il est réquisitionné par les autorités d'occupation dans une ville qu'avait fuie ses édiles. Ces derniers sont revenus quelques jours après se mettre au service de l'occupant. Parmi eux le maire de Dreux, Maurice Viollette, ancien Gouverneur Général d'Algérie qui connaissant Bennabi le salua en lui disant : « Monsieur Bennabi cette fois nous sommes du même côté de la barrière. » Bennabi lui rétorqua que lui a été réquisitionné. Maurice Viollette ainsi que les notables de la ville compromis dans la collaboration se vengèrent à la Libération pour faire taire un homme qui pouvait témoigner de leurs coupables agissements. Il fut effectivement arrêté deux fois et à chaque fois Bennabi bénéficia d'un non-lieu par la justice. La deuxième arrestation eut lieu dans l'attente du retour des travailleurs français d'Allemagne. Le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 allait isoler la France de l'Algérie et tarir l'aide que Bennabi recevait de son père. Acculé à la misère et sollicité par l'épouse d'un soldat français prisonnier en Allemagne et qu'il connaissait avant la guerre, pour aller travailler en Allemagne contre la libération de ce dernier. En effet les autorités allemandes avaient proposé de relâcher un prisonnier pour tout travailleur français qui irait en Allemagne. Bennabi fut élu par les travailleurs français comme chef de camp de la région où ils travaillaient. A leur retour aucun d'eux n'accepta de dire la moindre critique sur Bennabi. Ainsi les accusateurs en furent pour leurs frais et Bennabi fut définitivement libéré. Il est à noter que Bennabi revint d'Allemagne fin 1943 et n'eut de contact avec aucune autorité ou administration. Le neveu d'Abane Ramadane usant d'amalgame, de mauvaise foi intellectuelle et étant incapable de s'attaquer aux idées de Bennabi en est réduit à colporter des mensonges sur la vie de notre penseur [réf. nécessaire].

En 1947, Malek Bennabi publia à Alger Le Phénomène coranique, qu'il voulait une preuve scientifique du caractère divin du Coran et une réfutation des thèses l'attribuant à une œuvre humaine. Il publia également un roman Lebeik (1948), et des études comme Les conditions de la renaissance (1949), Vocation de l'Islam (1954), et L'afro‑asiatisme, à l'occasion de la conférence de Bandoeng.

À signaler que, hormis le roman sus‑cité, Malek Bennabi avait publié ses œuvres sous le titre Problèmes de la civilisation car il considérait que les différents problèmes du monde musulman renvoyaient à ce contexte.

En 1956, il se rendit au Caire, coupant totalement avec la France qu'il ne reverra qu'en 1971. Le seul lien qui le liait à elle était la correspondance qu'il entretenait avec son épouse française qui avait refusé de l'accompagner au Caire.

Malek Bennabi perfectionne, durant son séjour au Caire, la langue arabe dans laquelle il commença à écrire et à donner des conférences. Il visita, à plusieurs reprises, la Syrie et le Liban pour y donner des conférences. Il était en outre, au Caire, un des conseillers à l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) traitement qui lui permit de se consacrer au travail intellectuel et d'envoyer quelques subsides à son épouse en France

Après avoir contacté plusieurs amis et étudiants, il procéda à la traduction de ses œuvres vers l'arabe, langue qu'il adopta par la suite comme langue de travail.

En 1963 Malek Bennabi retourne en Algérie où il fut nommé Directeur de l'Enseignement Supérieur. Il démissionne en 1967 pour se consacrer au travail intellectuel, à la réforme et à l'organisation de rencontres intellectuelles qui devinrent plus tard Séminaires de la Pensée Islamique que l'Algérie organise chaque année. Il vécut le restant de ses jours en Algérie où il mourut le 31 octobre 1973. Il fut inhumé au cimetière Sidi M'hamed à Alger.

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Malek Bennabi a à son actif plus d'une vingtaine d'ouvrages traitant de civilisation, de culture, d'idéologie, de problèmes de société ainsi que d'autres sujets tel le phénomène coranique et les raisons de la stagnation de la société musulmane en particulier. Par ses écrits, Malek Bennabi voulait éveiller les consciences musulmanes et relancer une renaissance de la société musulmane. Il n'a de cesse de critiquer vivement l'administration coloniale française par ses écrits et ses conférences. Il n'a jamais accepté la colonisation de l'Algérie par la France et le statut d'indigène octroyé par l'administration de l'époque aux autochtones algériens.

Il est probable que peu de gens ont vraiment saisi la portée de sa vision et sa pensée,[non neutre] notamment dans la société musulmane à propos de laquelle il dit dans son ouvrage Vocation de l'Islam :

« La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c'est la paralysie morale. Son origine est connue : "L'islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : "Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits". Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis Omar ibn al-Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses "fautes". Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s'inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s'émouvoir d'une erreur, d'une faute. Parmi les classes dirigeantes règne la plus grande quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire son mea culpa. C'est ainsi que l'idéal islamique; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l'orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s'amender ou de s'améliorer : il est irrémédiablement parfait, Parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l'individu et de la société se trouve faussé par cette morne de satisfaction de soi. Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l'élite d'une société morale d'une société où la vérité n'a enfanté qu'un nihilisme. La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu'elle n'inspire plus l'action et la paralyse, lorsqu'elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale. Elle peut devenir l'origine d'un monde paralytique que Renan et Lamennais dénonçaient en disant que l'islam "pourrait devenir une religion de stagnation et de régression".»

Dans un autre ouvrage intitulé Les Grands Thèmes de la civilisation, de la culture, de l'idéologie, de la démocratie en islam, de l'orientalisme, Malek Bennabi parle des raisons de la stagnation de certaines sociétés qu'il qualifie de primitives :

« Quand une société primitive met des tabous autour de ses traditions, de ses convictions, de ses goûts, de ses usages, ce qui est risible là-dedans - à supposer qu'il y ait quelque chose de risible - ce n'est pas le tabou mais le vide culturel, l'inculture qu'elle défend, c'est-à-dire l'ensemble de causes qui maintiennent cette société en stagnation.»

Bennabi a traité tous les domaines, social, politique et économique, ayant trait au monde musulman. Il a ainsi écrit sur la femme, sur la démocratie et sur tous les problèmes de la civilisation et du développement. Il n'a pas omis d'étudier les Évangiles pour une étude comparative. Dans son livre intitulé La Pensée et la culture moderne en Afrique du Nord (Le Caire 1965), le Pr Anouar El‑Djoundi écrivait: "Malek Bennabi est très différent des prédicateurs, des penseurs et des écrivains. C'est un philosophe authentique avec un profil de sociologue qui, profitant de sa double culture arabe et française, a tenté de concilier entre la science et la pensée arabes inspirées du Coran et de la Sunna et du patrimoine arabo‑islamique d'une part et la science et la pensée occidentales inspirées du patrimoine grécoromain et chrétien, d'autre part».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Phénomène coranique (1947)
  • Lebbeik (1948)
  • Les Conditions de la renaissance (1949)
  • Vocation de l'islam (1954)
  • L'Afro-Asiatisme (1956)
  • Le Problème de la culture (1957)
  • SOS Algérie (1957)
    Brochure politique (en arabe et en français)
  • Discours sur la nouvelle édification (1958)
  • La Lutte idéologique en pays colonisé (1958)
  • Idée du Commonwealth islamique (1959)
  • Réflexions (1959)
  • Naissance d'une société (1960)
  • Dans le souffle de la bataille (1961)
  • Perspectives algériennes (1965)
  • Le Problème des idées dans la société musulmane(1970)
  • Le Musulman dans le monde de l'économie (1972)
  • Le Rôle du musulman dans le dernier tiers du XXe siècle (1972)

Éditions récentes[modifier | modifier le code]

  • Colonisabilité, Dar El-Hadhara, 2003
    articles de presse réunis, choisis, annotés et préfacés par Abderrahman Benamara ; postface du Dr. Omar Benaissa
  • Mondialisme, Dar El-Hadhara, 2004
    articles de presse réunis, choisis, annotés et préfacés par Abderrahman Benamara ; postface du Dr. Omar Benaissa
  • Mémoires d'un témoin du siècle: l'Enfant,l'Etudiant, l'Ecrivain, les Carnets. Présentation et notes de Noureddine Boukrouh, Ed. Samar, Alger, 2006, en français. (Hormis L'Enfant, sorti en français et en arabe, et L'Etudiant, sorti en arabe seulement,les deux autres parties constituent des inédits)
  • Pourriture, Ed. Dar el Ouma, Alger, 2007
  • Le livre et le milieu humain, Ed Samar, Alger 20O7, en français. (Inédit).
  • Naissance d'une société: le réseau des relations sociales'', Ed. Samar, Alger 2010, en français. (Première édition selon le texte original)
  • La lutte idéologique dans les pays colonisés, Ed. Samar, Alger 2010, en français. (Première édition selon le texte original).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Noureddine Boukrouh, « Le système bennabien » in Parcours maghrébins, Alger, février 1987.
  • Noureddine Boukrouh, « La pensée économique de Malek Bennabi » in El-Watan, Alger, 18 et 19 octobre 1992.
  • Noureddine Boukrouh, Comment j'ai connu Malek Bennabi: histoire d'une période in El-Watan, Alger, 11 et 12 novembre 1992.
  • Siegrid Faath, Malek Bennabi, écrivain politique, critique social, visionnaire d'une civilisation islamique dans l'Algérie coloniale et indépendante, Hambourg, 1992.
  • Allan Christellow, Un humaniste musulman du XXè siècle, Malek Bennabi in Maghreb review,1992.
  • Aïssa Kadri, Parcours d'intellectuels maghrébins, Université de Paris VIII-Vincennes, Institut Maghreb-Europe, Karthala, 1999
  • Collectif Centre Tricontinental, Théologies de la libération, L'Harmattan, 2000, p. 191-195
  • Omar Benaissa, Bennabi dans l'histoire de la pensée musulmane, in "Colonisabilité", Alger, 2003.
  • Allan Christellow, Malek Bennabi et les frontières culturelles de l'ère globale, Colloque international sur la pensée de Malek Bennabi, Alger, 2003.
  • Omar Benaissa, « Bennabi et l'avenir de la société musulmane », in "Mondialisme", Alger, 2004.
  • N. Boukrouh, Pensée et Politique chez Malek Bennabi, Colloque international d'Alger, 2003.
  • Allan Christellow, Malek Bennabi et deux visions mondiales anglophones en 1954: les cas de Arnold toynbee et Wendel Wilkie, 2005.
  • Noureddine Boukrouh, préface au Problème des idées dans la société musulmane, Ed.Al-Bouraq, Paris 2006.
  • Noureddine Boukrouh, préface à Vocation de l'islam, Ed. al-Bouraq, Paris 2006.
  • Omar Benaissa, « Que faire maintenant? », in Les Conditions de la renaissance, Ed. El Borhane, Alger, 2009.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Auteurs algériens de langue française de la période coloniale, Abdellali Merdaci, Editions L'Harmattan, 2010 - 318 pages, p78-79.
  2. http://www.elwatan.com/culture/histoire-pourquoi-malek-bennabi-en-voulait-a-abane-ramdane-24-02-2012-160252_113.php et http://www.elwatan.com/culture/belaid-abane-auteur-bennabi-etait-un-intellectuel-sans-attaches-avec-le-mouvement-national-24-02-2012-160253_113.php

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]